Texenna

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Texenna
Texenna
Texenna
Noms
Nom arabe تاكسنة
Nom berbère ⵜⴰⴽⵙⴻⵍⵜ
Administration
Pays Drapeau de l'Algérie Algérie
Wilaya Jijel
Daïra Texenna[1]
Code ONS 1824
Démographie
Gentilé texennais, texennaise
Population 15 682 hab. (2008[2])
Géographie
Coordonnées 36° 39′ 38″ nord, 5° 47′ 28″ est
Localisation
Localisation de Texenna
Localisation de la commune dans la wilaya de Jijel
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Texenna
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Texenna

Texenna est une commune de la wilaya de Jijel en Algérie. Elle dépend de la daïra de Texenna.

Toponymie[modifier | modifier le code]

Texenna (ou Tekssena, Texena) vient du berbère « Teksa » signifiant pâturage[3].

Géographie[modifier | modifier le code]

Situation[modifier | modifier le code]

Le territoire de la commune de Texenna se situe au centre de la wilaya de Jijel, à 22 km au sud de la ville de Jijel (chef-lieu de la wilaya).

Localités de la commune[modifier | modifier le code]

La commune de Texenna est composée de quarante localités[4] :

  • Agdel
  • Aghil
  • Ahebassa
  • Aïn Serrak
  • Amalou
  • Assaka
  • Asselbou
  • Assratou
  • Belaïdène
  • Beni Mehrez
  • Boukhlef
  • Dar Ben Ammor
  • Dar Ben Rahmoun
  • El Gzira
  • El Hammara
  • El Hout
  • El Ouldja
  • El M'Raïdj
  • El Merdja
  • Horma
  • Kaa El Hot
  • Ksir Moussa
  • M'Siff
  • Merdj Youcef
  • Mourghane
  • Nmissa
  • Ghedir Missa
  • Oum Endjar
  • Sidi Saadallah
  • Taffert
  • Taneftacht
  • Tarakecht
  • Tasselemt
  • Tazmourt
  • Tazrout
  • Texenna
  • Tidasse
  • Zaarora
  • Zaouia
  • Zaregdou

Climat[modifier | modifier le code]

Le climat méditerranéen est caractérisé par un froid doux en hiver et une chaleur modérée en été. L'enneigement dure plusieurs jours par an. La pluviométrie de la région jijellienne est l'une des plus élevées en Algérie, ce qui explique l'abondance des eaux souterraines et des fontaines, sans oublier les rivières et ruisseaux.

L'oued Djen Djen est la plus longue rivière qui traverse Texenna. Elle puise sa source à Djebel Babor et rejoint la Méditerranée au niveau du port qui porte son nom. En 2019, un barrage, construit sur le Djen Djen au niveau de Tablote, a été mis en service.

Reliefs[modifier | modifier le code]

Texenna comprend deux zones différentes : l'une au Nord, moins élevée, située entre la ville de Texenna et le village de M’telatine et la seconde au Sud particulièrement montagneuse. Celle-ci est la zone la plus vaste, elle s'étend de la ville de Texenna jusqu'au village de Mourghane sur une distance dépassant 10 km. C'est pourquoi, par le passé, les habitants du sud de Texenna, et plus précisément les Beni Amrane, étaient appelés El Djebbala (les montagnards) alors que ceux du nord étaient appelés Esseflia (les habitants des plaines).

Ainsi, la ville de Texenna se trouve presque au milieu des deux zones qui composent la daïra de Texenna et se situe à 755 m d'altitude[5]. Le chef-lieu de la commune est, en réalité, une bourgade située sur un col (d'où l'oronyme El Khenaq donné par les villageois en arabe local à ce lieu).

Ce col offre une vue panoramique, et permet de voir au nord la ville de Jijel, ses plages et une partie de Taher, et au sud le mont de Tamesguida (qui dépendait auparavant de Texenna et qui est actuellement situé sur le territoire de la commune de Boudriâa Beni Yajiss) dont l’altitude atteint jusqu'à 1 500 m[5] du côté d'Ouled Ameur. Dans cette région, plus on se dirige vers le sud, plus l'altitude s'élève, jusqu'à atteindre 2 000 m au Djebel Babor (série de montagnes de la Petite Kabylie) aux frontières de la wilaya de Jijel et la wilaya de Sétif. Cela explique pourquoi la région la moins élevée a été appelée « Tababorte » durant l'époque coloniale[6] qui est un diminutif de « Babor ». Selon une version, les deux mots sont une déclinaison du mot « bateau » en assimilant la forme de ces montagnes aux bateaux (en français le mot bâbord signifie le côté gauche d'un bateau lorsqu'on regarde vers l'avant). Actuellement, le territoire de Tababorte fait partie de la wilaya de Jijel alors que Babor dépend de la wilaya de Sétif.

À la vue de ces montagnes, on comprend aisément pourquoi les anciens Berbères, selon une des versions sur l'origine du mot Jijel, choisirent pour toute la région l'appellation d'Ighilghili (ighil signifie « montagne », « série de montagne », arabisée en Djijel)[3].

Histoire[modifier | modifier le code]

Moyen Âge (800-1512)[modifier | modifier le code]

Après son indépendance du califat des Abbassides de l'Orient, le Maghreb fut morcelé en dynasties parmi lesquelles celle des Aghlabides (de la tribu arabe Benou Tamim). Cette dynastie s'étendait de l'Ifrikiya (Tunisie actuelle) jusqu'à Jijel et gouverna pendant la période de l'an 800 à 909 après J.C.

À la chute des Aghlabides, les Fatimides prirent le pouvoir grâce à l'aide des Koutama, berbères habitant l'Est algérien dont les tribus de Jijel comme Ouajana et Djimla, à côté de Texenna[7].

Après le départ des Fatimides en 969, les deux dynasties de la tribu berbère Sanhadja, les Zerides (972-1148) et les Hammadites (1014- 1152), se succédèrent sur le Maghreb central et le Maghreb oriental avec des interférences à certaines époques. Les Hammadites quittèrent M'sila, leur première capitale, et s'installèrent à Béjaia, leur nouvelle capitale, alors que Djijel ne fut qu'une petite ville annexée à cette dynastie. Par conséquent, toute la région jijelienne n'eut pas un rôle politique significatif pendant cette période[7].

