Responsabilité sociale

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On appelle responsabilité sociale l'impact subjectif d'une décision dans la société. Elle se rapporte généralement aux conséquences potentielles résultant des actions ou de l'inaction des individus, groupes ou entreprises. Parmi les exemples fréquemment évoqués, on note celui de la responsabilité des entreprises en matière de travail des enfants, qui est une des dimensions du commerce éthique ; ou celui de l'attitude des entreprises face à la santé de leurs collaborateurs.

Une personne, un groupe ou une entreprise peuvent mettre en œuvre des initiatives visant à prévenir ou à corriger des dysfonctionnements, et à mesurer leurs actions en la matière. Le champ de cette responsabilité est celui du développement soutenable, et de l'éthique, incluant donc des aspects sociaux, environnementaux, culturels, mais aussi économiques. Selon Michel Ogrizek, l'émergence de cette notion est liée à celle de la notion de risque dans un contexte de mondialisation et de questionnement quant à la surexploitation des ressources naturelles.

Exemples[modifier | modifier le code]

Par exemple, le groupe Monoprix s'est engagé dans l'insertion de personnes handicapées, en augmentant de 20 % le nombre d'embauches correspondantes en 2008 (http://www.indicerh.net/article.php?sid=4840). L'UE demande parmi ses critères d'éligibilité aux subventions qu'hommes et femmes aient les mêmes chances d'accès au travail et un même salaire à travail et compétences équivalents (http://www.touteleurope.fr/fr/actions/social/emploi-protection-sociale/actualite/actualites-vue-detaillee/afficher/fiche/3823/t/43995/from/2332/breve/europe-place-aux-femmes.html).

Contexte historique et philosophique[modifier | modifier le code]

Alors que dans la tradition kantienne, la responsabilité est une vertu individuelle de conception consciente des principes universels des conduites personnelles de vie, pour Hans Jonas la responsabilité est plutôt une vertu sociale qui serait une sorte d'injonction volontairement acceptée (par altruisme ou égoïsme bien compris) et qui pourrait se traduire sur le modèle de l'impératif quantien comme  : « agit de manière à ce que les effets de tes actions soient compatibles avec la permanence d'une vie humaine authentique sur Terre ». Le dit impératif est connu comme "principe de responsabilité" qui prend une grande importance dans le champ du développement durable et de l'environnement qui prennent en compte les ressources plus ou moins renouvelables liées à l'écologie (ce qui signifie que la responsabilité environnementale est une forme de responsabilité sociale).

Différences avec d'autres formes de responsabilité[modifier | modifier le code]

Du point de vue de l'organisation sociale, la responsabilité sociale diffère de la responsabilité juridique pour manquer d'un processus institutionnalisé d'adjudication et de jugement ; il n'existe pas de tribunaux spécialisés pour juger de la responsabilité sociale, qui n'est par ailleurs encore que très rarement prévue dans des normes juridiques malgré les engagements pris par les états au Sommet de la Terre de Rio en juin 1992.

La responsabilité sociale diffère aussi de la responsabilité politique parce qu'elle ne se limite pas à l'évaluation de l'exercice du pouvoir (puissance) à travers d'une autorité étatique (Cette responsabilité est souvent exercée par des individus dans leur vie privée et des groupes dans la vie professionnelle). Néanmoins certains groupes politiques attachent une importance particulière aux aspects sociaux de leurs programmes.

La responsabilité sociale d'investisseurs et d'entreprises est un sujet d'intérêt croissant, puisque (donc) devant l'éloignement entre les premiers et les sociétés affectées par sa conduite dans le contexte de la globalisation économique sont de moins en moins effectives les formes antérieures de responsabilisation (comme le patriotisme économique d'investisseurs et d'entrepreneurs ou les contrôles juridiques et les hommes politiques internes d'un pays).

L'ambiguïté de la signification de la responsabilité sociale des entreprises[modifier | modifier le code]

Le concept de responsabilité sociale peut aussi être vu comme une sorte de cheval de Troie posé par ceux qui appellent à davantage de réglementation publique non pas par des soucis dits « éthiques », mais souvent se basant sur des préjugés, ou voulant cacher des ambitions protectionnistes afin de garder des positions privilégiées dans le marché (cartellisation se servant de la notion de responsabilité sociale de l'entreprise). À l'inverse, le concept est soupçonné d'être utilisé par de grands groupes industriels comme instrument marketing pour se donner une image positive sur leur marché. Ces deux ambiguïtés se fondent sur une vision totalitaire de la responsabilité : « chacun est responsable de tout devant tous » (Dostoïevski).

Dans une vision plus post-moderne, la responsabilité consiste à prendre sa place dans l’ordre qui est le sien. C’est ce que personne ne peut faire à votre place. La responsabilité c’est ce qui ne se délègue pas" (Comte-Sponville, 2002). La place unique de l'entreprise est alors au centre de ses relations à ses parties prenantes (stakeholders). La responsabilité sociale devient dans ce contexte une sorte de contrat psychologique entre l'entreprise et ses collaborateurs d'une part (contrat psychologique), l'entreprise et la société d'autre part (rôle social).

