Tribun de la plèbe

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Politique sous la Rome antique
Image illustrative de l'article Tribun de la plèbe

Dans la Rome antique, les tribuns de la plèbe sont les représentants de la plèbe.

Ils ne représentent pas le populus dans son entier, puisque la plèbe est le populus (l'ensemble du peuple de Rome, comprenant tous les citoyens de toutes les classes) sauf les patriciens. L'ensemble des moyens d'action passifs et actifs du tribun composent la tribunicia potestas, la puissance tribunitienne[1]. Ils ne disposent ni des pouvoirs, ni des attributs d'un magistrat dans son acception romaine puisqu'ils ne disposent pas de l'imperium ni du droit de prendre les auspices, ils ne sont pas précédés de licteurs et siègent sur un banc (subsellium) et non sur un siège curule. Ils sont néanmoins habituellement caractérisés comme magistrats après que leurs moyens d'action, initialement issus de la plèbe, eurent été progressivement reconnus et étendus par le Sénat et le patriciat.

Le tribun de la plèbe était élu pour une durée d'un an par le concile de la plèbe.[2]

La sécession de la plèbe[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Première sécession de la plèbe.

En 494 av. J.-C., alors que la guerre extérieure était imminente, la cité romaine connaît une grave crise politique. Elle est probablement liée à une crise économique, l'historien romain Tite-Live invoquant l’esclavage pour dettes de nombreux citoyens pauvres, on peut aussi évoquer une déception politique. En effet, depuis l'établissement de la République, l'exemple de la démocratie athénienne (réforme de Clisthène) était connu, et avait suscité des espoirs déçus par la mise en place de la République oligarchique. Cette crise politique débouche sur une sécession d'une partie du peuple romain, juste avant sa convocation en armes. Il s'agit donc d'une grève de la Plèbe. Le peuple sort de la ville, et part s'établir sur le mont Sacré. Il se jure l'union jusqu'à la mort, se donne des institutions, dont les tribuns qui doivent le protéger, et revient seulement à Rome après que Menenius Agrippa leur eut raconté l'histoire des membres et de l'estomac.

La plèbe (Plebs) n'est cependant pas l'ensemble des couches sociales inférieures de la société romaine : certains clients restent fidèles à leur patrons, des patriciens la rejoignent. Sont plébéiens ceux qui, quelle que soit leur classe, choisissent de s'opposer à la constitution oligarchique et patricienne de Rome.

Les Tribuns de la plèbe[modifier | modifier le code]

Les patriciens durent reconnaître les tribuns de la plèbe, au nombre de 2 en 493 av.j.-c;, en miroir des deux consuls, 4 en 471 av. J.-C. et 10 en 457 av. J.-C. Ceux-ci ne disposent d'aucun des pouvoirs traditionnels des magistrats de Rome : ils ne peuvent prendre les auspices, ils n'ont pas l'imperium. Leur rôle est de venir en aide à la plèbe. Leur fonction est collégiale : ils ont chacun le même pouvoir, et peuvent s'opposer à l'action d'un de leurs collègues, leurs pouvoirs s'annulant alors : c'est la prohibitio.

Leur puissance tribunitienne possède différents aspects. Ils sont intouchables (sacrosanctus), et offrent leur personne inviolable en protection à la toute-puissance des consuls (fonction d'aide, ou auxilium). Ce pouvoir peut s'exercer par le tribun lui-même, ou par le citoyen menacé qui fait appel au tribun. Celui-ci fait intercessio : il a le pouvoir de paralyser l'action légale d'un magistrat.

Cette mission d'auxilium s'exerce également pour défendre les intérêts de la plèbe dans son ensemble : il peut utiliser son droit de veto (jus intercessionis) contre l'action de tous les magistrats, dans toutes leurs actions : convocation d'une assemblée, vote d'une loi, élections, levée des légions. Il peut même interdire au Sénat d'exprimer son avis. Enfin, ce pouvoir finit par s'exercer même à l'encontre du dictateur. La seule limite de ce pouvoir : il ne s'exerçait pas quand le peuple était en armes, c'est-à-dire quand la guerre était déclarée, mais il fut souvent utilisé lorsque la guerre était imminente.

