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Angélique du Coudray

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Angélique du Coudray
Angélique du Coudray par Le Villain, d’après Lecler.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 79 ans)
BordeauxVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Autres informations
Maître
Anne Bairsin (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Distinction

Angélique Marguerite Le Boursier du Coudray connue sous le nom de Angélique du Coudray[1], née le , probablement à Paris, et morte le [2],[3] à Bordeaux, est une sage-femme française.

Elle est la première sage-femme française à enseigner l'« art des accouchements » en public.

Angélique Marguerite Le Boursier du Coudray est née le , probablement à Paris, de Pierre Le Boursier du Coudray et de Marguerite Baillivet[4].

Après une formation auprès d'Anne Bersin[5] à Paris[2], elle reçoit son diplôme de sage-femme le [6] et devient sage-femme jurée le [7].

Après avoir été maîtresse sage-femme dans le quartier du Châtelet à Paris, elle se rend à Thiers en 1751 après que frère Côme l'a conseillée au seigneur de Thiers[8]. Elle quitte rapidement Thiers et commence à donner des cours gratuitement[9] aux femmes en charge d'accouchements en milieu rural en Auvergne et s'établit à Clermont[10]. À partir d', lorsqu'elle présente sa Machine à Germain Pichault de La Martinière, elle utilise le nom « du Coudray »[11].

Pour rendre ses cours « palpables[12] », elle invente sa Machine, un mannequin fait de bois, carton, tissus, coton, reproduisant en grandeur nature le bassin d'une femme en couches, ce qui permet différentes manipulations[13],[14] ; il est approuvé en 1756 par l'Académie de chirurgie[6]. L'intendant d'Auvergne[15], qui la trouve « très habile et de bonne volonté », décide que les principales villes de sa province doivent disposer d'un mannequin.

Louis XV lui accorde en un brevet[10] l'autorisant à donner des cours dans tout le royaume et à dispenser des brevets d'exercice aux sages-femmes qu'elle forme[16]. En 1768, le roi lui accorde un second brevet[pourquoi ?] et une pension annuelle de 8 000 livres[17]. De 1759 à 1783, malgré des difficultés de santé liés à des crises de goutte et à une obésité, elle sillonne la France[18] et instruit plus de 5 000 femmes notamment dans les villes comme Caen, Rennes, Rouen, Bordeaux, Angers ou Le Mans[10],[17]. Elle parcours toutes les provinces, fors l'Alsace et le Languedoc[19]. Elle forme également des chirurgiens[20]. Elle fait ouvrir dans plusieurs grandes villes des maisons de maternité[6]. La méthode « simple, claire et exacte » de madame du Coudray, « sa patience, son zèle », lui valent « estime et considération »[6]. Elle est soutenue par de nombreuses personnalités de l'époque, telles que Jacques Necker, frère Côme, le marquis de La Fayette[1] ou encore l'évêque de Dax[Lequel ?][6],[16].

La jeune Marguerite Guillomance qu'elle élève et fait passer pour sa « nièce », l’accompagne dans ses voyages. Elles rencontrent le chirurgien Jean-Pierre Coutanceau à Bordeaux en 1770, et celui-ci épouse Marguerite Guillomance en 1773[1]. À partir de 1783, Marguerite Coutanceau remplace sa tante dans les séances de démonstration.

L'épisode révolutionnaire bouleverse leur vie. En 1789, Madame du Coudray demeure chez Marguerite Guillomance à Bordeaux. Elle perd la pension que lui a octroyé Louis XV. L'avènement[21] de la Révolution fait craindre que l'instruction des sages-femmes ne soit plus une priorité. Mme Coutanceau présente un mémoire à l'Assemblée nationale pour en rappeler l'importance. Elle cite le cas de La Fayette, dont la naissance quasi miraculeuse est due à Mme du Coudray. Mais La Fayette tombe en disgrâce et Alphonse Leroy, un vieil ennemi, se manifeste. Il dénonce l'ignorance de toutes les sages-femmes et parle de la « demoiselle » (femme non mariée) qui enseigne les accouchements avec une poupée. Félix Vicq d'Azyr lance une enquête et constate que les provinces sont largement favorables à Madame du Coudray. La proximité ancienne de Madame du Coudray et du pouvoir royal joue contre elle. Les titres sont abolis : n'importe qui peut se dire « officier de santé ».

