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Les Croix de bois

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Les Croix de bois
Auteur Roland Dorgelès
Pays France
Genre Roman
Éditeur Albin Michel
Date de parution 1919
Couverture Jean-Gabriel Daragnès

Les Croix de bois est un roman publié par Roland Dorgelès en 1919 aux Éditions Albin Michel, inspiré de l'expérience vécue par son auteur durant la Première Guerre mondiale. Pressenti pour l'obtention du prix Goncourt de 1919, il est finalement devancé par À l'ombre des jeunes filles en fleurs de Marcel Proust, qui remporte le prix par six voix contre quatre[1]. L'éditeur fait paraître le volume avec la manchette « Prix Goncourt - 4 voix sur 10 » et est condamné pour cette action, par un tribunal, à 2 000 francs de dommages et intérêts[2]. Il obtient le prix Femina.

Les Croix de bois raconte le quotidien des soldats de l'armée française durant la Première Guerre mondiale. Il mentionne notamment des cimetières improvisés, parsemés de croix de bois, à l'origine du titre du livre.

Explication du titre

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Le long des chemins menant au front, se trouvaient souvent des lignes à perte de vue de croix de bois, faites à la va-vite, posées au-dessus des cadavres de soldats allemands ou français. Soldats inconnus, jeunes soldats, c’est en leur hommage que Dorgelès écrit ce livre, en leur souvenir et pour entretenir leur mémoire.

« On s'était battu en septembre dans ce pays et, tout le long de la route, les croix au garde-à-vous s'alignaient, pour nous voir défiler. Près d'un ruisseau, tout un cimetière était groupé. Sur chaque croix flottait un petit drapeau, de ces drapeaux d'enfants qu'on achète au bazar et cela tout claquant donnait à ce champs de morts un air joyeux d'escadre en fête. »

Chapitre III - Le fanion rouge.

« Je songe à vos milliers de croix de bois, alignées tout le long des grandes routes poudreuses, où elles semblent guetter la relève des vivants, qui ne viendra jamais faire lever les morts. Croix de 1914, ornées de drapeaux d’enfants qui ressembliez à des escadres en fête, croix coiffées de képis, croix casquées, croix des forêts d’Argonne qu’on couronnait de feuilles vertes, croix d’Artois, dont la rigide armée suivait la nôtre, progressant avec nous de tranchée en tranchée, croix que l’Aisne grossie entraînait loin du canon, et vous, croix fraternelles de l’arrière, qui vous donniez, cachées dans le taillis, des airs verdoyants de charmille, pour rassurer ceux qui partaient. Combien sont encore debout, des croix que j’ai plantées ? »

Chapitre XVII - Et c'est fini.

Personnages

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  • Jacques Larcher : narrateur, différent de ses compagnons, il ne livre jamais ses sentiments et décrit toujours ceux des autres. Jacques Larcher participe à l'action militaire narrée par son livre, vue d'un groupe de poilus du 39e régiment d'infanterie. Il ne raconte pas sa guerre : il dépeint la guerre. Il est ami avec Gilbert Demachy, dont il se sent proche.
  • Gilbert Demachy : nouveau au front en 1915, c'est un étudiant qui vient de finir son droit. Délicat au commencement des combats, courageux, il devient le meilleur ami des autres soldats, convaincus par sa gentillesse et par son doux caractère. Il meurt au combat. Inspiré du poilu Robert Demachy, l'un des deux fils de Robert Demachy[3] et camarade de combat de l'auteur.
  • Sulphart : ouvrier en usine, rouennais gouailleur et rouspéteur, débrouillard, impulsif, il sympathise avec Demachy. Il survit à la guerre. Après une blessure à la main et sa convalescence à Bourg-en-Bresse, il retourne à la vie civile à Rouen, où sa femme l'a quitté.
  • Bouffioux : gros, peureux, souffre-douleur, il trouve toujours le moyen d'éviter le front en exerçant diverses activités à l’arrière. Normand, il était marchand de chevaux dans le civil. Il se porte volontaire pour être cuisinier. Finalement contraint de monter en ligne, après s'être vainement caché, Sulphart apprend par une lettre qu'il y a laissé la vie.
  • Bréval : le caporal (« cabot » en argot militaire) de la cinquième escouade de la première section de la troisième compagnie, maigre, sentimental et ne voulant pas blesser ses camarades. Natif de Rouen, il est papa d'une petite fille. Sa femme le trompe. Il est tué au combat.
  • Broucke : originaire du Nord-Pas-de-Calais, c’est le « gamin » du groupe. Doté d'un fort accent picard il chante volontiers et s’endort en toutes circonstances. Il est tué en se portant volontaire pour monter la garde à la place de Bouffioux.
  • Fouillard : cuisinier de l'escouade, sale et crasseux, il est remplacé par Bouffioux. Souvent jaloux, il déteste Demachy.
  • Morache : adjudant, hiérarchique direct des soldats décrits, il est rude et souvent injuste avec eux. Il est nommé lieutenant, puis capitaine de la troisième compagnie après la mort de Cruchet.
  • Berthier : sergent, puis adjudant, puis sous-lieutenant, commandant de la première section. Il disparait en Argonne.
  • Cruchet : capitaine, commandant la troisième compagnie de ce régiment d'infanterie. Tué lors d'un assaut à la baïonnette contre une tranchée allemande.
  • Barbaroux : le médecin militaire (major), commandant, sans considération pour les soldats.

