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En indo-européen, l'infixe nasal est une consonne nasale ("m" ou "n") qui est insérée (infixée) immédiatement avant la dernière consonne du radical d'un mot (ou d'une désinence). Il peut y alterner avec voyelle longue (ou brève), diphtongue, ou gémination[1] de cette dernière consonne.

L'infixation nasale et la gémination sont deux modes de compensation de l'abrégement d'une voyelle normalement longue, que le modèle traditionnel de la racine indo-européenne (Consonne-Voyelle-Consonne) proposé par Benveniste en 1935[2], ne peut expliquer.

Les cinq alternances citées apparaissent toutefois comme des conséquences naturelles de la structure originelle de la racine chamito-sémito-indo-européenne.

L'infixe nasal a été souvent choisi pour exprimer le temps du présent, et son utilisation pourrait aussi nuancer le contenu sémantique principal de la racine.

Analyse[modifier | modifier le code]

L'analyse traditionnelle considère l'infixe nasal comme un ajout au radical : ainsi, la Grammaire grecque de Allard et Feuillâtre[3] écrit (p. 11) : "il est très souvent difficile, dans un mot grec, d'isoler avec précision la racine en remontant jusqu'à l'élément indo-européen. Par exemple, une racine peut avoir été pourvue d'une nasale infixée : μανθανω = "j'apprends", radical μαθ-".

De même, le Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage[4] indique : "en latin, l'infixe nasal n s'insère parfois dans la racine du mot pour la constitution du verbe; la racine frag- avec infixe devient frango (= "briser"), la racine jug- avec infixe n devient jungo (= "lier")".

Infixe nasal "n"[modifier | modifier le code]

Il se manifeste dans l'exemple

  • Lat. vincit = "il vainct" (temps présent : deux "i" brefs, insertion de "n" juste avant "c", et "-it" désinence)
  • Lat. vīcit = "il vainquit" (parfait : premier "ī" long, disparition de "n", et "-it" désinence)
  • Lat. victus = "vaincu" (participe parfait passif : "i" bref, disparition de "n", et "-tus" désinence apparente)

(au sujet de Lat. vincō = "je vaincs", le Dictionnaire Etymologique de la Langue Latine (DELL) mentionne, en plus de ce "présent à nasale infixée", Irl. fichim = "je combats" ("présent à vocalisme radical zéro"), Got. weihan = "combattre" ("présent à vocalisme e"), et OE. wīgan = "combattre" ("résultant d'un compromis entre *wīhan et *wigan"), mais il n'explique pas la formation de ces alternances infixe nasal/voyelle brève/diphtongue/voyelle longue)

ou bien dans

  • Lat. lingō = "je lèche" (temps présent : "i" bref, insertion de "n" juste avant "g", et "-ỏ" désinence)
  • Lat. lingula = "cuiller"
  • Lat. ligula = id (sans infixe nasal, et "i" semblant bref) (le DELL écrit : "d'après Martial, ligula était la forme de la bonne société, lingula celle des ignorants")

(au sujet de Lat. lingō, le DELL écrit : "le latin a recouru au type à nasale infixée qu'il a beaucoup développé", et "la racine indo-européenne *leig'h- fournissait un présent radical athématique...que la plupart des langues remplacent par de nouvelles formations : Skr. lihati...Gr. λειχω...et v.h.a. leckon (formation expressive à consonne géminée)", mais il n'explique pas la formation de ces alternances infixe nasal/diphtongue/voyelle brève/géminée).

Infixe nasal "m"[modifier | modifier le code]

Il est présent dans l'exemple

  • Lat. rumpit = "il brise" (présent : "u" bref, insertion de "m" juste avant "p", et "-it" désinence)
  • Lat. rūpit = "il brisa" (parfait : ū long, disparition de "m", et "-it" désinence)
  • Lat. ruptus = "brisé" (participe parfait passif : "u" bref, disparition de "m", et "-tus" désinence apparente)

(au sujet de Lat. rumpō = "je brise", le DELL écrit : "présent à nasale infixée propre au latin, comme beaucoup d'autres de ce type", mais sans expliquer l'infixe)

ou bien dans

  • Lat. lambō = je lape, je lèche" (le DELL écrit : "présent à infixe nasal d'une racine expressive, attestée avec *-b- dans OE. lapian, v.isl. lepia = "laper", v.h.a. laffan = "lécher", et avec *-ph- (phonème expressif par lui-même) dans Arm. lap'em = "je lèche", Gr. λαφυσσω et Gr. λαπτω. L'infixe nasal de Lat. lambō rappelle Lat. lingō; on sait, d'ailleurs, que le latin a développé le type à infixe nasal").

