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Le Livre des Esprits

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Le Livre des Esprits
Image illustrative de l’article Le Livre des Esprits
Page de garde de l'édition de 1860

Auteur Allan Kardec
Pays Drapeau de la France France
Genre Philosophie spiritualiste
Éditeur Édouard Dentu
Lieu de parution Paris
Date de parution 1857
Nombre de pages 450
Chronologie

Le Livre des Esprits est l'ouvrage fondateur du spiritisme[1]. Il est le résultat du travail de synthèse d'Hippolyte Léon Denizard Rivail, sous le pseudonyme Allan Kardec, publié dans une première version le .

Une seconde édition paraît en 1860, amendée et complétée par une nouvelle série de questions-réponses posées aux « Esprits ». Depuis, c'est cette édition qui est continuellement rééditée. En 2005, la maison d'édition J'ai lu affirmait que Le Livre des Esprits est l'un des écrits les plus lus après la Bible[2].

C'est avec l'épisode des sœurs Fox en 1847, dans le hameau de Hydesville, sur les bords du lac Ontario que débute l'histoire du spiritualisme moderne (modern spiritualism). De cet épisode va naître un mouvement social qui va se diffuser rapidement dans le monde ; la pratique de la communication avec les défunts se popularisant aux États-Unis et jusque dans les cours et les capitales européennes.

En 1854, à Paris, un médium initie Hippolyte L.D Rivail (50 ans) aux tables tournantes[3], un ami à lui qui se nomme Fortier[4]. L'année suivante, il rejoint un second groupe composé d'un autre de ses amis, Carlotti, mais également de Friedrich Tiedeman (zoologue), René Taillandier (historien et homme politique), Victorien Sardou (auteur dramaturge), l'éditeur parisien Pierre Paul Didier (1800-1865), rejoints plus tard par le jeune Camille Flammarion qui n'est pas encore devenu astronome[5],[6].

Durant l'année 1855, près de cinquante cahiers de communications seront consignés, c'est à Rivail que l'on demande d'ordonner ces messages. Au fil de son travail, il constate que les communications sont fragmentaires ; il dresse alors un corpus de questions qu'il pose chaque semaine aux Esprits consultés au cours des séances. C'est durant ce travail que le nom d'Allan Kardec lui est présenté comme celui d'une de ses vies antérieure, assisté par deux esprits qui se font nommer Zéphir et Vérité[7]. C'est par la médiumnité de Mlle Japhet et des sœurs Baudin que Kardec obtiendra ses réponses[8],[6].

Première édition : 18 avril 1857

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C'est le et à compte d'auteur que son travail est publié sous le titre Le Livre des Esprits, aux éditions d’Édouard Dentu, « au moment où le régime s'inquiète, se raidit, s'affole et, avec la loi de Sûreté générale, systématise et régularise la répression » précisera Régis Ladous[9]. Aussi, c'est bien dans cet ouvrage qu'est publié pour la première fois en français le terme « spiritisme ».

Deuxième édition : 1860

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Après avoir lancé le premier numéro de la Revue Spirite (1858) ainsi que deux brochures - Instruction pratique sur les manifestations spirites (1859) et Qu'est-ce que le spiritisme ? (1859) - une seconde édition « entièrement refondue et considérablement augmentée » voit le jour en 1860. Depuis cette date, c'est cette édition qui est et sera toujours publiée[6], Ajoutons qu'à la différence de la première édition, c'est bien auprès de son ami l'éditeur Pierre Paul Didier qu'il parvient à la faire publier.

D’emblée, Allan Kardec annonce la mise sous presse d'un volume consacré aux médiums qui s'intitulera finalement Le Livre des médiums (1861). Avant d'entrer dans le vif du sujet, il avise ses lecteurs que cette édition a été pour lui l'occasion de revoir l'ordre des matières, de supprimer les parties qui faisaient double emploi, d'apporter des compléments ainsi que des éclaircissements aux thèses développées dans la première édition[10]. À la différence de la première édition qui réparti les questions-réponses sur deux colonnes, cette seconde édition se démarque de la précédente en suivant une progression linéaire[11].

Portrait d'Allan Kardec paru dans le magazine L'Illustration, le 10 avril 1869.