Marguerite Coutanceau, aidée de son mari chirurgien mais sans aucun soutien officiel depuis le dépôt de son mémoire, reprend la charge d'Angélique du Coudray. Elle devient, le , la première directrice d'une maison de maternité qui vient d'être fondée. La Terreur s'installe. Dans la peur générale, les deux femmes obtiennent un certificat de civisme. Mme du Coudray meurt, dans le dénuement et la solitude, un jour où sa nièce et son mari sont absents.

Contributions

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La « machine »

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Spécimen de la « Machine de Madame du Coudray » en 2013 au musée Flaubert et d'histoire de la médecine.
Fac-similé réalisé en 2004 de la « machine de Madame du Coudray » exposé au Musée de l'Homme, à Paris

Angélique du Coudray invente un mannequin qu'elle appelle « La machine de Madame du Coudray ». Elle est conçue pour les démonstrations publiques et pour permettre aux étudiantes, durant leur formation de deux mois, de pratiquer. Ce mannequin

« représentait le bassin d'une femme, la matrice, son orifice, ses ligaments, le conduit appelé vagin, la vessie, et l'intestin rectum. J'y joignis un modèle d'enfant de grandeur naturelle, dont je rendis les jointures assez flexibles pour pouvoir les mettre dans des positions différentes[,] un arrière-faix[22], avec les membranes, et la démonstration des eaux qu'elles renferment, le cordon ombilical, composé de ses deux artères, et de la veine, laissant une moitié flétrie, et l'autre gonflée, pour imiter en quelque sorte le cordon d'un enfant mort, et celui d'un enfant vivant, auquel on sent les battements des vaisseaux qui le composent. J'ajoutai le modèle de la tête d'un enfant séparée du tronc, dont les os du crâne passaient les uns sur les autres[23]. »

Approuvé par l'Académie de chirurgie le [1],[6], le dispositif est démontable afin de faciliter son transport dans tout le pays[16].

Abrégé de l’art des accouchements (1759)

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En 1759, Madame du Coudray publie sous le nom de « Madame Le Boursier du Coudray, ancienne sage-femme de Paris » l’Abrégé de l’art des accouchements, qui est son manuel scolaire[24]. Elle y expose les grossesses gemellaires, alors particulièrement risquées à cette époque[10].

La deuxième édition, parue en 1777, est remarquable par les illustrations  c'est une première  de 26 gravures en taille douce en couleurs[6]. Les peintures sont signées de P. Chapparre et les gravures en couleur de Jean Robert.

L'Abrégé d'Angélique du Coudray connaît cinq éditions et inspire d'autres manuels tels que celui de Jean-Louis Baudelocque. Plus simples que les traités de médecine auparavant usités, ils permettent de toucher un public plus large, notamment dans les campagnes où les futures sages-femmes sont parfois peu instruites[16],[17].

  • Coudray, Abrégé de l'art des accouchemens : dans lequel on donne les préceptes nécessaires pour le mettre heureusement en pratique, & auquel on a joint plusieurs observations intéressantes sur des cas singuliers, Paris, Barrois, , 208 p. (lire en ligne)
  • Onderwys voor de leerlingen in de vroed-kunde ofte konst der kinder-bedden [], traduction néerlandaise de F. D. Vandaele, 1775[25] [lire en ligne (page consultée le 2026-03-10)]

Plusieurs voies publiques portent son nom en France :

Les maternités de l'hôpital de Melun et de l'hôpital Delafontaine à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) portent son nom.

Une bande dessinée lui est dédiée : La Sage-femme du Roi d'Adeline Laffitte et Hervé Duphot, éditée par Delcourt, parue le [26].

Un polyptyque, Parto (2017-2019), évoquant et copiant la "machine à accoucher" sur l'un des panneaux, a été réalisé par le peintre Anthony Freestone[27].

En 2026, elle fait partie des 72 femmes scientifiques dont le nom figurera sur la tour Eiffel avec les 72 savants hommes qui y figurent depuis 1889[28].