Infixation nasale et gémination[modifier | modifier le code]

L'alternance "infixation nasale devant consonne / gémination de la consonne" apparaît dans

  • Gr. λαπη, λαμπη, λαππη = "écume" (le Dictionnaire Etymologique de la Langue Grecque (DELG) écrit : "rapprocher le mot de Gr. λαμπω = "briller" ne rend pas compte des formes sans nasale et n'est pas satisfaisant pour le sens. On pourrait tenter un rapport avec Gr. λεμφοs = "morve"", mais sans expliquer ces alternances voyelle brève/infixe nasal/géminée), proche de Lat. lympha = "eau" (selon le DELL : "peut être l'hellénisation d'une forme ancienne lumpa, limpa conservée dans une glose").
  • Plusieurs mots présentés, par le Dictionnaire des racines des langues européennes, comme issus de la "racine *lab- de Gr. lambō" (sans infixe nasal), tels que
    • Gr. λαπτω = "lécher, laper" (suffixe "-t")
    • Fr. laper
    • Fr. lamper, Fr. lampée (infixe nasal "m")
    • Fr. lippe, Fr. lippu (géminée)

Infixe nasal dans les désinences[modifier | modifier le code]

L'infixe nasal est également présent dans les désinences grammaticales, ainsi

  • Gr. χεαs = nominatif singulier du participe présent de Gr. χεω
  • Gr. χεαντοs = génitif singulier du même participe.

Origine / Explication[modifier | modifier le code]

L'infixe nasal naît et s'explique comme l'un des modes de compensation de l'abrégement d'une voyelle normalement longue. Cette voyelle peut, sans compensation, s'abréger, ou faire place à une diphtongue. Mais elle peut aussi s'abréger avec la compensation purement phonétique d'un infixe nasal, ou d'une consonne géminée. Si ces cinq alternances sont bien constatées, elles ne peuvent pourtant pas s'expliquer dans l'approche traditionnelle de la racine indo-européenne Consonne-Voyelle-Consonne (CVC)[5], proposée par Benveniste en 1935[6].

L'explication apparaît toutefois naturelle dans la structure de la racine chamito-sémito-indo-européenne, qui indique l'unique mode originel de création lexicale, aussi bien en indo-européen qu'en chamito-sémitique (égyptien hiéroglyphique, langues sémitiques). Ainsi, dans ces deux groupes de langues, tous les radicaux, sans exception, sont formés par

  • soit la seule consonne occlusive glottale, ou "coup de glotte" (notée "3" en égyptien hiéroglyphique), pouvant, comme toute consonne, porter toute voyelle. Ce phonème "3" peut se restituer, purement et simplement (avec ou sans aménagement) par cette voyelle, qui est toujours brève en indo-européen (mais longue ou brève en sémitique) : ainsi, "3" forme, à lui seul le radical de Lat. eō = "je vais", où, avec "-ō" désinence de la 1ère pers. sing., il se restitue en "e" bref (pouvant s'allonger par le jeu de la structure des désinences postposées)
  • soit des éléments biconsonantiques ("étymons"), constitués par toute consonne ("C") et le phonème "3" (placé avant ou après "C") : ainsi, le radical de Gr. χεω = "je verse" se réduit au seul étymon "χ3" ("-ω" désinence)
  • soit l'assemblage de deux étymons (les deux consonnes "C", encadrant les deux phonèmes "3", expliquant l'approximation de la racine CVC) ou trois d'entre eux (d'où la racine triconsonantique sémitique, sorte de "norme" de trois étymons, avec des exceptions), mais qui sont alors de sens connexe ou quasi-synonymes, justifiant le sens du radical (cf. "Les étymons de la racine chamito-sémito-indo-européenne").

