Auguste Grasset

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Auguste Grasset
A. Grasset.jpg
Biographie
Naissance
Décès
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NièvreVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité

Louis-Auguste Grasset, dit Grasset "aîné", né à La Rochelle le 18 pluviôse an VII (), décédé à Varzy le , fut receveur des contributions à La Charité-sur-Loire, puis inspecteur des monuments historiques de la Nièvre et conservateur du musée et de la bibliothèque de Varzy.

Enfance et formation[modifier | modifier le code]

Son père Claude-Joseph Grasset (1760-1836), né à La Charité, ingénieur des ponts et chaussées, fut en poste à La Rochelle de 1789 à 1802. Il y épousa Camille-Sophie Suidre (1768-1837) dont il eut trois enfants : Marie-Sophie (1796), Louis-Auguste (1799) et Isaac-Édouard (1802).
Revenu à La Charité, il fut maire de cette ville durant le Premier Empire. À la Restauration, il dirigeait les forges de la Douée à Saint-Aubin-les-Forges, qu'il avait hérité de ses parents. Sa famille était bien logée à La Charité, et c'est chez lui que le duc d'Angoulême descendit au cours d'un voyage vers les eaux[1].
Ses fils firent leurs études au collège de La Charité, puis Auguste fit des études d'administration qui le conduisirent à solliciter dès 1821, un poste de receveur des contributions à La Charité[2].

Le cabinet de curiosités[modifier | modifier le code]

Depuis 1822, Auguste Grasset avait commencé à réunir chez lui des objets de collection, qu'il faisait admirer à ses amis de passage, ainsi qu'à des antiquaires et autres amateurs[3]. Son frère Édouard qui participait à la guerre d'indépendance de la Grèce, ne manquait pas une occasion de lui envoyer des objets d'art qu'il avait découverts dans les contrées qu'il traversait. D'autres amis comme le colonel Fabvier, ou le baron Taylor en faisaient autant.
Le Auguste Grasset épousa Marie-Edmée-Julie Charron-Vallière, née à La Charité en 1805, fille de Jean-Baptiste-Alphonse Charron-Vallière, propriétaire. Celui-ci invita à la noce le ban et l'arrière-ban des notabilités, Messieurs Decolons de Vauzelles, président du tribunal civil de Nevers, Jacques Jolly de Bussy, propriétaire en sa terre de Bussy (Cher), Abel-Jean-Baptiste-Nicolas Gaveau d'Angerville, officier en retraite demeurant à Varzy (Nièvre), tous parents des mariés, et le vicomte de La Porte, maire de La Charité.
Les jeunes époux, installés au 12 rue des Hôtelleries, eurent bientôt un fils, qu'ils prénommèrent Joseph-Jules.
Cela n'empêchait nullement Auguste Grasset, peu accaparé par ses tâches de percepteur, de se constituer «un cabinet d’histoire naturelle digne de fixer l’attention publique. Cette collection importante se compose de mammifères, oiseaux, reptiles, poissons, crustacés, mollusques, zoophytes, végétaux, minéraux, médailles, antiquités égyptiennes, romaines de la Grèce et de la Chine.»[4]. Il avait aussi commencé une importante collection d'autographes, surtout grâce à son frère devenu consul de France et aux amis de celui-ci.
La ville n'avait en rien aidé à la constitution de cette collection, bien que les gens de passage en parlent déjà comme le petit "musée" de La Charité[5].

Inspecteur des Monuments historiques[modifier | modifier le code]

La Charité-sur-Loire - Église Notre-Dame -462

À partir de 1834, un autre ami d'Édouard Grasset, Prosper Mérimée qui était devenu Inspecteur Général des Monuments historiques, sur les conseils du baron Taylor, commença de s'intéresser aux collections d'Auguste. Le il se rend à La Charité pour rendre visite à Auguste Grasset et voir des bas-reliefs provenant du portail de l'église prieuriale que celui-ci a mis à jour[6]. À la suite de cette visite, le 13 septembre, Auguste Grasset était nommé inspecteur des monuments historiques de la Nièvre[1].
Ce collectionneur passionné s'intéressait aussi à la numismatique et possédait une collection de monnaies antiques dont beaucoup provenaient du département de la Nièvre. Il était correspondant du Comité des Arts et des Monuments du ministère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, et à ce titre il faisait des communications dans les congrès d'antiquaires et rédigeait des rapports sur ses découvertes qu'il adressait aux commissions du ministère[7]. Il envoyait aussi des notes au Conseil général de la Nièvre, mais celui-ci ne semble pas l'avoir beaucoup aidé pour constituer son musée[8].
Les visiteurs de passage admiraient beaucoup ses collections : Henry Beyle (Stendhal) qui le visita en 1837, fit ce commentaire : "Heureux qui peut s’élever au-dessus des pauvretés de la vie réelle et former une collection aussi belle et aussi variée que celle de M. Grasset. Deux choses m’ont vivement frappé à La Charité : La Loire qui, par sa largeur, rappelle le Rhin, et la magnifique tête de Laocoon dans la collection de M. Grasset,…"[9].
Auguste Grasset possédait encore dans sa maison de La Charité une bibliothèque de 1 600 volumes qu'il enrichissait sans cesse. On y admirait surtout un superbe exemplaire du Voyage pittoresque et romantique dans l’ancienne France, par MM. Taylor, Nodier et de Cailleux, ouvrage de la plus haute portée et du plus grand intérêt comme style et comme dessin, que M. Grasset devait à la généreuse et honorable amitié de M. le baron Taylor, ainsi que la collection d'autographes qui s'enrichissait toujours[10]. En 1838, il acheta les manuscrits de Jean-François Née de La Rochelle, juge de paix à La Charité et ami de son père, qui sont aujourd'hui à la Bibliothèque nationale de France.

