Usine de Pali-Kao

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L'usine de Pali-Kao a été un haut lieu de la création artistique alternative du début des années 1980. Elle se situait dans le 20e arrondissement de Paris, rue de Pali-Kao (quartier de Belleville).

L'usine de Pali-Kao est fondée en 1981 par quatre artistes plasticiens : Christine Caquot, Thierry Cheverney, Christophe Cuzin et Bruno Rousselot. Ce lieu n'aurait pu être maintenu sans la ténacité et le secours financier de Christine Caquot.

Par la suite, d'autres artistes, souvent issus de l'aristocratie et de la haute bourgeoisie, se sont greffés au projet initial et ont redéfini les objectifs esthétiques mis en œuvre dans le cadre d'une nouvelle association (l'association Usine-Pali-Kao), en accord avec sa présidente, Christine Caquot. L'accent sera notamment mis sur des formes de coproduction de spectacle vivant et des collaborations avec le label VISA de musique indépendante.

Ces nouvelles orientations désignent l'Usine Pali-Kao comme représentant français du premier rassemblement Trans-Europe Halles, première coordination officielle des lieux « alternatifs » d'Europe en 1983. Le lieu lui-même, une ancienne papeterie, inspire une ambiance romantique et forte qui a marqué le public et a suscité une mythologie décadente dont les réels acteurs ont parfois été victimes.

Contrairement à certaines idées reçues, Pali-Kao n'a pas été un squat mais a bénéficié d'un bail précaire de trois ans non renouvelable. Beaucoup d'artistes alternatifs ont joué dans ce lieu, dans la première moitié des années 1980 comme Rita Mitsouko, Lucrate Milk ou les Bérurier Noir pour leur concert d'adieu à un membre qui était parti faire son service militaire en Allemagne. On peut également citer des groupes comme Crass, Slaughter House, Clair Obscur et bien d'autres.

L'Usine Pali-Kao a également été un lieu d'expositions et de performances très apprécié des artistes et du public et qui a eu un rayonnement mondial puisqu'a eu lieu la première transmission (slow scan transmission) d'images vidéos par l'intermédiaire d'une ligne téléphonique classique entre l'Usine et le MIT de Boston, préfigurant ainsi ce que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de streaming. Ce fait marquant, initié par Pat Hearn, par ailleurs membre actif à l'origine de l'Usine Pali-Kao, mérite d'être souligné puisqu'il est la première expérience planétaire de ce genre.

Dans le contexte de l'époque, en 1981, le projet survit mal au fait que l'usine est implantée dans un quartier populaire, peuplé d'ouvriers qui connaissent déjà le chômage massif, consécutif aux chocs pétroliers de 1974. De plus, les ouvriers (ou « classes populaires ») ont du mal à comprendre ces nouvelles formes d'art issues de l'art contemporain (performances, body art, art conceptuel…), les accrochages et les tensions sont alors fréquents entre les artistes et les riverains et, surtout, à une époque où le RMI (revenu minimum d'insertion) n'existe pas, les artistes sont le plus souvent assimilés à des gens oisifs, des parasites, qui ne veulent pas travailler, et qui vivent grâce à leurs familles.

L'usine et le projet Pali-Kao ne survivent pas à la première présidence de François Mitterrand. À la fin du bail, l'immeuble a été détruit dans un plan de restructuration et de réhabilitation du quartier Couronnes. Une école maternelle a été construite sur l'emplacement.

Voir aussi[modifier | modifier le code]