Le XIe siècle fut marqué par l'invasion hillalienne, utilisée par les Fatimides comme une façon de se venger des Zerides après leur décision d'indépendance. En effet, la tribu arabe Banou Hilal participa à la chute des Zerides et leur pénétration au nord-est ne fut affaiblie que par les Almohades à la suite d'une bataille à Sétif. Ensuite, les Almohades évacuèrent une partie des Hilalliens au Maroc et les employèrent lors des guerres en Andalousie en tirant profit de leur caractère guerrier.

En 1143, la ville de Jijel fut conquise par les Italiens (venus de Sicile) et libérés plus tard par les Almohades. Ces derniers appartenant à la tribu berbère Masmouda fondèrent une dynastie qui régna de 1152 à 1236.

Les Hafsides (Beni hafes), de la même tribu que les Almohades, régnèrent sur tout l’Est algérien et la Tunisie durant la période allant de 1236 à 1513. Cependant, l’appartenance de Jijel à cette dynastie fut formellement établie seulement après 1260[7].

Une deuxième fois, les Italiens, et plus précisément les Génois cette fois-ci, conquirent la ville de Jijel. Leur domination perdura trois siècles (de 1260 à 1513). Jijel fut la seule ville maghrébine conquise par les Italiens depuis l’ère romaine; une conquête tolérée par les Hafsides à ce qu'il paraît[style à revoir]. Les renseignements relatifs à cette période sur la situation de la région montagneuse sont très maigres[7]. Durant cette époque, Djijel fut connue par les noms de « Gigeri » et « Gigelly »[6] ; les Français préféreront plus tard la transcription « Djijelli ».

Époque turque (1513-1830)[modifier | modifier le code]

En 1513, les Turcs débarquèrent à Djijel, choisie comme point de départ pour libérer Béjaia tombée aux mains des Espagnols. En effet, leur départ à partir de la Tunisie fut inefficace et suscita les inquiétudes des Hafsides sur leur trône. Les Turcs expulsèrent les Génois et les Espagnols et devant l'incapacité des Hafsides à arrêter les envahisseurs chrétiens sur la rive septentrionale de la Méditerranée, ils mirent fin à leur dynastie. Par la suite, les Hafsides contribuèrent efficacement à sauver les Andalous chassés de la presqu'île Ibérique qui se réfugièrent au Maghreb[7]. En Algérie, ces réfugiés s'installèrent dans des villes côtières comme Alger, Béjaia, Jijel, Azzefoun, Cherchel ou Telemcen ainsi que dans les villes intérieures comme Blida, Constantine et Médea.

En 1516, les frères Barbarouss (Khireddine, Arrouj et Isshac) vinrent au secours d'Alger à la demande de ses habitants, laquelle fut prise par les Espagnols en 1510. Les Turcs accompagnèrent des Jijeliens à Alger dont le gouverneur Salim Toumi fut tué pour ses complots avec les Espagnols. Pendant cette période, Arrouj fut tué à Telemcen et Isshac tué près de Chelef lors de leur lutte contre les Espagnols[7].

En 1520, Khireddine revint à Djijel et la déclare capitale de l'Algérie jusqu'en 1525, année où il revint à Alger définitivement avec d'autres Jijiliens qui contribuèrent à la reconstruction de la Casbah d'Alger grâce au bois de Djijel et de la Kabylie. Khireddine instaura un État fort, élargit sa domination sur tout le littoral actuel de l'Algérie et élimina ses adversaires dont Belkadhi roi de Koukou en grande Kabylie[7]. Il meurt en 1547 à Istanbul.

En 1664, la conquête de Jijel et Béjaia par les Français (à l'époque de Louis XIV) se produisit sous le commandement de Beaufort, Duquesne, de Godogane, le maréchal Dokanal et Clairval. Les deux villes furent libérées par les Turcs à l'époque de l'agha Chaabane. Les tribus de la région et celles de la grande Kabylie (Zouaoua) et de la petite Kabylie (Beni Ourtilane, Beni Abbes et Beni Yaala) participèrent à cette riposte[7]. À la fin de cette opération, « la marine française abandonna sur les rivages des blessés, des malades et une quantité considérable de matériel de guerre. Ils étaient Normands, Picards, Bretons, Anglais, Hollandais et Maltais. Ils ont été adoptés en raison de leur savoir technique : charpentiers, bourreliers, spécialistes des cordages, de la navigation. Soignés et nourris, ils passèrent chez le coiffeur pour le rituel de la circoncision et s'intégrèrent dans la population. Leurs descendants se reconnaissent à leur type européen prononcé et leurs patronymes plus ou moins berbérisés ou arabisés »[8].

La période turque finit mal, bien avant la conquête française. Des révoltes et des insurrections se succédèrent à partir de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle dont la révolte des Kabyles de la grande Kabylie et celle des Jijiliens contre les gouverneurs turcs en 1804 décrite par Charles Féraud, interprète de l'armée française dans son livre Les chérifes Kabyles de la province de Constantine, 1804-1809 à laquelle les tribus de Texenna contribuèrent[3]. Il est évident que ces tribus isolées dans les montagnes et livrées à elles-mêmes, en même temps, elles furent obligées de payer les impôts ne reconnaissant plus l'autorité des derniers gouverneurs turcs [7] après avoir accueilli chaleureusement leurs prédécesseurs.

Ce furent des circonstances opportunes pour les Français pour conquérir le pays « en 1802, Bonaparte parla de jeter une armée sur la côte d'Afrique ; en 1808, il envoya en mission de reconnaissance le commandant Boutin ; une expédition contre Alger aurait été moins périlleuse et plus féconde en résultats utiles que la déplorable guerre d'Espagne ; mais Napoléon avait d'autres desseins ; les plans et les mémoires dressés par Boutin restèrent dans les cartons du dépôt de la guerre jusqu'en 1830 »[9], l'année de l'occupation française.

