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Prologue de l'Évangile selon Jean

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Jean 1:1. In principio erat Verbum... : premiers mots en latin de l'Évangile selon Jean, Évangéliaire d'Æthelstan, folio 162 recto, début du Xe siècle.

Le Prologue de l'Évangile selon Jean, ou Prologue de Jean, parfois surnommé Hymne au Logos, est constitué par les dix-huit premiers versets de l'Évangile selon Jean, même si le mot Prologue ne se trouve pas dans le texte. Rédigé en grec, comme l'ensemble du Nouveau Testament, le Prologue est une sorte de méditation sur la personne de Jésus-Christ, depuis la création du monde jusqu'à son incarnation, et contient les thèmes principaux de la suite de l'Évangile, dont celui de la Trinité. Ce texte, capital dans le développement du christianisme primitif, est considéré comme l'un des premiers traités christologiques de l'histoire et son influence est déterminante sur la spiritualité et la foi chrétiennes. Sa traduction, son interprétation, voire son attribution, font toujours l'objet de débats scientifiques et doctrinaux.

Auteur et datation

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Comme l'ensemble de l'Évangile selon Jean, le Prologue est très probablement l'œuvre de la communauté johannique et sa date se situe entre la dernière décennie du Ier siècle et le début du IIe siècle[1].

Texte d'origine

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Texte grec de Jean 1:1, Évangile de Trébizonde (en), XIe siècle.

Texte grec :

  1. Ἐν ἀρχῇ ἦν ὁ λόγος, καὶ ὁ λόγος ἦν πρὸς τὸν θεόν, καὶ θεὸς ἦν ὁ λόγος.
  2. οὗτος ἦν ἐν ἀρχῇ πρὸς τὸν θεόν.
  3. πάντα δι’ αὐτοῦ ἐγένετο, καὶ χωρὶς αὐτοῦ ἐγένετο οὐδὲ ἕν. ὃ γέγονεν
  4. ἐν αὐτῷ ζωὴ ἦν, καὶ ἡ ζωὴ ἦν τὸ φῶς τῶν ἀνθρώπων·
  5. καὶ τὸ φῶς ἐν τῇ σκοτίᾳ φαίνει, καὶ ἡ σκοτία αὐτὸ οὐ κατέλαβεν.
  6. Ἐγένετο ἄνθρωπος ἀπεσταλμένος παρὰ θεοῦ, ὄνομα αὐτῷ Ἰωάννης·
  7. οὗτος ἦλθεν εἰς μαρτυρίαν, ἵνα μαρτυρήσῃ περὶ τοῦ φωτός, ἵνα πάντες πιστεύσωσιν δι’ αὐτοῦ.
  8. οὐκ ἦν ἐκεῖνος τὸ φῶς, ἀλλ’ ἵνα μαρτυρήσῃ περὶ τοῦ φωτός.
  9. ἦν τὸ φῶς τὸ ἀληθινὸν ὃ φωτίζει πάντα ἄνθρωπον ἐρχόμενον εἰς τὸν κόσμον.
  10. Ἐν τῷ κόσμῳ ἦν, καὶ ὁ κόσμος δι’ αὐτοῦ ἐγένετο, καὶ ὁ κόσμος αὐτὸν οὐκ ἔγνω.
  11. εἰς τὰ ἴδια ἦλθεν, καὶ οἱ ἴδιοι αὐτὸν οὐ παρέλαβον.
  12. ὅσοι δὲ ἔλαβον αὐτόν, ἔδωκεν αὐτοῖς ἐξουσίαν τέκνα θεοῦ γενέσθαι, τοῖς πιστεύουσιν εἰς τὸ ὄνομα αὐτοῦ,
  13. οἳ οὐκ ἐξ αἱμάτων οὐδὲ ἐκ θελήματος σαρκὸς οὐδὲ ἐκ θελήματος ἀνδρὸς ἀλλ’ ἐκ θεοῦ ἐγεννήθησαν.
  14. Καὶ ὁ λόγος σὰρξ ἐγένετο καὶ ἐσκήνωσεν ἐν ἡμῖν, καὶ ἐθεασάμεθα τὴν δόξαν αὐτοῦ, δόξαν ὡς μονογενοῦς παρὰ πατρός, πλήρης χάριτος καὶ ἀληθείας·
  15. (Ἰωάννης μαρτυρεῖ περὶ αὐτοῦ καὶ κέκραγεν λέγων· Οὗτος ἦν ὃν εἶπον· Ὁ ὀπίσω μου ἐρχόμενος ἔμπροσθέν μου γέγονεν, ὅτι πρῶτός μου ἦν·)
  16. ὅτι ἐκ τοῦ πληρώματος αὐτοῦ ἡμεῖς πάντες ἐλάβομεν, καὶ χάριν ἀντὶ χάριτος·
  17. ὅτι ὁ νόμος διὰ Μωϋσέως ἐδόθη, ἡ χάρις καὶ ἡ ἀλήθεια διὰ Ἰησοῦ Χριστοῦ ἐγένετο.
  18. θεὸν οὐδεὶς ἑώρακεν πώποτε· μονογενὴς θεὸς ὁ ὢν εἰς τὸν κόλπον τοῦ πατρὸς ἐκεῖνος ἐξηγήσατο.

