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Utilisateur:Marc Comby/Brouillon

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La grève des ferrailleurs dans l'industrie de la construction en 1974-1975.

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Des ferrailleurs dans un chantier de la construction
Des ferrailleurs dans un chantier de la construction

En 1974, les ferrailleurs de l’industrie de la construction constituent un front commun, au-delà de leur appartenance syndicale, et obtiennent une augmentation des salaires pour atténuer l’inflation au terme d’une grève qui durera du 25 novembre 1974 au 17 janvier 1975[1].

Déroulement

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La lutte des ferrailleurs de l’industrie de la construction émerge dans un cadre législatif nouveau et singulier. La particularité de l’industrie est qu’elle comporte une grande instabilité annuelle et saisonnière des travaux et par la présence élevée d’entrepreneurs autonomes. Depuis l’adoption de la Loi des relations de travail dans l’industrie de la construction (bill 290) en 1968, le Code du travail ne s’applique plus à l’industrie. L’industrie est régie par des décrets négociés pour le compte des ouvriers et ouvrières et des employeurs. Deux associations syndicales (CSN et FTQ) et cinq associations patronales sont désignées représentatives pour négocier les salaires et les conditions de travail et non plus les locaux de métiers ou les syndicats régionaux. Enfin, la liberté syndicale est reconnue ; c’est la fin de l’atelier fermé et la syndicalisation devient obligatoire pour tous les travailleurs et travailleuses.

L'INDEXATION DES SALAIRES

Le début des années 1970, particulièrement depuis 1973, est marqué par une inflation galopante des prix qui fait fondre le pouvoir d’achat des travailleurs et des travailleuses comme neige au soleil. La grogne monte au sein des syndicats. En mars 1974, quelques 400 élu-e-s et militants et militantes des trois centrales syndicales (CSN, FTQ, CEQ) se réunissent et lancent une campagne en vue de rouvrir les conventions collectives dans les secteurs publics et privés et les décrets dans l’industrie de la construction pour y introduire une clause d’indexation des salaires au coût de la vie.

Dans la construction, par contre, l’unité entre les syndicats ne va pas de soi. La rivalité est vive entre les syndicats de la CSN et les locaux de la FTQ mais aussi entre locaux FTQ dans la course au monopole des chantiers. Cette rivalité rend mal à l’aise des dirigeant-e-s de la CSN et de la FTQ. Elle nuit à la réussite d’unité plus forte devant le front patronal public et privé sans parler qu’elle hypothèque l’image du syndicalisme dans l’opinion publique. Cette rivalité trouve son paroxysme le 21 avril 1974 : la violence éclate dans un chantier de la Baie James à bout de souffle où la gestion se fait de façon autoritaire où les revendications syndicales sur la sécurité du travail sont ignorées. Le gouvernement répond le 1e mai 1974 en annonçant la création de la Commission d’enquête sur l’exercice de la liberté syndicale dans l’industrie de la construction, communément appelée la Commission Cliche.

En pleins travaux de la Commission, le 21 mai 1974, André Desjardins, directeur général du Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (CPQMC-FTQ), va de l’avant en demandant aux associations patronales la réouverture sur une base volontaire du décret de la construction pour ajuster les salaires à l’inflation. Seule la Corporation des maîtres mécaniciens en tuyauterie du Québec (CMMTQ) accepte. Les tuyauteurs obtiennent en bonne et due forme une hausse de leur salaire de 1.00$/heure intégrée dans le décret.

À la lumière du gain obtenu par les tuyauteurs, des militants syndicaux ferrailleurs, membres de la CSN et de la FTQ, qui avaient l’habitude de se réunir après le travail, se disent : si les tuyauteurs obtiennent l’augmentation, « pourquoi pas les autres corps de métier ? ». C’est à ce moment qu’émerge l’idée d’une bataille des ferrailleurs pour gagner l’indexation de leur salaire.

Des syndiqué-e-s de la CSN cherchent à atténuer les querelles au sein des ouvriers. Au Congrès de juin 1974, dans une résolution, les délégués demande la mise sur pied d’une « assemblée conjointe des travailleurs de la construc­tion de la CSN et de la FTQ pour qu’ils puissent discuter ensemble de leurs problèmes en vue de favoriser le règlement par les travailleurs eux-mêmes des graves problèmes de ce secteur. » Les délégué-e-s de la construction sont toutefois divisé-e-s devant cette résolution. Les militants ferrailleurs prennent actes de cette volonté d’unité et adoptent une stratégie de front commun sans attendre l’aval des instances syndicales de la CSN et de la FTQ.

LE FERRAILLEUR, CONSCIENT DE SON RAPPORT DE FORCE

Le ferrailleur est un poseur d’acier d’armature. Il insère des tiges et des treillis métalliques pour renforcer le béton. L’acier d’armature est utilisé dans la construction de coffrages, de colonnes, de poutres, de dalles. Dans la chaîne de production d’un chantier, son travail se situe en amont. Quand le ferrailleur cesse le travail, les autres

métiers s’en trouvent paralysés. Plus rien n’avance dans le chantier. L’ouvrier qu’est le ferrailleur est conscient de son rapport de force et compte en faire usage.