Colonisation française (1830-1962)[modifier | modifier le code]

La conquête française[modifier | modifier le code]

Le , une deuxième fois, les Français marquèrent leur retour mais cette fois à partir d'Alger. Leur retour fut planifié et exécuté avec force, connaissance et intention du peuplement européen durable en considérant l'Algérie comme « la Nouvelle-France » et « la terre promise » qui va enrichir la France selon les expressions de certains historiens[non neutre] comme Ernest Picard et Ducuing et les plans du nouveau gouverneur de l'Algérie, le maréchal Bugeaud[10]. Cette vision s'impose d'autant plus que l'Algérie est à sa proximité. Dans ce sillage, Ducuing écrivit : « Nous avons perdu la route vers l'Orient que s'étaient ouverte nos pères : vainement Dupleix avait tenté de la reprendre par la conquête de l'Inde, et Bonaparte par la conquête de l'Égypte. L'Algérie, en effet, c'est la route de l'Orient retrouvée… Ce grand bassin méditerranéen qui est l'entrepôt d'alimentation de toute l'Europe. Ce bassin sera-t-il enfin un lac français ? »[11].

De 1830 à 1839, Jijel était sans gouverneur après la fuite des Turcs à Alger malgré une tentative d’Ahmed Bey par la suite pour la récupérer. Durant cette décennie, les Jijiliens avaient participé aux tentatives de libération d’Alger en 1830, de Constantine en 1836 et de Skikda en 1837. Entre-temps, les Français guettaient la Kabylie y compris Djijel selon ce témoignage du maréchal de Saint-Arnaud « Depuis longtemps nos regards sont orientés vers les montagnes qui s’étendent de Delys à Skikda. Cette partie de l’Algérie est restée en dehors de notre autorité et à ce jour elle est insoumise. Elle est appelée « la Kabylie » ; elle est habitée par des hommes belliqueux armés et mieux organisés que les Arabes »[7].

Enfin, le , les conquérants français arrivèrent à la ville de Jijel sous le commandement du colonel de Salle[6] (remplacé par la suite par le capitaine Picouleau) et en présence du capitaine de Saint Arnaud. La ville de Jijel devient sous leur contrôle. Toutes les tentatives des tribus dont celles de Texenna pour la libérer se soldèrent par l’échec devant une armée mieux organisée et mieux armée[7].

De 1839 à 1843, plusieurs sorties de l’armée française furent effectuées en direction de la région montagneuse, marquées par des affrontements avec les habitants. Le bilan fut lourd (vingt mille Jijeliens tués) mais sans pouvoir soumettre les montagnards[7].

Cette situation fut exceptionnelle en Algérie. La Kabylie, bien qu'elle soit côtière, est restée inaccessible après deux décennies de la colonisation. Ainsi, « en 1848, l'Algérie pouvait être considérée comme domptée; seules la lointaine région du Sahara et dans le Tell la montagneuse Kabylie échappaient encore à la conquête. Ces contrées devinrent naturellement les derniers centres de résistance, les foyers où s'allumaient les insurrections »[9].

En , Saint-Arnaud, devenu général, se prépare à concrétiser ses ambitions et écrit à son frère cette lettre « Cher frère, tu crois à un répit pour ma rentrée en France. J'en serai bien satisfait, si je puis faire mon expédition en Kabylie ; ma position sera faite… au retour, et je pourrai voir, à Paris, se dessiner mon but final : le gouvernement de l'Algérie. Le gouvernement donne la préférence à l'expédition de la grande Kabylie ; je regarde l'expédition de la petite Kabylie comme plus opportune et plus facile. Qui aura raison ? »[12].

En (le même mois qu'en 1839), une première compagne militaire fut envoyée sous le commandement du général Saint Arnaud accompagné par le général Bosquet et le général Luzy et le colonel Bouscarin. Bosquet fut blessé grièvement lors d’une bataille près d'El Milia[13],[7]. Saint-Arnaud pensa au début de sa campagne que « la guerre que j'entreprends sera sérieuse, frère ; de Milah à Djidjelli, de Djidjelli à Collo, j'aurai devant moi dix mille fusils qui défendent un pays difficile. Je n'ai que sept mille baïonnettes et de jeunes soldats. Ces conditions n’altèrent pas ma confiance dans le succès. Je frapperai des coups si vigoureux et si rapides, que les Kabyles auront bientôt perdu leur audace »[12]. Le , il écrivit à son frère en France « Cher frère, depuis que j'ai quitté Constantine, j'ai été bien occupé. Tu t'en es aperçu à mon silence. Voici une campagne comme je n'en ai point encore faite en Afrique, malgré mes quinze années de vie militaire »[12]. Là où la campagne passa, elle fut confrontée par les tribus dont les forêts les avaient aidées à défendre leur territoire avec courage selon cet extrait « les versants et les ravins de ces montagnes étaient couverts d'épaisses et magnifiques forêts d'ormes, de chênes et de bouleaux; les hautes broussailles croissantes au milieu des arbres offraient aux Kabyles des moyens trop sûrs et trop faciles d'inquiéter notre marche, pour qu'ils affrontassent nos balles et nos obus en attaques en masse et à découvert »[13].

Cette campagne fut sanglante et avait comme conséquence l’extermination d’une grande partie de la population selon ces témoignages de Saint-Arnaud dans sa lettre « Cher frère, au moment où tu m'écrivais ta lettre du , j'entrais dans les montagnes de la Kabylie. Les journaux te raconteront les détails de mon expédition, une des plus rudes et des plus belles qui aient été entreprises en Afrique… Depuis le col franchi le 11, jusqu'à Djidjelli où je suis arrivé le 16, je me suis battu presque tous les jours, de cinq heures du matin jusqu'à sept heures du soir ; j'ai laissé sur mon passage un vaste incendie. Tous les villages, environ deux cents, ont été brûlés, tous les jardins saccagés, les oliviers coupés. Nous avons passé le 14, non loin du lieu où l'armée du Bey Osman avait été complètement détruite en 1804. Les Kabyles avaient annoncé qu'ils feraient subir le même désastre à ma colonne. J'ai passé le fer à la main. J'ai fait reposer ma colonne à Djidjelli le 17 et le 18, et je suis reparti le 19, pour soumettre les tribus au sud de la ville. J'ai été m'établir au milieu des Beni Amram (Beni Amrane), la plus grande tribu du cercle »[12].

