Mars (essai autobiographique)

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Mars
Auteur Fritz Zorn
Pays Drapeau de la Suisse Suisse
Préface Adolf Muschg
Version originale
Langue Allemand
Titre Mars
Éditeur Kindler Verlag
Lieu de parution Munich
Date de parution 1976
Version française
Traducteur Gilberte Lambrichs
Éditeur Gallimard
Lieu de parution Paris
Date de parution 1980

Mars est un essai autobiographique écrit par Fritz Angst sous le pseudonyme Fritz Zorn. Adolf Muschg en a fait une préface très engagée.

Analyse[modifier | modifier le code]

Ayant appris qu'il avait développé un cancer, l'auteur analyse et critique l'éducation dont il a bénéficié, vivant dans une des régions les plus riches de la Suisse, la Rive dorée (de) de Zurich (strictement parlant Meilen).

Il y affirme que son cancer est d'origine psychosomatique, son éducation étant cancérigène, et affirme avoir été « éduqué à mort ». Zorn revendique la vie qu'il n'a pas vécue : bien que sa jeunesse ait été harmonieuse aux yeux de la bourgeoisie, il s'est complètement tenu hors de la vie. Devenu enseignant après avoir été à l'université, il était dépressif et n'a eu ni amis ni relations amoureuses. Fritz Zorn est mort à trente-deux ans, le jour où un éditeur lui donnait son accord pour publier son manuscrit.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Zorn écrit sa biographie à la fin de sa vie et se livre à une critique acerbe. La brièveté des phrases et les répétitions des anomalies de sa personnalité imprime au récit un style lancinant, pesant. Le constat est amer, l’auteur ne raconte pas seulement la noirceur de sa maladie, mais il la communique au lecteur.

Fils de parents appartenant à la vieille bourgeoisie protestante zurichoise, gens fortunés préférant ne pas fait état de signes de richesse, il apprend très vite les strictes règles de la bienséance régissant l'intégralité de sa vie familiale. Tout est fait pour que les choses soient harmonieuses, pour qu’il n’y ait pas de désaccord. Ainsi, lorsqu’une personne affirme une chose, les autres ne font rien qui pourrait la contredire ; au contraire, il faut toujours aller dans le même sens, ce qui donne lieu à une surenchère d’accords superficiels. Quand le père de famille se prononce contre le droit de vote des femmes en Suisse, la mère adhère aussitôt à cette opinion. À l’inverse, lorsqu’une chose est qualifiée de « mauvaise », elle devient ensuite « abominable » ou « atroce ».

Les pratiques sociales des parents sont singulières. Lorsqu’ils parlent à des personnes moins fortunées et qu'ils considèrent a priori comme moins instruites, ils gardent une certaine distance en employant des tournures tellement polies et surfaites que cela en devient ridicule et insultant. Cela témoigne d'un mépris évident pour ces personnes qui ne sont pas « bien », c’est-à-dire riches, mais « braves ». Les choses les plus sujettes à discussion, comme la politique, la sexualité ou la religion sont systématiquement qualifiées de « compliquées » et puisqu’elles sont compliquées, il vaut mieux ne pas en parler. Tuer dans l’œuf une discussion centrée sur un thème éminemment sujet à désaccords est nécessaire au maintien de cette harmonie.

A l’école, le jeune Zorn est un élève modèle. Il travaille sérieusement et obtient de bonnes notes dans les toutes les matières sauf en gymnastique. Aux yeux de ses camarades, il passe donc pour quelqu’un s’intéressant aux « choses élevées ». S’il n’est pas spécialement mal aimé des autres écoliers, ses problèmes affectifs empêchent l’établissement de liens d’amitié. En arrivant à l’université de Zurich, il n’a pas eu d’amis, ni petite amie. Ce retard affectif lui paraît normal, car à la fac d’autres étudiants sont dans son cas. En l'absence de vie sexuelle, il préfère se dire que l’amour est quelque chose d’important, mais qu’il existe bien d’autres affaires tout aussi importantes.

