Réal portugais

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Réal
Ancienne unité monétaire
Pièce d'or à l'effigie de Saint-Vincent frappée sous le règne de Jean III (avant 1557) équivalant à 1 200 réaux portugais.
Pièce d'or à l'effigie de Saint-Vincent frappée sous le règne de Jean III (avant 1557) équivalant à 1 200 réaux portugais.
Pays officiellement
utilisateurs
Flag Portugal (1830).svg Royaume de Portugal (1433-1911)
Banque centrale Banco de Portugal (1846)
Appellation locale Réal
Chronologie

Le réal portugais (pluriel français réaux, pluriel portugais reais ou réis) est l'ancienne unité monétaire du royaume du Portugal durant cinq siècles. Il a été remplacé en 1911 par l'escudo.

Histoire[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

 Un réal d'argent frappé sous Alphonse V (1475-1476) à Toro (Museo do Dinheiro, Lisbonne).

En portugais, real signifie « royal ».

La dénomination est introduite par Ferdinand Ier vers 1380. Il s'agissait alors d'une pièce d'argent d'une valeur de 120 dinheiros, soit 10 soldos ou ½ libra (suivant l'ancien système hérité des Romains, denier / sol / livre)[1]. Sous le règne de Jean Ier (1385-1433), deux sortes de réaux circulent : le real branco (« réal blanc »), en or et d'une valeur de 840 dinheiros, ou 70 soldos ou 3,5 libras, et le real preto (« réal noir »), en argent et valant un dixième du précédent, soit 7 soldos.

Unité de compte du royaume et de l'empire[modifier | modifier le code]

Billet de 20 000 réis (noté 20$000) émis en 1799 par le Trésor portugais.
Carte postale touristique (1900) pour le change du réal.

Le réal, système non-décimal, devient officiellement la nouvelle unité de compte portugaise en 1433 sous le règne d'Édouard Ier, remplaçant alors le dinheiro devenu une simple pièce de cuivre[2]. La dernière pièce d'un réal en argent est frappée pour le seul territoire du Portugal à la fin des années 1580. La pièce de 1 200 réis en or pèse à cette époque un peu moins de 7,60 g à 915 , soit un indice de pureté très élevé ; ce poids va rester constant jusqu'en 1889, ce qui est remarquable. Par la suite, du fait de l'évolution du cycle de la masse monétaire, les plus petites dénominations des espèces métalliques sont en bronze, d'une valeur de 1,5 réal, puis de 3 réis au début du XVIIIe siècle ; à ce moment-là, Lisbonne voit débarquer l'or du Brésil colonial, ce qui va affecter la croissance[3].

Tous les territoires et possessions de l'empire colonial portugais adoptent le réal. La Monnaie de Lisbonne émet, parfois par délégation dans des ateliers de frappe locaux, le réal angolais, le réal des Açores, le réal du Brésil portugais, le réal du Cap-Vert, le réal mozambicain, le réal de Guinée, le réal de São Tomé et Príncipe, sans oublier les comptoirs de l'Inde portugaise, Macao, et une partie de l'actuelle État de Malacca, où de curieux réaux frappés en étain datant du règne de Manuel Ier (1521-1557) ont été retrouvés en 1878, lors de fouilles archéologiques[4]. Le Brésil impérial, indépendant dès 1822, conserve cette monnaie sous ce nom, puis la remplace par le cruzeiro en 1942.

Les dinheiro, soldo et libra appartiennent au passé avec la modernisation financière de fait amorcée sous le règne du réformiste Joseph Ier qui frappa des monnaies au montant suivant : 3, 5, 10, 20 et 40 réis en bronze, 50, 60, 100, 120, 240 et 480 réis en argent, et 480, 800, 1 200, 1 600, 3 200 et 6 400 réis en or. Cette dernière était appelée peça. Ces montants apparurent sur les monnaies elles-mêmes à cette même époque. L'or monétaire, d'une grande pureté, provient essentiellement du Brésil, de la région du Minas Gerais.

Vers 1798-1799, du fait des troubles en Europe et sur les mers, le Trésor impérial portugais se met à produire des billets pour la première fois, pour des montants allant de 1 200 à 20 000 réis, lesquels auront cours forcé jusqu'en 1834, d'abord au moment de l'invasion napoléonienne, puis au moment de la Guerre civile portugaise. Peu après de nombreuses banques privées se mettent à produire des billets garantis aux porteurs comme la Banco de Lisboa, la Banco Commercial de Braga, la Banco Commercial do Porto, la Banco de Guimaraes et la Banco Industrial do Porto. Les premiers billets de la Banco de Portugal sont émis à partir de 1847[5].

En 1837, la décimalisation des comptes monétaires fait son apparition : billets et pièces sont désormais des multiples du millier de réis (mil-réis).

Le Portugal adopte le système de l'étalon-or dès 1854, avec comme équivalent pour 1 000 réis un poids de 1,62585 g d'or fin, mais n'adhère pas à l'Union latine[6] ; sur le plan financier, Lisbonne est proche de la Grande-Bretagne, et ce, depuis 1815.

En 1900, les monnaies en circulation adoptent les montants suivant : 3, 5, 10 et 20 réis en bronze, 50 et 100 réis en cupronickel, 200, 500 et 1 000 réis en argent, 1 000, 2 000, 2 500, 5 000 et 10 000 réis en or, ces dernières n'étant fabriquées que jusqu'en 1889. La pièce de 10 000 réis appelée coroa (couronne) pesait 17,74 g[7].

Au change sur Paris avant 1900, le billet de 1 000 réis vaut 5,60 francs-or et à Londres, la livre sterling s'échange à un peu plus de 4 500 réis.

Fin du réal portugais[modifier | modifier le code]

Avec la proclamation de la République portugaise, et son remplacement par l'escudo en 1911 au taux de 1 000 contre un, le nom de l'ancienne monnaie perdure dans l'usage courant, en particulier pour désigner un escudo sous l'expression mil réis (mille réaux) et mille escudos sous l'expression conto de réis signifiant « un million de réaux ». Cette dernière expression a survécu sous la forme abrégée conto pour désigner 5 euros, somme équivalant à peu de choses près à un millier anciens escudos (5 euros = 1002,41 escudos exactement).

Le réal portugais est à l'origine l'appellation de diverses monnaies du monde : le réal du Brésil, le rial ou riel de plusieurs pays du Moyen Orient et d'Asie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (pt) « Numária nacional », sur moedamania.no.sapo.pt.
  2. (pt) Musée de la Banque du Portugal, sur bportugal.pt.
  3. (en) C. R. Boxer, « Brazilian Gold and British Traders in the First Half of the Eighteenth Century », in: Hispanic American Historical Review (1969) 49#3, pp. 454-472sur JSTOR.
  4. (en) W. Edgerton, « Portuguese coins founded in the Malacca River », in: Journal of the Straits Branch of the Royal Asiatic Society, 44, Singapour, 1878, p. 330 — sur archive.org.
  5. (en) George S. Cuhaj (dir.), Standard Catalog of World Paper Money General Issues (1368-1960) (13e éd.), Krause, 2010, pp. 981-983.
  6. J.-M. Richter, « Histoire des monnaies du Portugal », La Grande Bibliothèque d'Algarve, 29 octobre 2019.
  7. « 10000 Reis ou couronne d'or (Coroa) Louis Ier / manteau d’armes 1879 Lisbonne », sur cgb.fr.

Voir aussi[modifier | modifier le code]