Le jour où il arrive à Texenna le , il avoue « nous faisons une guerre sérieuse, la résistance est générale et bien organisée »[12]. Les tribus voisines avaient participé à cette bataille inégale « par plus de deux mille fusils, appartenant aux tribus des Beni Amray, des Beni Achmet et des Beni-Khtel… Cette défaite ne découragea point cet ennemi acharné ; loin de se disperser, il se rallia, le soir-même, sur une nouvelle ligne de défense occupée par les nombreux guerriers de la tribu des Beni Foughral et de leurs alliés… »[13] (les noms corrects[C'est-à-dire ?] des tribus indiquées sont, Beni Amrane, Beni Ahmed, Beni Khettab, Beni Foughal).

Les jours suivants, la campagne continua jusqu'au Babor « dès le 26 (mai), elle pénétrait dans les montagnes des Beni Foughral, tribu nombreuse qui garde les passages du Djebel Bahor (Babor), point culminant de la route de Djidjelly à Sétif ; à midi il prenait position sur un plateau, vis-à-vis d'une chaîne de montagnes boisées, où l'on apercevait de distance en distance leurs villages aux blanches murailles ombragées de figuiers. Les nombreux Kabyles armés que notre division vit se réunir sur les hauteurs qui faisaient face à son camp lui fit comprendre que l'ennemi était résolu à se défendre. Le général lança à deux heures sur ces rassemblements deux colonnes légères, qui eurent ordre, après les avoir dispersés, de se porter sur leurs villages et de les réduire en cendres. La résistance des Kabyles ne put empêcher ces incendies. Énergiquement culbutés sur tous les points où nos troupes purent les aborder, ils durent se résigner à voir leurs habitations dévorées par les flammes et s'évanouir en tourbillons de fumée. Le soir, il ne restait plus de ces villages que des monceaux de décombres au-dessus desquels se dressaient encore quelques troncs carbonisés »[13].

Cette campagne réussit à soumettre les tribus jijeliennes l'une après l'autre, elle fut décrite par les historiens français comme suit : « Cette sanglante victoire jeta la consternation dans toutes ces montagnes… On put, dès ce moment, prévoir que l'expédition portera les fruits qu'on en avait espérés. La coalition des tribus de petite Kabylie n'était pas seulement vaincue, elle était dissoute. Si quelques-unes de ces fractions existaient encore, ce n'étaient plus que les tronçons du serpent qu'a divisé le fer. On eut bientôt une preuve de ce changement heureux. Les tribus voisines de Bougie, que le fameux shériff Bou-Hagla (Boubaghela) avait soulevées, redoutant le châtiment que leur imprudence devait attirer sur elles… Le général de Saint-Arnaud, reconnaissant que la partie grave et périlleuse de l'expédition était accomplie, pensa devoir diviser ses forces pour hâter la soumission des tribus qui restaient encore en armes sur divers points du pays… »[13].

Les efforts de ces généraux français en Kabylie leur permirent de devenir des maréchaux de France (Saint-Arnaud en 1852 et Bosquet en 1856) et de diriger la guerre de Crimée contre les Russes et même de donner leurs noms aux grandes villes (la ville actuelle d'El Eulma située à Sétif fut appelée Saint Arnaud) .

La compagne de Saint Arnaud fut la plus importante mais pas la dernière, elle fut ainsi suivie par quatre compagnes[7] :

  • en 1852, deuxième campagne militaire sous le commandement du général de Mac-Mahon ;
  • en 1853, troisième campagne militaire sous le commandement du général Randon (maréchal de France en 1856) ;
  • en 1858, quatrième campagne militaire sous le commandement du général Castu ;
  • en 1860, cinquième campagne militaire sous le commandement du général Devaux.

Ces cinq campagnes sévères éprouvèrent de la difficulté à pénétrer les montagnes jijiliennes. Mais, ils finissent, comme tous les Algériens, par être affaiblis. Ainsi, « en réprimant les révoltes, la France se trouva amenée à les poursuivre jusque dans leurs refuges; c'est ainsi que s'opéra graduellement l'occupation du Sahara et que la Kabylie fut d'abord entamée, puis pénétrée dans tous les sens, et enfin définitivement soumise »[9].

Après une accalmie relative, d'autres révoltes se déclenchent en Kabylie, en l’occurrence, celle du cheikh El Mokrani et du cheikh El Haddad en 1871 auxquelles les tribus de Jijel participèrent comme elles participèrent à celle du chérif Boubaghela (originaire de l'Ouest). Cette participation leur valut la dépossession de leurs terres et la déportation à l'intérieur et à l'extérieur du pays ainsi que la disparition de plusieurs villages, brûlés par les soldats du général de La Croix et du commandant de Jijel[7].

Le découpage administratif colonial[modifier | modifier le code]

En 1848, trois départements furent créés en Algérie : Alger, Oran et Constantine. Ce dernier constitué de cinq arrondissements : Constantine, Bône (Annaba, qui devint département en 1955), Phillipeville (actuelle Skikda), Guelma et Sétif (qui devint un département en 1956). Puis d'autres arrondissements furent ajoutés : Bougie (en 1875) et Batna (en 1885, il deviendra ensuite un département en 1956). En 1955, la création d'autres arrondissements, ainsi le département de Bône fut constitué de cinq arrondissements : Bône, Guelma, Souk Ahrass et Tébessa et le département de Constantine constitué de cinq arrondissements : Constantine, Djijelli, Aîn Beida, Mila, Borj Boueriridj auxquels trois arrondissements furent ajoutés en 1957 : Collo, El Milia, et Aïn M'lila[6].

Donc, Djijel n'est devenue un arrondissement qu'en 1955 (plus d'un siècle après la création du département de Constantine et très tardivement en comparaison avec ses voisines Béjaia et Skikda). Quant à la division militaire, Djijel fut un cercle (cercle de Djijelli) créé le et supprimé par arrêté du [6].

