Bataille de Hòa Bình

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La bataille de Hòa Bình est un engagement militaire de la guerre d'Indochine qui opposa, du au , les troupes de l'Union française aux forces vietminhs du général Vo Nguyen Giap. Les combats, déclenchés sous l'initiative française pour empêcher les troupes vietminh d'investir le delta, se concluent par une victoire française. De Lattre, poussé par le gouvernement, souhaite en effet influer sur le budget et obtenir le soutien des États-Unis par une victoire[1].

Lors de cet affrontement Giap va engager sans succès trois de ses divisions (DD 304, 308 et 312) pour conquérir Hoa Binh. Finalement, en février 1952, le général Salan, qui vient de remplacer de Lattre à la tête des troupes de l'Indochine, décide d'évacuer Hòa Bình qui monopolise trop de troupes (un tiers des effectifs du Tonkin) afin de les utiliser dans le delta[2].

Contexte[modifier | modifier le code]

La ligne de fortification du delta est en cours d'achèvement et l'Armée de la République vietnamienne est en constitution à la suite de la mobilisation générale décidée par Bao Daï et à l'arrivée des premiers matériels américains[3]. De Lattre est à la tête de l'Indochine depuis près d'un an et ses victoires successives[4] ont permis de rétablir le moral de l'armée. À chaque fois cependant les combats sont à l'initiative du Vietminh qui n'hésite plus à engager ses divisions dans des attaques massives depuis son succès sur la RC4 en octobre 1950.

Sous la poussée du gouvernement qui doit voter le budget de l'Indochine fin décembre, de Lattre a besoin d'une victoire offensive rapide et spectaculaire. Après quelques hésitations sur le lieu[5], son choix se porte sur Hoa Binh, la capitale des Muong. Cette région est un carrefour important de ravitaillement des Vietminh entre la Chine et Thanh Hoa au nord de l'Annam. Outre le côté stratégique que présente ce nœud d'approvisionnement et d'infiltration du delta tonkinois, Hoa Binh est une région de jungle et de montagne propice aux techniques de combat du Vietminh ce qui permet de s'assurer qu'il s'engagera. De plus, même si la zone n'est pas adaptée aux manœuvres des grandes unités franco-vietnamiennes, elle est proche d’Hanoï et de son aviation et peut-être atteinte par voie fluviale via la rivière Noire[6].

Déroulement des combats[modifier | modifier le code]

Opération Tulipe[modifier | modifier le code]

L'objectif de cette première opération, mise au point par le général de Linarès, est de s'emparer de la trouée de Cho Ben l'une des voies d'infiltration du Vietminh dans le delta. Il s'agit d'une action combinée de troupes aéroportées et de forces terrestres.

Le 10 novembre 1951, tandis que le 1er BEP est parachuté directement sur la ville[7], 4 groupements convergent en tenaille vers l'objectif. Le groupement blindé de De Castries chemine par la RP 21 du nord vers le sud, le GM2 du colonel Clément, renforcé par le 1er BPC et le commando Vandenberghe, et le GM7 du colonel Dodelier sont respectivement au centre et à l'ouest du dispositif. Le GM3 de Vanuxem quant à lui protège le sud du dispositif.

En face, la résistance est symbolique[8]. Le soir même les troupes françaises ont atteint leurs objectifs : la RP 21 est dégagée et la ville de Cho Ben est conquise.

Opération Lotus[modifier | modifier le code]

3 jours après la prise de Cho Ben, de Lattre lance l'opération Lotus afin de s'emparer d'Hòa Bình son objectif principal[9]. Le soir du 13 novembre, le GM1, qui constitue le groupement nord, s'élance en direction de Tu Vu en contournant par le nord le mont Bavi puis en redescendant via la vallée de la rivière Noire. Dans le même temps, le groupement sud du colonel Clément, avec en tête les 2 bataillons muong de Vanuxem, progresse sur la RC6 en direction d'Hòa Bình. Entre les deux groupes le GM2 doit assurer la liaison.

L'opération aéroportée a lieu le 14 novembre[10]. Trois bataillons de parachutistes sont largués directement sur l'objectif : le 2e BPC, le génie et l'artillerie à 12 h 30, le 1er BPC à 14 h 30 et enfin le 7e BPC à 17 h 30.

Hoa Binh est conquise sans difficulté le jour même et la liaison avec les Muongs du GM3 est établie dans la soirée. Le 15 novembre, l'ensemble des objectifs est atteint[11]. De Lattre, satisfait de l'opération, réuni les journalistes et annonce : « J'ai saisi l'ennemi à la gorge »[12]. Le 19 novembre Il se rend à Hòa Bình pour rencontrer une dernière fois ses soldats avant de rejoindre pour raison de santé la métropole[13].

L'ensemble des 2 opérations a fait 608 morts côté vietminh et 8 morts côté français[11].

