Joseph Joubert (moraliste)

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Joseph Joubert
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Joseph Joubert
Naissance
Montignac, France
Décès (à 69 ans)
Paris, France
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture français
Genres

Joseph Joubert, né à Montignac (Périgord) le et mort à Paris le , est un moraliste et essayiste français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Joseph Joubert est le deuxième fils d'un ancien chirurgien de l'armée[1]. Après de premières études à Montignac, à partir de l'âge de 14 ans il suit les cours du collège religieux de l'Esquile de Toulouse, où il enseigne lui-même par la suite, jusqu'en 1776.

Après deux années passées à Montignac, il se rend en 1778 à Paris où il se lie avec Louis de Fontanes et Chateaubriand, rencontre D'Alembert et devient le secrétaire de Diderot. Il vit entre Paris, auprès de ses amis, et sa maison de Villeneuve-sur-Yonne en voisin du comte et de la comtesse de Sérilly.

Il est brièvement président du Tribunal de conciliation de Montignac en 1792 et se marie en 1793 à Paris à Adeline Moreau. Ils ont un fils Victor Joseph en 1794. Cette même année, il recueille la jeune comtesse de Beaumont dont la famille a été victime de la Terreur et qui survit cachée par une famille de paysans de Passy, les Paquerault. Il lui voue toute sa vie une amitié amoureuse. Après la chute de Robespierre, la comtesse retourne à Paris où elle devient le grand amour de Chateaubriand. Délaissée par l'écrivain et usée par les épreuves, elle meurt à Rome en 1803 à l'âge de 35 ans. En apprenant sa mort, Joubert écrit :

« Chateaubriand la regrette sûrement autant que moi mais elle lui manquera moins longtemps[2]. »

Après la mort de son amie, Joubert a un commerce suivi de lettres avec Mme de Vintimille (1763-1831), née Louise Joséphine Angélique Lalive de Jully.

Il apporte son soutien à sa voisine Anne-Louise de Sérilly, dont le mari a péri sur l'échafaud. S'étant remariée avec son cousin François de Pange, elle s'est retrouvée veuve une deuxième fois quelques mois plus tard. Mère de quatre enfants, elle accepte de convoler une troisième fois avec un ami, le vieux marquis Anne-Pierre de Montesquiou-Fézensac ce qui suscite les critiques de son entourage et notamment de Germaine de Staël.

« Que puis-je vous dire Madame ? » lui écrit Joubert, « Monsieur de Pange avait un grand mérite ; Monsieur de Montesquiou a de plus une grande réputation. Je veux que vous soyez heureuse ; je crois que vous n'avez pu l'être et je crois que vous le serez… J'aimais celui que vous aimiez : je l'aimais à cause de lui et surtout à cause de vous ; il vit toujours dans les pensées. Je respecterai sa mémoire, je garderai son souvenir. Je serai fidèle au passé mais j'honore votre avenir[3]… »

De la comtesse de Sérilly qui mourut à 36 ans et dont la vie est une longue suite de deuils, il dira qu'elle a eu « le plus beau des courages, le courage d'être heureuse ».

En 1808, il est nommé inspecteur général de l'Université. En 1814, il est fait chevalier de la Légion d'Honneur.

De son vivant, Joubert ne publia jamais rien, mais il écrivit de nombreuses lettres, ainsi que des notes et des journaux où il reportait ses réflexions sur la nature de l'homme, sur la littérature, et sur d'autres sujets, dans un style poignant, volontiers aphoristique.

À sa mort, sa veuve confia ses notes à Chateaubriand, qui en fit publier un choix sous le titre Recueil des pensées de M. Joubert en 1838. Des éditions plus complètes vont suivre, ainsi que celles de la correspondance.

Joseph Joubert repose au cimetière de Montmartre.

Sa bibliothèque est dans des archives privées où se trouve une petite partie des archives du prince François-Xavier de Saxe.

