Fibule de Préneste

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Fibule de Préneste
Image illustrative de l'article Fibule de Préneste
Période VIIe siècle av. J.-C.
Culture
Lieu de découverte
Date de découverte 1887
Conservation Museo Preistorico Etnografico Luigi Pigorini

La fibule de Préneste est un objet archéologique portant le plus ancien écrit en latin trouvé dans le Latium, daté du VIIe siècle av. J.-C. Après avoir été conservée au Musée préhistorique Pigorini, elle est exposée dans la section épigraphique du musée des thermes de Dioclétien à Rome, dans sa vitrine particulière. Tant la fibule que l'inscription ont fait l'objet d'interrogations sur leur authenticité, en raison en particulier des incertitudes entourant sa découverte, mais des analyses archéométriques présentées en juin 2011 suggèrent fortement l'authenticité de l'objet et de l'inscription[1].

Origine de la fibule[modifier | modifier le code]

Cette fibule a été présentée pour la première fois en 1887 par l’archéologue allemand Wolfgang Helbig (1839-1915). Celui-ci disait l’avoir achetée à un ami en 1876, et donnait comme origine la tombe Bernardini, découverte en 1851 et fouillée à partir de 1871 près de l’antique cité latine de Préneste (actuelle Palestrina). L’objet fut inscrit à l’inventaire de la tombe Bernardini jusqu’en 1919, date à laquelle il en fut retiré, en raison de l’absence de certitudes archéologiques sur sa provenance exacte.

Notons qu’une fibule semblable, en or et gravée, a été trouvée en Étrurie à Clusium (actuelle Chiusi)[note 1]. D’autres fibules du même type ont été retrouvées en Étrurie, dans le Latium et en Campanie, et datées entre les VIIIe et VIe siècles av. J.-C..

Description[modifier | modifier le code]

La fibule, longue de 11,7 cm, est un bijou en or. De type dit fibula a drago (fibule à dragon), elle se présente de profil sous la forme d’une boucle ronde prolongée par une aiguille et son fourreau. Le fourreau porte une inscription rédigée de droite à gauche.

Fibula-Palestrina.jpg

Transcrite en caractères modernes, elle se lit comme suit :

MANIOS MED FHEFHAKED NUMASIOI

ce qui correspondrait, en latin classique, à « MANIVS ME FECIT NVMERIO », soit en français : « Manius m’a faite pour Numérius ».

Les arguments en faveur de l’ancienneté de l’inscription sont :

  • la rédaction de droite à gauche ;
  • la transcription archaïque de la consonne latine aspirée f par fh ;
  • la grammaire archaïque avec un nominatif en –os, un datif en –oi, le pronom personnel à l’accusatif med, le parfait du verbe facere avec redoublement de la syllabe initiale ;
  • la forme archaïque des lettres, comparables aux lettres des inscriptions grecques trouvées à Cumes ;
  • le texte est antérieur au rhotacisme. On appelle ainsi le fait qu'en latin classique, l' -s- intervocalique (placé entre deux voyelles : numaSioi) a évolué en -r-. Par exemple, l'infinitif amase devient amare (« aimer »), alors que esse (« être ») demeure en l'état.

Discussions sur l’authenticité[modifier | modifier le code]

Des doutes ont été émis sur l’authenticité de l’inscription dès le début du XXe siècle, vu les circonstances incertaines de sa découverte. La fibule est néanmoins mentionnée dans des ouvrages consacrés à la Rome antique (comme le très classique Guide romain antique de 1952), et elle a été présentée en 1977 à l’exposition au Petit Palais (Paris) sur la naissance de Rome. Le catalogue de l’exposition en présente deux photos, parmi les objets de la tombe Bernardini. Toutefois, on constate que ces clichés, en vues de dessus et de face arrière, omettent de montrer l’inscription, seulement évoquée dans les exposés en préambule du catalogue.

