Rial marocain

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Bien que la monnaie officielle soit le dirham, le rial marocain (en arabe ريال)reste la monnaie d'usage des populations actuelles de l'ancien « royaume de Fès », mais également très largement en usage dans la métropole casablancaise et finalement, la seule monnaie comprise et intelligible par l'ensemble de la population de l'ancien "royaume de Marrakech" et des régions sahariennes occidentales comme orientales.

Le réal et le rial[modifier | modifier le code]

Un dirham marocain vaut 20 rials c'est-à-dire que le rial est la pièce dite de "5 francs", soit 5 centimes depuis la réforme de 1960.

De ce fait, elle correspond parfaitement au sou de l'ancienne livre française (20 sous égalent 1 livre/1 franc) et au shilling du système britannique avant la réforme des années 1970.

Mais cette association est au départ une simple coïncidence, lequel hasard est aussi la cause de l'extrême diffusion de ce mode de comptabilité.

Au XIXe siècle, la valeur métallique du franc germinal ou Napoléon est égale à celle de la peseta espagnole.

Le vrai réal au XVIIIe siècle, une monnaie dont usaient les ancêtres des Marocains

Les sujets qui n'avaient à l'époque guère confiance dans les émissions de leur sultan, lesquelles étaient d'ailleurs rares et irrégulières - 10 'ûqya valaient 1 mithqâl, ce qui était une valeur de pesée, non de monnaie, de plus totalement variable selon les "pays" de "l'empire de Maroc" - usèrent donc des pesetas et des francs qui arrivaient par les ports de la côte et les frontières de l'est (Algérie).

Ils faisaient également usage de la monnaie traditionnelle de l'État espagnol, avant, et après l'intermède bonapartiste, le réal, une grosse pièce d'argent de près de 3,35 grammes, soit environ 1,4 franc germinal.

Peu à peu, après la réforme du franc germinal, dans les années 1800-1820, le réal-rial en usage valait 5 francs/pesetas, il correspondait à cette grosse pièce d'un poids approximatif de 11,5 g correspondant à une semaine ou deux de travail, il devint rapidement l'unité monétaire du Maghreb extrême.

Dans les années 1888-9, Hassan I, à la faveur du butin considérable obtenu lors de ses Harka militaires dans les marges du Blad As-Siba, émit ses propres rials, qu'on appelait dès lors les rials hassani.

Le franc marocain et le Rial[modifier | modifier le code]

En 1906, la conférence d'Algésiras fonde une banque centrale du Maghreb bank al-makhzani al-maghribi et introduit l'empire chérifien dans le système bancaire international et le système monétaire du franc germinal.

Le Sultan Moulay Youssef, signe en 1912 le décret(dahir) autorisant les ateliers français du protectorat à émettre depuis Paris des francs d'argent estampillés à son nom et en celui de la Banque Maghzenienne, peu à peu, les vieux rial hassani subissent une large surévaluation par rapport à ces nouvelles émissions, jusqu'à un niveau de 160 pour 100, en 1920, le « franc marocain » est établi par Dahir afin de résoudre l'ambiguïté, le rial marocain devient une simple monnaie de compte populaire, d'une valeur de 5 francs marocains, hassani ou français, qui finissent par retrouver une valeur d'échange proche.

En 1928, le franc subit une dévaluation de 75 % et devient le « franc Poincaré », le rial suit la dévaluation.

En 1940, à la suite de la défaite contre le IIIe Reich allemand, le franc français connaît une nouvelle dévaluation qui avoisine les 99 % !

Les Français comme les Marocains prennent donc l'habitude de ce franc à la valeur très basse (les salaires pour les indigènes ne dépassent pas néanmoins 50 francs/jour, soit 10 rials) et le rial, monnaie d'usage, garde avec le franc de Vichy la parité fixée avec le franc Poincaré (1/5).

En 1958, la France dévalue et la Maroc refuse, les deux monnaies se séparent donc, le dirham marocain est fondé en 1960 en parallèle du "nouveau franc" français, mais avec une valeur légèrement supérieure, mais l'ensemble de la population continue à penser en fonction de l'ancienne monnaie.

Les usages actuels[modifier | modifier le code]

Le rial continue donc de valoir 5 francs, c'est-à-dire 5 centimes du dirham marocain (MAD).

L'usage de cette unité, qui est d'un archaïsme rare, découle sans doute du fort niveau d'illettrisme de la population qui attribue une valeur à la forme de la coupure ou de la pièce, mais non aux caractères frappés dessus.

Cet usage ne semble pas faiblir, les jeunes générations en font autant usage, et sa prédominance dans les échanges quotidiens des habitants de la capitale économique augure sans doute d'une certaine longévité.

Une frange occidentalisée de la population en a néanmoins perdu l'usage, tandis que les sujets marocains des territoires du Nord (ex-Rif espagnol)ont gardé l'usage du Franc(l'ancien, la nouvelle Peseta franquiste n'y avait pas cours) mais ont depuis longtemps oublié le Rial.

Le monde de l'industrie, du grand commerce et des transports fait parfois usage pour les prix au détail de la même unité monétaire que pour le Gros et le mi-Gros (l'ancien franc) ; c'est-à-dire qu'ils comptent souvent en unité de milliers et de millions de francs (14 000 francs = 140 dirhams par exemple).

On aura plutôt tendance à dire « 1000 francs » plutôt que « 200 rials », ou « 100 rials » plutôt que « 500 francs », ou encore « dirham » au lieu de « 20 rials », afin d'aller au plus rapide selon la rythmique linguistique de la darija maghrébine, par contre on dira tout le temps 24 rial et pas « 1 dirham 20 francs (franc ici veut dire centime du dirham) » ; à part bien sûr dans l'ex-rif espagnol ou on dira « 120 francs ».

Pour les Marocains d'une quarantaine d'années ou plus, d'origine paysanne, un prix en dirhams est inintelligible, comme le sont les prix affichés en Rial sur les marchés du sud pour les étrangers ou les citadins ; il s'agit sans aucun doute d'un moyen, parmi bien d'autres, pour les Marocains, de conserver leur identité