L'invention du spiritisme

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Le Livre des Esprits est véritablement le premier ouvrage traitant de Spiritisme. En effet, ce terme est inventé par H.D.L Rivail pour présenter la «doctrine des Esprits ». Il explique son choix de cette façon : « Pour les choses nouvelles il faut des mots nouveaux [...] Au lieu des mots SPIRITUEL, SPIRITUALISME, nous employons, pour désigner cette dernière croyance, ceux de spirite et de spiritisme »[12]. Pour Kardec, la révélation du spiritisme n'est pas de nature religieuse, mais bien scientifique[13].

Allan Kardec ne se présente pas comme l'auteur du livre, mais comme celui qui l'a mis en forme : « Les principes contenus dans ce livre résultent, soit des réponses faites par les esprits aux questions directes qui leur ont été proposées, soit des instructions données par eux spontanément sur les matières qu'il renferme »[14]

Pourtant, c'est bel et bien H.D.L Rivail qui organise le livre et qui pose les questions. Elias Moraes (2020) démontre même qu'entre la première et la seconde édition, Kardec corrige, coupe, altère et mélange différents textes, construisant ainsi un texte nouveau, comme ce message médiumnique figurant dans la première édition des Prolégomènes[15] :

« Occupe-toi avec zèle et persévérance du travail que tu as entrepris avec notre concours ; ce travail est aussi le nôtre. Nous le reverrons ensemble afin qu'il ne renferme rien qui ne soit l'expression de notre pensée et de la vérité ; mais, surtout quand l'œuvre sera terminée, rappelle-toi que nous t'ordonnons de l'imprimer et de la propager ; c'est une chose d'utilité universelle.

Tu as bien compris ta mission ; nous sommes contents de toi. Continue et nous ne te quitterons jamais. Crois en Dieu et marche avec confiance ! Nous serons avec toi toutes les fois que tu le demanderas, et tu seras à nos ordres chaque fois que nous t'appellerons ; car ce n'est là qu'une partie de la mission qui t'est confiée et qui t'a déjà été révélée par l'un de nous. »

Kardec le réécrit dans la seconde édition comme ceci : « Occupe-toi avec zèle et persévérance du travail que tu as entrepris avec notre concours, car ce travail est le nôtre. Nous y avons posé les bases du nouvel édifice qui s'élève et doit un jour réunir tous les hommes dans un même sentiment d'amour et de charité ; mais avant de le répandre, nous le reverrons ensemble, afin d'en contrôler tous les détails. »

Parmi les Esprits cités comme auteurs de ce livre, les noms suivants sont mentionnés par Kardec : Saint Jean l'évangéliste, Saint Augustin, Saint Vincent de Paul, Saint Louis, L'Esprit de vérité, Socrate, Platon, Fénelon, Franklin ou encore Swedenborg.

Composé de questions et réponses allant de l'existence de Dieu au règne total du bien sur Terre, Le Livre des Esprits se découpe de la manière suivante :

  • 1re partie : Les causes premières (Dieu, Éléments généraux de l'univers, Création, Principe vital)
  • 2e partie : Le monde des Esprits (Des Esprits, Incarnation des Esprits, Retour de la vie corporelle à la vie spirituelle, Pluralité des existences, Considérations sur la pluralité des existences, Vie spirite, Retour à la vie corporelle, Émancipation de l'âme, Intervention des Esprits dans le monde corporel, Occupation et missions des Esprits, Les trois règnes (minéral, végétal, animal))
  • 3e partie : Les lois morales (Loi divine et naturelle, Loi d'adoration, Loi du travail, Loi de reproduction, Loi de conservation, Loi de destruction, Loi de société, Loi du progrès, Loi d'égalité, Loi de liberté, Loi de justice, d'amour et de charité, Perfection morale)
  • 4e partie : Espérance et consolation (Peines et jouissances terrestres, Peines et jouissances futures)

Principaux thèmes

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L'auteur pose dans les premières lignes l'existence d'un dieu transcendant, réaffirmant dans le siècle l'importance des principes chrétiens de justice, d'amour et de charité. Toutefois, en substituant le concept de foi chrétienne à celui de foi raisonnée, cette nouvelle philosophie se place du côté de la science et de la foi rationnelle plutôt que de celui de la religion, prenant des accents anticléricaux[16] ; à la différence de nombreuses autres philosophies spiritualistes des XVIIIe et XIXe siècle (Emmanuel Swedenborg, Saint-Simon, Charles Fourier, etc).

