Angélique du Coudray

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Angélique du Coudray[1],[2],[3]

Angélique Marguerite Le Boursier du Coudray (née en 1714 ou 1715 à Clermont-Ferrand, morte le [4] à Bordeaux) est une sage-femme française. Elle est la première sage-femme à enseigner devant public l'« art des accouchements » et fait partie de ceux qui, à partir de la seconde moitié du xviiie siècle font la promotion des sages-femmes éduquées dans des cours pour remplacer les matrones accoucheuses formées sur le tas.

Biographie[modifier | modifier le code]

Angélique du Coudray naît dans une famille de médecins.

Elle est d'abord pendant trois ans l'élève d'Anne Bairsin[5], maîtresse sage-femme. Elle reçoit son diplôme le et peu après devient sage-femme jurée[6],[7]. Après avoir été maîtresse sage-femme au Châtelet à Paris pendant seize ans, elle retourne en Auvergne en 1754 et commence à donner des cours gratuitement[8].

Pour rendre ses cours « palpables[9] », elle invente un mannequin (fait de bois, carton, tissus, coton), reproduisant grandeur nature le bassin d'une femme en couches et permettant différentes manipulations[10],[11] ; en 1758 il est approuvé par l'Académie de chirurgie[6]. L'intendant d'Auvergne[12], qui la trouve « très habile et de bonne volonté », décide que les principales villes de sa province doivent disposer d'un mannequin.

Louis XV lui donne en 1759 un brevet et une pension : elle ira donner des cours dans tout le royaume. À quarante-cinq ans donc, pendant près d'un quart de siècle (jusqu'en 1783), malgré les ennuis de la goutte et de l'obésité, elle sillonne la France[13] et forme plus de 5 000 femmes. Elle forme également des chirurgiens[14]. Elle fait ouvrir dans beaucoup de grandes villes des maisons de maternité[6]. La méthode « simple, claire et exacte » de Mme du Coudray, « sa patience, son zèle », lui valent « estime et considération »[6].

En 1789, Mme du Coudray a au moins 74 ans et demeure chez sa nièce, Mme Coutanceau. L'avènement[15] de la Révolution fait craindre que l'instruction des sages-femmes ne soit plus une priorité. Mme Coutanceau présente un mémoire à l'Assemblée nationale pour en rappeler l'importance. Elle cite le cas de La Fayette, dont la naissance quasi miraculeuse est due à Mme du Coudray. La Fayette tombera bientôt et Alphonse Leroy, un vieil ennemi, se manifeste, dénonçant l'ignorance de toutes les sages-femmes et parlant de la « demoiselle » (femme non mariée) qui enseigne les accouchements avec une poupée. Vicq d'Azyr lance une enquête et les provinces sont largement favorables à du Coudray. Parallèlement, le fossé se creuse entre un Leroy, qui veut réserver l'accouchement aux hommes, et les femmes qui veulent la liberté totale. Les titres sont abolis : n'importe qui peut se dire « officier de santé ». En outre, l'État devient pauvre ; la pension n'arrive plus. C'est sans doute Mme du Coudray qui, en vendant ses biens, subvient aux besoins de tout le monde.

Aidée d'abord de son mari, Mme Coutanceau, qui n'a reçu aucun argent de Paris depuis le dépôt de son mémoire, garde la flamme allumée. Elle devient même, le , devançant son mari, la première directrice d'une maison de maternité qui vient d'être fondée. La Terreur s'installe. Dans la peur générale, les deux femmes obtiennent un certificat de civisme, mais un jour, sa nièce et son mari étant absents, Mme du Coudray meurt, dans le dénuement et la solitude.

Contributions[modifier | modifier le code]

La « machine »[modifier | modifier le code]

Mme du Coudray invente un mannequin (qu'elle appelle « machine[16] »), pour l'aider dans ses démonstrations et pour permettre aux étudiantes, durant leur formation de deux mois, de pratiquer ; ce mannequin

« représentait le bassin d'une femme, la matrice, son orifice, ses ligaments, le conduit appelé vagin, la vessie, et l'intestin rectum. J'y joignis un modèle d'enfant de grandeur naturelle, dont je rendis les jointures assez flexibles pour pouvoir les mettre dans des positions différentes[,] un arrière-faix[17], avec les membranes, et la démonstration des eaux qu'elles renferment, le cordon ombilical, composé de ses deux artères, et de la veine, laissant une moitié flétrie, et l'autre gonflée, pour imiter en quelque sorte le cordon d'un enfant mort, et celui d'un enfant vivant, auquel on sent les battements des vaisseaux qui le composent. J'ajoutai le modèle de la tête d'un enfant séparée du tronc, dont les os du crâne passaient les uns sur les autres[18]. »

Abrégé de l’art des accouchements[modifier | modifier le code]

Elle publie en 1752 l’Abrégé de l’Art des accouchements, qui sera son manuel scolaire.