Les dimensions de la responsabilité sociale des entreprises[modifier | modifier le code]

Jean-Yves Mercier (2006) propose une typologie de la responsabilité sociale des entreprises en quatre dimensions, selon deux axes. Le premier axe différencie les politiques selon qu'elles s'adressent en premier lieu aux collaborateurs de l'entreprise ou à la société dans laquelle évolue l'entreprise. Le second axe différencie les actions opérationnelles des politiques plus stratégiques.

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Réparer (individus - opérationnel) : C’est le sens le plus classique de la responsabilité sociale, née dans l’industrie avec la sécurité au travail, et qui avec l'émergence du stress au travail s'est peu à peu déplacée sur le terrain psychologique. Être socialement responsable, ce n’est alors pas garantir du travail aux moins performants ni offrir un emploi aux plus démunis. C’est aider opérationnellement les individus compétents à faire face aux conséquences de leur engagement lorsque celui-ci les met temporairement dans une situation de faiblesse.

Préparer (individus - stratégique) : C'est ici la dimension plus stratégique du contrat psychologique entre l'entreprise et ses collaborateurs, celle visant notamment à soutenir leur employabilité. C'est-à-dire leur aptitude à trouver et à conserver un emploi, à progresser au niveau professionnel et à s’adapter au changement. Et bien sûr à s’intégrer plus facilement au marché de l’emploi. A l’ère du collaborateur entrepreneur de sa propre carrière, de ce que Tom Peters appelle le «Moi S.A.», l’employabilité est la contrepartie de ce que l’employé attend de son engagement. Au contrat classique «mission contre rémunération» s’ajoute un contrat plus psychologique, «implication contre employabilité». La responsabilité sociale, c’est en ce sens aider les collaborateurs à devenir plus maîtres de leur destin face aux évolutions de l’entreprise. Surtout lorsque celles-ci sont imprévisibles.

Influencer (société - stratégique) : Pendant les 30 Glorieuses, les syndicats se sont efforcés d’ancrer dans la loi ou les conventions collectives la protection du collaborateur. Face à la mondialisation, c’est l’entreprise qui a besoin de se protéger dans un jeu aux règles incertaines. Holcim, multinationale du ciment, travaille en Amérique du Sud avec la Fédération Internationale des Travailleurs du Bois et du Bâtiment. En partenariat, ils forment les syndicats locaux aux règles de sécurité et les soutiennent dans leur action préventive au sein des entreprises de la région. Pour le géant du ciment, faire appliquer le droit du travail, c’est protéger ses coûts de production de la concurrence sauvage. Et en même temps protéger ses employés. La responsabilité sociale ne consiste pas pour l’entreprise à s’engager dans un combat politique. Mais à utiliser son influence pour codéfinir des normes favorables à sa compétitivité économique autant qu’à ses stratégies humaines et sociales.

Contribuer (société- opérationnel) : On rejoint là le rôle de mécène et de protecteur qu'une entreprise peut avoir envers son environnement social. Mais dans cette optique post-moderne de la responsabilité et la vision de l'entreprise au cœur de ses relations à ses parties prenantes, il ne s'agit plus de débloquer des fonds pour des actions d'envergure. Il s'agit de donner du temps et du soutien à ses collaborateurs pour qu'ils s'engagent eux-mêmes envers la société au nom de leur entreprise. Ce pour contribuer à la société, mais aussi pour que la contribution de l'entreprise à l’environnement donne un sens plus moral à l’engagement du collaborateur pour son employeur.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • La communication de crise, Michel Ogrizek et Jean-Michel Guillery, Livre de Poche, 2000
  • La responsabilité sociale de l’entreprise, Jacques Igalens et Michel Jora, éd. d’Organisation, 2002
  • La responsabilité sociale : prendre position au quotidien, Jean-Yves Mercier, HR Today, 2006
  • L'approche systémique de la gestion des ressources humaines : Le contrat psychologique des relations d'emploi dans les administrations publiques du XXIe siècle, Louise Lemire et Gaetan Martel, Presses de l'Université du Québec, 2007
  • Morale & Économie, André Comte-Sponville, 2002
  • Psychological Contracts in Organizations: Understanding Written and Unwritten Agreements, Denise Rousseau, Sage Publications, 1995
  • The circle of innovation, Tom Peters, Vintage, 1999
  • Responsabilité sociale de l’entreprise : faut-il enchaîner Prométhée?, Philippe de Woot, éd. Economica, 2004
  • Responsabilité sociale dans l’entreprise : pour un nouveau contrat social, Jean-Jacques Ros, éd. De Boeck, 2006