Texte liturgique

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Texte latin de Jean 1:1, Les Grandes Heures d'Anne de Bretagne, XVIe siècle.

Texte latin de la Vulgate :

  1. In princípio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum.
  2. Hoc erat in princípio apud Deum.
  3. Ómnia per ipsum facta sunt : et sine ipso factum est nihil, quod factum est :
  4. in ipso vita erat, et vita erat lux hóminum:
  5. et lux in ténebris lucet, et ténebræ eam non comprehendérunt.
  6. Fuit homo missus a Deo, cui nomen erat Ioánnes.
  7. Hic venit in testimónium, ut testimónium perhibéret de lúmine, ut ómnes créderent per illum.
  8. Non erat ille lux, sed ut testimónium perhibéret de lúmine.
  9. Erat lux vera, quæ illúminat ómnem hóminem veniéntem in hunc mundum.
  10. In mundo erat, et mundus per ipsum factus est, et mundus eum non cognóvit.
  11. In própria vénit, et sui eum non recepérunt.
  12. Quotquot autem recepérunt eum, dedit eis potestátem fílios Dei fíeri, his qui crédunt in nómine eius :
  13. qui non ex sanguínibus, neque ex voluntáte carnis, neque ex voluntáte viri, sed ex Deo nati sunt.
  14. Et Verbum caro factum est, et habitávit in nobis ; et vídimus glóriam eius, glóriam quasi Unigéniti a Patre, plenum grátiæ et veritátis.
  15. Ioannes testimonium perhibet de ipso et clamat dicens : ʺHic erat, quem dixi : Qui post me venturus est, ante me factus est, quia prior me eratʺ.
  16. Et de plenitudine eius nos omnes accepimus, et gratiam pro gratia ;
  17. quia lex per Moysen data est, gratia et veritas per Iesum Christum facta est.
  18. Deum nemo vidit umquam; unigenitus Deus, qui est in sinum Patris, ipse enarravit.

Traduction Crampon

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Traduction en français d'Augustin Crampon (1864) :

  1. Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu.
  2. Il était au commencement en Dieu.
  3. Tout par lui a été fait, et sans lui n’a été fait rien de ce qui existe.
  4. En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes,
  5. Et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue.
  6. Il y eut un homme, envoyé de Dieu ; son nom était Jean.
  7. Celui-ci vint en témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui :
  8. non que celui-ci fût la lumière, mais il avait à rendre témoignage à la lumière.
  9. La lumière, la vraie, celle qui éclaire tout homme, venait dans le monde.
  10. Il (le Verbe) était dans le monde, et le monde par lui a été fait, et le monde ne l’a pas connu.
  11. Il vint chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu.
  12. Mais quant à tous ceux qui l’ont reçu, Il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom,
  13. Qui non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu sont nés.
  14. Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous (et nous avons vu sa gloire, gloire comme celle qu’un fils unique tient de son Père), tout plein de grâce et de vérité.
  15. Jean lui rend témoignage, et s’écrie en ces termes : « Voici celui dont je disais : Celui qui vient après moi, est passé devant moi, parce qu’il était avant moi. »
  16. et c’est de sa plénitude, que nous avons tous reçu, et grâce sur grâce ;
  17. parce que la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ.
  18. Dieu, personne ne le vit jamais : le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître.

Traduction Segond

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Traduction en français de Louis Segond (1910) :

  1. Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.
  2. Elle était au commencement avec Dieu.
  3. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle.
  4. En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes.
  5. La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue.
  6. Il y eut un homme envoyé de Dieu : son nom était Jean.
  7. Il vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui.
  8. Il n’était pas la lumière, mais il parut pour rendre témoignage à la lumière.
  9. Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme.
  10. Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle, et le monde ne l’a point connue.
  11. Elle est venue chez les siens, et les siens ne l’ont point reçue.
  12. Mais à tous ceux qui l’ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu
  13. lesquels sont nés non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu.
  14. Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité ; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père.
  15. – Jean lui a rendu témoignage, et s’est écrié : C’est celui dont j’ai dit : Celui qui vient après moi m’a précédé, car il était avant moi.
  16. – Et nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce ;
  17. car la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ.
  18. Personne n’a jamais vu Dieu ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui l’a fait connaître.
Le Prologue dans le Papyrus 66, v. 200.

