Manegold de Lautenbach

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Manegold de Lautenbach (v. 1030-1103) fut un moine-écrivain, théologien, et philosophe et un redoutable polémiste religieux du XIe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

On ne connaît pas précisément sa date de naissance. On pense généralement qu'elle se situe entre 1030-1040. Il exerce son magistère en tant que professeur de philosophie et de théologie et parcourt la France et aussi les pays étrangers dont notamment l'Allemagne où il assiste à la Querelle des Investitures[1].

Il a engagé plusieurs controverses au cours de la Querelle des Investitures venant défendre la ligne réformatrice du pape Grégoire VII contre le Saint-Empire romain germanique. Il a notamment attaqué Wolfhelm de Brauweiler (en) et engagé une vive polémique contre Wenrich de Trèves (en)[2]. Par ses prises de positions courageuses il renforça le parti des grégoriens et enseigna en France et à l'étranger où sa renommée ne faisait que s'amplifier.

Il s'installa à Lautenbach sa ville natale et enseigna d'abord en Alsace. Il devient le premier penseur libre du Moyen Âge à préconiser la participation collective des citoyens à élire librement leur souverain, ce qui va lui occasionner de nombreux ennemis et notamment Henri IV. Il réplique à Gebhard de Salzbourg et réfute de manière très sévère les calomnies proférées en Allemagne par les partisans de Henri IV. Plus tard en 1094 il fut appelé par Burckard de Gueberschwihr pour diriger l'abbaye de Marbach et y introduisit la réforme de saint Yves, évêque de Chartres, son ami.

Il est considéré comme l'un des plus prestigieux docteurs de la foi en France au milieu du XIe siècle. Après 1060 ses filles et sa femme vont enseigner à leur tour après avoir été formées par leur père. Après le décès de sa femme, Manegold se rend en Allemagne où il prend ouvertement la défense du pape Grégoire VII contre l'empereur Henri IV, ce qui lui vaut d'être classé comme un dangereux ennemi.

En signe de représailles, Henri IV fait envahir l'Alsace en 1082 par ses troupes et ordonne la destruction de Lautenbach où Manegold a vécu pendant quelques années. L'église primitive fondée en 810 par Beatus, abbé de Honau est entièrement détruite par le feu. Manegold est obligé de se cacher dans la montagne en attendant que la colère de l'empereur s'apaise.

En 1085 Manegold est accueilli et trouve asile à l'abbaye de Rottenbuch qu'il connaît déjà pour y avoir séjourné. C'est là qu'en 1094, Burckard de Gueberschwihr le découvre et lui propose de prendre en main la direction de l'abbaye de Marbach qu'il vient de fonder cinq ans auparavant. Il accepte la proposition et emmène avec lui de nombreux disciples de Rottenbuch. Cette abbaye devint célèbre dans toute l'Europe et fut le siège des Augustins en Alsace. En 1098, il rencontre le pape Urbain II à Tours l'encourageant dans sa démarche.

C'est ainsi que l'empereur Henri IV apprenant sa présence à l'abbaye de Marbach le fait capturer et le fait enfermer. Il meurt le des suites de privations et de souffrance[3].

Manegold forme de nombreux disciples[modifier | modifier le code]