En 1870, le gouvernement militaire de l'Algérie fut remplacé par un gouvernement civil, ce fut juste la forme qui fut modifiée car la répression se continua et même s'intensifia. Parmi les fruits de ce changement, l'instauration d'un nouveau découpage administratif et la création des communes de plein droit et des communes mixtes. Texenna faisait partie de la commune mixte de Tababorte qui comprenait les douze douars (localités) suivants : Chadia, Tablot, Djimla, Rekkada, M’telatine, El M'rabet Moussa, Beni Kaïd, Beni Foughal, Missa, Tamesguida, Beni zoundaï et El Aouana[7].

La commune mixte de Tababorte fut créée en 1880, elle prend le nom de Djijelli par arrêté en 1906, elle est supprimée par arrêté le . Quant à la ville actuelle de Texenna, elle fut un hameau (petit groupe de maison à l'écart d'un village, moins qu'un douar), créé par arrêté du . Il est intégré à la commune de Rekkada-Meteletine, créée par arrêté du , dont il devient le siège. En 1957, chaque douar de la liste précitée fut érigé en commune ou partagé entre les nouvelles communes créées. À titre d'exemple, le douar de Tamesguida fut partagé entre les communes de Aîn Lebna, Beni Foughal et Tissetine et le douar Beni Foughal partagé entre les communes de Beni Foughal, Erraguene, Oued Kessir (Aouana actuellement) et Dar El Oued (Ziama actuellement). Le douar fut une division administrative créée par arrêté, il peut être grand et comprendre plusieurs douars comme le douar de Tababort délimité par arrêté en 1900 et constitué de trois douars : Tababort, Mansouriah et Beni Zoundaï et rattaché à la commune mixte de l'oued el Marsa en 1906[6]. La superficie des communes créées fut petite et ne dépassa pas un périmètre de sept kilomètres[7].

La guerre de la libération nationale (1954-1962)[modifier | modifier le code]

Pendant la révolution de libération déclenchée en 1954, les montagnes de Texenna étaient au rendez-vous, refuges propices pour les moudjahidines et champs préférés pour les batailles féroces comme elles l'étaient au XIXe siècle.[réf. nécessaire] Devant cette nature sauvage, l'armée française avait recouru aux bombardements aériens des villages et aux déplacements forcés de la population de quelques villages à des camps de regroupement pour priver l'ALN du soutien du peuple et faciliter le contrôle des zones jugées dangereuses.[réf. nécessaire]

L'Algérie indépendante[modifier | modifier le code]

L'’indépendance fut arrachée en 1962 au prix d’innombrables martyres où chaque village a sa part.[style trop lyrique ou dithyrambique] L'organisation administrative coloniale fut maintenue. Ainsi, Jijel fut un arrondissement de Constantine promu en wilaya en 1974 et Texenna une commune sous le nom de Rekkada oum Telatine ayant comme chef-lieu Texenna. (Telatine est une localité où les Français tuèrent trente martyrs[non neutre] durant une révolte du XIXe siècle, entre 1851 et 1871)[7].

En 1984, à la suite d'un nouveau découpage administratif, Texenna fut élevée au rang d’une daïra (sous-préfecture) avec deux communes : Texenna au sud et Kaous (Duquesne à l’ère coloniale) au nord.

Durant la décennie noire en Algérie (les années 1990), Texenna a connu la création de l’AIS (armée islamique du salut) relevant du FIS. La situation sécuritaire tendue a provoqué encore une fois l’exode des montagnards aux grandes villes comme Kaous, Jijel, et Taher.

Après trois décennies, les villages semblent être presque désertés malgré le retour graduel de la paix à partir de l'an 2000.[évasif]

Population[modifier | modifier le code]

Origine des habitants[modifier | modifier le code]

De prime abord, Il est incontestable que les habitants autochtones du Maghreb sont les Berbères (Amazighs). Cependant, leur territoire avait incessamment, et ce depuis le IXe siècle av. J.-C., attiré d'autres peuples de l'Europe et d'Orient. Parmi ces peuples, l'élément sémitique est sans doute le plus influent.« Les Berbères apparaissent donc, dès l'aurore des temps historiques, comme une race mixte et mêlée, comprenant des hommes de races diverses, et notamment des blonds et des bruns »[9].

À l'arrivée des prédicateurs musulmans, la région de Jijel fut habitée par la tribu berbère Koutama (Ikoutamen, en berbère) qui occupa un grand espace de l'Est algérien. À la suite de l'exode de plusieurs fractions de cette tribu en Égypte au Xe siècle, lesquelles contribuèrent massivement à la construction du Caire en 973, la région aurait été largement dépeuplée selon les historiens de l'époque. Ce vide laissé, aurait été rempli par d'autres Berbères d'autres régions de l'Algérie actuelle et même en dehors de cette dernière qui sont devenus au fil des siècles des Berbères arabophones et formeraient, en plus, du résidu Koutamien la majorité des habitants actuels de Jijel.

À cet égard, le gouverneur général CAMPUS écrivit en 1891 à propos de la tribu d'El Aouana « Les origines de ses habitants sont Arabes et Berbères. L’élément berbère est présent dans le dialecte et les traditions. »[7] en parlant de Beni Foughal, Maurice Vaniel écrivit en 1902 : « Ils sont d'origine berbère et arabe; Ils sont arabophones mais leurs traditions sont berbères »[7]. Si l'on remonte au XIVe siècle, on trouve qu'Ibn Khaldoun classa Beni Foughal (qui se trouve actuellement aussi à Guelma et Biskra) parmi les tribus berbères. Donc, une évolution eut lieu au cours de l'histoire, ce qui rend l'appartenance ethnique relative, laquelle prend d'autres formes socio-culturelles au-delà du lien sanguin[3].

À partir du XIe siècle à l'ère des Almohades puis les Hafsides (Beni Hafes) au XIIIe siècle, toutes les deux originaires du Maroc, dans ce contexte, il paraît que la région jijiellienne avait accueilli d'autres immigrés (familles et individus) venant du Maroc[7]. Or, la similitude du dialecte jijilien avec le dialecte marocain est frappante en dépit de la distance qui sépare les deux régions, sans compter la similitude de quelques toponymes et patronymes dont le fameux nom de Koutama[3].