Les combats de la rivière Noire[modifier | modifier le code]

La défense de Hòa Bình est confiée au colonel Vanuxem et son GM3. Un camp retranché est installé sur la ville tandis que les deux axes de communication, la RC6 et la rivière Noire, sont protégées par des postes tenus respectivement par des éléments des GM2 et GM7[14].

De Lattre avait raison, Giap ne peut laisser les français occuper « une position stratégique importante » qui coupe « les communications entre le Viêt-bac et la IIIe interzone »[15]. Il dirige trois de ses divisions, les DD 304, 308 et 312, sur le pays des Muongs.

Opération Amarante[modifier | modifier le code]

Il s'agit de l'opération Amarante qui se déroule du au .

Les forces en présence[modifier | modifier le code]

Drapeau de la France Forces françaises[modifier | modifier le code]

Flag of North Vietnam (1945-1955).svg Forces việt minh[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Guerre d'Indochine 1945-1954, page 94.
  2. Guerre d'Indochine 1945-1954, page 96.
  3. Mémoires - Fin d'un empire de Raoul Salan, Tome 2, page 262.
  4. Vĩnh Yên en janvier 1951, Mao Khê en mars, le Day en juin et récemment Nghia Lo en octobre.
  5. Des attaques sur Langson, Thaï Nguyen ou Phu Tho ont en effet été envisagées, Histoire de la guerre d'Indochine, page 425.
  6. Histoire de la guerre d'Indochine, page 425 et 326.
  7. Le parachutage des 582 hommes du capitaine Darmuzai s'effectue à 9 h 10 à partir de 10 C-47 et 23 Toucan à 300 m au nord de la ville, Histoire des parachutistes français, page 297.
  8. Le Vietminh disposait dans la région de 2 bataillons du régiment 64, du bataillon régional 164 à 3 compagnies et de 3 compagnies régionales. Histoire des parachutistes français, page 296.
  9. L'opération est confiée au général Salan. Elle met en œuvre : un groupement Nord (colonel Dodelier) à 6 bataillons d'infanterie, 3 groupes d'artillerie, 1 escadron blindé et 1 bataillon du génie - un groupement sud (colonel de Bollardière) à 7 bataillons d'infanterie dont 3 de parachutistes, 3 groupes d'artillerie, 1 groupe blindé et 2 bataillons du génie – un groupement de liaison (colonel Clément) à deux bataillons d'infanterie et 2 groupes d'artillerie. Histoire des parachutistes français, page 297.
  10. L'opération est confiée aux lieutenant-colonel de Rocquigny. 3 bataillons de parachutistes, 1 section de canon de 75 SR (sans recul), une section de 75 de montagne et la section de génie de la BPAN. Paras d'Indochine. 1944-1954, page 136.
  11. a et b Histoire de la guerre d'Indochine, page 426.
  12. Mémoires - Fin d'un empire, page 265.
  13. De Lattre décède le vendredi 11 janvier à 18 h 00 des suites d'un cancer, Jean de Lattre mon mari, page 401.
  14. Sur la RC6 les postes sont installés entre Xom Phéo et Xuan Mai ; sur la rivière Noire ils sont étalés sur 20 km entre le Rocher Notre Dame – Tu Vu au sud et La Phu – Dan Thé au nord, Histoire des parachutistes français, page 300.
  15. Mémoires - 1946-1954, page 193.

Lexique[modifier | modifier le code]

  • BAPN : base aéroportée nord.
  • BEP : bataillon étranger de parachutistes, ancêtre des REP.
  • BPC : bataillon de parachutistes coloniaux, ancêtre des RPIMa.
  • GM : groupes mobiles constitués de bataillons d'infanterie, de groupes d'artillerie, d'éléments du génie et de transport.
  • DD : dai đoàn, brigade vietminh. Terme souvent conservé pour les divisions (sư đoàn)
  • RP21 : route provinciale no 21, appelée également route des concessions.
  • RC6 : route coloniale no 6.
  • TD : trung đoàn, régiment vietminh, constitués de 4 bataillons (tiểu đoàn).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographies[modifier | modifier le code]

  • Jacques Dalloz (préf. Bernard Droz), Dictionnaire de la guerre d'Indochine : 1945-1954, Paris, Armand Colin, coll. « Dictionnaire », , 282 p. (ISBN 978-2-200-26925-8, notice BnF no FRBNF40126249).
  • Collectif avec préface de Raymond Muelle, Guerre d'Indochine 1945-1954, Trésor du patrimoine, 2004 (ISBN 2-915-11810-8).
  • Collectif, Histoire des parachutistes français, Société de Production Littéraire, 1975.
  • Général Võ Nguyên Giáp, Mémoires 1946-1954 : Tome 2, Le chemin menant à Diên Biên Phu, Anako, 2003.
  • Général Yves Gras, Histoire de la guerre d'Indochine, Plon, 1979 (ISBN 2-259-00478-4).
  • Général Raoul Salan, Mémoires - Fin d'un empire Tome 2 Le Viêt-minh mon adversaire - octobre 1946 - octobre 1954, Presses de la Cité, 1971.