Bioacoustique

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Étourneau sansonnet en train de chanter.
Sonagramme et oscillogramme des ondes sonores d'une baleine à bosse (Megaptera novaeangliae).

La bioacoustique est une science qui combine la biologie et l'acoustique. Elle étudie la production, la réception et l'interprétation des sons par les corps biologiques, notamment chez les animaux, êtres humains inclus. La bioacoustique prend autant en compte la neurophysiologie, pour l'interprétation des sonorités, que l'anatomie.

Histoire[modifier | modifier le code]

De tout temps, les hommes ont écouté les sons d'animaux pour reconnaître les espèces animales et les repérer[1].

Les pionniers dans ce domaine sont Ludwig Karl Koch (en) qui réalise en 1889 le premier enregistrement connu d'un oiseau (un Shama en captivité dans le zoo de Francfort-sur-le-Main. L'universitaire Arthur Augustus Allen et ses étudiants du laboratoire d'ornithologie de l'Université Cornell, Paul Kellogg et Albert A. Allen enregistrent sue des disques microsillons dans les années 1920 les cris et chants de plus de 300 espèces d’oiseaux de l'Est des États-Unis[2].

En 1925, le biologiste slovène Ivan Regen étudie la stridulation des sauterelles et des criquets. Il montre que ces insectes répondent aux stimuli acoustiques d'autres individus ou d'un dispositif artificiel de stridulation. Par la suite, il met en évidence que la réception des sons se réalise au niveau de l'organe tympanique (en) situé sur les pattes des grillons et des sauterelles ou au niveau de l'abdomen des criquets[3]. Pour ses contributions il est considéré comme le fondateur de la bioacoustique en tant que discipline scientifique[4].

Des dispositifs électro-mécaniques relativement rudimentaires, tels les phonographes, sont utilisés dans la première moitié du XXe siècle pour évaluer sommairement les propriétés des signaux acoustiques. L'apport de l'électronique et de dispositifs tels que des oscilloscopes, des caméras acoustiques, des hydrophones (placés notamment sous les DCP) et divers enregistreurs numériques permettent dans la seconde moitié du XXe siècle d'effectuer des mesures plus précises[1].

Des techniques de bioacoustique ont été récemment proposées comme une méthode non invasive pour estimer la biodiversité[5].

Écologie acoustique[modifier | modifier le code]

Les progrès les plus récents en bioacoustique ont fait émergé les relations entre les organismes vivants et leur environnement sonore, d'où le développement du concept de paysage sonore étudié par l’écologie acoustique (en) ou écologie sonore, concept formulé à l'origine par le compositeur et écologiste canadien R. Murray Schafer dans son livre de 1977 Le Paysage sonore. L'écologie acoustique étudie des sons produits par les êtres vivants d'un écosystème (discipline appelée biophonie (en)), des sons d'origine humaine et notamment l'impact du bruit anthropique (discipline appelée anthropophonie (en)), et des sonorités de la Terre non biologiques (discipline appelée géophonie (en)), disciplines dont les termes sont dus au musicien Bernie Krause et son collègue Stuart Gage[6].

Audionaturalisme[modifier | modifier le code]

À la différence de la bioacoustique qui enregistre la nature à des fins scientifiques, l’audionaturalisme est à la recherche de la musicalité de la nature, des interactions sonores entre les animaux et/ou les éléments naturels (bruissement des feuilles, sons de la pluie ou des vagues à l'interface air-eau, bruit du vent). Le bioacousticien a plus une démarche scientifique tandis que l'audionaturaliste s'appuie sur la bioacoustique pour faire de la création musicale et contemplative, ou faire apprécier ses sons[7].

En France, un des pionniers est le compositeur Fernand Deroussen qui a déposé une partie de sa sonothèque au Muséum national d'histoire naturelle et vit de ses droits d'auteur. En 2019, il existe une dizaine d'audionaturalistes professionnels qui ne vivent que de cette activité[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Uli Pförtner, documentaire « Opération Dolittle. La voix des animaux », WDR, 2013
  2. Don Stap, Birdsong. A Natural History, Oxford University Press, (lire en ligne), p. 28-29
  3. Bernard Dumortier, « La stridulation et l'audition chez les Insectes Orthoptères. Aperçu historique sur les idées et les découvertes jusqu'au début du XXe siècle », Revue d'histoire des sciences et de leurs applications, vol. 19, no 1,‎ , p. 1-28
  4. Bernard Dumortier, L'œuvre d'Ivan Regen, précurseur de la bioacoustique des insectes, Archives Internationales d'Histoire des Sciences, , p. 207-242
  5. (en) Jérôme Sueur et col, « Rapid Acoustic Survey for Biodiversity Appraisal », PLoS ONE, vol. 3, no 12,‎
  6. (en) Bernie Krause, Wild Soundscapes: Discovering the Voice of the Natural World, Revised Edition, Yale University Press, , p. 87
  7. a et b Denis Sergent, « À l’affût des sons de la nature », sur la-croix.com,

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) A.W Ewing, Arthropod bioacoustics: Neurobiology and behaviour. Edinburgh: Edinburgh Universitsy Press, 1989. (ISBN 0-7486-0148-1)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]