Terentia

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Terentia
Description de cette image, également commentée ci-après

Portrait de jeune fille dite Sapho (poétesse grecque du VII-VIe s. av. J.-C). Fresque romaine de Pompéi, Ier s. ap. J.-C.

Naissance
Décès 4 ap. J.-C.
Conjoint
Descendants

Terentia (née en 98 av. J.-C. à Rome et morte en 4 ap. J.-C.) est une noble dame romaine issue de la gens Terentia. Elle appartenait donc à une famille noble et était la demi-sœur de la vierge vestale Fabia. Elle possédait de grands biens, ce qui lui permit d'épouser vers 80-79 av. J.-C. l’avocat Cicéron, avec lequel elle eut deux enfants : Tullia, née vers 78 av. J.-C., et Marcus, né en août 65 av. J.-C.. Elle contribua grandement à ses succès. Femme impérieuse et résolue, elle eut beaucoup d'ascendant sur son époux, qu'elle détermina à sévir contre les complices de Catilina[1]. Elle ne le suivit cependant pas dans son exil en 58 av. J.-C., et les dilapidations et les désordres auxquels elle se livra pendant son absence le déterminèrent à la répudier.

Biographie[modifier | modifier le code]

Buste de Terentia (profil)

Famille[modifier | modifier le code]

Terentia est née dans la noble et riche famille plébéienne des Terentii. Elle est peut-être issue de la branche des Terentii Varrones, la branche sénatoriale la plus importante de cette famille. Cela est indiqué par le fait que Cicéron avait un cousin et ami appelé Marcus Terentius Varro. Ce Varron possédait une maison près d’Arpinum, pas loin du lieu de naissance de Cicéron. Donc, si Terentia est la fille d’un Varron, les liens que Cicéron entretenait avec cette famille auraient pu influencer son mariage avec Terentia[2].

Terentia avait une demi-sœur nommée Fabia, qui était une Vestale et la fille d’un patricien appelé Fabius. Si la mère de Terentia avait épousé le plébéien Terentius d’abord, alors Terentia était la sœur aînée et probablement la seule héritière des biens de son père. À la mort de son père, Terentia devint extrêmement riche.

Elle pouvait faire état d’une dot importante, comprenant aux moins deux blocs d’appartements à Rome, des bois dans les environs de Rome et une grande ferme[3]. Les appartements et la ferme généraient un revenu annuel considérable. Il y a des témoignages du fait que Terentia possédait des biens en son nom propre. En plus de la terre publique qu’elle possédait, elle fit l’acquisition de propriétés boisées[4],[5],[6]. Elle possédait également un village qu’elle voulut vendre lors de la crise provoquée par l’exil de Cicéron[7].

Sa dot s’élevait à 400 000 sesterces ce qui était exactement le montant dont un homme avait besoin pour poser sa candidature au sénat. Comme Cicéron était encore sous l’autorité de son père, il n’avait pas encore hérité. La dot de Terentia fut donc probablement utilisée pour financer sa carrière politique[8].

Mariage et enfants[modifier | modifier le code]

Terentia avait à peu près 18 ans quand elle épousa Cicéron en 80 av. J.-C. ou 79 av. J.-C.. En plus des liens entre Cicéron et les Terentii, Terentia l’épousa parce qu’il pouvait avoir une carrière prometteuse. Elle l’épousa « sine manu », ce qui veut dire que la dot passa sous contrôle du pater familias de Cicéron et plus tard de Cicéron mais que Terentia elle-même gérait ses affaires avec l’aide de son tuteur Philotimus[6].

Terentia était chargée de la conduite des affaires familiales. En bonne matrone romaine, elle répartissait le travail, comme le tissage ou la cuisine, entre les esclaves. Elle faisait des offrandes aux dieux et montrait de la piété : Cicéron fit allusion à sa dévotion dans sa correspondance[9] et il plaisante à propos du sacrifice que son épouse devrait faire aux dieux qui, dit-il, l'ont aidé à soulager ses angoisses[10]. Cette plaisanterie montre que Cicéron laissait beaucoup de responsabilités domestiques aux mains de son épouse. Elle s’impliquait également dans les relations que Cicéron entretenait avec ses amis et famille. En 68 av. J.-C., Cicéron et Terentia invitèrent le frère de Cicéron, Quintus Tullius Cicero, et sa nouvelle épouse Pomponia (une sœur de l’ami de Cicéron, Atticus) dans le but de renforcer leur mariage. Dans une lettre, Cicéron écrivit que Terentia était aussi dévouée à Atticus et sa famille que lui[11],[12].