Société des Amis de Joseph Joubert[modifier | modifier le code]

En 1985, dans le cadre du LVIe Congrès de l'Association bourguignonne des sociétés savantes, à l'initiative des Amis du Vieux Villeneuve, a eu lieu à Villeneuve-sur-Yonne le premier colloque consacré à Joseph Joubert, sa vie, ses amitiés, sa pensée ainsi que ses influences sur les travaux d'autres intellectuels, au terme duquel fut proposée par Rémy Tessonneau et acceptée par les participants la création de la fondation des Amis de Joseph Joubert[4].

Le but de cette association est de « faciliter la publication authentique et intégrale des écrits de Joubert, et de conduire une recherche progressive, concertée et solidaire, afin d'en exprimer toutes les significations[4]. » Depuis lors, la Société des Amis de Joseph Joubert a déjà organisé quatre colloques, dont le dernier s'est tenu les 2 et [4].

À la suite du décès de son président Jean-Luc Dauphin en juillet 2020 qui l’animait activement depuis 1985, cette association a été reprise à l’été 2021 par des descendants de la famille de Joubert, afin favoriser la connaissance des écrits de Joubert et de préparer le bicentenaire de sa mort en 2024[5].

Citations[modifier | modifier le code]

  • « On peut convaincre les autres par ses propres raisons ; mais on ne les persuade que par les leurs. »[6]
  • « La justice est le droit du plus faible. »[7]
  • « Enseigner, c’est apprendre deux fois. »[8]
  • « La parole entraîne, l’exemple enseigne. »[réf. nécessaire]
  • « Quand mes amis sont borgnes, je les regarde de profil. »[9]
  • « Il n’y a plus aujourd’hui d’inimitiés irréconciliables, parce qu’il n’y a plus de sentiments désintéressés : c’est un bien né d’un mal. »[10]
  • « Tous les hommes viennent de peu, et il s’en faut de peu pour qu’ils ne viennent de rien. »[réf. nécessaire]
  • « L’ambition est impitoyable : tout mérite qui ne la sert pas est méprisable à ses yeux. »[11]
  • « Il faut ne choisir pour épouse que la femme qu’on choisirait pour ami, si elle était un homme. »[12]
  • « Ce n’est pas l’abondance, mais l’excellence qui fait la richesse. »[réf. nécessaire]
  • « Les enfants ont plus besoin de modèles que de critiques. »[13]
  • « Le but de la discussion ne doit pas être la victoire, mais l’amélioration. »[réf. nécessaire]
  • « Il y a des sciences bonnes dont l’existence est nécessaire et dont la culture est inutile. Telles sont les mathématiques. »[réf. nécessaire]
  • « La raison peut nous avertir de ce qu’il faut éviter, le cœur seul nous dit ce qu’il faut faire. »[14]
  • « Le plus beau des courages, celui d’être heureux. »[réf. nécessaire]
  • « Il est indigne des grandes âmes de faire part des tourments qu’elles éprouvent. »[réf. nécessaire]
  • « Tout sentiment religieux est un sentiment servile et quiquonque s’agenouille devant Dieu se façonne à se prosterner devant un roi. »[15]
  • « En composant, on ne sait bien ce qu’on voulait dire que lorsqu’on l’a dit. »[16]
  • « Il faut quand on agit, se conformer aux règles, et quand on juge, avoir égard aux exceptions. »[17]
  • « Tout s’apprend, même la vertu. »[18]
  • « Ces insupportables parleurs qui vous entretiennent toujours de ce qu’ils savent et ne vous entretiennent jamais de ce qu’ils pensent. »[19]
  • « Le soir de la vie apporte avec soi sa lampe. »[20]
  • « Les révolutions sont des temps où le pauvre n’est pas sûr de sa probité, où le riche n’est pas sûr de sa fortune, ni l’homme innocent de sa vie. »[21]
  • « Le génie commence les beaux ouvrages ; mais le travail seul les achève. »[22]
  • « L’éducation se compose de ce qu’il faut dire et de ce qu’il faut taire, de silences et d’instructions. »[23]
  • « La liberté est un tyran qui est gouverné par ses caprices. »[24]
  • « Quand je regarde l’Histoire, j’y vois des heures de liberté et des siècles de servitude. »[réf. nécessaire]
  • « S’il n’est pas nécessaire de croire tout ce que les religions enseignent, il serait beau du moins de faire tout ce qu’elles prescrivent. »[25]