La deuxième édition, parue en 1769, est remarquable en ce qu'elle est illustrée — c'est une première — de 26 gravures en taille douce en couleurs[19].

Place dans l'histoire[modifier | modifier le code]

La démographie[modifier | modifier le code]

La contribution la plus évidente, mais celle qui est mentionnée le moins souvent, est son rôle dans l'augmentation de la démographie. N. R. Gelbart écrit :

« Nous savons aujourd'hui que, même si la France craignait la décroissance, sa population s'éleva durant le XVIIIe siècle de 20 à 27 millions ; les démographes ont fixé à 1750 le début de cette transformation où s'est établi un accroissement marqué de l'espérance de vie des nouveau-nés. Les historiens ne reconnaissent pas le rôle de Mme du Coudray dans cet évènement (et ne le mentionnent même pas)[20],[21]. »

Extension du territoire de la médecine[modifier | modifier le code]

Mais l'idéologie de l'époque ne se limite pas au natalisme. Il faut entendre les histoires d'horreur qu'on se plaît à raconter à cette époque sur les accoucheuses ignorantes de la campagne, et le ton qu'on emploie pour parler d'elles, y compris chez Mme du Coudray. D'une affaire « entre femmes » où la matrone aide la jeune femme inexpérimentée, l'accouchement devient un « art », accessible par des cours, couronné par des diplômes, et où l'homme, le médecin, prend la position de commande. Le fait que ce soit les femmes qui accouchent rend particulièrement visible l'extension de l'empire de la médecine en montrant, pour une fois, des hommes suivant les cours de femmes, qui, en retour, reconnaissent la place éminente du médecin, appelé en dernier recours.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • [Abrégé] Abrégé de l'art des accouchemens : dans lequel on donne les préceptes nécessaires pour le mettre heureusement en pratique, & auquel on a joint plusieurs observations intéressantes sur des cas singuliers
    • Éditions en ligne : 1759 ; 1769 ; 1785
    • Onderwys voor de leerlingen in de vroed-kunde ofte konst der kinder-bedden […], traduction néerlandaise de F. D. Vandaele, 1775[22]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

  • Il y a une rue Angélique du Coudray, à Thorigné-Fouillard et également une rue Madame-du-Coudray à Clermont-Ferrand, sa ville natale.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Tiré de Delacoux 1834, p. 70.
  2. Le portrait est signé. Le dessinateur pourrait être « Lecler » ; après quoi on lit « 1833 ». La lithographie est de Villain.
  3. N. R. Gelbart, (Gelbart 1998, § 2, p. 10), trouve ce portrait « adouci » par rapport à l'original dans l'Abrégé ; Mme du Coudray y perd, pense-t-elle, ce qu'elle avait d'imposant.
  4. Gelbart 1998, § 63. Ces dates sont aussi celles de la Bibliothèque du Congrès.
  5. Sur Bairsin : « Bairsin (dame Philbert Mangin, Anne) », dans Delacoux 1834, p. 30.
  6. a, b, c et d Voir Delacoux.
  7. Sur ce qu'était une « sage-femme jurée », voir la Revue médico-chirurgicale, 1848, p. 314. D'autres disent que seule la sage-femme jurée pouvait témoigner en justice.
  8. Abrégé, p. VI.
  9. Le mot est d'elle : p. 72.
  10. Il en reste un exemplaire, au musée Flaubert et d'histoire de la médecine de Rouen. On a des photos en ligne. Le Musée a coédité, avec les éditions Point de vues : La « machine », ou l'Art des accouchements au XVIIIe siècle, Rouen, 2005, épuisé.
  11. Description détaillée, site medarus.
  12. Siméon-Charles-Sébastien Bernard de Ballainvilliers (1721–1767), intendant d'Auvergne de 1758 à 1767.
  13. N. R. Gelbart, (voir Gelbart 1998), a dressé une carte des déplacements de du Coudray.
  14. medarus.
  15. La source pour cette période est Gelbart 1998, à partir de la section 6.
  16. Le mot n'est pas aussi surprenant dans le français de l'époque qu'il l'est aujourd'hui.
  17. « Arrière-faix » : « Ce qui reste dans la matrice après la sortie du fœtus, c’est-à-dire le placenta, le cordon ombilical et les membranes qui enveloppaient le fœtus », définition du Wiktionnaire.
  18. Abrégé, p. VII.
  19. Les illustrations sont signées P. Chapparre ; la gravure J. Robert.
  20. Gelbart 1998, p. 277. Gelbart mentionne ici le deuxième volume de L'identité de la France de Fernand Braudel.
  21. Sur cette question de la démographie de l'époque, voir : Jacqueline Hecht, « Le Siècle des Lumières et la conservation des petits enfants », dans Population, 47e année, no 6, 1992, p. 1589–1620 DOI:10.2307/1534090.
  22. Fiche de worldcat.org.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]