Straperlo

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Straperlo ou Stra-Perlo était la marque d'un jeu de roulette électrique truqué introduit en Espagne pendant la Seconde République avec la complicité de certaines personnalités politiques. La manœuvre découverte fut à l'origine d'un grand scandale politique, jetant le discrédit sur le nouveau régime encore fragile.

Après la Guerre civile espagnole, le terme de « estraperlo », transcription du nom de la machine en espagnol, devint dans cette langue un synonyme de « marché noir », « contrebande »[1], alors justement que la situation économique des débuts du franquisme, avec de stricts restrictions et rationnements, favorisait ces pratiques[2]. Par extension le mot désigne toute affaire ou entreprise soupçonnée de manigance (« magouille »). Celui qui le pratique est nommé « estraperlista ».

Histoire[modifier | modifier le code]

Straperlo est l'acronyme des concepteurs et promoteurs de la machine truquée, les entrepreneurs Strauss, Perel, et Lowann (cette dernière, épouse du premier, n'étant pas toujours mentionnée). Selon Andreu Avel·lí Artís, le nombre de lettres tirées du nom de chacun et présents dans l'acronyme était proportionnel à leur participation respective dans l'entreprise[3],[4]; d'autres versions affirment que le terme est simplement l'acronyme des deux premiers noms[5],[6]. La roulette était contrôlée par un simple bouton permettant de choisir à l'avance le résultat[7].

Ses créateurs tentèrent d'introduire le Straperlo en Espagne en 1935 ; deux modèles furent mis en service, le premier au casino de Saint-Sébastien et le second au casino de l'hôtel Formentor à Majorque, avec la complicité de certains hauts responsables gouvernementaux, dont le ministre de l'Intérieur Rafael Salazar Alonso et Aurelio Lerroux, neveu d'Alejandro Lerroux, le leader du Parti républicain radical, parti de centre droit alors à la tête du gouvernement en coalition avec le grand parti de droite, la CEDA.

Daniel Strauss lui-même fut à l'origine de la dénonciation de l'affaire au président de la République Alcalá-Zamora, face au refus de Lerroux de s'acquitter de la somme exigée pour l'arrêt du fonctionnement du jeu. Celui-ci fut finalement interdit lorsque la police mit la fraude en évidence. Le scandale causé dans l'opinion publique contribua au déclin du parti radical et à la fin de la carrière politique d'Alejandro Lerroux, qui ne fut pas reconduit dans ses fonctions parlementaires lors des élections de février 1936[8],[9]. La CEDA mit fin à la coalition. Le centre politique resta alors sans représentation et l'opinion publique se polarisa, contribuant à la délégitimation de la République et à l'éclatement de la Guerre civile l'année suivante.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Entrée «  estraperlo» du Diccionario de la lengua española.
  2. Les mesures de rationnement restèrent en vigueur jusqu'en 1952
  3. (ca) Sempronio (Andreu Avel·lí Artís), “Barcelona a mitja veu”, Editorial Selecta-Catalònia, Barcelona, 1991, p. 93-96
  4. Entrée « Estraperlo » du Diccionario de Usos y Dudas del Español Actual, José Martínez de Sousa, VOX, Círculo de Lectores, 1999.
  5. (en) Spain 1935: Some what-ifs about Alcala Zamora and the Straperlo scandal sur historykb.com
  6. Entrée « Estraperlo » du Diccionario crítico etimológico castellano e hispánico, par Joan Coromines et José Antonio Pascual, Editorial Gredos, Madrid, 1989. (ISBN 84-249-1363-9).
  7. (es) El Estraperlo: origen social de un término económico, Enciclopedia Multimedia Interactiva y Biblioteca Virtual de las Ciencias Sociales, Económicas y Jurídicas.
  8. Article « Alejandro Lerroux » dans l'Encyclopædia Britannica, version en ligne consultable au 30/07/2010.
  9. (es) Raymond Carr, España 1808-1975, Barcelone, Ariel, , 1re éd., 826 p. (ISBN 84-344-6615-5), p. 610

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]