Le Musée de Varzy[modifier | modifier le code]

Buste d'Auguste Grasset par Émile-André Boisseau (1842-1923). Musée de Varzy (Nièvre).

Claude-Joseph Grasset et son épouse sont décédés en 1836 et 1837. Auguste, dans les années qui suivirent, a tenté de remplacer son père à la direction des forges de la Douée et comme maire de Saint-Aubin-les-Forges, tout en gardant la maison de La Charité où il tenait ses collections. La ville de La Charité n'envisageait pas de créer un musée municipal. Grasset essaya encore de vendre ses collections à la ville de Nevers mais le Conseil déclina cette proposition. Une vente aux enchères eut même lieu en 1847 pour une partie des pièces de la collection de Grasset, qui a fait aussi des dons à plusieurs écoles et bibliothèques de la Nièvre.

Auguste Grasset s'entendait bien avec le docteur Dangerville, un cousin de son épouse, qui habitait à Varzy, petite ville de la Nièvre où Henri Piffaut avait créé en 1856 un musée municipal. C'est ainsi qu'il accepta en 1861 de déménager avec ses collections pour s'installer à Varzy.
Dès 1862, Auguste Grasset, qui avait fait don de toutes ses collections à la ville, fut nommé conservateur du musée et de la bibliothèque de Varzy[11]. Dès lors, il eut le loisir de se consacrer pleinement aux acquisitions et à la conservation des pièces qui sont aujourd'hui la richesse principale de ce musée. Le musée de Varzy s’enrichissait aussi de tableaux et de médaillons provenant de peintres nivernais ou berrichons[12], de portraits ou de bustes de personnalités de la commune de Varzy ou de la Nièvre[13] ou de dépôts de l’État. Le conservateur sollicitait aussi les auteurs et les sociétés locales pour garnir la bibliothèque[14].
Le Auguste Grasset était fait chevalier de la Légion d'honneur, à titre de Conservateur du Musée et de la Bibliothèque de Varzy (Nièvre)[15]. Ses nombreuses publications lui assuraient désormais un grand renom dans toutes les sociétés savantes. Il en adressait toujours un exemplaire au Comité des Arts et des Monuments du ministère[16].
Le son épouse Julie Charron-Vallière décédait dans leur maison de Varzy, place Sainte-Eugénie. Il ne lui survécut qu'un mois avant de s'éteindre aussi le au même endroit.[17]
Auguste Grasset était chevalier de la Légion d'honneur et officier d'Académie. Plusieurs bustes ont été faits de lui par des artistes nivernais qui ornent aujourd'hui le musée de Varzy, auquel on a donné le nom de Musée Auguste-Grasset.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Prosper Mérimée Lettres aux Grasset, par Maurice Parturier, La Connaissance, Paris, 1929
  2. Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle (suppl.), vol.16, p. 919
  3. Sentinelle de la Nièvre, 5 avril1832; Écho de la Nièvre, 9 avril 1836
  4. l’Almanach de la Nièvre, 1829
  5. J.-A.-C. Buchon, Bibliothèques publiques des départements, Revue trimestrielle, Paris, 1830, p. 228
  6. Auguste Grasset, Notice sur l’origine des bas-reliefs de l’église de La Charité-sur-Loire. Nevers , Fay impr., 1835
  7. Revue des études historiques, 1835, p. 267-268
  8. Auguste Grasset, Rapport au Conseil général (Nevers, Duclos et Fay, 1836
  9. Henry Beyle (Stendhal), Mélanges intimes et Marginalia. Paris, Le Divan, 1936
  10. Esquisses autographiques et bibliographiques, par Noël Lefevre ; collections de lettres autographes de M. Grasset aîné, à la Charité-sur-Loire, Nevers, Morel, 1853, p. 6.
  11. H. Piffaut, Fondation de la Bibliothèque et du musée de la ville de Varzy, Nevers, J.M. Fay, 1863
  12. Louis Boucomont, Jules Dumoutet (1815-1880), Raymond-Noël Esbrat (1809-1856), Philippe Peyrane (1780-1865)
  13. les frères Dupin : André, Charles et Philippe, Claude-Alphonse Delangle, le duc de Damas-Crux, le baron Taylor, Monseigneur Dufêtre et Monseigneur Forcade, évêques de Nevers
  14. Bulletin de la Société nivernaise des sciences, lettres et arts, Nevers 1867, p. 249
  15. base LEONORE : Grasset (Louis-Auguste)
  16. Archives nationales (Pierrefitte) = F/17/2857 (dossier Grasset aîné)
  17. Alain Raisonnier, « Les frères Grasset », De la Nièvre au Pont-Neuf, no 9,‎ , p. 10-18 (lire en ligne)