La sacro-sainteté[modifier | modifier le code]

Lors de sa sécession sur le Mont-Sacré, la plèbe s'est votée une constitution sous la forme d'une loi sacrée (Lex Sacrata), type de la loi fondement d'une discipline militaire chez les peuples italiques. Cette loi voue à la mort quiconque (citoyen, magistrat, plébéien, patricien) ne respecterait pas l'organisation de la plèbe, ou attenterait à la personne d'un de ses chefs. La sacro-sainteté des institutions de la plèbe (tribuns mais aussi édiles de la plèbe) fut reconnue par le patriciat en 449 av. J.-C., par les lex Horatiæ et ne fut abolie que de façon éphémère sous Sylla.

Le coupable d'un tel acte est maudit (crime d'atteinte aux intérêts de la plèbe dit perduellio), et tout citoyen peut faire cesser la souillure qu'il représente sur la Cité romaine à tout moment, en le mettant à mort[3].

L'intercessio, outil de la mission d'auxilium[modifier | modifier le code]

Le tribun existe pour venir en aide à la plèbe, c'est l'auxilium.

Il le fait en portant secours à un plébéien en particulier, objet d'une action légale contre sa personne ou contre ses biens, de la part d'un magistrat doté de l'imperium ; ce citoyen peut faire appel directement à la protection du tribun par l'expression tribunos appello (je fais appel aux tribuns). Le tribun s'interpose physiquement entre le citoyen et le magistrat qui le menace (légalement).

Le tribun fait alors jouer son pouvoir d'intercessio.

Le tribun porte également assistance à la plèbe dans son ensemble, en utilisant de manière plus large l'intercessio. Lorsqu'il juge qu'une action d'un magistrat en exercice, quelle qu'elle soit, menace les intérêts de la plèbe, il s'y oppose et la suspend, l'empêchant de convoquer une assemblée, de procéder à une élection, ou au vote d'une loi, ou même d'interroger le Sénat. Le dispositif législatif est ainsi bloqué à sa source même. Ce pouvoir fut utilisé massivement aux Ve et IVe siècles av. J.-C., en empêchant les consuls de procéder à la levée de l'armée.

Ces pouvoirs étaient circonscrits aux limites de la ville et à un mille au-delà. Dans ces limites, leurs pouvoirs s'exercent en permanence : ils n'ont pas le droit de quitter la ville, les portes de leur demeure restent ouvertes en permanence.

La justice tribunitienne[modifier | modifier le code]

Afin de pouvoir mener à bien leur politique, les tribuns se sont donnés le droit de procéder à l'exécution capitale. N'ayant pas de bourreau (les licteurs sont réservés aux magistrats constitutionnels), les tribuns de la plèbe traînaient eux-mêmes leur condamné qu'ils jetaient du haut de la roche Tarpéienne sans jugement, avec pour seule limite l'intercessio d'un autre tribun. La peine de mort pouvait être remplacée par une amende à la discrétion du tribun.

Ce pouvoir rend le tribun supérieur au consul dans les limites de la ville : alors que les décisions de justice ou de coercition du consul sont toujours sous la menace d'une intercessio d'un tribun, le tribun lui, échappe totalement à une mesure de répression du consul.

Évolution du tribunat[modifier | modifier le code]

Intégration dans la cité[modifier | modifier le code]

Avec la reconnaissance de la plèbe, les pouvoirs des tribuns augmentent :

  • ils peuvent convoquer le Sénat ;
  • leur pouvoir de justice devient un pouvoir de vengeur public, qui défend toute la cité, et le crime de perduellio s'étend à des délits de plus en plus éloignés de la fonction tribunitienne : les consuls qui ont mal réparti le butin, ou qui ont utilisé les légionnaires à des fins privées, ou qui ont fait la guerre illégalement, ou qui ont fui l'ennemi ; les dictateurs ayant procédé à la levée avec cruauté ;
  • cependant, à partir du IVe siècle av. J.-C., ils doivent utiliser la procédure comitiale :
    • enquête du tribun, qui déclare la culpabilité et prononce la peine de mort,
    • les comices, réunis avec la collaboration d'un consul ou d'un préteur, infirment ou confirment (cas différent du tribunos appello ou de la provocatio ad populum).

