Réforme marianique

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L'expression réforme marianique désigne un ensemble de changements qui auraient été introduits dans l'armée romaine par le consul Caius Marius en -107. La guerre des Cimbres et la guerre de Jugurtha ont eu une influence particulière, tant sur la carrière de Marius que sur l'évolution des institutions et de l'armée. Les sources antiques comme la biographie de Marius par Plutarque attribuent à Marius à cette occasion l'introduction d'un grand nombre de changements et de nouveautés. Les historiens actuels de l'armée romaine s'accordent à reconnaître que plusieurs des changements attribués par l'historiographie antique à Marius, dans le domaine tactique notamment, furent en fait progressifs et ne se développèrent réellement que sur le long terme. Le seul changement aujourd'hui retenu avec certitude est la décision d'abandonner un recrutement militaire censitaire pour ne plus recruter que les volontaires se présentant. Cette décision représentait une rupture politique et symbolique importante, toutefois les recherches actuelles ne majorent plus les conséquences politiques immédiates de cette décision.

Aspects tactiques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Grades de l'armée romaine.

C'est, d'une part, une réforme de l'organisation des légions. Celles-ci passent d'un effectif variant de 4 200 à 5 000 légionnaires à un effectif fixe de 6000. Elles se divisent désormais en dix cohortes de six cents légionnaires chacune, chaque cohorte comprenant trois manipules de deux cents hommes[1]. De plus, au lieu d'être divisés, comme auparavant, en hastaires (ou hastati), principes et triaires (ou triarii), les légionnaires furent désormais équipés uniformément. Aux précédents légionnaires s'ajoutaient 300 cavaliers et des vélites, normalement 1 200 vélites. La réforme de Marius signa le glas des vélites, puisque tous les légionnaires, même les plus pauvres étaient équipés par l’État, il n'y avait dès lors plus de différence de classe sociale dans le gros des troupes. Toutes les troupes avaient donc les mêmes équipements et les anciens vélites purent s'intégrer comme légionnaires. Il est à noter qu'à cette époque Rome a déjà conquis un certain nombre de territoires qui sont donc obligés de participer à l'effort de guerre romain.

La légion marianique se déployait traditionnellement en quinconce ; une première ligne de quatre cohortes, une seconde de trois, une troisième de trois. Les cohortes se formaient sur huit rangs de profondeur et 50 de longueur ; il y avait 90 cm entre chaque légionnaire d'un même rang, et 120 cm entre chaque rang. Les lignes de cohortes étaient séparées de 35 mètres, et les espaces vides dans les lignes correspondent exactement aux positions des cohortes de la ligne précédente ou suivante. La cavalerie, selon la tradition chez les Romains, se tenait aux ailes.

Cette réforme tactique était destinée à obtenir des légions plus flexibles, plus mobiles, plus adaptables, plus homogènes dans leur composition, qui correspondraient mieux aux buts impérialistes de la République, alors qu'auparavant les légions étaient destinées seulement à la défendre.

C'est aussi à Marius que l'on doit l'institution de l'enseigne légionnaire, une aigle d'argent superposée aux enseignes des cohortes. L'aigle est alors constituée par une hampe en haut de laquelle un aigle est représenté les ailes déployées tenant un foudre entre ses serres[2].

Recrutement[modifier | modifier le code]

Mais surtout, la réforme marianique changea le mode de recrutement. Auparavant, les légions étaient constituées par convocation, une fois l'an, des petits propriétaires, qui avaient les moyens de s'acheter leur équipement de légionnaires et constituaient une armée de guerriers-citoyens. Cette classe avait été atteinte au cours du IIe siècle av. J.-C., et le recrutement changea. Désormais, on recruta parmi toutes les classes, et en particulier parmi les prolétaires, à savoir les classes les plus pauvres[3]. Ceux-ci tenaient auparavant les rôles les plus subalternes, porteur de bagages ou rameurs sur les galères. Désormais, lorsqu'un général levait une légion (suite à l'autorisation adéquate, délivrée par le Sénat), il cherchait des volontaires parmi ces défavorisés. L'équipement était désormais fourni, et une solde était garantie au légionnaire. Surtout, son général lui promettait l'occasion de s'enrichir par le butin, et s'engageait à fournir un lopin de terre une fois son service terminé. En contrepartie, le soldat s'engageait sur une longue durée, ce qui facilitait les longues campagnes loin de Rome, et permettait d'avoir une armée réellement professionnelle.

Aspects politiques[modifier | modifier le code]

On passa ainsi d'une armée de conscription, constituée de citoyens, à une armée professionnelle composée d'hommes soldés, et motivés essentiellement par l'appât du gain[4]. Les conséquences de cette réforme furent graves pour la République. Désormais, les légions étaient plus enclines à servir les intérêts de leur général, qui correspondaient aux leurs, qu'à servir la République. C'est ce type de légion qui permit les guerres civiles entre des généraux ambitieux tels que Marius et Sylla, ou Pompée et Jules César. Cependant, seule une armée professionnelle engagée à long terme pouvait être utilisée pour les longues et lointaines guerres menées par Rome pour étendre et maintenir son empire.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Grimal, La civilisation romaine, Arthaud, 1968, p. 150.
  2. Pierre Grimal, La civilisation romaine, Arthaud, 1968, p. 434.
  3. André Piganiol, La conquête romaine, P.U.F. 1967, p. 436-437.
  4. Pierre Grimal, La civilisation romaine, Arthaud, 1968, p. 164.