À la même époque, le nord africain reçut une deuxième vague de la migration arabe dans un contexte non religieux mais purement politique. Il s'agit de l'invasion des bédouins, les Banou Hilal, Banou Souleim venants de l'Égypte et les Maaqil yéménites. Cependant, leur pénétration dans les zones montagneuses fut faible selon les historiens. Un paradoxe historique, l’Égypte accueillit des Berbères (Koutama) au Xe siècle et juste un siècle après, elle les remplaça dans leur propre sol par des Arabes installés sur son sol. Cet événement avait des conséquences socio-politiques durables au Maghreb et ce à partir de cette époque que l'arabisation se répandit au point où à arabiser plusieurs Berbères[3].

Quant aux Européens qui habitèrent Jijel pendant des siècles à savoir les Romains (et les Bizantins), les Vandales, les Italiens (les Génois), les Turcs et enfin les Français, ils étaient séparés des indigènes et croyaient même avec un esprit des conquérants qu’ils y étaient supérieurs, à quelques exceptions comme le cas des Koulouglis. Ces derniers de pères turcs et mères indigènes, étaient méprisés par les Turcs mais étaient préférés aux indigènes[9]. Donc, et parce que les mariages mixtes pendant les guerres furent et restent mal vus par les nations, les indigènes à leur tête les montagnards étaient liés aux conquérants surtout par les liens d’administration ou de commerce[3] .

Après la chute de l'Andalousie en 1492, les villes côtières du Maghreb reçurent les Andalous (Maures) chassés par les Espagnols. Ils furent des Arabes et Berbères, donc représentant parfaitement la composition ethnique réelle des habitants du Maghreb, mais leur destination fut les villes, car ils furent eux-mêmes des citadins bien instruits.

Quid des Juifs? Ils étaient présents en Afrique du Nord depuis deux millénaires. Donc, ils succédèrent aux Phéniciens et précédèrent les Arabes; trois peuples congénères. Beaucoup de Juifs furent des réfugiés chassés de l'Andalousie, et en dépit de la tolérance régnante dans leur nouvelle demeure et la réussite dans leur commerce, leur sort ne fut pas assez florissant car ils finissent par obtenir un rang de citoyen du troisième degré après les Turcs et les indigènes. Les Juifs coexistaient avec les indigènes sans s'y mêler, exceptés ceux convertis à l'Islam et fondus dans la société[réf. nécessaire]. Optant pour le camp des Français dès leur arrivée en Algérie, naturalisés Français tôt, ils s'assimilèrent aux Français et divergent des indigènes musulmans comme le prouve cet extrait de deux historiens français[3]. « Le nom d'indigènes s'applique à tous ceux qui se trouvaient en Algérie en 1830, à eux et à leurs descendants. À part les israélites, naturalisés par un décret du gouvernement de Tours, et un petit nombre de musulmans naturalisés individuellement, les indigènes continuent de former une masse compacte, étrangère à nos idées et à nos mœurs »[9]. Ainsi, les Juifs se trouvèrent obligés de quitter l'Algérie en 1962 par crainte d'être pourchassés contrairement à leur situation au Maroc et en Tunisie.

En Algérie actuellement, la différence entre les Arabes et les Berbères se fait, au moins chez les moins instruits, sur un seul critère : la langue. Pour eux, c'est simple: les arabophones sont des Arabes et les berbérophones sont des Berbères bien que ces réflexions cachent des vérités historiques et sont réfutables par des faits vécus et observables. En réalité, les peuples du Maghreb se subdivisent en arabes arabophones avec une minorité berbérophone et en Berbères berbérophones avec une majorité arabophone et évidemment les métis. La dispersion de ces éléments est différente d'une région à autre et semble être dessinée à jamais telle qu'elle est actuellement. Cependant , et loin de toute dimension politique ou tendance régionaliste ou raciste. Il est supposé que l’élément berbère, quel que soit sa langue, est le plus dominant pour plusieurs raisons[3].

À cet égard, deux historiens et géographes français spécialistes de l'Afrique du Nord résument parfaitement cette situation quand ils constatèrent en 1924 ce qui suit « Dans l’état actuel de nos connaissances nous ne sommes pas en état de dire qui est Arabe qui est Berbère dans l’Afrique du Nord, pas plus que nous ne saurions discerner dans les Français d’aujourd’hui les éléments ligures, celtiques, germaniques ou romains. La langue, au contraire, est un fait précis et observable ; nous pouvons déterminer qui parle arabe, qui parle berbère. Et, si les Arabophones ne sont pas forcément des Berbères au point de vue anthropologique, les Berbérophones en revanche sont assurément les indigènes les moins entamés par l’arabisation et par l’islamisation qui est à la fois la cause et la conséquence. En un mot, si rien ne prouve que les Arabophones soient des Arabes, la réciproque n’est pas vraie, et il y a beaucoup de probabilité pour les Berbérophones soient en général des Berbères »[14].

Enfin, au regard aux moult déplacements des populations et d'individus et le changement des noms des familles au fil des siècles et en l'absence des sources écrites, il serait difficile de déterminer, en général, les origines lointaines des familles, cela est valable pour la plupart des familles algériennes. Or, la pureté du sang, dans les conditions précitées, est une donnée fragile, pour ne pas dire un mythe. En revanche, il serait aisé de se baser sur l'origine des ancêtres proches pour déterminer l'appartenance à une ethnie ou plutôt à une région. D'ailleurs, du point de vue sociologique et anthropologique (anthropologie culturelle), l'homme est le produit de son milieu et que quatre générations suffisent pour son intégration complète dans un milieu différent de celui de ses ancêtres lointains.[réf. nécessaire] Dans ce sens, l'étude de l'histoire de la région à la fin de l'ère ottomane pourrait dissiper quelques zones d'ombre, et non pas toutes, sur l'origine des habitants actuels de cette région, en admettant que la date de la colonisation française soit considérée comme la référence de la fin de la migration vers la région [3].