À la différence des Évangiles selon Matthieu et selon Luc, le quatrième évangile ne commence pas l'évocation de Jésus par sa généalogie ni par le récit de sa naissance, de son enfance ou de son baptême, mais par un prologue en forme d'hymne[2],[3]. Les dix-huit versets de ce prologue (tout comme l'épilogue en Jn 21) sont distincts du corps de l'évangile, qu'ils introduisent sans toutefois en faire partie[4].

Pour Jean Zumstein,, le Prologue comporte deux parties, dont la première (v. 1-13) évoque l'incarnation du Verbe, et la seconde (v. 14-18), les conséquences de cette incarnation[3]. Augustin opérait déjà cette distinction dans son traité De la Trinité : « La première partie [du Prologue] se rapporte à ce qui est immuable et éternel et dont la contemplation nous rend heureux ; dans ce qui suit, les choses éternelles se trouvent mêlées aux choses temporelles. Par conséquent certaines choses y ont trait à la science, et d’autres à la sagesse »[5].

Première partie

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L'incipit « Au commencement » (en grec Ἐν ἀρχῇ, En arkhê ; en latin In principio) est une citation directe du premier mot du premier livre de la Torah (Genèse 1:1) : בְּרֵאשִׁית, Bereshit (« Au commencement »)[3],[6]. Avec ce « Au commencement », la Bible hébraïque ouvre le récit de l'histoire universelle et se réfère à un début inscrit dans le temps ; le « Au commencement » du Prologue lui répond en se référant à un principe intemporel et transcendant, à l'éternité du Verbe, du Logos, qui est depuis toujours et pour toujours[3].

Les versets 2 à 4 décrivent le Verbe comme distinct de Dieu, dont il est cependant l'expression, l'image, et comme créateur de toute chose[3]. Il est porteur de la vie, symbolisée par la lumière, le don de la vie et celui du sens étant ici indissociables[3].

Les versets 5 à 13 s'éloignent de la thématique du commencement pour se concentrer sur celle de l'incarnation du Verbe préexistant, dont Jean le Baptiste est le témoin et l'annonciateur[3]. Or, si la « lumière » est devenue visible au sein de la réalité, elle se heurte à de l'incompréhension, à un refus volontaire de ceux-là mêmes à qui elle est destinée[3]. L'acceptation demeure toutefois possible, par l'acte de foi, acte qui n'est pas le fait de l'homme mais relève de la volonté de Dieu et de la venue du Verbe[3].

L'anthropologue Marcel Jousse, sj, note que les dix premiers versets comportent des « mots-crochets », autrement dit des répétitions de termes destinées à favoriser la mémorisation du texte[7]. Cet aspect binaire caractérise ce que les successeurs de Jousse étudieront sous le nom de rhétorique sémitique.

Seconde partie

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Le verset 14 marque un tournant : il introduit la seconde partie avec la phrase « Et le Verbe s'est fait chair », qui expose l'événement de l'incarnation, et dont la suite, littéralement « Il a établi sa tente parmi nous », est une reprise du Premier Testament, où Dieu réside sous la tente lors de la traversée du désert[3]. Le Baptiste intervient une seconde fois pour confirmer que Jésus, qui est la « lumière », est aussi le Verbe transcendant[3]. L'hymne proprement dit se termine au verset 16, où la présence de Dieu dans l'incarnation est une promesse de salut et de grâce[3].

Les deux derniers versets (v. 17-18) se présentent comme un double commentaire, soulignant d'une part que la Loi de Moïse n'est pas abrogée mais accomplie dans sa manifestation ultime, le Christ, et d'autre part que, si Dieu demeure inconnaissable pour l'être humain, le Verbe incarné est le seul chemin qui mène à lui [3].

Dans l'expression « Dieu, nul ne l'a jamais vu », Jean-Robert Armogathe suggère une possible inspiration du texte dit de la « vocation d'Isaïe »[8].

Enjeux théologiques

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Visée apologétique

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Le Prologue dans la Vulgate sixto-clémentine.