Manegold de Lautenbach forma au cours de son existence de nombreux disciples, dont les plus illustres furent Théoger de Metz (1050-1120) qui deviendra plus tard évêque de Metz. Il prodigua également la théologie à Guillaume de Champeaux (1070-1122) [4] qui deviendra évêque de Chalons entre 1113 et 1122 et à Gérard de Loudux.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Manegold est l'auteur de plusieurs manuscrits dont l'influence a été immense durant la période médiévale. Dans le Liber ad Wolfelmum, il démontre que la doctrine des philosophes païens et leur dialectique sont incompatibles avec la foi chrétienne. Adressant une lettre à Ghebard de Salzburg, il réfute les accusations propagées en Allemagne contre le pape Grégoire VII dont il prend la défense. À la demande de son ancien prieur de Lautenbach, il réfute les écrits de Wenric, l'écolâtre de Trèves dont les consignes trouvent un large écho dans toute la région de Salzbourg. Il rédige également un pamphlet qu'il envoie à un certain Wolfelmus de Cologne où il dénonce avec force « la perfidie du royaume teutonique. » Il s'en prend aussi aux évêques allemands (qu'il qualifie de « véritables imitateurs de la perfidie judaïque ») qui ne rougissent même pas en s'écriant « nous n'avons pas d'autres pontifes que César. » Manegold s'en prend violemment aux mœurs qui gangrènent le royaume et combat ceux qui s'en prennent aux réformes du pape et « qui ne pensent qu'à s'amuser, à chasser, à manger et à boire. » Il s'en prend surtout à Henri IV et lui reproche ses nombreux crimes, les scandales de sa vie privée, les troubles et les désordres dont il lui attribue la cause. Il s'en prend aussi à la simonie et au nicolaïsme. Ses prises de positions hostiles à Henri IV lui valent d'être qualifié d'ennemi du Saint-Empire romain germanique. Parmi les ennemis de Manegold figure Otton de Hohenstauffen (1083-1100) évêque de Strasbourg qui se range du côté de Henri IV. Il est excommunié par le pape Grégoire VII. Berthold de Constance un moine de l'abbaye de Sankt-Blasen (sud de la Forêt-Noire) le qualifie de pseudo-évêque ordonné par l'antipape Clément III.

Liste des ouvrages de Manegold de Lautenbach[modifier | modifier le code]

  • Ad Gebehardum Liber
  • Ad Wibaldum Abbarem
  • De psalmorum Libro, exégèse
  • Magistri Mangaldi contra Wolfelmum Coloniensem pusculum
  • Réponse à Winric pour Grégoire VIII (et un autre écrit pour Grégoire VII)
  • Manigaldi Teutonicorum doctoris glossarium super Psalterrium
  • Histoire universelle, ms de la bibliothèque de l'Escurial
  • Liber Contra Wolfelmum

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cronicon, Hanoverae, 1698
  2. Ou Winric (ou Weinrich) de Trèves
  3. La date du décès de Manegold est mentionné par le nécrologe de Zwiefalden (Wurtemberg) le
  4. Guillaume de Champeaux né en 1070 à Champeaux près de Melun sera l'élève de Manegold de Lautenbach. Vers 1113 il sera nommé évêque de Chalons et fondera l'abbaye Saint-Victor

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Baquol : L'Alsace ancienne et moderne : dictionnaire topographique, historique et statistique du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, 1865, p. 234- 236
  • Chatillon, François : « Recherches critiques sur les différents personnages nommés Manegold », in Revue du Moyen Âge, latin 9 (1953) p.153-170
  • Gay, Jules  : Les Papes du XIe siècle et la Chrétienté, 1974
  • Ghellink, Joseph de : Littérature au Moyen Âge depuis les origines jusqu'à la fin de la renaissance carolingienne. Librairie Bloud & Gay,, 1939, Bibliothèque catholique des Sciences religieuses
  • Haaby, Charles: Stift Lautenbach, Alsatia monastica/ Forchungen herausgegeben von der Gesellschaft für Elsassische kirchengeschichte zu Strassburg 2 (Kevelaer: Burzon & Becker), 1958, p. 22-38
  • Hartmann, Wilfried: Manegold Von Lautenbach. Liber contra Wolfelmum, Monumenta Germaniae Historica, Herman Böhlaus Nachfolger - Weimar, 1972
  • Koch, Georg, Manegold von Lautenbach und die Lehre von der Volssouveränität under Heinrich IV (Historische Studien 34) Berlin, 1902 (réimprimé en 1965)
  • Laakmann, Reinhold : Die Königsgewalt bei Menegold von Lautenbach, Diss. (Hambourg) 1969
  • Pritchett, W. Kendrick, Ziomski Rober: Manegold of Lautenbach and notes by Robert Ziomski - Liber contra Wolfelmum, Dallas medieval texts and translations - Peeters, 1999
  • Robinson, J.S. - Henry IV of Germany (1056-1106), Cambridge University Press, 1999, p. 114-115 et 184

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]