Jean d'Amboise

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Jean d'Amboise est un valet de chambre et chirurgien ordinaire du roi au Chatelet de Paris[1], né à Douai en Flandres (alors possession du roi d'Espagne) vers 1514[1], naturalisé par lettres du 29 janvier 1566[2] et décédé à Paris le . Il fut inhumé dans la chapelle Saint-Pierre de l'église Saint-Gervais à Paris. Sur sa tombe figurait l'épitaphe suivante : Cy gist noble homme et sire maître Jehan d'Amboise, en son vivant conseiller et chirurgien ordinaire de cinq rois, qui trespassa le 13 jour de décembre 1584[1]. Avant d'être chirurgien ordinaire des rois de France, il était en 1545 chirurgien du connétable Anne de Montmorency[3].

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Controverse[modifier | modifier le code]

Borel d'Hauterive écrit en 1856 dans Annuaire de la noblesse de France que Jean d'Amboise et ses descendants sont issus du poète Michel d'Amboise (fils naturel du maréchal d'Amboise[4]) sans donner d'éléments ni de références pour appuyer cette affirmation. Pol Potier de Courcy reprend cette thèse dans sa version en 1879 de l'Histoire de la Maison royale de France du père Anselme[5] où il écrit que Jean d'Amboise né vers 1525 est le fils de Michel bâtard d'Amboise, seigneur de Chevillon et d'Isabeau du Bois et lui donne la qualification de « seigneur de Chevillon ». Il donne pour la descendance de Jean d'Amboise les armes suivantes : « D’azur au lion d’or au chef d’Amboise qui est palé d’or et de gueules de 6 pièces le 1er pal chargé d’un dauphin d’azur ».

Contrairement à ce qu'écrit Pol Potier de Courcy, le chirurgien ordinaire du roi Jean d'Amboise n'a jamais porté cette qualification de « seigneur de Chevillon » (voir son épitaphe) et Isabeau du Bois, femme du poète Michel d'Amboise mourut en couche en 1530 avec l'enfant qu'elle mit au monde[6].

Hypothèse contestée[modifier | modifier le code]

La plupart des généalogistes reconnus contestent cette filiation :

Louis Moréri, le père Anselme, Charles d'Hozier, La Chenaye-Desbois, Gustave Chaix d'Est-Ange etc. indiquent que la maison d'Amboise s'est éteinte en 1656 avec François-Jacques d'Amboise, comte d’Aubijoux qui mourut dernier de son nom et de sa maison le 9 novembre 1656[7] et ne rattachent pas un chirurgien ordinaire et valet de chambre du roi du nom de Jean d'Amboise à l'illustre maison d'Amboise.

  • Le Dictionnaire historique et critique de 1820 cite un mémoire de 1716 communiqué par Charles d'Hozier qui consteste cette filiation et indique à ce sujet :

« On suppose dans un petit livre intitulé Index funereus Chirurgorum Parisiensium ab anno 1315 ad annum 1714 imprimé à Trévoux chez Estienne Ganeau en 1714 que François, Adrien, et Jacques d’Amboise, fils de Jean étaient sortis de l’illustre maison d’Amboise et c’est sur cette fausse supposition que celui qui reste aujourd’hui le seul de la postérité de François d’Amboise usurpe les armes pleines de cette puissante maison. Lorsque feu M. Bayle commença à travailler son Dictionnaire Historique, s’il m’avait consulté, il aurait traité plus exactement et plus sûrement qu’il ne l’a fait beaucoup de faits généalogiques qu’il a avancés dans son ouvrage et qu’on n’a pas rectifiés depuis et qui resteront contre la vérité dans toutes les éditions que l’on fera de cet excellent livre[8]. »

