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Régulation émotionnelle

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La régulation émotionnelle (ou contrôle émotionnel) est la capacité à agir sur ses propres émotions. C'est une fonction de socialisation, hautement importante, dès l'enfance, dans la vie humaine et sociale. Ce processus mental, complexe, recouvre à la fois la capacité à déclencher, inhiber, maintenir ou moduler ses propres affects au sens large, ce qui inclut[1] :

  1. les sentiments subjectifs liés aux émotions ;
  2. certains processus cognitifs (par exemple, un souvenir post-traumatique) ;
  3. certains processus physiologiques (par exemple, le rythme cardiaque) et
  4. certains comportements (par exemple, le rire).

L'étude de la régulation émotionnelle en psychologie scientifique fait l'objet de nombreux travaux ayant une portée dans de multiples domaines : psychologie du développement, violence, délinquance, troubles psychiatriques, etc.

La régulation émotionnelle peut être extrinsèque ou intrinsèque dans des processus de contrôle, d'évaluation, et de modification des réactions émotionnelles[2]. L'autorégulation émotionnelle appartient plus largement aux processus de régulation émotionnelle, incluant la régulation de ses propres émotions, mais également celles d'autres personnes[3],[4],[5].

La régulation émotionnelle est un processus psychologique et psychosocial complexe, qui fait appel aux capacités émotionnelles de l'individu (absentes ou réduites an cas d'alexithymie ou de trouble du spectre autistique) et fait intervenir l'initiation, l'inhibition et la modulation de l'état ou du comportement de l'individu par lui-même dans une situation donnée ; par exemple : l'expérience subjective (les sentiments), les réponses cognitives (les pensées), les réponses physiologiques liées aux émotions (tels que le rythme cardiaque ou l'activité hormonale), et des comportements liés aux émotions (les actions corporelles ou les expressions).

La régulation émotionnelle peut aussi faire référence aux processus fonctionnels tels que la tendance à se concentrer sur une tâche et la capacité à réprimer des comportements inappropriés durant des instructions.

Lien avec les capacités émotionnelles

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Dans le développement émotionnel humain (qui commence probablement in utero), la littérature scientifique identifie trois compétences (ou capacités) émotionnelles fondamentales qui se développent surtout dans l'enfance et s'affinent à l'adolescence et à l'âge adulte : la différenciation, l’identification et la verbalisation émotionnelle[6].

Le développement émotionnel débute dès la première année de vie et se complexifie au fil des années, en parallèle de l’évolution cognitive et langagière[réf. souhaitée] et on a montré que ces compétences s’acquièrent de manière séquentielle et interdépendante, chacune reposant sur les acquis de la précédente comme l'a montré Borke et 1971[7]. Selon les données scientifiques disponibles, alors que l'enfant âgé de 2 ans communique verbalement ses émotions de manière privilégiée avec sa mère, vers 4 ans, l’éventail des personnes avec qui il exprimera ses émotions sera plus divers, notamment au niveau de la fratrie (Brown & Dunn, 1992).

La différenciation émotionnelle

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C'est la capacité à discriminer les expressions faciales entre elles[6]. On l'évalue depuis les années 1970 au moins, dans des tâches où elle se manifeste, car exemple en demandant à l'enfant de choisir, parmi plusieurs visages, celui qui correspond à une émotion donnée ou qui correspond le plus à sa propre expression[8],[9],[10],[11]. Cette compétence, non verbale, apparaît dès la fin de la première année, période durant laquelle les enfants commencent à catégoriser les émotions et elle augmente avec l'âge. Vers la deuxième année, l'enfant progressivement la signification des expressions émotionnelles[12]. Les émotions de joie/bonheur et de tristesse sont généralement bien différenciées dès l’âge de 3 ans, tandis que celles de surprise, de colère et de peur nécessitent davantage de temps pour être reconnues avec précision, souvent vers 5-6 ans et à cet âge, le dégoût est l'émotion qui est la plus mal identifiée[10].

L'identification émotionnelle

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C'est la compétence lexicale, verbale et émotionnelle qui correspond à la capacité à nommer les émotions perçues chez autrui (une compétence nécessaire à l'empathie), que ce soit à partir d’une expression non verbale (faciale, typiquepent), ou à partir d’un récit[8], [9],[10],[11],[6].

Cette compétence émerge avec le développement du langage, principalement au cours de la deuxième année de vie. Elle implique une production spontanée de termes émotionnels, et une compréhension préalable des expressions faciales. L'enfant apprend progressivement à identifier les principaux états émotionnels (avec une acquisition plus rapide pour la joie et la tristesse, et plus lente pour d’autres comme la peur ou la colère). Elle s'améliore grandement entre l'âge de 2 ans et l'âge de 5 ans[6].

La verbalisation émotionnelle

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C'est la capacité à exprimer par des mots ses propres états émotionnels, ainsi que ceux des autres, en les situant dans le temps et le contexte[13] ,[14].

Les premiers mots dits émotionnels apparaissent vers 18-20 mois, mais c’est surtout durant la troisième année que l’enfant progressera le plus dans la maîtrise du langage émotionnel[15].

