Unité et action

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Unité et Action est un courant de pensée du syndicalisme enseignant, puis étudiant, qui trouve ses origines dans la volonté de rattachement ou de proximité avec la Confédération générale du travail (CGT), et le refus de l'organisation syndicale en tendances. Le courant naît au sein de la Fédération de l'éducation nationale (FEN), et est aujourd'hui présent et majoritaire à la FSU depuis sa création en 1993. De même, un courant Unité et Action est présent dans l'Union nationale des étudiants de France (UNEF) depuis 2007. Longtemps caractérisé par sa proximité avec le Parti communiste français (PCF), celle-ci est aujourd'hui à relativiser au sein de la Fédération syndicale unitaire (FSU).

Courant de la FEN, puis de la FSU[modifier | modifier le code]

La CGT a toujours refusé le fonctionnement en tendance au nom de sa conception démocratique propre. En 1936, lors de la réunification (CGT et CGT-U), les nouveaux statuts confédéraux précisaient d'ailleurs : « la libre opinion et le jeu de la démocratie ne saurait justifier l’existence d’organismes agissant dans le syndicat comme une fraction »[1]. L'origine d'Unité et Action est donc à chercher dans le courant "cégétiste" de la Fédération de l'Éducation nationale (FEN), qui rassemblait les partisans du maintien de la fédération dans la CGT, contre l'autonomie, lors du congrès de 1948 entérinant la scission entre la CGT et FO.

Minorité forte d'Unité et Action dans la FEN (1948-1992)[modifier | modifier le code]

Refusant tout d'abord l'organisation en "tendances" dans la Fédération de l'éducation nationale (FEN), les militants, se reconnaissaient comme "tendance des Bouches du Rhône", notamment dans les Congrès du Syndicat national des instituteurs (SNI). La motion déposée au nom de la délégation des Bouches du Rhône les rassemblait dans le même vote, et leur permettait de mesurer leur influence. Appelée Union et Action Syndicale en 1952/53 dans le Syndicat national de l'enseignement technique (SNET) et liste B dans le Syndicat national des enseignements du second degré (SNES), ce courant finit par choisir l'intitulé « Unité et Action » , abrégé UA à partir de 1966, après plusieurs années d'hésitation quant à la forme exacte de son organisation[2].

Les militants de la majorité autonomes (favorables à l'autonomie de la fédération, parmi lesquels on trouvait des socialistes) et les militants de l'École Emancipée ont en effet refusé de rejoindre FO afin de maintenir l'unité de la fédération. Les militants d'Unité et Action, proche des communistes prônaient toujours l'affiliation à la CGT, mais ne quittèrent pas la FEN à l'exception d'un syndicat de l'enseignement technique, le SNET « apprentissage » (l'autre SNET, dit « SNET-écoles » approuvant l'autonomie).

Les militants autonomes sont largement majoritaires, appuyés sur le SNI, qui regroupe alors 75 % des effectifs, et contrôlent la plupart des autres syndicats comme le SNES. La FEN avait toutefois admis l'affiliation à titre individuel à l'une ou l'autre des confédérations (CGT ou FO), à condition qu'elle ne soit pas structurée en syndicats nationaux parallèles et qu'elle ne donne pas de mots d'ordre parallèles. Les militants communistes firent ainsi vivre une FEN-CGT jusqu'en 1954 où une décision du bureau politique du PCF invita les instituteurs membres du parti à concentrer toute leur activité dans le SNI. Quelques militants proches des autonomes, essentiellement du second degré constituèrent une tendance FO, mais s'agglomérèrent à la majorité dès les années 1950.

Unité et Action constituait la principale minorité de la FEN face à la majorité "autonome". C'est une période de forte progression pour lui. En 1967, il devient majoritaire dans le deuxième syndicat de la FEN, le SNES. Dans la foulée, il conquiert la direction du syndicat national de l'éducation physique (SNEP), ainsi qu'une trentaine de section départementale de la fédération.

Création de la FSU et majorité d'Unité et Action depuis 1992[modifier | modifier le code]

Dans les années soixante-dix et quatre-vingt, l'affrontement entre Unité et Action, principale minorité, et Unité Indépendance et Démocratie, la majorité, va connaître une escalade qui conduira à la scission de la FEN en 1992-93.

