Système Lahitte

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Canon de montagne de 4, modèle 1859 Le Pétulant. Calibre de 86 mm. Longueur 0,82 m. Poids 101 kg (208 kg avec l'affût). Munition: obus de 4 kg.

Le système La Hitte, conçu par le général français Ducos de La Hitte[1], consistait à équiper l’armée française des premiers canons rayés à chargement par la gueule. Il fut introduit en mars 1858 et entra en service dès la campagne d'Italie (1859).

Conception[modifier | modifier le code]

Au cœur du système La Hitte, on trouve un obus portant des petits plots, qui permettent le guidage du projectile par la rayure du canon.

Le système La Hitte résulte d’une collaboration entre le lieutenant-colonel Treuille de Beaulieu, directeur de l’« atelier de précision », inventeur du principe de guidage, et le général de La Hitte, président du Comité de l’Artillerie, qui en assura la promotion auprès de l'État-Major[2]:

« Il serait injuste d'omettre à cette occasion le nom du général de La Hitte, qui a immédiatement pris en charge la promotion des nouveaux principes, et a continué d’assurer leur exécution avec la plus grande compétence. C'est principalement à son adhésion indéfectible à ces principes, et à l'unité complète du système qui en résulte, qu'on doit attribuer le succès de la nouvelle arme. »

— Lieutenant-colonel Treuille de Beaulieu, Rapport[3] de l’Exposition universelle de 1862

Spécifications[modifier | modifier le code]

Les nouveaux canons rayés furent utilisés dès la campagne d'Italie de 1859 qui suivit[4]. Ces canons offraient une amélioration considérable par rapport aux canons traditionnels à âme lisse[4] : ils avaient à présent une portée de 3 000 m, que ce soit pour tirer des obus, des obus à balles ou de la mitraille. Il semble qu'on ait là le premier exemple de canons rayés de l'histoire de l'artillerie de terre (des obusiers rayés de marine de 30 (16 cm), fabriqués en 1855 mais arrivés trop tard pour prendre part à la guerre de Crimée, ont reçu le baptême du feu lors du siège de Canton en décembre 1857) [5].

Le chargement se faisait par la gueule (comme les mortiers modernes), et les obus étaient conçus pour exploser à deux gammes de distance. L'obus lui-même, une invention du capitaine François Tamisier (1847) était de forme ovoïde, avec à sa surface des cupules permettant de guider le projectile le long des rayures de l'âme. Les canons de l'époque, comme l’obusier de 12, furent dotés d'un canon rayé pour intégrer cette innovation[6]. Le système d'armes comportait des canons rayés :

  • pour les armes de siège de calibre 12, 16 et 24,
  • pour les canons de campagne de 4 et de 12,
  • de nouveaux obusiers de 12 et de 24 pour le siège,
  • et un « canon de montagne » de calibre 4.
Exemple d’âme rayée (ici celle d’un canon britannique de 105 mm de 1959).

Évolution de la nomenclature de l'artillerie en France[modifier | modifier le code]

Avec l’introduction d’obus fuselés guidés par la rayure de l’âme en remplacement des boulets sphériques traditionnels, les canons pouvaient désormais tirer des projectiles d’un poids à peu près double pour un calibre donné. Il fallait à peine plus de poudre pour tirer des obus en fait deux fois plus lourds ; et si les « canons Lahitte » conservaient l’appellation traditionnelle d’obusier de 4, le chiffre indiquait désormais le poids en kg (plutôt qu'en livres) du projectile. Ainsi le canon de campagne de 4 La Hitte tirait des obus d’à–peu–près 4 kg. De même, le canon de 12 La Hitte, au départ un canon napoléonien de calibre 12 cm, tirait à présent un obus de 11,5 kg, à comparer avec le boulet napoléonien de 4,1 kg[7].

Désuétude[modifier | modifier le code]

Le système La Hitte tomba en désuétude dès 1870 avec les travaux de Jean-Baptiste Verchère de Reffye et le développement du chargement des canons par la culasse.

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. Franck Taylor, Rifled Field Pieces: A Short Compilation of what is Known of the New Field,‎ 1862 (lire en ligne), p. 32
  2. D'après « Rifled ordnance in England and France », The Edinburgh Review,‎ 1864, p. 499 (lire en ligne)
  3. The Edinburgh Review - Page 499 1864
  4. a et b Cf. Stephen Shann, French Army 1870-71 Franco-Prussian War (lire en ligne), p. 37.
  5. d'après Jennings C. Wise, Gary W. Gallagher, The Long Arm of Lee, University of Nebraska Press,‎ 1915 (réimpr. 1991), 2 vol. (ISBN 0-8032-9735-1, lire en ligne), p. 30.
  6. D'après les historiens de la Guerre de Sécession Wise et Gallagher, « Napoléon III alla cependant jusqu’à ordonner en 1858, qu'on fasse rayer tous les canons, suivant le principe bâtard du Système La Hitte, qui demeura la doctrine de base en France jusqu’en 1870 » (d'après Jennings C. Wise, Gary W. Gallagher, The Long Arm of Lee, University of Nebraska Press,‎ 1915 (réimpr. 1991), 2 vol. (ISBN 0-8032-9735-1, lire en ligne), p. 30).
  7. « Rifled ordnance in England and France », The Edinburgh Review,‎ janvier-avril 1864 1864, p. 500-501 (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Stephen Shann, French Army 1870-71 Franco-Prussian War (lire en ligne), p. 37
  • Jennings C. Wise, Gary W. Gallagher, The Long Arm of Lee, University of Nebraska Press,‎ 1915 (réimpr. 1991), 2 vol. (ISBN 0-8032-9735-1, lire en ligne), p. 30)
  • « Rifled ordnance in England and France », The Edinburgh Review,‎ janvier-avril 1864 1864, p. 499-501 (lire en ligne)