Principales éditions[modifier | modifier le code]

  • Recueil des pensées de M. Joubert, publié par Chateaubriand, Le Normant, Paris, 1838 Texte en ligne
  • Pensées, essais, maximes et correspondance de J. Joubert, précédés d'une notice sur sa vie, son caractère et ses travaux, recueillis et mis en ordre par M. Paul Raynal, Le Normant, Paris, 1850 ; 1861 Texte en ligne
  • Pensées, introduction et notes par Victor Giraud, avec la Notice historique du frère de Joubert [Arnaud Joubert], Bloud, Paris, 1909
  • Carnets, textes recueillis sur les manuscrits autographes par André Beaunier, Gallimard, Paris, 1938 ; 1994
  • Correspondance de Louis de Fontanes et de Joseph Joubert : (1785-1819), texte intégral publié pour la première fois d'après les documents autographes avec une introduction et des notes par Rémy Tessonneau, Plon, Paris, 1943
  • Pensées et Lettres, organisation par Raymond Dumay et Maurice Andrieux, Grasset, 1954
  • Pensées, textes choisis et présentés par Raymond Dumay, Club français du livre, 1954
  • Essais : 1779-1821, édition intégrale et critique de textes en partie inédits recueillis et présentés par Rémy Tessonneau, A.G. Nizet, Paris, 1983
  • Correspondance générale : 1774-1824, édition établie par Rémy Tessonneau, William Blake and Co., Bordeaux, 3 volumes, 1996-1997
  • Quatre carnets, édition établie et annotée par David Kinloch et Philippe Mangeot, University of London, Institute of romance studies, Londres, 1996

Références[modifier | modifier le code]

