Théorie de la dépendance

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La théorie de la dépendance est une théorie du champ des sciences sociales (sociologie, histoire, économie et science politique) popularisée dans les années 1960, qui soutient que la pauvreté, l'instabilité politique et le sous-développement des pays du Sud est la conséquence de processus historiques mis en place par les pays du Nord ayant comme résultat la dépendance économique des pays du Sud.

L’impossibilité pour les pays du Sud de se développer a été contredite temporairement par le décollage économique des 4 dragons dans les années 1960 qui a été suivi plus tard par la crise économique asiatique. Un apparent contre exemple est aussi celui de la Chine et l’Inde depuis les années 1980, cependant, ces pays sont encore loin du peloton de tête en termes d'indice de développement humain (IDH), et le fait que ces pays se soient développés ne signifie pas l'absence d'entrave. Le cas des pays d'Afrique subsaharienne est beaucoup moins heureux, accumulant à peu de chose près l'ensemble des IDH les plus bas de la planète.

Cette théorie a une certaine proximité avec la notion de néocolonialisme.

Vision globale et holiste[modifier | modifier le code]

Très influente dans les années 1960 à 1970, la théorie de la dépendance soutient une vision globale et holiste de l'histoire sociale, politique et économique mondiale. Cette théorie avance que les pays les plus riches ont besoin des plus pauvres afin de s'assurer de la continuité de leur croissance.

Conçue dans les années 1950, lors d'une phase de radicalisation de la compréhension des rapports internationaux et du développement, cette théorie s'oppose alors à la théorie de la modernisation ou de l'industrialisation qui prétend que les pays sont à un stade inférieur de leur développement ou que ces pays ne sont pas intégrés dans l'économie globale. Pour la théorie de la dépendance, ces pays sont intégrés mais sont structurellement mis en état de dépendance continue en appliquant, par exemple, l'interdiction de la production nationale de produits devant être achetés auprès des compagnies coloniales.

Pour André Gunder Frank, la dépendance des pays du Sud s'explique historiquement par la colonisation (Asie, Afrique, Amérique latine par exemple) et par les échanges commerciaux inégaux (par les compagnies comme la Compagnie néerlandaise des Indes orientales ou encore la Compagnie anglaise des Indes orientales). Pour l'économiste argentin Raúl Prebisch, l'enrichissement des pays riches est inversement proportionnel à celui des pays pauvres. Pour les théoriciens de la dépendance, il est actuellement impossible que les pays du Sud se développent sans se libérer des liens de dépendance entretenus avec le Nord puisque le développement des pays du Nord repose sur le sous-développement de ceux du Sud.

Dynamiques centrales[modifier | modifier le code]

Bien qu'il existe cependant de nombreuses divergences entre les théoriciens de la dépendance, tous ont en commun les dynamiques suivantes :

  1. Les pays les plus pauvres sont dans l'obligation de fournir des ressources naturelles ou de la main d'œuvre bon marché aux pays les plus riches. Ces obligations sont le résultat de l'histoire de la colonisation.
  2. Les pays les plus riches ont mis en place un ensemble de contraintes (légales, financières, techniques et autres) qui ont rendu les pays les plus pauvres dépendants. Ces contraintes sont, entre autres, le résultat d'un transfert technologique déficient entre les pays riches exportateurs de la technologie et les pays pauvres du Sud qui en sont dépourvus.

Critiques de la théorie de la dépendance[modifier | modifier le code]

Les critiques de la théorie de la dépendance affirment que celle-ci sous-évalue le rôle joué par les élites et économies locales dans le sous-développement chronique de ces pays. Ces critiques montrent par exemple le rôle joué par la corruption ou l'absence de culture de compétition commerciale. Cela dit, certains auteurs dépendantistes ont mis en avant cette dimension, Fernando Henrique Cardoso principalement.

D'autres critiques affirment que la théorie de la dépendance est trop générale et celle-ci n'a pas suffisamment analysé les disparités du développement entre les pays du Sud.

Théoriciens de la dépendance[modifier | modifier le code]

Par ordre alphabétique, non exhaustif :

Andre Gunder Frank, Samir Amin, Giovanni Arrighi, Sergio Bagú, Fernando Henrique Cardoso, Celso Furtado, Raúl Prebisch, Dieter Senghaas (de), Hans Singer, Immanuel Wallerstein, Theotônio dos Santos (es).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Amin S., Le développement inégal, Paris, Éd. de Minuit, 1973.
  • Amin S., Itinéraire intellectuel: regards sur le demi-siècle 1945-90
  • Bornschier V., Western society in transition, New Brunswick, N.J.: Transaction Publishers (1996)
  • Bornschier V. & Chase-Dunn Ch. K, Transnational Corporations and Underdevelopment, New York: Praeger (1985)
  • Cardoso, F. H. and Faletto, E. (1979), 'Dependency and development in Latin América'. University of California Press.
  • Köhler G. and Tausch A, Global Keynesianism: Unequal exchange and global exploitation, Huntington NY, Nova Science (2002)
  • Sunkel O, The Structural Background of Development Problems in Latin America, Weltwirtschaftliches Archiv, 97, 1: pp. 22 ff (1966)
  • Sunkel O, El subdesarrollo latinoamericano y la teoria del desarrollo, Mexico: Siglo Veintiuno Editores, 6a edicion (1973)
  • Arno Tausch et Philippe Jourdon, Trois essais pour une économie politique du XXIe siècle, L'Harmattan, 202 pages (2011) (ISBN 978-2-296-54400-0)
  • Yotopoulos P. and Sawada Y. (2005), ‘Exchange Rate Misalignment: A New test of Long-Run PPP Based on Cross-Country Data’ CIRJE Discussion Paper CIRJE-F-318, February 2005, Faculty of Economics, University of Tokyo, [lire en ligne]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]