Fritz Zorn

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Fritz Zorn
Naissance
Meilen (Drapeau de la Suisse Suisse)
Décès (à 32 ans)
Zurich (Drapeau de la Suisse Suisse)
Auteur
Langue d’écriture Allemand

Œuvres principales

Fritz Zorn est le nom de plume de Fritz Angst, né le à Meilen dans le canton de Zurich et mort le à Zurich, un écrivain suisse de langue allemande.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d’une famille patricienne très austère, il a passé son enfance et jeunesse sur la « Rive dorée » de Zurich. Après le lycée, il a étudié la philologie allemande et les langues romanes. À l’université, il obtient le titre de docteur. Pendant une brève période, il a été professeur dans un lycée, jusqu'à ce que son cancer[1] le force à abandonner cette profession. Il entame une psychothérapie et commence à écrire ses mémoires.

Il a terminé d'écrire Mars en 1976 (paru en allemand en 1977 et en français en 1979), histoire de son cancer, de sa vie névrotique, de son impossibilité à aimer et à communiquer. Il y décrit également tout l'ennui de la Suisse, lui qui était issu de la grande bourgeoisie zurichoise.

Son vrai nom de famille, Angst, signifie en français « peur », « angoisse », et son pseudonyme « colère ».

Œuvre[modifier | modifier le code]

  • Mars « Je suis jeune et riche et cultivé ; et je suis malheureux, névrosé et seul... »

Il s'agit d'une des œuvres importantes des années 1970, choisie par la rédaction du magazine Lire comme le meilleur livre de l'année 1979. Le livre a gagné beaucoup d'admirateurs dans les années 1980 parce qu’il était très radical (trois ans après Mars, Zurich était en flammes et de jeunes émeutiers terrorisaient la ville).

Mais surtout le livre fut publié à une époque où l'on ignorait encore la plupart des mécanismes à l'origine des cancers. Aussi, la théorie développée par Fritz Zorn selon laquelle, chacun « fabrique » et « mérite » le cancer qui « le ronge » eut un grand retentissement tant dans le monde médical qu'auprès du grand public.

Les progrès des connaissances n'ont pas confirmé cette intuition de Fritz Zorn, mais sa démarche reste une source très riche pour tous ceux, en particulier, malades, proches de malades, médecins, soignants, qui sont confrontés chaque jour aux souffrances psychiques induites par une maladie grave.

Dans un travail intitulé "Fritz Zorn, le carcinome de Dieu. Phénomène psychosomatique et structure psychotique", le psychanalyste Jean-Claude Maleval considère que Mars constitue un exceptionnel document clinique sur ce que son auteur nomme « une maladie de l’âme ». Angst considère l’avoir traitée par son cancer, de sorte qu’il soutient un stupéfiant paradoxe : « la chose la plus intelligente que j’aie jamais faite, c’est d’attraper le cancer ». Il témoigne ainsi d'une logique subjective révélant que le phénomène psychosomatique peut avoir pour bénéfice de tempérer l'angoisse chez certains sujets[2].

Fritz Zorn entre, avec Mars, dans le cercle très étroit des écrivains qui, tels Georges Perros ou Barbellion et Marie Bashkirtseff, « chacun à sa manière s’adonnèrent à ce genre rare entre tous : le faire-part de décès autobiographique »[3].

Cette problématique, un homme jeune disparaissant à la suite d'une maladie, sans laisser d'autre trace que son seul et unique écrit, n'est pas sans rappeler d'autres situation comparables. On peut citer Bruce Frederick Cummings, promis à un bel avenir et qui n'aura de cesse d'instiller dans son unique livre l’âme de ce que le malheur de son état de santé lui confisque. Mais le parallèle a ses limites et Le Journal d'un Homme déçu ne comporte aucune connotation sur les relations familiales de l'auteur.

Plus récemment, publié en 2001, le récit de sa lente métamorphose en arbre d’Antoine Percheron qui disparaît à 25 ans sans autre trace que Végétal pourrait rappeler Mars, mais hors le fait que dans les deux cas il s'agit du livre unique de deux jeunes hommes décédés d'un cancer, il n'y a aucune consonance entre Mars et Végétal. Mars est un règlement de compte familial, l'auteur rendant sa famille responsable de son mal être qui aurait provoqué son cancer et Végétal est aux antipodes de cette problématique

En 2020, Georgina Tacou publie "Evangile des égarés" chez Gallimard, qui remet "Mars" en lumière et constitue un hommage à Fritz Zorn.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Strictement parlant, sa maladie était un lymphome malin, sans doute une maladie de Hodgkin, forme de cancer envahissant les ganglions lymphatiques
  2. Jean-Claude Maleval. Fritz Zorn, le carcinome de Dieu. Phénomène psychosomatique et structure psychotique. L'Évolution psychiatrique, 1994, 59, 2, p. 305-339.
  3. Mathieu Terence - Conclusion de la préface du Journal d'un homme déçu

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • Fritz Zorn (trad. Gilberte Lambrichs, préf. Adolf Muschg), Mars, Paris, NRF. Gallimard Coll. Du Monde Entier, 4e trimestre 1980 (1re éd. 1977), 260 p.

Ouvrages cités[modifier | modifier le code]

  • Barbellion (préf. H.G. Wells), Journal d'un Homme déçu, Paris, Editions Phébus, (1re éd. 1917), 242 p. (ISBN 2-85940-559-3)
  • Antoine Percheron, Végétal, Bordeaux, L'escampette éditions, , 38 p. (ISBN 2 914387 09 1)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]