Pensée latérale

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La pensée latérale est un ensemble de techniques théorisées par Edward de Bono, Docteur maltais en médecine et en philosophie, Master en psychologie et physiologie et auteur de plusieurs livres sur la créativité. Cet ensemble de méthodes de résolution de problème consiste à approcher les problèmes sous plusieurs angles au lieu de se concentrer sur une approche unique[1].

Définition et application[modifier | modifier le code]

La pensée latérale se définit par opposition à la pensée verticale, qui est la pensée classique, caractérisée par la continuité entre les étapes et la validation pas à pas des hypothèses et de chaque résultat intermédiaire. En pensée verticale, une idée dont l'applicabilité n'est pas validée est rejetée et n'est plus considérée dans la suite du processus. L'invalidation d'une idée en pensée verticale se fait classiquement à travers les objections suivantes :

  • si cela était vrai, c'est tellement simple qu'on l'aurait trouvé auparavant.
  • ce n'est pas une nouvelle idée
  • ce n'est pas comme ça
  • ça ne peut pas marcher
  • c'est trop cher
  • c'est irréaliste
  • c'est stupide

A contrario, la « pensée latérale » aide l'innovation en considérant que l'imagination d'une solution impossible ou irréaliste peut servir d'étape à la découverte d'une solution possible éventuellement innovante. Les étapes potentiellement illogiques servent alors de « tremplin » vers d'autres idées, elles-mêmes réalisables ou non, jusqu'à l'obtention d'une solution valide. La base de la pensée latérale consiste ainsi à réaliser des « sauts discontinus », éventuellement dans le domaine de l'impossible, souvent illogiques, mais toujours dans une optique de « changement ». La solution apportée apparaissant a posteriori incontestablement logique (ceci étant naturellement nécessaire pour que cette solution soit considérée comme valable).

Ces discontinuités peuvent être provoquées de plusieurs manières (Cf. Techniques), par exemple en inversant ou en exagérant le problème, en considérant des solutions pratiques ou des analogies avec des problèmes provenant d'un domaine très différent, ou encore en utilisant des mots aléatoires comme stimuli.

Ces techniques de pensée sont donc d'une grande utilité dans les processus créatifs et dans la résolution des problèmes. De nombreuses grandes entreprises ont fait appel à ce spécialiste de la créativité, et s'inspirent des méthodes de pensée latérale (IBM, Nokia, Siemens, Coca-cola, Ericsson, 3M, etc.).[réf. nécessaire]

Certaines de ces techniques, d'apparence illogique, permettent à l'être humain de réussir là où les corbeaux les plus intelligents échouent. Ces derniers trouvent uniquement les solutions découlant à première vue des lois de la physique, alors que les enfants résolvent aussi des problèmes qui semblent relever de la magie plus que de la physique (un dispositif caché permettant de réaliser cela).

Techniques de pensée latérale[modifier | modifier le code]

Ces méthodes se distinguent par l'aide qu'elles apportent à sortir des schémas de pensée que notre cerveau a construit au fil de nos expériences. Ce phénomène est celui qui intervient dans l'humour, qui implique le débranchement d'une structure vers une autre, a priori non liée, mais a posteriori justifiée. Ce débranchement se perçoit par exemple dans les jeux de mots ; le double sens étant le mécanisme qui provoque ce changement de structure (contexte).

Avant toute utilisation d'une de ces méthodes, il peut être utile de mentionner le caractère irréaliste des idées intermédiaires qui seront suggérées. Edward de Bono suggère l'utilisation du terme po avant ces propositions. po pouvant se traduire par Opération de Provocation (provocation opération) Cette étape évitant les types d'objection mentionnés précédemment. Ces suggestions de provocation peuvent également intervenir de manière involontaire au cours de la recherche d'idées nouvelles (c'est d'ailleurs lorsqu'elles interviennent de façon fluide que le processus de création est le plus efficace).