Lorsque, dans un assemblage de deux étymons, le premier finit par "3" et le second commence par "3", la "suite 3-3" ainsi créée produit, en indo-européen, cinq résultats possibles (et, en sémitique, d'autres résultats, qui peuvent parfois être identiques) :

  • voyelle longue (les deux "3" se restituent chacun en la même voyelle brève, qui s'allonge alors : C3-3C devient CV-VC)
  • voyelle brève (abrégement de la voyelle longue, sans compensation : CVC)
  • diphtongue (les deux "3" se restituent en deux voyelles brèves différentes : CV-YC)
  • infixe nasal devant la consonne du deuxième étymon (compensant phonétiquement la voyelle normalement longue, ce qui explique l'infixe juste avant cette consonne : CV-nC, CV-mC)
  • géminée de la consonne du deuxième étymon : autre type de compensation phonétique de la voyelle longue, ce qui explique le § "corrélation avec la quantité vocalique" de l'article "gémination" de Wikipédia, avec les trois situations possibles :
    • voyelle longue et seconde consonne simple (forme normale CV-VC)
    • voyelle brève et seconde consonne géminée (analogue à l'infixe nasal : CV-CC)
    • voyelle brève et seconde consonne simple (forme simplifiée, avec abrégement et déficit de quantité : CVC).

Justification d'exemples[modifier | modifier le code]

Explication des exemples du § Analyse[modifier | modifier le code]

On justifie ainsi la formation des termes :

Terme mentionné Radical (étymons) Formation (avec désinence ou suffixe) Explication
Lat. vīcit *v3-3k vi-ic-it > vīcit "ī" long : fusion des deux "i" brefs
Lat. victus id vi-ic-(e)t-us > vic-tus abrégement de "ī" long
Lat. vincit id vi-ic-it > vinc-it infixe nasal "n"
Lat. lingō *l3-3g li-ig-ō > ling-ō infixe nasal "n" (*līgō : "ī" long
Lat. lingula id li-ig-ul-a > ling-ul-a infixe nasal "n"
Lat. ligula id li-ig-ul-a > lig-ul-a abrégement de "ī" long
Gr. λειχω *l3-3χ λε-ιχ-ω > λειχ-ω diphtongue "ει"
Lat. rumpit *r3-3p ru-up-it > rump-it infixe nasal "m"
Lat. rūpit id ru-up-it > rūp-it "ū" long : fusion des deux "u" brefs
Lat. ruptus id ru-up-(e)t-us > rup-tus abrégement de "ū" long
Lat. lambō *l3-3b la-ab-ō > lamb-ō infixe nasal "m"
Gr. λαπη *l3-3p λα-απ-η abrégement de "ά" long
Gr. λαμπη id λα-απ-η > λαμπ-η infixe nasal "m"
Gr. λαππη id λα-απ-η > λαππ-η géminée de "p"
Gr. λεμφοs *l3-3f λε-εφ-οs > λεμφ-οs infixe nasal "m"
Lat. lympha id ly-yph-a > lymph-a infixe nasal "m"
Gr. χεαs *χ3 (> χεω) χε-α-αs (désinence -3-3t) abrégement de "ά" long ("t" en "s")
Gr. χεαντοs id χε-α-ατ-οs > χε-αντ-οs (désinence -3-3t-3t) infixe nasal "n"

L'alternance infixe nasal/géminée est encore confirmée par le DELL (cf. plus haut Lat. lambō), qui cite, sans l'expliquer, v.h.a. laffan = "lécher" (<*l3-3f, *la-af-an, d'où géminée), en regard de OE. lapian = "laper" (<*l3-3p, la-ap-ian, ou *l3-p3, *la-pi-an, avec "a" bref).

Lat. nūbō et Gr. νυμφη[modifier | modifier le code]

Il est possible de comparer :

  • Lat. nūbō = "se marier à, épouser" (avec "ū" long)
  • Lat. nupta = "la mariée" (avec "u" bref)
  • Gr. νυμφη = "épousée, jeune femme" (et "poupée", "nymphe") (avec infixe nasal "m").

Selon le DELL et le DELG, ces mots étaient rapprochés par les Anciens, et le DELG ajoute[7] : "Etymologie obscure...De toute façon, la nasale (expressive ?) de νυμφη est inexpliquée".

La racine CVC de l'analyse traditionnelle ne peut, en effet, expliquer cet infixe nasal.