Structure et thèmes de l'œuvre

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Le roman se découpe en succession de dix-sept chapitres, tels des tableaux de situations propres à la guerre. Ces diverses représentations exposent au lecteur un panel de situations de guerre, de son commencement à sa fin, et de types de personnages du début du XXe siècle. Regroupés dans un monde dévasté par la guerre, c'est dans un esprit de camaraderie que se tisse leur histoire. La mort, le deuil, le courage, les embusqués, l'institution militaire, les femmes, le couple, l'argent, ou la mémoire, sont autant de thèmes principaux que croisent les différents chapitres[4].

Un livre plébiscité par la critique et par les Poilus

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Dès sa publication, le livre est accueilli chaleureusement par la critique officielle[5] ainsi que par les anciens poilus, fraîchement démobilisés ou hospitalisés pour blessures de guerre. Deux longues critiques littéraires favorables en sont notamment publiées par Émile Henriot[6] et par André Warnod[7]. En 1929, Jean Norton Cru, professeur de littérature, classe négativement ce titre de Dorgelès, au terme de son entreprise d'analyse de 304 oeuvres écrites portant sur la Première Guerre mondiale, dont 29 seulement lui paraissent recevables. Sa critique est tombée dans l'oubli[8].

Notes et références

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  1. Repères chronologiques de Marcel Proust dans l'édition de la Bibliothèque de la Pléiade, 1954, p. XL.
  2. Pierre Assouline, Du côté de chez Drouant : le Goncourt de 1903 à 1921, France Culture, 27 juillet 2013.
  3. https://shs.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2010-1-page-147?lang=fr
  4. https://theses.hal.science/tel-04052187/document
  5. https://www.lefigaro.fr/histoire/centenaire-14-18/2014/09/10/26002-20140910ARTFIG00086-les-croix-de-bois-de-roland-dorgeles-1919.php
  6. Émile Henriot, « Variétés littéraires : Le Livre de la Guerre », Le Bien Public,‎ .
  7. André Warnod, « Le lauréat d’hier : Roland Dorgelès, l’auteur des « Croix de Bois » », L'Avenir, Paris,‎ , p. 2 (lire en ligne, consulté le ).
  8. https://journals.openedition.org/ceg/2077

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Texte complet

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Articles connexes

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Bibliographie

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  • Thabette Ouali, « De la poétique d’un nouveau roman de guerre : Les Croix de bois », Actes du colloque international Romanesque de la Grande Guerre, in Lectures de Mac Orlan, no 5, 1er trimestre 2017, La Société des lecteurs de Pierre Mac Orlan et les Éditions du Bretteur (France).
  • Thabette Ouali, « Les Croix de bois de Roland Dorgelès : une écriture de la rétrospection », in La Grande Guerre des écrivains (ouvrage collectif), Romain Vignest et Jean-Nicolas Corvisier (dir.), France, Classiques Garnier (ISBN 978-2-8124-4732-7).
  • Thabette Ouali, « De l’écriture de soi à l’écriture de nouvelles identités, Les Croix de bois de Dorgelès », Le Magazine littéraire, numéro spécial L’Écriture de soi, .

Liens externes

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