« L'ancienne maison d'Amboise est donc complètement éteinte. La famille d'Amboise aujourd'hui existante descend de Jean d'Amboise né à Douai en Flandres, dont on a voulu plus tard faire un fils de Michel d'Amboise. Ce personnage fut chirurgien des rois François Ier, Henri II, François II,Charles IX et Henri III, jouit auprès d'eux d'une certaine faveur, obtint en 1566 des lettres de naturalisation, mourut le 13 décembre 1584 et fut enterré en l'église Saint Gervais à Paris. Il avait épousé Marie fille de Jean Fromager chirurgien juré au Châtelet de Paris et en laissa trois fils : François, Adrien et Jacques d'Amboise que le roi Charles IX fit élever de ses deniers au collège de Navarre[9]. »

  • En 1790 déjà la notice consacrée à Jacques d'Amboise dans l'Encyclopédie méthodique : Médecine... rectifie cette assertion :

« Devaux dit que Jean d'Amboise qu'il qualifie de chirurgien du roi au châtelet de Paris était de l'illustre maison d'Amboise. II a pu avancer de bonne foi cette assertion, il n'en est pas ainsi de Quesnay qui l'a répétée dans un mémoire plein de faussetés. Quant à M. Eloy qui a donné à Jean d'Amboise la même origine, il l'a fait sans examen d'après Devaux ou Quesnay. On ne doit pas être surpris qu'il y ait encore aujourd'hui des gens qui le croient & peut être s'en trouvera-t-il par la fuite d'autres qui reproduiront l'anecdote avec confiance, mais s'ils l'entreprennent, ils voudront bien pour être crus produire dans l'arbre généalogique des illustres d'Amboise la place du père de Jean d'Amboise le chirurgien & surtout donner un démenti à une épitaphe qui se trouve on se trouvait en l'église paroissiale de Saint Gervais à Paris[1]. »

« L’auteur des Recherches sur l’Origine de la Chirurgie a avancé que Jacques d’Amboise descendait de l’illustre famille d’Amboise & l’auteur de l’Index funerous a la même opinion. Si ce ne n’est qu’une erreur elle est grossière, si c’est une prétention elle est ridicule[1]. »

  • Les lettres de chevalerie de juillet 1589 accordées à son fils François rappellent les services du père mais ne font aucune mention d'un lien quelconque avec la maison d'Amboise[10].
  • J. de l’Epine, doyen de la Faculté de Médecine à Paris écrit en 1745 : « Quant à sa famille c'est très faussement que sur la conformité de nom qu’on a imaginé qu’elle était une branche de l’illustre maison d’Amboise. La Chirurgie n’est point en France la profession d’un Gentilhomme[11]. »
  • Le R. P Jean Pierre Niceron dans Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres (1736)[12] écrit : « François d’Amboise naquit à Paris de Jean d’Amboise & de Marie Fromager. Ceux qui ont prétendu qu’il sortait d’une branche de l’illustre famille des d’Amboise se font trompés. Jean d’Amboise, son père, était natif de la Ville de Douai en Flandres. »
  • Anselme de Sainte-Marie dans Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France... (1733) écrit que François d'Amboise comte d'Aubijoux mourut en 1656 « dernier de son nom & de sa maison ». Il ne fait aucune lien avec la famille de Jean d'Amboise, chirugien et valet de chambre du roi[13].
  • Louis Lainé dans Archives généalogiques et historiques de la noblesse de France (1839) écrit que la maison d'Amboise s'est éteinte au XVe siècle dans la maison de Clermont. Il ne fait aucune lien avec famille de Jean d'Amboise, chirurgien et valet de chambre du roi[14].

Fils de Michel bâtard d'Amboise ?[modifier | modifier le code]