Par contre, la "suite 3-3" de la racine CV-VC rend compte en même temps de la forme des trois mots :

  • Lat. nūbō <*nu-ub-ō, la fusion des deux voyelles brèves "u" générant la voyelle longue "ū"
  • Lat. nupta <*nu-up-(e)t-a, avec abrégement de la voyelle longue "ū"
  • Gr. νυμφη <*νυ-υφ-η, avec création de l'infixe nasal "m" purement phonétique, et non étymologique.

Cette analyse est confirmée par le Traité de phonétique grecque de Michel Lejeune, qui écrit : "il est assez fréquent, dans les inscriptions de divers dialectes, qu'une nasale appuyante [pour infixe nasal], devant consonne, soit omise dans l'écriture : attique νυ(μ)φη...L'omission est constante en cypriote...pamphylien...La nasale appuyante [infixe nasal] était donc plus ou moins débile"[8].

Cette remarque indique bien que la véritable nature de l'infixe nasal n'est qu'une variante purement phonétique, et non étymologique, de la prononciation de la structure CV-VC (ici *n3-3b ou *n3-3p). L'infixe nasal est donc à ce point fragile et instable (même s'il a pu être "fixé" par l'écriture) que Michel Lejeune évoque même sa "débilité".

Le même texte continue : "Diverses graphies anciennes (...Crétois ποππα pour πομπα...) et la comparaison des parlers grecs modernes de l'Egée...laissent supposer que, là où elle n'est pas notée, la nasale appuyante [infixe nasal] pouvait s'être assimilée à la consonne qui suit". On remarque donc typiquement ici la formation de la gémination (qui s'explique comme une autre variante de prononciation de la même structure CV-VC), et l'alternance avec l'infixe nasal (du type ποππα / πομπα <*po-op-a <*p3-3p-a).

Gr. ληγω et Lat. langueō[modifier | modifier le code]

On rend compte également, en grec et en latin, de la série

  • Gr. ληγω = "arrêter, faire cesser, calmer, se relâcher"
  • Lat. langueō = "languir, être affaissé"
  • Gr. λαγαιω = "relâcher" (le DELG propose de rapprocher v.irl. lacc = "mou" ("avec redoublement expressif de l'occlusive"), sans expliquer cette géminée)
  • Gr. λαγγαζω, Gr. λογγαζω = "relâcher, se relâcher" (le DELG écrit : "termes expressifs à nasale infixée, cf. avec une formation un peu différente Lat. langueō, Lit. langoti, et d'autre part, le groupe de Gr. λαγαιω")

de la manière suivante :

Terme mentionné Radical (étymons) Formation (avec désin. ou suff.) Explication
Gr. ληγω *l3-3g λε-εγ-ω > ληγ-ω "η" long : fusion des deux "ε" brefs
Lat. langueō id la-agu-e-ō > langu-e-ō infixe nasal "n"
Gr. λαγαιω id λα-αγ-α-ι-ω abrégement de "ά" long
Gr. λαγγαζω id λα-αγ-αζ-ω > λαγγ-αζ-ω géminée de "g" (ou infixe nasal)
Gr. λογγαζω id λο-ογ-αζ-ω > λογγ-αζ-ω id ("3" en voyelle différente)

Lat. jugō et Lat. jungō[modifier | modifier le code]

On explique aussi, en indo-européen, la série

  • Gr. ζευγοs = "paire, couple"
  • Gr. ζυγον = "joug"
  • Arm. zouyg = "couple" (paire)
  • Lat. jungō = "atteler, unir par paires"
  • Lat. jūgus-eris = "mesure de terre labourée en un jour par un couple attelé de boeufs"
  • Lat. jugum = "joug" et Lat. jugō = "unir, joindre, attacher"

(à propos de Lat. jugum, le DELL écrit : "la racine indo-européenne *yeug-/*yug- présente en latin des formes sans nasale infixée à voyelle brève (type -iux, mot racine; jugum...) ou à voyelle longue, issue d'un ancien -eu > -ou (type jūgus...), et des formes à nasale infixée (présent jungō)", mais sans préciser la raison de toutes ces alternances : or, la rédaction "ancien -eu" reflète bien la double voyelle V-V de CV-VC)

de la manière suivante :