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 « Madame du Coudray, sage-femme itinérante : mise au point biographique », sur Archives départementales du Puy-de-Dôme (consulté le )
  2. 1 2 Gelbart 1998, § 63. Ces dates sont aussi celles de la Bibliothèque du Congrès.
  3. « Registre Bordeaux Sud, acte n° 907 du 28 germinal de l'an II enregistrant son décès la veille le 27, soit le 16 avril 1794. »
  4. Le Centre de Généalogie, Candice BOURADA FORREST, Pauline JUSSY et Maxence MORIO, « L'ascendance de Madame du Coudray révélée », DOI.org (Datacite), (DOI 10.5281/ZENODO.20113365, lire en ligne, consulté le )
  5. Sur Anne Bersin : « Bairsin (dame Philbert Mangin, Anne) », dans Delacoux 1834, p. 30.
  6. 1 2 3 4 5 6 7 Voir Delacoux.
  7. Constance Joël, Les Filles d'Esculape: Les femmes à la conquête du pouvoir médical, Robert Laffont (réédition numérique FeniXX), (ISBN 978-2-221-17883-6, lire en ligne)
  8. Justine Defrance, Les précurseuses: 18 histoires de femmes qui n avaient pas froid aux yeux, Nouveau Monde Editions, (ISBN 978-2-38094-386-3, lire en ligne)
  9. Abrégé, p. VI.
  10. 1 2 3 4 « 5 femmes scientifiques qui ont marqué leur siècle », sur 5 femmes scientifiques qui ont marqué leur siècle (consulté le )
  11. (en) Harry Owen, Simulation in Healthcare Education: An Extensive History, Springer, (ISBN 978-3-319-26577-3, lire en ligne)
  12. Le mot est de Delacoux : p. 72.
  13. Il en reste un exemplaire, au musée Flaubert et d'histoire de la médecine de Rouen. On a des photos en ligne. Le Musée a coédité, avec les éditions Point de vues : La « machine », ou l'Art des accouchements au XVIIIe siècle, Rouen, 2005, épuisé.
  14. Description détaillée, site medarus.
  15. Simon-Charles-Sébastien Bernard Ballainvilliers (d) (1721–1767), intendant d'Auvergne de 1758 à 1767.
  16. 1 2 3 4 « Angélique Marguerite Le Boursier du Coudray, Une sage-femme itinérante », dans Annabelle Kremer-Lecointre, Femmes de sciences, A la rencontre de 14 chercheuses d'hier et d'aujourd'hui, Éditions La Martinière, , 192 p. (ISBN 978-2-7324-9653-5)
  17. 1 2 3 Jacques Gélis, « Sages-femmes et accoucheurs : l'obstétrique populaire aux XVIIe et XVIIIe siècles », Annales, vol. 32, no 5, , p. 927–957 (DOI 10.3406/ahess.1977.293872, lire en ligne, consulté le )
  18. N. R. Gelbart, (voir Gelbart 1998), a dressé une carte des déplacements de du Coudray.
  19. François Lebrun, Se soigner autrefois. Médecins, saints et sorciers aux XVIIe et XVIIIe siècles, Editions du Seuil, (ISBN 978-2-02-132778-6, lire en ligne)
  20. medarus.
  21. La source pour cette période est Gelbart 1998, à partir de la section 6.
  22. « Arrière-faix » : « Ce qui reste dans la matrice après la sortie du fœtus, c’est-à-dire le placenta, le cordon ombilical et les membranes qui enveloppaient le fœtus », définition du Wiktionnaire.
  23. Abrégé, p. VII.
  24. « 40 femmes scientifiques remarquables du XVIIIe siècle à nos jours », sur femmesetsciences.fr, , p. 52
  25. Fiche de worldcat.org.
  26. Adeline Laffitte et Hervé Duphot, La sage-femme du roi, Delcourt, coll. « Mirages », (ISBN 978-2-413-04594-6)
  27. « Parto (Madame du Coudray) », sur Anthony Freestone (consulté le )
  28. « REPORTAGE. "Pour elle, ça serait une fierté" : les noms de 72 femmes scientifiques orneront bientôt la Tour Eiffel », sur Franceinfo, (consulté le )

Bibliographie

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Liens externes

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