Tullia Ciceronis, la fille de Terentia et Cicéron naquit en 78 av. J.-C.. Comme cela faisait deux ans qu’ils étaient mariés, il est probable que le couple n’était pas très fertile. Leur fils, Marcus Tullius naquit seulement en 65 av. J.-C.. Le manque de fertilité est peut-être également indiqué par le fait que Tullia eut elle aussi des problèmes pour avoir des enfants[13].

En 51 av. J.-C., Cicéron partit exercer son proconsulat en Cilicie, Tullia n’était plus mariée et à la recherche d’un troisième époux. Comme Cicéron ne pouvait pas trouver de candidat par lettre, ce fut Terentia qui trouva un mari approprié pour Tullia. Cicéron écrivit qu’il l’autorisait à prendre la décision sans son consentement : il avait dû donner son consentement à l’avance car un citoyen romain ne pouvait pas se marier sans l’approbation du pater familias[14]. Terentia paya également la dot de Tullia à Dolabella en 48 av. J.-C., alors que Cicéron connaissait des difficultés financières.

Comme Cicéron était pompéien et Dolabella césarien, toutes les évènements de la guerre civile les impactaient[15]. Terentia et Tullia avaient une bonne relation qui leur permit de traverser la guerre civile[16].

Exil de Cicéron[modifier | modifier le code]

En 58 av. J.-C., Cicéron fut exilé pour avoir prétendument exécuté illégalement des citoyens romains durant la conjuration de Catilina. Publius Clodius Pulcher promulgua le décret pour se venger de Cicéron qui avait mis à mal son alibi dans l’affaire de la Bona Dea[3]. Plutarque, dans ses Vies parallèles, avance que Cicéron fut forcé de témoigner contre Clodius sur ordre de Terentia afin de prouver qu’il n’avait pas de liaison avec Clodia, la sœur de Clodius. Toutefois, cette histoire a été bâtie de toutes pièces soit par Plutarque, soit par un calomniateur de Cicéron. Plutarque voulait présenter Terentia comme une femme oppressive et donc présenter Cicéron comme un homme faible sous le contrôle de son épouse[17].

Pendant son exil, Cicéron laissait ses biens en désordre. Terentia fut donc chargée des maisons, villas, revenus et esclaves de Cicéron. La responsabilité de leur fils et de la sécurité de Tullia incombait également à Terentia. Elle continua à se présenter comme l’épouse de Cicéron bien que son exil terminât légalement leur mariage[18].

Terentia et Tullia protestèrent publiquement contre l’exil de Cicéron. Elles ne se peignaient pas et portaient des vêtements de deuil. Elles rendirent ainsi visite à leurs amis dans le but d’obtenir sympathie et support pour le retour de Cicéron. Quand la maison de Cicéron fut brûlée par la populace aux ordres de Clodius, Terentia trouva refuge dans la maison des Vestales. Bien qu’elle puisse être restée dans la maison du mari de Tullia, il est probable qu’elle passa tout l’exil de Cicéron en compagnie de Fabia et des vestales[19].

À ce moment, Cicéron était assez déprimé et parfois suicidaire. Il écrivit qu’il était misérable et ne voulait plus vivre. Il demanda fréquemment ce qu’il devait faire et se désespérait de ne pouvoir faire venir Terentia à ses côtés[9]. En effet, Terentia était très occupée à faire revenir Cicéron à Rome.

Dans une autre lettre, Cicéron loua le courage et la grandeur d’âme de Terentia, disant qu’il avait appris de nombreux amis qu'elle était très active à soutenir sa cause. Cicéron lui assura qu’il avait remercié ceux qui l’avaient aidée. Terentia ne le tenait pas seulement au courant de ce qu’elle faisait, mais aussi lui faisait jouer un rôle. Cicéron admit que l’espoir de son retour reposait sur Terentia[7],[20],[21].

Toutefois Terentia ne disait pas tout à Cicéron, probablement pour ne pas renforcer sa dépression[22]. Il apprit que Terentia avait été sortie du temple de Vesta et aurait souffert d’abus physiques[20].

Donc, même si Atticus, Tullia, Pison et Quintus ont fait pression pour obtenir le retour de Cicéron, Terentia était une des principales activistes. Cicéron rentra à Rome en 57 av. J.-C..

Guerre civile et divorce[modifier | modifier le code]

Au début de la guerre civile entre César et Pompée, Terentia et Tullia restèrent dans la maison du Palatin (qui avait été reconstruite). Tullia était enceinte et restait avec sa mère, alors que son mari Dolabella était parti rejoindre César. C’était à Terentia et Tullia de décider si elles restaient à Rome ou pas, bien que Cicéron fût inquiet à propos de leur sécurité[23].