De retour des vacances, les ralentissements de travail reprennent de plus belle dans les chantiers. La « solidarité patronale » fléchit devant des locaux syndicaux : des employeurs cèdent et accordent à leurs ouvriers une augmentation échelonnée des salaires pouvant aller jusqu’à 1,00$\heure sans qu’il y ait ouverture du décret, sans qu’elle soit intégrée dans le décret. Les ferrailleurs, principalement membres de la CSN et de la FTQ, sortent en grève le 25 novembre 1974 pour une indexation de leur salaire de 1.00$\heure à intégrer dans le décret. Au 29 novembre 1974, 34 chantiers sont paralysés, notamment ceux des autoroutes 30, 640 et 13, des usines de filtration de Montréal et Pierrefonds, des installations olympiques, des stations de métro. Furieux, le front commun patronal accuse le local 823 (FTQ) d’avoir vidé les chantiers à l’insu des ouvriers. Des porte-parole patronaux en remettent : ils blâment les ouvriers membres de la CSN d’avoir emboité le pas aux membres de la FTQ.

Après une semaine de grève, les ferrailleurs persistent : à une assemblée syndicale tenue dans le sous-sol de Saint-Damase, ils refusent de conclure des ententes à la pièce. L'administration municipale de Montréal est nerveuse. Elle fait elle-même des démarches pour ne pas voir les travaux des installations olympiques ralentir[2]. Elle aurait voulu qu'une trentaine de ferrailleurs puissent installer des câbles d'acier au vélodrome en contrepartie d'une augmentation de 0.50$ à ce groupe de travailleurs.

L’Association de la construction de Montréal souhaite une in­tervention du ministre du Travail, Jean Cournoyer, qui peut, en vertu des pouvoirs que lui confère la Loi 201, amender le décret en accordant aux travail­leurs une augmentation des salaires sans le consentement des parties. Le ministre songe, en vain, à une augmentation horaire des sa­laires de l’ordre de $0.43/l’heure uniquement pour les ouvriers de la région métropolitaine de Montréal. Cette hypothèque briserait l'uniformité́ des salai­res des ouvriers de la construction au Québec obtenue en 1970. Cournoyer craint davantage une nouvelle bataille rangée dans les régions où la CSN est solide­ment implantée.

En assemblée, les ferrailleurs décident le 6 janvier 1975 de poursuivre la grève tout en rassurant les autorités politiques que les travaux sont en avance de deux semaines sur l’échéancier des entrepreneurs. Ils se refusent de devenir les bouc-émissaires pour le retard des grands travaux, notamment celui du chantier olympique. Trente-cinq (35) chantiers demeurent totalement ou partiellement paralysés par la grève[3]. Les porte-parole des ferrailleurs, précisent que « si l’on satisfait aux exigences des ferrailleurs d’ici les 16 ou 17 janvier, les travaux seront exécutés dans le temps. » Il prévient le gouvernement des conséquences qu’il aura à subir s’il a recours à la loi dit du « bill 22 ». Pour lui, il n’est pas question que le retour au travail se fasse sous l’emprise d’une loi spéciale.

Le ministre du Travail entend la détermination des ferrailleurs : il fait accélérer le dénouement du conflit. Le 16 janvier 1975, le gouvernement adopte un arrêté en conseil qui détermine les augmentations salariales à ajouter aux hausses prévues dans le décret initial. Le 17 janvier, en assemblée, les ferrailleurs acceptent dans un scrutin secret l’indexation[4].

La demande originale des ferrailleurs était d’obtenir 1,00$\heure, 0,75$ immédiatement et 0,25$ en octobre 1975. Ils ont accepté 0,85$. Les porte-paroles du front commun considèrent que l’aménagement de l’augmentation est aussi avantageuse que le dollar demandé. Le décret amendé prévoit $0.59 sur le champs et $0.26 le 1er mai 1975, soit cinq mois plus tôt que la deuxième tranche demandée (0,25$ le 1er octobre). Ces augmentations se rajoutent aux montants prévus du décret original de 0,35$ le 1er mai et de 0,20 le 1er octobre. S’y rajoute une paye de vacances majorée en proportion du salaire[5]. Les ferrailleurs, satisfaits, rentrent au travail.

Dans ce conflit, les ferrailleurs de la CSN et de la FTQ ont montré que l'unité́ est possible malgré la rivalité entre les instances syndicales et la confu­sion créée par les révélations de la Commission Cliche.


Notes et références

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  1. En plus des sources écrites (archives, journaux, etc.) utilisées pour écrire cette histoire, Jean-Luc Deveaux, m’a accordé un entretien. Jean-Luc Deveaux, ferrailleur de métier et aujourd’hui avocat et V-P du secteur Génie civil et Voirie de la CSN-Construction, était à l’époque membre du Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (FTQ). Il a surtout été actif lors du second front commun des ferrailleurs de 1976.
  2. Bernard Descôteaux, « Les ferrailleurs refusent les ententes à la pièce, même pour le Vélodrome », Le Devoir,‎
  3. « Les ferrailleurs cherchent à étendre le conflit », Le Devoir,‎ lundi, 6 janvier 1975
  4. 327 ferrailleurs ont voté pour l’entente, 18 ont voté contre et 4 ont annulé.
  5. Les ferrailleurs ont bénéficié de l’appui du fonds de grève de la CSN au montant de 41,310$.

Articles connexes

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Liens externes

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Bibliographie

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