L'« hymne au Logos » que constitue le Prologue résume et contient le cadre herméneutique de l'évangile johannique tout entier, à savoir la venue de Dieu parmi les hommes, autrement dit une christologie de l'Incarnation[9]. Le Logos s'est « fait chair » (1:14), et ce Logos est le Fils préexistant et éternel, uni au Père et médiateur de la création[9]. L’existence initiale de la Parole divine, le Logos, permet de comprendre que la venue du Christ dans le monde apporte une nouvelle révélation sur Dieu[2]. En la personne de Jésus de Nazareth, qui est la Parole divine incarnée, Dieu devient présent au milieu de l'humanité, et c'est à partir de ce postulat que doit être abordée la vie de Jésus telle que la rapporte le quatrième évangile[9].

Les milieux baptistes

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Le quatrième évangile, particulièrement dans le Prologue, garde la trace des différends entre la communauté johannique et les milieux baptistes d'où sont issus les premiers disciples de Jésus de Nazareth[10]. Aussi le Prologue prend-il soin de préciser que le Baptiste n'est que le précurseur du Christ (1:6-8)[10].

Sagesse et Logos

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Parallèlement aux affrontements avec les baptistes, le Prologue semble témoigner de l'influence du judaïsme hellénistique, avec notamment l'importance qu'il accorde au thème de la Sagesse[10]. À cet égard, Jean Zumstein rappelle que « Philon d'Alexandrie, par exemple, identifie la Sagesse au Logos »[10].

Le mot « Logos », répété à plusieurs reprises dans la première partie du Prologue, n'apparaît plus dans la suite de l'évangile johannique[11]. La théologie qu'il pose d'emblée, écrit Jean Zumstein, est celle d'un « Dieu [qui] se manifeste à l'humanité sous la forme d'une parole incarnée et intelligible »[11]. Cette approche a pour origine la thématique de la Sagesse qui parcourt le Premier Testament, en particulier dans le Livre des Proverbes (ch. 8), le Livre de Job (ch. 28), le Siracide (ch. 24), et le Livre de la Sagesse (ch. 7-9)[11].

Jean Zumstein discerne cinq traits communs entre la Sagesse vétérotestamentaire et le Logos du Prologue : la Sagesse est porteuse de sagesse et de vie (1:4, 5, 9), elle est préexistante (1:1, 3), elle joue un rôle de médiation dans la création (1:4), sa descendance est importante (1:9-11, 14), et enfin elle est rejetée par l'humanité (1:5, 10, 11)[11].

Dans la figure du Fils céleste et éternel, venu apporter le salut à l'humanité plongée dans les ténèbres avant de retourner dans le sein de son Père, Rudolf Bultmann reconnaît une vision de la rédemption proche de la gnose[10]. Encore faut-il nuancer ce point, d'abord parce que les plus anciens documents gnostiques connus, notamment sur le rédempteur, sont postérieurs de plusieurs décennies au quatrième évangile, et en second lieu parce que la notion de création telle que la présente le Prologue est étrangère à la pensée gnostique[10]. Pour Jean Zumstein, il semble donc préférable de parler d'un texte « prégnostique » apparu dans un environnement religieux où se développeront plus tard les divers courants de la gnose[10]. Marie-Anne Vannier considère quant à elle le retour final du Fils à la droite du Père comme une correction doctrinale tardive, ultérieure à la composition première du texte, qui dénie toute la direction vers laquelle tend l'évangile johannique[12]. Il témoigne du débat alexandrin sur la Trinité entre homoousiens, homéens voire anoméens[12].

La proclamation trinitaire

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Jean-Paul II voit une proclamation trinitaire dans le verset selon lequel le Verbe, c'est-à-dire le Christ, « au commencement, était avec Dieu »[13]. Pour lui, « au commencement avec Dieu » signifie « dans l'éternité propre à Dieu seul : dans l'éternité commune avec le Père et avec le Saint-Esprit »[13]. En fait, ajoute-t-il, le verset affirme l'équivalence des trois hypostases divines et annonce le Symbole d'Athanase : « Et in hac Trinitáte nihil est prius aut postérius, nihil majus aut minus : sed totæ tres persónæ coætérnæ sibi sunt et coæquáles » (« Et en cette Trinité rien n’est avant ou après, rien n’est plus grand ou moins grand, mais les trois personnes tout entières sont coéternelles et égales entre elles »)[13].

Christianisme ancien

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Dans ses Homélies sur l'Évangile de Jean, Augustin s'attache à démontrer l'hérésie des théories ariennes ; selon sa lecture, entachée par le fait qu'il était piètre hellénisant, selon Lucien Jerphagnon[14], c'est Dieu-Trinité qui crée le monde : car « le Verbe était Dieu ». Pour lui, le terme « verbe » traduit mieux le grec λόγος (logos) que le terme « raison » (ratio), car le Verbe signifie le rapport entre Dieu et les créatures (Livre des 83 questions).