Le système universitaire n’encourage pas les étudiants à être assidus, si bien que Zorn se décrit lui-même comme paresseux. Il laisse ses études en plan dès qu’une occasion se présente ; pour les autres étudiants de l’université, il est un camarade disponible, toujours prêt à boire un café, au point que tout le monde apprécie sa compagnie. Il paraît même gai et souriant. Ses qualités littéraires le conduisent à écrire des pièces de théâtre jouées d’autres étudiants. Fort de ses succès, il devient même responsable de l’organisation des événements estudiantins au sein de la section des langues romanes, puis obtient son doctorat « sans trop s’énerver ». Malgré ces succès incontestables et son apparente normalité, Zorn n’éprouve jamais de joie, mais toujours cette même sensation de solitude, de vague à l’âme, de frustration.

Une fois ses études terminées, il donne des cours d’espagnol et s’installe à Zurich dans un superbe appartement. Ses nombreux moments de temps libre ne sont pour lui aucunement libérateurs, mais plutôt l’occasion d’entretenir sa névrose en écrivant beaucoup, notamment des vers portugais mélancoliques. Lorsqu’il se découvre atteint du cancer, sa réaction est inattendue, il ne se sent pas anéanti par une nouvelle aussi terrible. Pour lui, son cancer est la conséquence naturelle de la maladie mentale qui a conditionné toute son existence et qui déborde de son champ psychologique pour s’installer dans son corps sous forme de cancer. Zorn déclare qu’avoir le cancer est la meilleure idée qu’il ait jamais eue. Son traitement modifie son affect, il n’est plus déprimé, mais simplement malheureux. Il est maintenant conscient de la fausseté de sa vie et en attribue principalement la responsabilité à l’absence d’amour – ou de sexualité, comme l’on voudra.

À la fin du récit, Zorn juge sévèrement l’éducation que ses parents lui ont donnée ainsi que les valeurs et le mode de vie de la bourgeoisie suisse puritaine.

Postérité[modifier | modifier le code]

Publié en 1976, le livre a été traduit dans de nombreuses langues. Alex et Daniel Varenne ont fait une bande dessinée en 1988, et Darius Peyamiras une pièce de théâtre en 1986. Monique Verrey, qui a connu Fritz Angst, a proposé une critique de Mars dans son livre Lettre à Fritz Zorn.

Extraits[modifier | modifier le code]

  • « Je suis jeune et riche et cultivé ; et je suis malheureux, névrosé et seul. Je descends d'une des meilleures familles de la rive droite du lac de Zurich, qu'on appelle aussi la Rive dorée. J'ai eu une éducation bourgeoise et j'ai été sage toute ma vie. Ma famille est passablement dégénérée, c'est pourquoi j'ai sans doute une lourde hérédité et je suis abîmé par mon milieu. Naturellement j'ai aussi le cancer, ce qui va de soi si l'on en juge d'après ce que je viens de dire. Cela dit, la question du cancer se présente d'une double manière : d'une part c'est une maladie du corps, dont il est bien probable que je mourrai prochainement, mais peut-être aussi puis-je la vaincre et survivre ; d'autre part, c'est une maladie de l'âme, dont je ne puis dire qu'une chose : c'est une chance qu'elle se soit enfin déclarée. Je veux dire par là qu'avec ce que j'ai reçu de ma famille au cours de ma peu réjouissante existence, la chose la plus intelligente que j'aie jamais faite, c'est d'attraper le cancer ».
  • « Je n’ai pas encore vaincu ce que je combats ; mais je ne suis pas encore vaincu non plus et, ce qui est le plus important, je n’ai pas encore capitulé. Je me déclare en état de guerre totale ».
  • « Survivrai-je à cette maladie? Aujourd'hui je n'en sais rien. Au cas où j'en mourrais, on pourra dire de moi que j'ai été éduqué à mort ».

Sources[modifier | modifier le code]