Terme mentionné Radical (étymons) Formation Explication
Gr. ζευγοs *d3-3g ζε-υγ-οs "d" en "ζ", diphtongue "ευ"
Gr. ζυγον id ζυ-υγ-ον id, abrégement de "ύ" long
Arm. zouyg id zu-yg "d" en "z", diphtongue "uy"
Lat. jungō id ju-ug-ō > jung-ō "d" en "j", infixe nasal
Lat. jūgus id ju-ug-us id, "ū" long
Lat. jugum id ju-ug-um id, abrégement de "ū" long

Gr. δορυ et Gr. δενδρον[modifier | modifier le code]

La même structure de formation "CV-VC" permet encore d'expliquer

  • Gr. δερω = "écorcher, déchirer, dépouiller" (<*d3-3r, *δε-ερ-ω, abrégement)
  • Gr. δαιρω = id (<id, *δα-ιρ-ω, diphtongue "αι")
  • Gr. δειρω = id (<id, *δε-ιρ-ω, diphtongue "ει")
  • Gr. δερρω = id (<id, *δε-ερ-ω, géminée de "ρ")
  • Gr. σιδηροs = "fer" (<*s3-d3-3r, *σι-δε-ερ-οs, "η" long) (= "causer (s3) //// déchirer (d3-3r)", avec préfixe causatif "s-" (<*s3)
  • Gr. δορυ = "tronc d'arbre", "bois" (déchirer) (<*d3-3r, *δο-ορ-υ, abrégement)
  • Gr. δρύs = "arbre", puis "chêne" (id) (<*d3-r3, *δ(ε)-ρυ-υs, "ύ" long)

(cf. Gr. τειρω = "user, percer" (<*t3-3r, *τε-ιρ-ω) et Angl. tear = "déchirer" / Angl. tree (OE. treow) = "arbre" (<*t3-r3, *t(e)-re-ow))

  • Gr. δενδρεον = "arbre" (forme épique de l'attique Gr. δενδρον) (<*d3-3d-r3, *δε-εδ-ρε-ον, *δενδ-ρε-ον, infixe nasal)

Ce dernier terme est donc construit par redoublement intensatif de l'étymon "d3" (cf. Gr. δαιω = "diviser, déchirer") et de son inverse "3d" de même sens. Mais, si la "suite 3-3" génère bien, ici, un infixe nasal, elle produit, par contre, la diphtongue "οι" dans

  • Gr. δοιδύξ-ύκοs = "pilon d'un mortier" (déchiqueter) (<*d3-3d-3-3k, *δο-ιδ-υ-υκ-(ε)s), pour lequel le DELG écrit : "terme technique et familier, avec un redoublement expressif, et sans étymologie".

Angl. stand et Angl. stood[modifier | modifier le code]

L'anglais et les autres langues germaniques ne montrent que des vestiges de l'infixe nasal. L'un des rares exemples certains est le présent Angl. stand (OE. standan) = "être debout", dont le passé est Angl. stood, sans "n". Ces deux termes s'intègrent dans la série de (avec préfixe causatif "s-" <*s3, dont le phonème "3" s'amuït totalement, comme dans le cas du soukoun arabe ou du schwa silencieux hébreu) :

Terme Radical (étymons) Restitution Commentaire
Lat. stō = "se tenir debout, être dressé" *s3-t3 *s(e)-ta-ō
Gr. στύω = "dresser, ériger" *s3-t3-3 *σ(ε)-τυ-υ-ω "ύ" long

et, avec un troisième étymon commençant par "3" et provoquant donc une "suite 3-3"