Cette procédure est également utilisée pour les peines d'amende. Seules les voies de fait sur le tribun entraîne la mise à mort immédiate et la confiscation des biens.

La fonction de tribun de la plèbe fut intégrée au cursus honorum par la lex Villia Annalis, qui régla en 180 av. J.-C. la succession des magistratures et l'âge minimal à avoir pour accéder à chacune d'entre elles. Le tribunat est la première des magistratures, et il faut avoir 27 ans pour y accéder.

La crise de la République[modifier | modifier le code]

Avec la crise de la République à la fin du IIe siècle av. J.-C., ces pouvoirs donnèrent lieu à des débordements démagogiques, après trois siècles et demi de fonctionnement parfaitement équilibré.

La fonction de défenseur de la plèbe des tribuns décline, et ils sont utilisés par le Sénat à partir du IIe siècle av. J.-C. : leur recrutement est orienté, ou un partisan au sein du collège bloque son fonctionnement en opposant son intercessio à l'action de ses collègues. En 120 av. J.-C., ils sont membres de droit du Sénat.

Mais à partir de 150 av. J.-C., les tribuns de la plèbe deviennent les plus farouches adversaires du Sénat pendant la crise de la République.

Une loi votée par Tiberius Sempronius Gracchus en 133 av. J.-C. permet la destitution des tribuns de la plèbe.

Les réformes de Sylla décapitent le tribunat : perdant leur pouvoir d' intercessio, les tribuns ne gardent que l' auxilium envers les citoyens isolés. Les plébiscites doivent être approuvés au préalable par le Sénat ; et enfin, les tribuns ne pourront plus exercer d'autre magistrature, ce qui transforme cette fonction en impasse.

Cette réforme fut abrogée par Pompée et Crassus en 70 av. J.-C.

Tribuns célèbres[modifier | modifier le code]

Parmi les tribuns célèbres figurent :

Le tribunat de la plèbe sous l'Empire[modifier | modifier le code]

Auguste, bien que patricien, se fit attribuer la puissance tribunitienne (tribunicia potestas) à vie, ce qui lui donnait un pouvoir de justice à l'intérieur de la cité, et le rendait intouchable (sacrosanctus), faculté dont il ne disposait pas avec l'imperium consulaire.

Le tribunat de la plèbe demeure une magistrature, désormais dépourvue d'un rôle actif et intégrée comme étape facultative dans le parcours du cursus honorum. Comme les autres magistrats, les tribuns de la plèbe sont désignés par le Sénat romain, après proposition de candidats par l'empereur.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Définitions lexicographiques et étymologiques de « tribunitien » du TLFi, sur le site du CNRTL.
  2. "Ce sont [les comices tributes] qui élisent aux magistratures inférieures (...)[. S]ous la présidence d'un tribun de la plèbe en exercice, les conciles de la plèbe élisent les futurs tribuns de la plèbe." CELS SAINT-HILAIRE, Janine. La République romaine: 133-44 av. J.-C. Armand Colin, 2011, p. 15.
  3. La lex sacrata, votée en -449, disposait que quiconque portait la main sur la personne d'un tribun de la plèbe verrait sa tête vouée à Jupiter, tandis que ses biens, confisqués, seraient déposés dans les temples de la triade plébéienne (les dieux Cérès, Liber, Libera) sur l'Aventin : cf. M. Meslin, L'homme romain (1978, rééd. 1985), éd. Complexe, p. 211.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Élisabeth Deniaux, Rome, de la Cité-État à l'Empire, Institutions et vie politique, Hachette,‎ 2001 (ISBN 2-01-017028-8)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]