L'opération de provocation peut se faire des façons suivantes :

  • exagération du problème
  • inversion des objets considérés (« po, Les avions devraient pouvoir atterrir sur le dos »)
  • opposition du problème (« Les usines devraient puiser l'eau en aval des rivières dans lesquelles elles puisent ». Cette idée ne nécessite pas de tremplin et est directement applicable, et appliquée dans certains pays)
  • distorsion des faits
  • détournement de l'usage (« po, Les voitures devraient avoir des roues carrées » : cet exemple est détaillé ci-dessous)
  • l'utopie
  • Technique de l'échappée, qui consiste à s'échapper volontairement de la piste principale (via les techniques citées ci-dessus par exemple)
  • Le tirage aléatoire d'un mot du dictionnaire, servant de stimuli pour rebondir vers une autre voie de réflexion

Illustration par l'exemple[modifier | modifier le code]

Exemple 1[modifier | modifier le code]

« Les voitures devraient avoir des roues carrées »

Exemples de suggestions et des éventuelles solutions découlant de cette proposition :

  • utiliser des pneus à géométrie et pression variable,
  • ces voitures pourraient rouler dans les escaliers → Utilisation de 3 roues pour gravir les escaliers ; Ce que l'on retrouve sur certaines valises,
  • pourquoi ne pas utiliser un seul plan de contact ? → voitures à ski ; Ce qui est finalement le cas sur les motoneiges,
  • les chocs pourraient être amortis par une suspension à évolution programmée, ou évoluant activement → La suspension oléopneumatique et la suspension hydropneumatique en sont des applications.

Exemple 2[modifier | modifier le code]

Considérons la question:

« Il a fallu deux heures à deux hommes pour creuser un trou de deux mètres de profondeur. Quelle profondeur aurait été atteinte si dix hommes avaient creusé pendant deux heures ?  »

La réponse semble être 10 mètres de profondeur. Cette réponse suppose que la personne qui y a réfléchi a suivi un simple raisonnement mathématique suggéré par la description donnée, mais on peut générer des idées de pensée latérale sur ce qui affecte la taille du trou, ce qui peut mener à des réponses différentes:

  • un trou peut avoir besoin d'être d'une certaine forme ou taille donc l'excavation peut s'arrêter tôt à la profondeur requise
  • plus un trou est profond, plus il faut d'effort pour le creuser, étant donné que la terre à évacuer doit être élevée plus haut pour atteindre le niveau du sol. Il y a une limite de profondeur pour qu'un trou puisse être creusé par des humains sans avoir besoin d'échelles ou de grues pour évacuer la terre, et 10 mètres est au-delà de cette limite.
  • les couches de terre plus profondes peuvent être plus difficiles à creuser, on peut atteindre de la pierre ou une nappe phréatique.
  • chaque personne qui creuse a besoin de place pour utiliser une pelle
  • il est possible qu'avec plus de gens travaillant sur un projet, chaque personne devienne moins efficace à cause de davantage de possibilités de distraction, la supposition qu'on peut se relacher, plus de personnes avec qui parler, de la gêne occasionnée par le manque d'espace etc.
  • plus d'hommes pourraient travailler en alternance pour creuser plus rapidement et plus longtemps
  • il y a plus d'hommes mais y a-t-il plus de pelles ?
  • les deux heures creusées par dix hommes peuvent être sous des conditions climatiques différentes que les deux heures creusées par deux hommes. (pluie forte, soleil écrasant, neige, vent fort etc.)
    • la pluie peut inonder le trou pour empêcher l'excavation. Le trou est-il protégé par un toit ?
    • la température peut geler les hommes avant qu'ils ne finissent
  • préférerait-on avoir cinq trous de deux mètres chacun?
  • les deux hommes peuvent être une équipe d'ingénierie avec des engins de terrassement.
  • les huit hommes supplémentaires peuvent ne pas être assez forts pour creuser, ou bien plus forts que les deux premiers.
  • Quand on emploie dix hommes sur une même tâche il faut en conserver deux pour l'encadrement et seulement huit, ou moins, creusent.
  • Les dix hommes ont-il tous deux bras ? Sont-ils en bonne santé, suffisamment et uniformément musclés pour accomplir cette tâche ?
  • Les huit hommes supplémentaires sont ils vivants ? Si non, c'est peut être pour cela que les deux premiers creusent un trou.

Exemple 3[modifier | modifier le code]

La multiplication de deux nombres de même signe donne un nombre positif. La racine carrée d'un nombre N1 est le nombre r qui, multiplié par lui-même, donne N1. Pour qu'une multiplication de deux nombres donne un nombre négatif, il faut que ces nombres soient de signe opposé. On ne peut donc concevoir l'existence d'une racine carrée pour un nombre négatif. La pensée latérale nous convie à pourtant l'admettre sous forme de nombre imaginaire avec (par définition) i= (Racine carrée de -1).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. voir le Jeu de L de l'auteur et son livre traduit en français sous le titre Réfléchir Mieux dans lequel il développe et applique ses principes en approches élémentaires permettant de maîtriser son concept de Pensée latérale)

Articles connexes[modifier | modifier le code]