  • Cependant, Pol Potier de Courcy dans sa version en 1879 de l’Histoire de la Maison royale de France du père Anselme[15] fait de Jean d'Amboise un fils de Michel bâtard d'Amboise, seigneur de Chevillon et d'Isabeau du Bois ( alors que celle-ci mourut en couche en 1530 avec l'enfant qu'elle mit au monde) et lui donne la qualification de « seigneur de Chevillon » que Jean d'Amboise n'a jamais porté.
Potier de Courcy reprend cette affirmation dans son Nobiliaire et Armorial de Bretagne (1890) où il écrit : Charles d'Amboise Grand-maître, maréchal, et amiral de France, mort en 1511 eut un fils, Michel, auteur des d'Amboise qui suivent : Amboise : Seigneurs de Chevillon près Montargis, de Neuilly-Le-Lierre, du Plessis-Bourot, baron de la Chartre-sur-Loir, de Mery, de Veseul, et du Clos-Lucé en Touraine. Armes: « D'azur au lion d'or, au chef palé d'or et de gueules, qui est d'Amboise, le premier pal brisé d'un dauphin d'azur ». Il rajoute : Michel, né en Italie, mort en 1557, fils naturel de Charles seigneur de Chaumont, maréchal de France fut le père de Jean, chirurgien des rois Charles IX et Henri III[16].
  • Louis de la Roque, dans Le Bulletin héraldique de France (1888) cite la filiation indiquée par Potier de Courcy et reprend que Jean d'Amboise était le fils de Michel bâtard d'Amboise et d'Isabeau du Bois[17].

Ce rattachement du chirurgien Jean d'Amboise au poète Michel d'Amboise ne correspond pas aux écrits de ce dernier :

  • Michel d'Amboise indique que sa femme Isabeau du Bois mourut en couche en 1530 avec l'enfant qu'elle mit au monde[6],[18].
  • Michel d'Amboise ne mentionne pas d'autre mariage avant son mariage avec Isabeau du Bois, aucun source ni aucun document d'archive ne vient donner cette hypothèse.
  • Michel d'Amboise cite les endroits où il vécut, hébergé par ses différents parents, jusqu'à son mariage avec Isabeau du Bois en 1528[19] : à Sagonne (Cher) et à Paris jusqu'en 1525 chez son demi-frère Georges d'Amboise. Il était en 1525 à la bataille de Pavie sous les ordre d'Anne de Montmorency[20]. Il sera ensuite au château de Lignières (Cher) chez sa parente Catherine d'Amboise, puis trois ans au château de Barbezieux (Charente) chez sa parente Antoinette d'Amboise où il rencontra Isabeau du Bois qu'il épousa en 1528[21]. Il ne cite jamais la ville de Douai (alors en territoire du roi d'Espagne et où la maison d'Amboise n'avait pas d'attaches).

Autres hypothèses[modifier | modifier le code]

Au XVIIIe siècle, plusieurs chirurgiens ont écrit sur l'origine de Jean d'Amboise :

  • Jean Devaux (1649-1729), maître chirugien, écrit dans Index funerous chirurgorum parisiensum, ab anno 1315 ad annum 1714 (1714) : « Jean d’Amboise, chirurgien, était issu d'une très célèbre famille noble »[22].
  • François Quesnay (1694-1774), chirurgien royal puis médecin de Madame de Pompadour écrit dans Recherches critiques et historiques sur l'origine, sur les divers états et sur les progrès de la chirurgie en France' (1744) : « Des hommes distingués s'appliquaient à la chirurgie... l'illustre famille d'Amboise y trouva un digne objet d'ambition. La chirurgie lui donna la faveur des rois et l'estime du public... François d'Amboise (fils de Jean d'Amboise, chirurgien) se rendit à l'abbaye du Paraclet et y fut reçu par Marie de la Rochefoucauld, sa cousine, issue de la branche Chaumont-d'Amboise[23]. »
  • Nicolas-François-Joseph Eloy, conseiller-médecin du duc de Lorraine écrit dans Dictionnaire historique de la médecine ancienne et moderne (1778): « Jean d'Amboise personnage issu de l'illustre famille de ce nom, vécut en France dans le XVIe siècle »[24].

Louis-Philippe Joly dans Remarques critiques sur le Dictionnaire de Bayle (1748) écrit : dans « Quatre Satyres de Juvénal, translatées de latin en français par Michel d’Amboise » (1544), le traducteur nous apprend dans la préface, qu’il a un sien parent, né hors de France, qui porte même nom et même naissance que lui, qui, ce néanmoins, par sa connaissance merveilleuse du corps humain, a pris la route de fortune et cours des grands, qui prisent son industrie. Michel d’Amboise ajoute qu’étant délaissé de tous il a trouvé support dans ce bon personnage, à qui il se sent aucunement obligé pour la faveur qu’ il lui octroie. Jean d’Amboise, chirurgien de François Ier et des rois qui le suivirent est, si je ne me trompe, suffisamment désigné par ce passage. Ces termes « Qui porte même nom et même naissance » ne laissent aucun doute que Jean ne fût Bâtard de la Maison d’Amboise. Ce que Michel ajoute immédiatement après le confirme de plus en plus[25]. (Remarque : ce passage cité par Louis-Philippe Joly ne se retrouve pas dans la préface de l'ouvrage de Michel d'Amboise cité par Joly[26]).