Ainsi, les phénomènes « miraculeux » répondraient à des lois naturelles, impliquant la présence du « fluide universel », brique matérielle primitive qui compose le corps charnel et le corps fluidique, que Kardec nomme « périsprit » (enveloppe semi-matérielle constituant le « vêtement » de l’esprit et liant ce dernier au corps)[16].

Kardec attribue à des êtres intelligents immatériels qu'il nomme Esprit les phénomènes des tables « parlantes »[17]. Ces êtres, soumis à une loi de réincarnation, passeraient de monde en monde, chacun progressant à leur rythme, suivant des stades de progression, ils migraient de monde matériels vers des mondes toujours plus immatériels. Ces êtres « désincarnés » se diviniseraient, sans jamais demeurer inactifs, ayant la tâche d'aider ceux moins « avancés »[17].

Les principaux thèmes sont énumérés ci-dessous[18]:

  • Dieu est éternel, immuable, immatériel, unique, tout-puissant, souverainement juste et bon. Il a créé l'univers qui comprend tous les êtres animés et inanimés, matériels et immatériels.
  • Les êtres matériels constituent le monde visible ou corporel, et les êtres immatériels le monde invisible ou spirite, c'est-à-dire des Esprits.
  • Le monde spirite est le monde normal, primitif, éternel, préexistant et survivant à tout.
  • Le monde corporel n'est que secondaire ; il pourrait cesser d'exister, ou n'avoir jamais existé, sans altérer l'essence du monde spirite.
  • Les Esprits revêtent temporairement une enveloppe matérielle périssable, dont la destruction, par la mort les rend à la liberté.
  • Parmi les différentes espèces d'êtres corporels, Dieu a choisi l'espèce humaine pour l'incarnation des Esprits arrivés à un certain degré de développement, c'est ce qui lui donne la supériorité morale et intellectuelle sur les autres.
  • L'âme est un Esprit incarné dont le corps n'est que l'enveloppe.
  • En quittant le corps, l'âme rentre dans le monde des Esprits d'où elle était sortie, pour reprendre une nouvelle existence matérielle après un laps de temps plus ou moins long pendant lequel elle est à l'état d'Esprit errant.
  • L'Esprit devant passer par plusieurs incarnations, il en résulte que nous tous avons eu plusieurs existences, et que nous en aurons encore d'autres plus ou moins perfectionnées, soit sur cette terre, soit dans d'autres mondes.
  • Les différentes existences corporelles de l'Esprit sont toujours progressives et jamais rétrogrades ; mais la rapidité du progrès dépend des efforts que nous faisons pour arriver à la perfection.
  • Les qualités de l'âme sont celles de l'Esprit qui est incarné en nous ; ainsi l'homme de bien est l'incarnation du bon Esprit, et l'homme pervers celle d'un Esprit impur.
  • Les Esprits incarnés habitent les différents globes de l'univers.
  • Les Esprits non incarnés ou errants n'occupent point une région déterminée et circonscrite ; ils sont partout dans l'espace et à nos côtés, nous voyant et nous coudoyant sans cesse ; c'est toute une population invisible qui s'agite autour de nous.
  • Les relations des Esprits avec les hommes sont constantes. Les bons Esprits nous sollicitent au bien, nous soutiennent dans les épreuves de la vie, et nous aident à les supporter avec courage et résignation ; les mauvais nous sollicitent au mal : c'est pour eux une jouissance de nous voir succomber et de nous assimiler à eux.
  • La morale des Esprits supérieurs se résume comme celle de Jésus en cette maxime évangélique : Agir envers les autres comme nous voudrions que les autres agissent envers nous-mêmes ; c'est-à-dire faire le bien et ne point faire le mal. L'homme trouve dans ce principe la règle universelle de conduite pour ses moindres actions.