  • Edith de Pange, Le Chevalier de Pange ou la tragédie des trois frères, Metz, Editions Serpenoise,
  1. Alain Favarger, « Ami de Diderot, Joseph Joubert a trouvé un refuge dans ses cahiers », La Liberté,‎ 22-23 10 1994, p. 14
  2. Pange 2011, p. 348.
  3. Pange 2011, p. 347.
  4. a b et c Origines de l'association Les Amis de Joseph Joubert.
  5. « Association Des Amis De Joseph Joubert », sur Les amis de Joseph Joubert, (consulté le )
  6. Joseph Joubert, Pensées, essais et maximes de J. Joubert : suivis de Lettres à ses amis et précédés d’une notice sur sa vie, son caractère et ses travaux, t. 1, Paris, Librairie de Charles Gosselin, , 422 p. (BNF 30661902), p. 317
  7. Joseph Joubert, Recueil des pensées de M. Joubert, Paris, Imprimerie Le Normant, , 394 p. (BNF 30661901), p. 325
  8. Joseph Joubert, Recueil des pensées de M. Joubert, Paris, Imprimerie Le Normant, , 394 p. (BNF 30661901), p. 236
  9. Joseph Joubert, Recueil des pensées de M. Joubert, Paris, Imprimerie Le Normant, , 394 p. (BNF 30661901), p. 340
  10. Joseph Joubert, Pensées, essais et maximes de J. Joubert : suivis de Lettres à ses amis et précédés d’une notice sur sa vie, son caractère et ses travaux, t. 1, Paris, Librairie de Charles Gosselin, , 422 p. (BNF 30661902), p. 398
  11. Joseph Joubert, Pensées, essais et maximes de J. Joubert : suivis de Lettres à ses amis et précédés d’une notice sur sa vie, son caractère et ses travaux, t. 1, Paris, Librairie de Charles Gosselin, , 422 p. (BNF 30661902), p. 196
  12. Joseph Joubert, Pensées, essais et maximes de J. Joubert : suivis de Lettres à ses amis et précédés d’une notice sur sa vie, son caractère et ses travaux, t. 1, Paris, Librairie de Charles Gosselin, , 422 p. (BNF 30661902), p. 224
  13. Joseph Joubert, Pensées, essais, maximes et correspondance de J. Joubert, t. 1, Paris, Librairie Ve Le Normant, , 464 p. (BNF 30661776), p. 442
  14. Joseph Joubert, Recueil des pensées de M. Joubert, Paris, Imprimerie Le Normant, , 394 p. (BNF 30661901), p. 62
  15. Joseph Joubert, Les carnets de Joseph Joubert, t. 1, Paris, Gallimard, , 475 p. (BNF 32290625), p. 78
  16. Joseph Joubert, Pensées, essais, maximes et correspondance de J. Joubert, t. 2, Paris, Librairie Ve Le Normant, , 460 p. (BNF 30661902), p. 118
  17. Joseph Joubert, Recueil des pensées de M. Joubert, Paris, Imprimerie Le Normant, , 394 p. (BNF 30661901), p. 362
  18. Joseph Joubert, Recueil des pensées de M. Joubert, Paris, Imprimerie Le Normant, , 394 p. (BNF 30661901), p. 233
  19. Joseph Joubert, Les carnets de Joseph Joubert, t. 2, Paris, Gallimard, , 942 p. (BNF 32290625), p. 700
  20. Joseph Joubert, Pensées, essais et maximes de J. Joubert : suivis de Lettres à ses amis et précédés d’une notice sur sa vie, son caractère et ses travaux, t. 1, Paris, Librairie de Charles Gosselin, , 422 p. (BNF 30661902), p. 215
  21. Joseph Joubert, Recueil des pensées de M. Joubert, Paris, Imprimerie Le Normant, , 394 p. (BNF 30661901), p. 94
  22. Joseph Joubert, Pensées, essais, maximes et correspondance de J. Joubert, t. 2, Paris, Librairie Ve Le Normant, , 460 p. (BNF 30661902), p. 111
  23. Joseph Joubert, Pensées, essais, maximes et correspondance de J. Joubert, t. 2, Paris, Librairie Ve Le Normant, , 460 p. (BNF 30661902), p. 6
  24. Joseph Joubert, Recueil des pensées de M. Joubert, Paris, Imprimerie Le Normant, , 394 p. (BNF 30661901), p. 88
  25. Joseph Joubert, Recueil des pensées de M. Joubert, Paris, Imprimerie Le Normant, , 394 p. (BNF 30661901), p. 11

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Essais sur les pensées de J. Joubert, James Condamin, 1877
  • Actes du colloque Joseph Joubert; [publié par l'Association bourguignonne de Soc. sav.] 56e congrès, Villeneuve-sur-Yonne, Amis du Vieux-Villeneuve, 1986 [Remy Tessonneau, Jean-Luc Dauphin, E. Dodet, G. Pillard, J. Lacroix, P. Riberette, D. Goimard, M. Lagrange].
  • Actes du colloque Joseph Joubert, Vallée-aux-Loups, Amis du Vieux-Villeneuve, 1988 [Pierre Riberette, Rémy Tessonneau, Jean-Luc Dauphin, Guy Pillard, David Kinloch, Jacques Bonnardot et Yves Leroux]
  • Actes du colloque Joseph Joubert, Montignac, Amis du Vieux-Villeneuve, 1991 [Jean-Luc Dauphin, Paulette Fourneau, Edouard Guitton, Georges Buisson, David Kinloch, Patricia A. Ward, Valerio Magrelli, Bernard Baillaud et Jacques Bonnardot].
  • Arlette Sadouillet-Perrin, « Joseph Joubert vu par son frère », Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, t. 129, no 2,‎ , p. 191-2002 (lire en ligne)
  • Actes du 4e colloque Joseph Joubert, Sens, Amis de Joseph Joubert, 2010
  • « Georges Perros / Joseph Joubert », Europe, no 983,
  • Sous le fleuve de lumière, Joseph Joubert de mémoire. Gilles Gontier, L'Harmattan 2020

Liens externes[modifier | modifier le code]