  • Pierre Bayle écrit en 1697 dans son Dictionnaire historique et critique :

« Je sais bien que François d’Amboise se qualifie écuyer dans l’édition d’Abélard mais cela prouve tout au plus que son père ou lui avaient été anoblis et nullement que son père eût été chirurgien et gentilhomme tout ensemble. Il me vient une pensée que je donnerai pour ce qu’elle me coûte c’est que peut être les prédécesseurs de François d’Amboise avant dérogé, il obtint la réhabilitation de sa famille. Que sait- on même si du côté gauche il ne descendait pas de l’illustre maison d’Amboise[27] ? »

  • Une note complète cette information dans l'édition de 1820 :

« La postérité de cet homme suppose présentement mais très faussement sur la conformité du nom qu’elle est une branche de l’illustre maison d’Amboise mais on peut assurer très positivement que Jean d’Amboise, père de François d’Amboise, était natif de la ville de Douai en Flandre ; qu’il fut successivement chirurgien des rois François Ier, Henri II, François II, Charles IX et Henri III, qu’il fut naturalisé par lettres du 29 janvier de l’an 1566 en qualité alors de valet de chambre et chirurgien du roi Charles IX ; qu’il mourut le 13 de décembre de l’an 1584 et qu’il fut enterré dans l’église de Saint Gervais à Paris avec Marie Fromager sa femme[2]. »

À partir du XIXe siècle, des auteurs d'ouvrages régionaux ont repris cette affirmation sans donner d'éléments à celle-ci :

  • Georges Touchard Lafosse, ancien commissaire des guerres sous la révolution, écrit dans La Loire historique, pittoresque et biographique (1840) : « Vers l'époque du consulat, plusieurs descendants de l'illustre maison d'Amboise qui conservaient le nom, vivaient près de la ville d'Amboise, dépouillés de la grande fortune de leur aïeux mais, non pas revenus des prétentions héraldiques dont tant de siècles avaient fait pour eux une véritable légitimité. Il y avait là des demoiselles d'Amboise qui, par leurs grâces et la distinction de leurs manières, méritaient ces hommages qui sont de tous les temps[28]. »
  • L. Boileau dans Le château d'Amboise et ses environs (1860) écrit : « Un des derniers descendants de cette illustre famille, Henri-Michel d'Amboise, seigneur du Clos-Lucé fut élu en 1790 député suppléant aux État-généraux ». Nous noterons au passage que la tombe d’Henri-Michel d’Amboise, qui figure au cimetière d'Amboise, à côté de celle du duc de Choiseul ministre de Louis XV, est classée monument historique depuis 1962, et que les historiens de la ville d'Amboise ont découvert récemment qu'une dizaine de descendants de Jean d'Amboise, chirurgien, étaient inhumés dans la même chapelle, et dans le même caveau, que ceux de l'ancienne famille d'Amboise, à l'intérieur de l'église des Cordeliers d'Amboise[29].
  • Dans Archives royales de Chenonceau : Pièces historiques relatives à la chastellenie de Chenonceau (1864), une note de l'éditeur indique sur le propriétaire du château du Clos-Lucé : « C'est un des descendants non de la grande famille d'Amboise mais d'une branche bâtarde. Cette branche tire son origine d'un fils naturel de Charles d’Amboise de Chaumont deuxième du nom lieutenant général de Louis XII en Italie. Ce fils connu sous le nom de Michel d'Amboise seigneur de Chevillon était né à Naples et mourut en 1547[30]. »
  • Marguerite Coleman dans Histoire du Clos-Lucé (1937) écrit à propos des descendants de Jean d'Amboise, chirurgien : « L'année 1636 doit compter dans les annales du Clos-Lucé car c'est à partir de cette date que la maison d'Amboise va entrer à nouveau en possession du domaine »[31].
  • Gérard Troupeau dans les Mémoires de la Société archéologique de Touraine dans un article intitulé Neuillé-le-Lierre et la vie littéraire en Touraine aux XVIe et XVIIe siècles donne une généalogie de la famille d'Amboise qui rattache Jean d'Amboise (chirurgien) à Michel d'Amboise (fils naturel du maréchal d'Amboise)[32].
  • Luc Boisnard dans Dictionnaire des anciennes familles de Touraine écrit à propos des descendants de Jean d'Amboise, chirurgien : « Famille issue de Michel d'Amboise, fils naturel de Charles d’Amboise, maréchal de France[33]. »