Le courant Unité et Action décide alors de participer à la création de la Fédération syndicale unitaire (FSU), au sein de laquelle il est largement majoritaire depuis sa création. Tandis que la FEN évolue en sens inverse et abandonne les tendances à cette date. Au dernier scrutin interne de la FSU en décembre 2015, la liste "Unité & action et sans tendance" a recueilli 70,9% des voix[3]. Si elle ne critique plus l'organisation en tendance au sein de la FSU pour y préférer une position d'ouverture au pluralisme idéologique, Unité et action réaffirme toujours sa volonté d'agir avec les autres formations syndicales, notamment la CGT[4].

Dans son dernier texte d'orientation syndicale présenté pour le congrès de la FSU en 2015[5], Unité et Action revendique :

- l'ouverture aux autres courants de pensée, avec une direction pluraliste, à tous les niveaux :

- l'ouverture à tous les syndiqués ;

- l'ouverture à la diversité des opinions et approches par la recherche et la construction systématique des synthèses ;

- l'ouverture à la diversité du syndicalisme dans notre pays, par la recherche de l’unité d’action.

Longtemps proche du Parti communiste français, Unité et Action en est maintenant très nettement autonome, tant et si bien que les communistes, qui en ont constitué l'ossature militante pendant des années, y sont désormais largement minoritaires.

Courant de l'UNEF[modifier | modifier le code]

Unité et Action est aussi le nom d'un courant syndical de l'Union nationale des étudiants de France (UNEF), existant formellement depuis 2009, de facto depuis 2007, sous forme de sensibilité, puis comme tendance de l'organisation depuis 2015. Elle tire son nom du courant éponyme de la Fédération de l'éducation nationale (FEN), dont elle partage son refus de l'organisation syndicale en tendances, et sa volonté de proximité avec la CGT. Il n'a cependant aucun lien avec la tendance de la FSU évoquée précédemment.

La Sensibilité Unité et Action (2009-2015)[modifier | modifier le code]

Lors du 80e Congrès de l'UNEF en mars 2007, des militants ayant quitté la Tendance majorité nationale (TMN) rejoignent la Tendance pour une Unef unitaire et démocratique (TUUD), « déplorant le déclin de ses pratiques et de la combativité de son orientation »[6], ils signent un texte de sensibilité intitulé Pour une UNEF indépendante et syndicale (SUIS). Lors du 81ème congrès à Marseille en 2009, ces mêmes militants renforcés par de nouveaux arrivants signent un nouveau texte de sensibilité intitulé « Unité et Action », ils sont donc désignés depuis sous l'appellation Sensibilité Unité et Action, abrégé en U&A. Lors de chaque Collectif National de l'UNEF, la TUUD édite et diffuse alors un bulletin de tendance dont le titre est Syndicalistes combatifs. Unité et Action quant à elle, édite depuis le bulletin Action Syndicale ! lors de chaque Collectif National.

Unité et Action porte alors une conception du syndicalisme et des pratiques syndicales "ancrées dans la réalité quotidienne des étudiants, pour que l'UNEF soit l'outil de tous"[7]. La critique du fonctionnement en tendances par Unité et Action se justifie tant par une conception propre de la démocratie syndicale, que par un soucis d'efficacité de militantisme, alors que la Tendance majorité nationale (TMN), ancienne tendance majoritaire de l'UNEF-ID, est hégémonique dans l'UNEF depuis la réunification. En effet, dans l'édition du printemps 2011 d'Action Syndicale, la Sensibilité dénonce "l'interdiction de fait imposée par la TMN à toute tendance minoritaire de mener l'activité syndicale dans les universités de premier plan". Elle y pointe aussi les limites de la démocratie interne : les conclusions des congrès étant "écrits en avance", n'offrant donc pas "d'autre marge de manœuvre que d'espérer convaincre à la marge"[8]. Enfin, elle voit dans les tendances la matérialisation de l'UNEF comme un "cartel des gauches", favorisant les débats stériles et les postures politiciennes, primant sur l'efficacité syndicale.

À la suite de dissensions persistantes, la TUUD éclate en deux parties en 2013 lors du 83e congrès de l'UNEF. Elle disparaît donc laissant la place à la Tendance pour un Syndicalisme Combatif (TSC) et à la Tendance pour une Majorité d'Action Syndicale (TMAS), où la Sensibilité Unité et Action va s'organiser. C'est aussi à l'occasion de ce congrès que la sensibilité DEMOS quitte la majorité pour rejoindre la TMAS, laissant à Unité et Action les AGE de Limoges et du Havre.

