Le Lièvre et la Tortue (La Fontaine)

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Le Lièvre et la Tortue
Image illustrative de l’article Le Lièvre et la Tortue (La Fontaine)

Auteur Jean de La Fontaine
Pays Drapeau de la France France
Genre Fable
Éditeur Claude Barbin
Lieu de parution Paris
Date de parution 1668
Illustrateur Grandville (1838-1840)

Le Lièvre et la Tortue est la dixième fable du livre VI du premier recueil des Fables de La Fontaine, édité pour la première fois en 1668. Elle est inspirée des Fables d'Ésope.

Illustration de Gustave Doré (1876)


Texte[modifier | modifier le code]

LE LIÈVRE ET LA TORTUE

[Ésope[1],[2]]

Peinture murale du groupe scolaire Jules Ferry à Conflans-Sainte-Honorine réalisée en 1936 par un peintre inconnu.


Illustration de Benjamin Rabier (1906)
Illustration de Manh Quynh et André Pec des Fables de La Fontaine (Tho Ngu Ngon) traduites par Nguyen Van Vinh

  Rien ne sert de courir ; il faut partir à point (1).

   Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage.

   " Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point

   Si tôt que moi ce but. - Si tôt ? Êtes-vous sage ?(2)

            Repartit l'animal léger (3) :

            Ma commère, il vous faut purger

            Avec quatre grains (4) d'ellébore (5).

            - Sage ou non, je parie encore. "

            Ainsi fut fait : et de tous deux

            On mit près du but les enjeux :

            Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire,

            Ni de quel juge l'on convint. (6)

   Notre Lièvre n'avait que quatre pas à faire ;

   J'entends de ceux qu'il fait lorsque prêt d'être atteint

   Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux calendes, (7)

            Et leur fait arpenter les landes.

   Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,

            Pour dormir, et pour écouter

       D'où vient le vent, il laisse la Tortue

            Aller son train de sénateur. (8)

            Elle part, elle s'évertue,

            Elle se hâte avec lenteur.

   Lui cependant méprise une telle victoire,

            Tient la gageure (9) à peu de gloire,

            Croit qu'il y va de son honneur

       De partir tard. Il broute, il se repose,

            Il s'amuse à toute autre chose

       Qu'à la gageure. À la fin, quand il vit

   Que l'autre touchait presque au bout de la carrière, (10)

   Il partit comme un trait ; mais les élans qu'il fit

   Furent vains : la Tortue arriva la première.

   " Eh bien, lui cria-t-elle, avais-je pas raison ? (11)

            De quoi vous sert votre vitesse ?

            Moi l'emporter ! et que serait-ce

            Si vous portiez une maison ? "

Le Lièvre et la Tortue traduit en néerlandais, illustré par Gaston Gélibert (1850-1931)


Vocabulaire

(1) Moralité inspirée de Rabelais, Gargantua, chapitre XXI

(2) êtes-vous sensée

(3) léger...de cervelle

(4) le grain est une mesure de poids valant 1/24 de denier, soit 0,053g

(5) On dit proverbialement qu'un homme a besoin de deux grains d'ellébore, pour dire qu'il est fou (dictionnaire de Furetière). L'expression purger avec l'ellébore était proverbiale par allusion aux Anciens qui soignaient la folie par ce moyen.

(6) ces 2 vers font certainement référence au texte d'Ésope dont La Fontaine supprime les détails inutiles.

(7) aux calendes grecques.... On dit proverbialement : renvoyer un homme aux calendes grecques pour dire le remettre à un temps qui ne viendra point (dictionnaire de Furetière)

(8) On se sert de ce mot en raillant pour dire un conseiller vieux et grave ( donc la tortue se déplace à la vitesse d'un vieux sénateur romain, très lentement)

(9) le pari

(10) au bout de la course

(11) n'avais-je pas

Analyse du texte[modifier | modifier le code]

Reprises[modifier | modifier le code]

Elle a été reprise par les Frères Jacques dans leur album Les Frères Jacques chantent La Fontaine en 1964. Le Lièvre et la Tortue est une retranscription des fables d’Ésope. Mais elle fut aussi réadaptée en film d'animation par Walt Disney, puis par Tex Avery.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (fr + el) Ésope (trad. Emile Chambry), « LA TORTUE ET LE LIÈVRE (début) », sur archive.org,
  2. (fr + el) Ésope (trad. Emile Chambry), « LA TORTUE ET LE LIÈVRE (fin - moralité) », sur archive.org,

Liens externes[modifier | modifier le code]

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