Théorème de récursion de Kleene

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Ne doit pas être confondu avec Théorème de Kleene ou Théorème du point fixe de Kleene.

En théorie de la calculabilité, plusieurs théorèmes dus à Kleene sont appelés théorèmes de la récursion. Ils établissent l'existence de points fixes pour des transformateurs[1] de programmes, au sens où le programme et le programme image calculent la même fonction partielle et ils sont nommés également théorèmes du point fixe de Kleene. Ils ont de nombreuses applications.

Intuition[modifier | modifier le code]

Théorème de récursion[modifier | modifier le code]

Une version d'un théorème de récursion s'énonce comme suit :

un programme a accès à sa propre description (i.e. à son propre code source).

En guise d'application, on peut alors démontrer que savoir si un programme est minimal (au sens où il n'y a pas de programmes équivalents avec un code source plus court) n'est pas récursivement énumérable. Par l'absurde, supposons qu'il existe un programme E qui énumère les programmes minimaux (un tel programme s'appelle un énumérateur). On construit alors le programme C suivant :

C(w)
      Obtenir sa description propre description <C> (grâce au théorème de récursion)
      Lancer l'énumérateur E jusqu'à ce qu'une machine D dont la description est strictement plus longue que celle de C
      Simuler D sur w

Il y a un nombre infini de programmes minimaux. Donc E doit écrire une machine D de description plus longue que celle de C. Ainsi, C a le même comportement que D. Mais alors D n'est pas minimal. Contradiction.

Théorème de point fixe[modifier | modifier le code]

Un théorème de point fixe peut alors être présenté comme corolaire du théorème de récursion par Sipser[1] :

Si t est une fonction calculable, alors il existe une machine de Turing F tel que t(<F>) décrit une machine de Turing équivalente à F

En effet, le théorème de récursion ci-dessus permet de donner une description de F :

F(w)
      Obtenir sa description propre description <F> (grâce au théorème de récursion)
      Calculer t(<F>)
      Simuler la machine t(<F>) sur w

Par construction, F et t(<F>) sont des machines équivalentes.

Formulation avec les énumérations de fonctions récursives[modifier | modifier le code]

Si est une énumération acceptable des fonctions récursives et une fonction partielle récursive alors il existe un indice tel que

.

  • Pour un langage de programmation

Si est un langage de programmation acceptable et une fonction semi-calculable alors il existe un programme tel que pour tout

.

Autre formes[modifier | modifier le code]

Ce théorème peut être décliné sous différentes formes dont l'une des plus célèbre est dues à H. Rogers. On considère un langage de programmation acceptable .

  • Forme de Rogers

Si est une fonction calculable alors il existe un programme tel que pour tout , .

  • Paramétrée

Il existe une fonction calculable telle que pour tout et , .

  • Récursion double

Si et sont des fonctions calculables, alors il existe deux programmes et tels que pour tout ,

.

On doit le théorème de récursion double à Raymond Smullyan.

Remarque[modifier | modifier le code]

La démonstration de ce théorème utilise l'auto-référence produite par le théorème d'itération (théorème s-m-n). Cette notion d'autoréférence est très profonde et a été largement traitée par John von Neumann dans le cadre des automates cellulaires auto-reproducteurs.

Applications[modifier | modifier le code]

Ce théorème est reconnu comme le meilleur outil permettant de produire contre-exemples et cas pathologiques. En particulier, il fournit l'existence de programmes calculant leurs propres codes. En prenant la première projection, et en appliquant le théorème on obtient un programme tel que pour tout

.

L'exécution du programme produit son propre code. De tels programmes sont communément appelés quines.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • René Cori et Daniel Lascar, Logique mathématique II. Fonctions récursives, théorème de Gödel, théorie des ensembles, théorie des modèles [détail des éditions], chapitre 5.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Michael Sipser, Introduction to the Theory of Computation, Cengage Learning, (ISBN 1285401069, lire en ligne).