La Tendance Unité et Action Syndicale (TUAS) depuis 2015[modifier | modifier le code]

À la suite de l'explosion de la TMAS lors du 84e congrès du syndicat en 2015, cette sensibilité a donné son nom à une nouvelle tendance : la Tendance Unité et Action Syndicale[9] (abrégée TUAS ; ou UAS par ses membres, opposés au système de tendances), devenant deuxième tendance de l'UNEF en réunissant alors 15,3% des suffrages du Congrès. La TUAS se définie comme inscrite dans la tradition syndicale de l'UNEF-Renouveau[10], sortie majoritaire de la scission de 1971.

La TUAS analyse le syndicalisme étudiant comme un syndicalisme sectoriel, n'ayant pas vocation a défendre les jeunes dans leur diversité de situation, mais bien les intérets moraux et matériels des travailleurs en formation de l’enseignement supérieur : les étudiants. Et ce, quel que soit leurs âges, indifféremment qu’ils aient déjà travaillés ou non. Elle revendique donc la réaffirmation de l'identité syndicale de l'UNEF, trop souvent présentée comme organisation de jeunesse selon elle.Elle propose également une refonte organisationnelle de l'UNEF en donnant plus d'autonomie aux AGE, et en supprimant le système de tendances hérité de l'UNEF-ID, structurant l'organisation depuis la réunification de 2001. Enfin, la TUAS est favorable à une redéfinition du projet social de l’UNEF en proposant l'articulation d'une l’Allocation Sociale du Travailleur en Formation (ASTF), pensée comme cinquième branche de la sécurité sociale, et des aides matérielles, afin de tendre vers la gratuité de tous les besoins de base des étudiants, pour ainsi imposer un véritable statut du travailleur en formation[11].

Unité et Action est majoritaire dans l'AGE d'Angers depuis 2011, de Limoges et du Havre depuis 2013, de Rouen et de l'ENS depuis 2015. La TUAS est actuellement présente dans six autres AGE, bien que minoritaire (Lille, Amiens, Reims, Lyon, Bordeaux et Aix-Marseille).

Certains membres de cette tendance sont engagés politiquement au sein du Parti communiste français (PCF), de la Jeunesse communiste (MJCF), et de sa branche étudiante l'Union des étudiants communistes (UEC). Une partie des militants demeurent sans appartenance politique, simplement attachés à l'orientation syndicale de la TUAS.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Bref historique », sur uasnes.org (consulté le 1er décembre 2016)
  2. « Tendances et courants de pensée », sur uasnes.org (consulté le 1er décembre 2016)
  3. « Résultat du vote interne », sur ua-action.fr (consulté le 30 novembre 2016)
  4. « Une nouvelle ambition pour notre fédération », sur ua-action.fr (consulté le 30 novembre 2016)
  5. « Une nouvelle ambition pour notre fédération », sur ua-action.fr (consulté le 2 décembre 2016)
  6. « Qu'est ce qu'Unité et Action ? », sur fr.calameo.com (consulté le 2 décembre 2016)
  7. « Unité et Action (U&A) », sur uniteetaction.wordpress.com (consulté le 2 décembre 2016)
  8. « Le 82ème congrès de l'UNEF », sur fr.calameo.com (consulté le 2 décembre 2016)
  9. « Texte d'Orientation de Unité et Action Syndicale »
  10. « Présentation », sur actionsyndicale.wordpress.com (consulté le 30 novembre 2015)
  11. « Pourquoi U&AS ? », sur actionsyndicale.wordpress.com (consulté le 30 novembre 2016)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Laurent Frajerman, « L’identité du courant “unitaire” de la Fédération de l’Éducation Nationale entre 1944 et 1967 : copie conforme ou contre-modèle ? », Le Mouvement Social, n° 223, avril-juin 2008, pp. 55-68.
  • Laurent Frajerman, « Enseignants “unitaires” et CGT : les prémices d’un divorce », in E. Bressol, M. Dreyfus, J. Hedde Et M. Pigenet, La CGT dans les années 1950, Rennes, PUR, 2005, pp. 145-156.
  • Laurent Frajerman, Les frères ennemis. La Fédération de l’Éducation Nationale et son courant « unitaire » sous la IVe République. Paris, Syllepse, janvier 2014.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]