Tribus de Texenna[modifier | modifier le code]

À l’époque des Turcs, les habitants de Texenna furent organisés en tribus (aarch) lesquelles se subdivisèrent en branches (Ferkat) lesquelles furent composées de plusieurs familles. Les tribus se formèrent par les alliances entre les "Ferkat" qui furent liées entre elles par le voisinage et les liens de parenté sans avoir forcément la même origine. Cela fut valable aussi pour les familles de la même "ferka". Ils habitèrent des bourgs (douars) composés des villages (Mechetas). Ces tribus furent au nombre de trois : Beni Khettab, Beni Foughal et Beni Amrane, mais le territoire de ces tribus s'étend au-delà de Texenna, ce qui signifie que quelques fractions seulement de ces tribus habitèrent le territoire actuel de la commune de Texenna, notamment Beni Foughal dont deux villages seulement font partie aujourd'hui de Texenna (village Tarekecht et village Mourghane). Ces tribus existent à ce jour, cependant l'appartenance de quelques fractions tribales aux départements administratifs est modifiée. Quant aux confédérations (ensemble de tribus sous un seul nom), rien ne prouve qu'elles aient existé, ni oralement ni dans les écrits. En revanche, les alliances tribales pour affronter un ennemi commun existèrent. Sinon, les relations entre les tribus furent tantôt hostiles tantôt amicales.[3]

Appartenance à la Kabylie[modifier | modifier le code]

Les conquérants français classèrent les tribus de Jijel parmi les Kabyles et attachèrent leur région, qui dépendit de la province de Constantine, aussi à la Kabylie et ce sous diverses appellations: la Petite Kabylie (peut être parce que moins peuplée ou en regard à l'étendue de la chaîne montagneuse), la Kabylie orientale, la Kabylie des Babors, la Kabylie de l'Est. Les rapports des officiers militaires en témoignent comme les passages précités de Charles Féraud et Saint Arnaud. Cette appartenance à la Kabylie s'expliquerait probablement par les raisons suivantes: la richesse du dialecte jijellien en mots berbères notamment celui des montagnards, similitude de la géographie c'est-à-dire la nature montagneuse du territoire et le voisinage de la Kabylie proprement dite, la ressemblance de plusieurs traditions matérielles et immatérielles. En fait, la langue berbère s'est effacée progressivement au fil des siècles dans la région de Jijel devant l'arabisation introduite par les Arabes et adoptée par les Berbères lesquels gardèrent, néanmoins, leurs traditions. Actuellement, les Jijeliens qualifient leurs voisins de l'ouest de Kabyles (qui sont berbérophones) et leurs voisins de l'Est (Skikda et Annaba) et du sud (Mila et Sétif) de "Chaouiya" (les Chaoui) qui sont arabophones et partagent cette caractéristique avec les Jijeliens. Ce sont des délimitations sujettes à des interprétations différentes et qui peuvent ne pas faire l'unanimité[3].

De nos jours, les citadins de la ville de Jijel continuent à qualifier les montagnards de Texenna de "Kabayles". Assurément, non au sens du pluriel du mot arabe "kabila" (tribu) car ces mots de l'arabe classique ne sont pas utilisés par la population ; plutôt le mot "El aârch" et son pluriel "El aârouch" qui sont utilisés. Quant aux Constantinois, ils qualifient les Jijeliens de "kbayales el hadra",(en arabe "الحَضر"), qui aurait pour sens "les Kabyles civilisés" ou les "Kabyles citadins"[3]. La consultation d'un ouvrage de deux spécialistes de l'Algérie nous fournit cette clarification à propos de ce terme « les Maures ou Hadars sont les indigènes qui habitent les villes. Grands et bien faits quand l'embonpoint ne les alourdit pas, le teint blanc ou brun clair, les yeux et les cheveux noirs, les traits réguliers, ils ne reproduisent ni le type arabe ni le type berbère; ils ressembleraient plutôt aux populations du midi de l'Europe »[9]. Ils ajoutent que « les Maures ne sont pas une race, mais un résidu de toutes les races ; le sang phénicien, berbère, romain, arabe, turc se mêle dans leurs veines ; l'Europe a fourni son contingent, surtout au temps de la piraterie »[9]. Donc, le terme "El Hadra" au sens strict concerne les citadins des villes côtières comme Jijel, Taher, El Milia et même Skikda, Béjaia et non les montagnards qui se démarquent par un mode de vie et un savoir faire paysans, un rattachement aux traditions ancestrales parce qu'ils sont moins influencés et surtout par une faible diversité raciale par rapport aux citadins avec toutes ses aspects négatifs et positifs possibles.[3]

Dépeuplement de la région[modifier | modifier le code]

La région de Jijel semble peu peuplée par rapport à la Kabylie proprement dite. Cela se voit à la répartition de la population sur son espace. Les habitations constituant les villages sont généralement éparpillées contrairement à la Kabylie où elles sont adossées l'une à l'autre en formant un centre de population presque urbain. Toutefois, les statistiques de 2008 montrent une densité de population à Jijel élevée (247 hab./km) voire très élevée sur l'échelle nationale car peu de wilayas franchissent la densité de 200 hab./km. En comparaison avec les wilayas limitrophes, elle avoisine la densité de Béjaia (279 hab./km) et dépasse celle de Skikda (223 hab./km), Mila (220 hab./km) et même Sétif (229 hab./km).

Parmi les raisons du dépeuplement apparent, on peut citer : les exodes pour des raisons politiques comme les cas de koutama au Xe siècle (le seul exode à l'étranger) et les migrations à l'intérieur de l’Algérie pour des raisons liées aux conflits tribaux ou à la suite des déportations par les autorités coloniales, d’après leurs témoignages dans leurs rapports militaires. Ainsi, on trouve des tribus d’origine Jijliennes à Annaba (certaines fractions des tribus s’y installèrent à l’époque des Turcs selon Charles Feraud)[15], Constantine, Guelma (dont la famille du président Houari Boumèdienne, originaire de Beni Foughal), Alger, Sétif et Batna. D'autres déplacements se sont reproduits au lendemain de l'indépendance et pendant la décennie noire pour améliorer les conditions de vie.