Terme Etymons Restitution Commentaire
Gr. στημων = "chaîne de fils (dressés)" *s3-t3-3m *σ(ε)-τε-εμ-ων "η" long
All. stehen (v.h.a. stān) = "se tenir debout" *s3-t3-3n *s(e)-ta-an "ā" long
Av. stūna = "colonne" id *s(e)-tu-un-a "ū" long
Gr. στύλοs = "colonne, pilier" *s3-t3-3r *σ(ε)-τυ-υλ-οs "ύ" long
Gr. σταυροs = "pieu fixé en terre, croix" id *σ(ε)-τα-υρ-οs diphtongue "αυ"
Gr. στηλη = "bloc de pierre dressé", "stèle" id *σ(ε)-τε-ελ-η "η" long
Gr. σταλλα = id (éolien) id *σ(ε)-τα-αλ-α géminée
All. staffel (v.h.a. staffal) = "degré, gradin" *s3-t3-3f *s(e)-ta-af-al géminée
All. steig (v.h.a. stīc) = "sentier escarpé" *s3-t3-3k *s(e)-ti-ic "ī" long
All. stiege (v.h.a. stiega) = "escalier" *s3-t3-3g *s(e)-ti-eg-a diphtongue "ie"
All. stenge = "mât de hune" id *s(e)-te-eg-e infixe nasal
All. steigen (v.h.a. stīgan) = "monter" id *s(e)-ti-ig-an "ī" long
Angl. stair (OE. staeger) = "escalier" id *s(e)-ta-eg-er diphtongue "ae"
Lat. stātus = participe parfait passif de Lat. stō *s3-t3-3t *s(e)-ta-at-us "ā" long
All. stütze (v.h.a. stuzzen) = "support" *s3-t3-3t *s(e)-tu-uz-en géminée ("t" en "z")
d'où finalement
Angl. stand (OE. standan) = "être debout"[9] *s3-t3-3d *s(e)-ta-ad-an infixe nasal
Angl. stood (OE. stōd), prétérit id *s(e)-to-od "ō" long

Valeur sémantique de l'infixe nasal[modifier | modifier le code]

On a déjà vu que l'infixe nasal avait été souvent choisi pour exprimer le temps du présent.

Comme cet infixe ne représente, en fait, qu'une variante de prononciation de la même structure "CV-VC", différente des quatre autres types d'alternances, il est possible que les locuteurs aient voulu assigner à cet infixe une fonction sémantique spécialisée.

Ainsi, Ernout-Meillet (DELL) établissent une différence entre Lat. -cubō = "être couché" (verbe duratif, sans infixe) et -cumbō = "se coucher" (avec infixe nasal marquant le fait que l'action s'accomplit)[10]. Ils distinguent également Lat. jugō = "unir, joindre, attacher" (présent duratif, sans infixe) et Lat. jungō = "atteler, unir par paires" (avec infixe)[11].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

"Origines de la formation des noms en indo-européen", E. Benveniste (Librairie d'Amérique et d'Orient)

"Grammaire grecque", J. Allard et E. Feuillâtre (Hachette)

"Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage", J. Dubois (Larousse)

"Dictionnaire Etymologique de la Langue Latine", A. Ernout et A. Meillet (Klincksieck) (DELL)

"Dictionnaire Etymologique de la Langue Grecque", P. Chantraine (Klincksieck) (DELG)

"Dictionnaire des racines des langues européennes", R. Gransaignes d'Hauterive (Larousse)

"Histoire des idées sur le langage et les langues", B. Colombat, J.M. Fournier, Ch. Puech (Klincksieck)

"Traité de phonétique grecque", M. Lejeune (Klincksieck)

"Oxford Dictionary of English Etymology", C.T. Onions (Oxford University Press)

Notes et Références[modifier | modifier le code]

  1. § "corrélation avec la quantité vocalique" de l'article "Gémination"
  2. E. Benveniste, Origines de la formation des noms en indo-européen, Librairie d'Amérique et d'Orient
  3. J. Allard et E. Feuillâtre, Grammaire grecque, Hachette
  4. J. Dubois, Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage", Larousse, p. 247
  5. B. Colombat, J.M. Fournier, Ch. Puech, Histoire des idées sur le langage et les langues, Klincksieck, "La théorie de la racine (voir Benveniste, 1935) pose qu'une racine indo-européenne est "trilittère" (elle est composée de trois "lettres", en fait trois "phonèmes") et qu'elle est constituée par la séquence consonne - voyelle (de timbre e ou o) - consonne"
  6. E. Benveniste, Origines de la formation des noms en indo-européen, Librairie d'Amérique et d'Orient
  7. P. Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque", Klincksieck, p. 759
  8. Michel Lejeune, Traité de phonétique grecque, Klincksieck, p. 125-126
  9. (en) C.T. Onions, Oxford Dictionary of English Etymolgy, Oxford University Press, "formed, with suffix *-nd- (<IE. *-nt-) in the present stem and *-θ-, *-δ- (IE. -t-) in the perfect stem, on the base *sta-, *sto- (<IE. sthe-, *stha-)"
  10. A. Ernout et A. Meillet, Dictionnaire étymologique de la langue latine, Klincksieck, p. 153-154
  11. A. Ernout et A. Meillet, Dictionnaire étymologique de la langue latine, Klincksieck, p. 327