Cette évolution passe par une phase intermédiaire où les émotions sont décrites à travers des comportements observables (“pleurer”, “rire”, “il est tout rouge”) ; puis l'enfant utilise des mots plus précis tels que “triste”, “content”, “fâché”[16],[17].

À 3 ans, l’enfant sait attribuer des « états internes » à autrui, y compris à des personnages fictifs ou à des objets comme des poupées, témoignant d’une compréhension avancée des émotions dans leur dimension sociale et narrative[6].

Références

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  1. (en) Robert Siegler, How Children Develop, Exploring Child Develop Student Media Tool Kit & Scientific American Reader to Accompany How Children Develop, New York, Worth Publishers, (ISBN 978-0-7167-6113-6)
  2. (en) Ross A. Thompson, « EMOTION REGULATION: A THEME IN SEARCH OF DEFINITION », Monographs of the Society for Research in Child Development, vol. 59, nos 2-3,‎ , p. 25–52 (ISSN 0037-976X et 1540-5834, DOI 10.1111/j.1540-5834.1994.tb01276.x, lire en ligne, consulté le )
  3. (en) Karen Niven, Peter Totterdell et David Holman, « A classification of controlled interpersonal affect regulation strategies. », Emotion, vol. 9, no 4,‎ , p. 498–509 (ISSN 1931-1516 et 1528-3542, DOI 10.1037/a0015962, lire en ligne, consulté le )
  4. (en) Jeremy T. Burman, Christopher D. Green et Stuart Shanker, « On the Meanings of Self‐Regulation: Digital Humanities in Service of Conceptual Clarity », Child Development, vol. 86, no 5,‎ , p. 1507–1521 (ISSN 0009-3920 et 1467-8624, DOI 10.1111/cdev.12395, lire en ligne, consulté le )
  5. (en) Howard Leventhal, Elaine A. Leventhal et Richard J. Contrada, « Self-regulation, health, and behavior: A perceptual-cognitive approach », Psychology & Health, vol. 13, no 4,‎ , p. 717–733 (ISSN 0887-0446 et 1476-8321, DOI 10.1080/08870449808407425, lire en ligne, consulté le )
  6. a b c d et e Olivier Luminet et Véronique Lenoir, « Alexithymie parentale et capacités émotionnelles des enfants de 3 et 5 ans », Enfance, Presses universitaires de France, vol. 58, no 4,‎ , p. 335–356 (ISSN 0013-7545, DOI 10.3917/enf.584.0335, lire en ligne, consulté le ).
  7. Borke, H. (1971). Interpersonal perception of young children : Egocentrism or empathy ? Developmental Psychology, 5, 263-269.
  8. a et b (en) Izard C.E (1971) The development of emotion recognition and emotion labeling in normal children. In C. E. Izard (Ed.). The face of emotion (p. 317-349), New York : Appleton-Century-Crofts.
  9. a et b (en) Jinni A. Harrigan, « The effects of task order on children's identification of facial expressions », Motivation and Emotion, vol. 8, no 2,‎ , p. 157–169 (ISSN 0146-7239 et 1573-6644, DOI 10.1007/BF00993071, lire en ligne, consulté le ).
  10. a b et c (en) Linda A. Camras et Kevin Allison, « Children's understanding of emotional facial expressions and verbal labels », Journal of Nonverbal Behavior, vol. 9, no 2,‎ , p. 84–94 (ISSN 0191-5886 et 1573-3653, DOI 10.1007/BF00987140, lire en ligne, consulté le ).
  11. a et b (en) Linda Michalson et Michael Lewis, « What Do Children Know about Emotions and When Do They Know It? », dans The Socialization of Emotions, Springer US, , 117–139 p. (ISBN 978-1-4612-9474-0, DOI 10.1007/978-1-4613-2421-8_6, lire en ligne).
  12. (en) Repacholi, B. M. (1998). Infants’ use of attentional cues to identify the referent of another person’s emotional expression. Developmental Psychology, 34, 1017-1025.
  13. Bretherton, I., Fritz, J., Zahn-Waxler, C., & Ridgeway, D. (1986). Learning to talk about emotions : A functionalist perspective. Child Development, 57, 529-548.
  14. Dunn, J., Bretherton, I., & Munn, P. (1987). Conversations about feeling states between mothers and their young children. Developmental Psychology, 23, 132-139.
  15. Bretherton, I., & Beeghly-Smith, M. (1982). Talking about internal states : The acquisition of an explicit theory of mind. Developmental Psychology, 18, 906-921.
  16. Honkavaara, S. (1961). The psychology of expression. British Journal of Psychology Monograph Supplements, 32.
  17. Smiley, P., & Huttenlocher, J. (1994). Young children’s acquisition of emotion concepts. In C. Saarni, & P. L. Harris (Eds). Children’s understanding of emotion, 27-49. (2nd ed.). Cambridge : Cambridge University Press.

Articles connexes

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Bibliographie

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  • Bretherton, I., Fritz, J., Zahn-Waxler, C., & Ridgeway, D. (1986). Learning to talk about emotions : A functionalist perspective. Child Development, 57, 529-548.