À cela s’ajoutent les épidémies avant et durant la colonisation française et les exterminations opérées par l’armée coloniale [3].

La vie culturelle[modifier | modifier le code]

La vie culturelle de la région de Texenna et des régions voisines peut se résumer autour des axes suivants[3]:

1- Le dialecte;

2- Les traditions;

3- Le patrimoine oral;

4- Les métiers artisanaux.

Manifestement la culture de la région est berbère (beaucoup de ressemblance avec celle de la kabylie et de chaouia) et qu'elle est en voie de disparition notamment à défaut de l'écriture du patrimoine culturel oral, et en raison de la modernisation et de l'exode des villageois aux villes à la suite de la dégradation de la situation sécuritaire durant la décennie noire. Les conséquences de ces facteurs semblent être durables sur les composantes de la culture locale.

À la lumière des données historiques précitées, on serait en mesure de comprendre comment cette région a son parler actuel avec toutes ses spécificités. Il s'est avéré nécessaire d'aller plus loin dans l'histoire pour comprendre quelques points qui échappent aux simples utilisateurs de ce parler, qu'on pourrait résumer ci-après [3]:

À l’origine le dialecte de la région fut le berbère étant donné qu’elle était peuplée par les Berbères. Mais ce berbère ne fut pas seul sur ce territoire où les Phéniciens établirent un comptoir commercial au VIIIe siècle av. J.-C. Le phénicien va influencer plus tard le parler de cette région quand les Arabes arrivent pour islamiser le nord africain. Il va même couper le chemin devant le latin de l'avis de certains historiens français. En comparaison avec le Maroc ces chercheurs déclarent « il est vrai que les indigènes (les Berbères) oublièrent le latin tenait en grande partie à une influence antérieure de la langue punique, langue sémitique assez voisine de l'arabe, il est clair que les Marocains n'ayant guère subi cette influence, étaient sans doute, moins que les gens d'Ifrikya (Tunisie actuelle) à s'assimiler la langue des conquérants ».[14]

Le dialecte jijelien est qualifié d’arabe pré-hilalien, c'est-à-dire celui introduit avant l’exode des bédouins Banou Hilal au nord africain au XIe siècle simplement parce qu'on suppose que les Hilaliens n'avaient pas pénétré les zones montagneuses inadéquates avec leur milieu habituel : le désert[16]. Le rôle de ces peuplades dans l'arabisation du Maghreb fut imminent auquel s'ajoute pour la région de Jijel l'existence d'un substrat phénicien et enfin l’alliance des Koutama avec les Fatimides et leur rapprochement avec les Aghlabides (toutes les deux furent des dynasties arabes). Des historiens ont pu constater que les berbères qui se mêlèrent avec les Arabes dans la politique avaient fini par être arabisés et attribuèrent la conservation du berbère par les tribus berbères (berbérophones) à leur isolement. Toujours en comparant les pays du Maghreb, ils pensent qu'au Maroc « dans leurs massifs montagneux, étendus, élevés, d'accès difficile, les berbères sont restés beaucoup qu'en Tunisie et en Algérie à l'abri de l'action politique et sociale des conquérants »[14].

De nos jours, le dialecte de Texenna est un des dialectes arabes algériens, et on peut même parler des dialectes de Jijel. La différence est ressentie au niveau du lexique ou simplement réside dans la prononciation comme dans les dialectes berbères. Cependant, l'empreinte du berbère est très claire dans le dialecte de Texenna. Cela se voit au travers d'une centaine de mots berbères dont le sens ou la prononciation peuvent différer de celui existant dans la Kabylie berbérophone. À cela s'ajoutent quelques constructions grammaticales similaires à celles du Kabyle parlé en Kabylie berbérophone. Enfin, certains mots arabes sont construits selon les formes du berbère, en revanche, certains mots berbères sont reformés sous la forme arabe[3].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Décret executif n° 91-306 du 24 août 1991 fixant la liste des communes animées par chaque chef de daïra. 18 - Wilaya de Jijel », Journal officiel de la République Algérienne, (consulté le ), p. 1303
  2. [PDF]Recensement 2008 de la population algérienne, wilaya de Jijel, sur le site de l'ONS.
  3. a b c d e f g h i j k l m n o p q et r (ar) Hocine Sifouane, أخبار تاكسنة, Alger.
  4. Journal officiel de la République Algérienne, 19 décembre 1984. Décret no 84-365, fixant la composition, la consistance et les limites territoriale des communes. Wilaya de Jijel, page 1521.
  5. a et b « Altitude de Texenna », sur https://earth.google.com/web/search/Texenna, (consulté le Date invalide (20/04/2020 par sifouane hocine)).
  6. a b c d e et f « archives d'outre-mer », sur .http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/geo (consulté le Date invalide (28 mai 2020 par sifouane hocine)).
  7. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t et u (ar) علي خنوف, تاريخ منطقة جيجل, الجزائر, دار الأنيس,‎ .
  8. EL WATAN, « Aux origines des noms de familles », EL WATAN,‎ .
  9. a b c d e f g et h Augustin Bernard et Maurice Wahl, L'Algérié, Paris, FELIX, , p. 210.
  10. ERNEST PICARD, « Préface de présentation », Une oeuvre française,l'Algérie (conférences),‎ 1930, félix alcan.
  11. F. DUCUING, « Villages départementaux en Algérie », Revue de l'Orient, de l'Algérie et des colonies,‎ 1853,éd. just rouvier, TOME 14, p. 35.
  12. a b c d et e Maréchal Saint Arnaud, Lettres du Maréchal Saint Arnaud, Paris, Michèl Lévy frères, , Tome 2.
  13. a b c d et e P.ADRIEN, M. BRAMAUT, Histoire de l'armée et des régiments, Paris, DUTERTRE, , Tome 5.
  14. a b et c Augustin Bernard et Paul Moussard, Arabophones et berbérophones au Maroc, Annales de géographie vol 33, Paris, .
  15. Revue de l'Orient et de l'Algérie, Paris, .
  16. Phillipe Marçais, Le parler arabe de Djidjelli, Paris, Librairie d'Amérique et d'Orient, .