Notes et références

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  1. Lantier 1971, p. 94 — « Le 18 avril 1857 parut son ouvrage fondamental. Rivail donna à la nouvelle doctrine le nom de « spiritisme », pour éviter toute équivoque sur le mot « spiritualisme » qui s'applique à des théories très diverses. Pour la première fois, il prit le pseudonyme sous lequel il allait devenir célèbre dans le monde entier : Allan Kardec. »
  2. Le Livre des Esprits, Paris, J'ai Lu, — Quatrième de couverture : « Éducateur et philosophe, Allan Kardec, de son vrai nom Hippolyte Léon Denizard Rivail, est le père du spiritisme, une philosophie spiritualiste enseignée dans le monde entier. Le Livre des Esprits est un des écrits les plus lus, après la Bible. ».
  3. Castellan 1982, p. 43-44
  4. Aubrée et Laplantine 1990, p. 28
  5. Aubrée et Laplantine 1990, p. 29
  6. 1 2 3 Bibliothèque Diderot de Lyon, « Allan Kardec, le codificateur du spiritisme », sur Interfaces. Livres anciens de l'Université de Lyon, (consulté le )
  7. Aubrée et Laplantine 1990, p. 29, 30
  8. Sharp 2006, p. 52
  9. Ladous 1989, p. 35
  10. Kardec 1860, p. 5
  11. Moraes 2020, p. 121
  12. Kardec 1857, Introduction
  13. Moraes 2020, p. 49-50
  14. Kardec 1857, Prolégomènes, dernier paragraphe
  15. Moraes 2020, p. 93-94
  16. 1 2 Gobin 2005
  17. 1 2 Edelman 2004, p. 2
  18. Points résumés par Allan Kardec dans le chapitre VI de l'introduction

Le livre apparaît dans le film Le Bal des folles (2021) de Mélanie Lorent.

Bibliographie

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Par ordre de parution :

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Jacques Lantier, Le Spiritisme, Paris, éd. Grasset, (BNF 35375308)
  • Yvonne Castellan, Le spiritisme, Paris, PUF, (ISBN 213037252X, BNF 34671778)
  • chap. II « Allan Kardec (1804-1869) », dans Jean Prieur, L'Europe des médiums et des initiés, Paris, Perrin, , 384 p. (ISBN 2262004579), p. 17-40
  • Régis Ladous, Le Spiritisme, Cerf Fides, coll. « Bref », (ISBN 978-2-204-03048-9 et 978-2-7621-1452-2)
  • chap. 2 « Cet instituteur socialiste », dans Christine Bergé, La Voix des Esprits, Paris, Métailié, , 202 p. (ISBN 2864240815)
  • chap. IV « La vie spirite d'Allan Kardec », dans Marion Aubrée, François Laplantine, La Table, le Livre et les Esprits, Lyon, JC Lattès, (ISBN 2709608375), p. 28-38
  • (en) Lynn L. Sharp, Secular spirituality : Reincarnation and spiritism in nineteenth-century France, Plymouth, Lexington Books, , 245 p. (ISBN 0739113399)
  • (pt-BR) Elias Moraes, Contextualizando Kardec : do século XIX ao XXI, Goiânia, AEPHUS, , 264 p. (ISBN 9786558590149, lire en ligne Accès libre)
  • chap. 4 « Allan Kardec », dans Philippe Charlier, Autopsie des fantômes : Une histoire du surnaturel, Paris, Tallandier, , 296 p. (ISBN 9791021055612), p. 43-57
  • Nicole Edelman, « Les tables tournantes arrivent en France », L'Histoire, no 75, (lire en ligne)
  • Nicole Edelman, « Allan Kardec, le prophète du spiritisme », L'Histoire, no 98, (lire en ligne)
  • Nicole Edelman, « Spiritisme et politique », Revue d'histoire du XIXe siècle. Société d'histoire de la révolution de 1848 et des révolutions du XIXe siècle, no 28, , p. 149–161 (ISSN 1265-1354, DOI 10.4000/rh19.626 Accès libre)
  • Emma Gobin, « Le triomphe des croyances », Terrain. Anthropologie & sciences humaines, no 45, , p. 139–152 (ISSN 0760-5668, DOI 10.4000/terrain.3617 Accès libre)

Articles connexes

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Liens externes

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