Dans son homélie sur Le Verbe s'est fait chair, Basile de Césarée écrit que le Verbe dont il est question ici est le Fils unique. Il se situe dans la perspective christologique Logos-sarx[15].

Pour Jean Chrysostome, cette idée de Verbe permet de détruire l'idée d'un rapport charnel entre Dieu et le Fils unique, engendré de manière incorruptible.[réf. nécessaire]

Catholicisme médiéval

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Plusieurs théologiens médiévaux ont livré un commentaire du Prologue : Jean Scot Érigène avec son Homélie sur le Prologue de Jean, Thomas d'Aquin dans la Catena in Ioannem (Chaîne d'or sur l'Évangile selon saint Jean) et dans son Commentaire sur l'Évangile de saint Jean, I, Le Prologue – La vie apostolique du Christ, et Maître Eckhart avec Le Commentaire de l'Évangile selon Jean : Le Prologue, chap. 1:1-18.

Utilisation du texte

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Le Prologue est lu en tant qu'évangile pendant la quatrième des messes de Noël (la messe du jour de Noël), en lieu et place d'un récit de la naissance du Christ.

La messe tridentine se conclut par la lecture de l'Ultimum Evangelium (le « dernier évangile »), qui est ce prologue jusqu'au verset 14. Au moment où le prêtre prononce « Et Verbum caro factum est », le prêtre et les fidèles font une génuflexion. Cette lecture a été supprimée dans la réforme liturgique du rite romain par Paul VI en 1970.

Musique sacrée

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In princípio erat Verbum ainsi que Et Verbum caro factum est sont des phrases qui ont inspiré plusieurs compositeurs de musique sacrée, dont Hans Leo Hassler, Orlando di Lasso, Giovanni Pierluigi da Palestrina, Tomás Luis de Victoria ou encore Arvo Pärt (In principio, 2003).

Notes et références

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  1. Raymond Edward Brown (trad. de l'anglais), Que sait-on du Nouveau Testament ?, Montrouge, Bayard, (1re éd. 1997), 921 p. (ISBN 978-2-227-48252-4), p. 416-418.
  2. a et b Hilarion Alfeïev, « Le Prologue de saint Jean : Dieu entre dans le monde », orthodoxie.com, septembre 2024.
  3. a b c d e f g h i j k l et m Jean Zumstein, Évangile selon Jean, in Camille Focant et Daniel Marguerat (dir.), Le Nouveau Testament commenté, Bayard/Labor et Fides, 2012, 4e éd. (ISBN 978-2-227-48708-6), p. 408-409.
  4. Jean Zumstein, « L'évangile selon Jean », in Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, 2008 (ISBN 978-2-8309-1289-0), p. 369.
  5. Augustin d'Hippone, De la Trinité, Livre XIII, « Trinité dans la foi », chapitre premier, trad. Raulx, 1868, lire en ligne.
  6. Bernard Pautrat, Évangile de saint Jean, Préface, Payot, Rivages Poche, 2000.
  7. Revue Jésuites (Nouvelles de la province de France), no 2, été 2001, p. 8 sq.
  8. Prédication de Carême, 1999.
  9. a b et c Jean Zumstein, « L'évangile selon Jean », in Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, 2008 (ISBN 978-2-8309-1289-0), p. 388.
  10. a b c d e f et g Jean Zumstein, « L'évangile selon Jean », in Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, 2008 (ISBN 978-2-8309-1289-0), p. 382-384.
  11. a b c et d Jean Zumstein, Évangile selon Jean, in Camille Focant et Daniel Marguerat (dir.), Le Nouveau Testament commenté, Bayard/Labor et Fides, 2012, 4e éd. (ISBN 978-2-227-48708-6), p. 410.
  12. a et b Marie-Anne Vannier, « L'évolution dogmatique », in Bernard Pouderon (dir.) et Enrico Norelli (dir.), Histoire de la littérature grecque chrétienne des origines à 451, tome I. Introduction : problèmes et perspectives, Les Belles Lettres, rééd. 2024 (ISBN 9782251420646), 410 p.
  13. a b et c Jean-Paul II, Audience générale du 6 novembre 1985.
  14. Michel Cazenave, émission de France-Culture “Les Vivants et les Dieux”
  15. Karl-Heinz Olhig, Christologie textes en mains, tome 1 : Des origines à l'Antiquité tardive, Cerf, 1996

Bibliographie

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