Femmes marquées

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Femme (homonymie).

Femmes marquées

alt=Description de cette image, également commentée ci-après

Bette Davis et Humphrey Bogart

Titre original Marked Woman
Réalisation Lloyd Bacon
Scénario Robert Rossen
Abem Finkel
Acteurs principaux
Sociétés de production Warner Bros. Pictures
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Policier
Sortie 1937
Durée 96 min (1 h 36)

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Femmes marquées (Marked woman) est un film américain réalisé par Lloyd Bacon, sorti en 1937.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Une boîte de nuit, des "hôtesses" qui appâtent le gogo, le client, un gangster puissant qui “domine la ville” (basé sur l'histoire de Lucky Luciano) et prend possession des boites, des femmes, un jeune procureur ambitieux (basé sur le personnage de Thomas E. Dewey), promis à un bel avenir politique. Cinq de ces femmes se révolteront contre cette emprise en se jouant de l'aide intéressée de ce procureur, sans pour autant perdre de vue que leur destin, dans cette société reste l'exploitation.

Commentaires[modifier | modifier le code]

Femmes marquées est un film qui se déjoue constamment des tensions et des émotions simplement mélodramatiques que l'intrigue pourrait impliquer. Sa conclusion en résume tout le sens : Au moment même où nous nous attendrions à ce que les deux protagonistes principaux tombent dans les bras l'un de l'autre (contre la logique du récit et uniquement parce qu'il s'agit de Humphrey Bogart et de Bette Davis), Mary Dwyer tourne le dos au procureur Graham pour rejoindre ses compagnes et disparaître avec elles dans le brouillard. Cette absence surprenante du geste traditionnel qui aurait infailliblement effacé l'essentiel du film, à savoir la description des conditions d'exploitation de ces prostituées, a été imposé par les scénaristes au prix d'une rude bataille avec la production. Il s'agit d'un refus essentiel, qui préserve à la fois la solidarité du groupe des femmes et leur conscience de classe – et Mary Dwyer le sait bien et le dit au procureur Graham ; sachant "que nous appartenons à deux mondes différents" elle refuse de répondre à ce qui peut se lire dans les yeux de l'homme comme "une lueur d'espoir". Et c'est ce refus, pour une fois, de fonder une famille, qui fait de Femmes marquées un film inoubliable, un film qui persiste et signe.

Lors du tournage de la scène où elle est battue par les hommes de main du caïd de la pègre, Bette Davis décida qu'elle en avait assez des images de passages à tabac esthétiques en vogue dans les studios. Le scénario exigeait que Mary fût battue et entaillée avec des cicatrices pour la vie. Pourtant lorsqu'elle sortit de la salle de maquillage ce matin-là elle dit : « Je crois n'être jamais apparue aussi splendide. Ce souffle de gaze crème, dans son genre c'était une petite merveille ». Elle sortit soi-disant pour déjeuner et se rendit chez son médecin à qui elle raconta cette partie du scénario et lui demanda de lui faire des bandages qui correspondraient à des coups de poings et des coups de pieds répétés, ainsi qu'à une joue entaillée. Lorsqu'elle se présenta ensuite, avec ses yeux enflés, son nez cassé de manière ostentatoire, ses abrasions brunes et ses mètres de gaze ensanglantées, devant le producteur Hal Wallis, ce dernier lui dit : « D'accord tu as gagné, tu peux rester comme çà, à l'exception du nez cassé qui doit disparaître ».

'Femmes marquées est un film important dans la mesure où l'on y voit véritablement le personnage de Bette Davis sans faux-fuyants : une femme en marge, humiliée, opprimée, qui s'élève contre la société qui l'étouffe. Personnage presque subversif que l'on toléra dans son ensemble en 1937, quand l'étoile de Bette Davis n'était pas encore aussi haute au firmament de la popularité. C'était déjà le personnage dont on travestira plus tard le caractère rebelle et questionneur derrière la névrose, la maladie ou la méchanceté. Il n'en est pas moins vrai que Marked Woman nous montre que Bette Davis sera une exilée de l'intérieur, une victime du lourd appareil social, et Bette Davis elle-même, dans ses biographies, avouera sa sympathie pour les personnages de monstres qu'elle a joués. Déjà, ce film de Lloyd Bacon, désabusé et réaliste, la frustre du bénéfice de son attitude courageuse (prostituée, elle fait condamné son souteneur) pour l'attribuer au personnage socialement plus acceptable du District Attorney (Humphrey Bogart). On se reportera à la très bonne analyse de Karyn Kay dans The Velvet Light Trap, N°6 [Sisters of the night : Marked woman (1937)], qui en démontre bien le contenu féministe et qui le compare à The Man who shot Liberty Valance (L'homme qui tua Liberty Valance, 1962) de John Ford et à d'autres films de cinéastes "virils". Ce que nous en retiendrons surtout est le caractère asocial de Bette Davis, dont on nous montre ici l'aspect positif.

En entrant par ce film dans la phase la plus glorieuse de sa carrière, Bette Davis laisse nettement apparaître deux composantes de son succès : la lucidité du personnage et de la peinture de la société, sincérité que lui autorise cette absence d'identification dont nous avons déjà parlé, et son féminisme discret, mais net. Apparemment Bette Davis a offert au public américain assez souvent l'image de "la femme que vous aimeriez haïr". Mais, au-delà des apparences, la vérité est autre, telle que l'a justement cernée Marjorie Rosen dans son essai par ailleurs trop systématique, Pop Corn Venus (Vénus à la chaîne, Editions des Femmes, 1976) : « Comme il était facile pour les femmes de regarder Bette Davis extérioriser leurs frustrations à leur place, puis de dire en hochant la tête :"quelle horrible créature ! » Ainsi dans Marked Woman le statut social inacceptable de la prostituée permet à Bette Davis une distance qui l'autorise à matérialiser les récriminations des femmes prises au piège de leur condition. Mais aussi, ce que Karyn Kay et Marjorie Rosen dans leur fougue féministe oublient un peu, celles de toute l'Amérique en crise que le cinéma se plaisait souvent à symboliser par un personnage de femme victime. Quand à la fin du film Bette Davis, au bras de ses compagnes, retourne à la nuit, nous savons que nait un personnage cinématographique voué au spleen et à l'errance, marginal, exilé au sein de la société. Les travestissements ultérieurs n'y changeront rien.

Si le style de jeu de Bette Davis, abstrait, violent, expressioniste, théâtral, calculé, prend ses racines dans le passé, il est aussi moderne, de par sa justesse mais aussi sa distanciation. Car si elle est crédible, Bette Davis, fait toujours sentir au spectateur qu'il est au cinéma et qu'elle joue. La joie évidente et presque physique qu'elle dépense dans cette activité n'a aucun mal à franchir l'écran et à se communiquer au spectateur. Cette barrière qu'elle a ainsi dressée entre elle et le spectateur, habitué à s'identifier, lui a permis de véhiculer une thématique qui n'était pas celle d'Hollywood et dont on commence maintenant à mesurer la complexité. Elle a donné l'image d'une femme victime d'une société : que cette femme puisse accessoirement être une garce ou une sorcière ne change rien à l'affaire. Garces et sorcières sont aussi des étrangères, des exilées, des victimes.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]