En 48 av. J.-C., Terentia fut encore responsable des finances familiales. Cependant, Cicéron n’était pas content de la manière dont elle gérait les affaires à ce moment-là et il était particulièrement critique du travail de Philotémus. Plutarque nous dit que Terentia était la cause du manque de fonds pour le voyage de Cicéron. Bien que Plutarque fût hostile à Terentia, ce récit est étayé par une lettre de Cicéron dans laquelle il blâme Terentia comme quelqu’un à qui « il fait trop confiance »[24],[25].

La séparation et les tensions causées par la guerre civile rendirent les lettres de Terentia et Cicéron moins émouvantes et plus réservées. Alors que Cicéron était à Brindisi, il écrivait souvent à Terentia, mais ses lettres étaient laconiques et sans éloquence, ce qui n’était pas le cas auparavant[26]. Le couple eut un désaccord sur le testament de Terentia en 47 av. J.-C., en particulier sur la part qui devait revenir aux enfants[27]. Au même moment, le mariage de Tullia et Dolabella était au plus mal du fait de l'infidélité et de la négligence du mari. Cicéron ne blâma pas Terentia de les avoir mariés (malgré ses doutes à l’époque), mais il est clair qu’il aurait voulu que la décision eût été différente[28]. Malgré le manque d’affection et une suspicion croissante, Cicéron continua à lui faire confiance pour l’administration du ménage[29].

Le couple divorça en 47 ou 46 av. J.-C.. Après son divorce, selon Saint Jérôme, elle épousa l'historien Gaius Sallustius Crispus (Salluste), plus jeune de dix ans[30] puis l'orateur Messala Corvinus, mais ces mariages ne sont rapportés par aucun autre auteur antique, et son troisième mariage avec Marcus Valerius Messalla Corvinus est mis en doute par Saint Jérôme lui-même[31]. Enfin, Dion Cassius[32] ayant mentionné que le sénateur Vibius Rufus avait épousé la veuve de Cicéron, certains y ont vu Terentia, mais il s'agit plus probablement de Publilia.

Elle mourut dans un grand âge (103 ans selon Pline[33] et Valère Maxime[34]).

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Plutarque, Vie de Cicéron, 20
  2. Treggiari 30
  3. a et b Salisbury, Joyce E. Encyclopedia of women in the ancient world. Santa Barbara, Calif.: Abc-Clio, 2001
  4. Cicéron, Lettres à Atticus,2.4
  5. Cicéron, Lettres à Atticus,2.15
  6. a et b Treggiari 34
  7. a et b Cicéron, Lettres aux amis,14.1
  8. Treggiari 32
  9. a et b Cicéron, Lettres aux amis,14.4
  10. Cicéron, Lettres aux amis,14.7
  11. Cicéron, Lettres à Atticus,1.5
  12. Treggiari 41
  13. Treggiari 44
  14. Treggiari 83, 85
  15. Treggiari 118
  16. Lightman, Marjorie, et Benjamin Lightman
  17. Treggiari 49
  18. Treggiari 60
  19. Treggiari 61
  20. a et b Cicéron, Lettres aux amis,14.2
  21. Cicéron, Lettres aux amis,14.3
  22. Treggiari 65
  23. Treggiari 101, 103
  24. Cicéron Ad Atticum 11.1
  25. Treggiari 114
  26. Burns
  27. Treggiari 122 - 123
  28. Cicéron, Ad Atticum 11.25
  29. Treggiari 124 - 125, 129
  30. Jérôme de Stridon, Adversus Jovinianum.
  31. Jérôme, Adversus Iovinianum, 1
  32. Dion Cassius, LVIII, 15.
  33. Pline, Histoire Naturelle, VII, 48
  34. Valère Maxime, VIII, 13, 6.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Treggiari, Susan. Terentia, Tullia and Publilia: The Women of Cicero's Family. New York: Routledge, 2007.
  • Cicero, Marcus Tullius. Letters to Atticus. Trans. E.O. Winstedt.Vol.2. Massachusetts: Harvard University Press, 1912.
  • Cicero, Marcus Tullius. Letters to His Friends. Ed. & Trans. D.R. Shakleton Bailey.Vol.1&2. Massachusetts: Harvard University Press, 2001.
  • Salisbury, Joyce E. Encyclopedia of women in the ancient world. Santa Barbara, Calif.: Abc-Clio, 2001
  • Lightman, Marjorie, and Benjamin Lightman. Biographical dictionary of ancient Greek and Roman women: notable women from Sappho to Helena. New York: Facts On File, 2000.
  • Burns, Mary S.R., et al. "Chapter 17. Coolness towards Terentia." Introducing Cicero: A selection of passages from the writings of Marcus Tullius Cicero. London: Bristol Classical Press, 2002.
  • Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Terentia » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie,‎ (Wikisource)