L’épigraphiste italienne Margherita Guarducci (1902-1999) émit en 1979 l’avis que cette fibule serait un faux, fruit de la collaboration entre Wolfgang Helbig et l’antiquaire Francesco Martinetti, mais sa position n'a pas fait l’unanimité. Des analyses récentes (2011) utilisant un microscope électronique, menées par Daniela Ferro et par Edilberto Formigli (Università 'La Sapienza', Rome), ont selon toute vraisemblance démontré l'ancienneté de l'objet et de son inscription et mis en évidence une réparation effectuée dans l'antiquité[2],[3],[4].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Corpus Inscriptionum Latinarum I 2 2, 3
  • Ernst Diehl, Altlateinische Inschriften, Berlin, no 719
  • G. Hacquard, Guide Romain antique, classiques Hachette, 1952
  • Jacques Heurgon, « Recherches sur la fibule d’or inscrite de Chiusi : la plus ancienne mention épigraphique du nom des Étrusques », Mélanges de l’École Française de Rome, Rome, vol. 83,‎ 1971, p. 9-28 ;
  • Massimo Pallotino et Giovanni Colonna, Naissance de Rome, catalogue d’exposition au Petit Palais à Paris, 1977
  • (it) Vittore Pisani, Testi latini arcaici e volgari, Torino,‎ 1960 ; (n° A 3 ??)
  • C. Touratier, La Fibule de Préneste (Langues et langage 23, Presses Universitaires de Provence, 2013. Pp. 273. ISBN 978-2-8539-9874-1).
  • (de) Franz Wieacker, Die Manios-Inschrift von Präneste : zu einer exemplarischen Kontroverse, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht,‎ 1984, 29 p. ("Nachrichten der Akademie der Wissenschaften in Göttingen. Philol.-hist. Kl.", 1984,9, p. 373-399 ??)

Ouvrages contestant l'authenticité de l'inscription[modifier | modifier le code]

  • Margherita Guarducci, La cosiddetta fibula prenestina. Antiquari, eruditi e falsari nella Roma dell'Ottocento, "Atti della Accademia Nazionale dei Lincei. Memorie", Classe di scienze morali, storiche e filologiche, serie VIII, vol. 28, fasc. 2, Roma 1980.
  • Margherita Guarducci, Nuova appendice alla storia della « Fibula prenestina », "Rendiconti dell'Accademia Nazionale dei Lincei. Classe di Scienze morali, storiche e filologiche", ser. IX, 2 (1991), pp. 139-146
  • (en) Arthur E. Gordon, Illustrated Introduction to Latin Epigraphy, Berkeley/Los Angeles/London,‎ 1983 (ISBN 0-520-03898-3) ;
  • (en) Larissa Bonfante, Etruscan Life and Afterlife: A Handbook of Etruscan Studies, Detroit, Wayne State University Press,‎ 1986 ;

Ouvrages affirmant l'authenticité de l'inscription[modifier | modifier le code]

  • Alfred Ernout, Recueil de textes latins archaïques, Librairie Klincksieck,‎ 1916, p. 3-4
  • (en) Winfred P. Lehmann, Historical Linguistics : an Introduction, Londres, Routledge,‎ 1993, 3e éd. (ISBN 978-0-415-07242-7)
  • (de) R. Wachter, Altlateinische Inschriften. Sprachliche und epigraphische Untersuchungen zu den Dokumenten bis 150 v. Chr., Berne, Lang,‎ 1987 (ISBN 978-3-261-03561-5)
  • E. Formigli, Indagini archeometriche sull'autenticità della Fibula Praenestina. "MDAI"(R) 99 (1992), pp. 329-343, Tav. 88-96.
  • (de) Maria-Aurora von Hase Salto, «  Zur Echtheit der Praenestiner Maniosfibel und ihrer Inschrift », Antike Welt, vol. 6,‎ 2011.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Scientists declare the Fibula Prenestina and its inscription to be genuine beyond any reasonable doubt »; voir aussi le compte-rendu par Paul Properzio du livre de C. Touratier, CJ~Online 2013.10.04.
  2. Communiqué du Museo Nazionale Preistorico Etnografico "Luigi Pigorini", 6 juin 2011
  3. Maria-Aurora von Hase Salto 2011, p. 82-85.
  4. (it) « È autentica la Fibula prenestina, con la prima iscrizione latina »

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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