Hélène Verlet dans Épitaphier du vieux Paris indique : « Jean d'Amboise, chirurgien, issu de la très noble famille d'Amboise[34]. »

Jean d'Amboise fut inhumé dans la chapelle Saint-Pierre de l'église Saint-Gervais à Paris. Sur sa tombe figurait l'épitaphe suivante : Cy gìst noble homme et sire maitre Jehan d'Amboise, en son vivant conseiller et chirurgien ordinaire de cinq rois, qui trespassa le 13 jour de décembre 1584[1].

  • Sur ces appellations « très noble » Dante Ughetti écrit dans un ouvrage consacré à François d'Amboise (fils du chirugien Jean d'Amboise) :

« Il existe une troisième hypothèse qui tirerait son origine d'une interprétation différente de cette « très noble famille » et autres expressions similaires employées par certains biographes ; le sens ne serait pas celui de « famille de grande noblesse » ou de « famille de gentilshommes », mais il indiquerait une famille dont les membres se sont signalés dans les sciences ou les arts, y faisant preuve de noblesse d’âme et de caractère. Jusqu’à présent, cette dernière supposition semblerait la plus vraisemblable et la plus valable, vu la profession de chirurgien exercée par le père de François et compte tenu des origines fort humbles de la famille qui appartenait alors à la petite bourgeoisie de la ville d’Amboise et serait montée à Paris[35]. »

  • Opinion était déjà partagée par Pierre Bayle qui écrit en 1697 au sujet d'une éloge faite à Adrien d'Amboise, fils du chirurgien :

« Thiriot, qui entre autres louanges lui donna celle d’être sorti d’une très noble famille. Néanmoins Thiriot fait expressément mention de la chirurgie du père dans cet éloge du fils... « nobilissima familia » ne signifie point ce que les français appellent « famille très noble », « famille de gentilhommes » ; car si Thiriot avait ainsi entendu son latin, il eût parlé peu exactement. La chirurgie n’est point en France la profession d’un gentilhomme... Il pourrait donc être que non seulement Michel Thiriot, mais aussi Mr de Launoi on pris « noblissima familia » pour une famille considérable et qui faisait belle figure et non pas pour une famille de gentilhomme. C’est à quoi il faut prendre garde dans les éloges latines des hommes de lettres...[27] »

  • Dante Ughetti a résumé les différentes thèses de rattachement de Jean d'Amboise, valet et chirurgien du roi à la maison d'Amboise, il écrit :

« D’aucuns veulent le faire descendre directement de la noble et ancienne famille d’Amboise. D’autres affirment que la famille de François était certes liée de quelque façon à celle d’ancienne noblesse des d’Amboise, mais qu’un évènement obscur, peut-être ambigu, ne permettait pas de retrouver les lignes d’une telle ascendance, d’autres enfin affirment qu’il tirerait son origine d’une interprétation différente de cette « très noble famille » et d’autres expressions similaires employées par certains biographes. Que la profession de chirurgien n’était pas compatible avec celle d’une personne noble[36]. Michel d'Amboise, fils naturel du Maréchal d'Amboise serait le père du chirurgien du roi Jean d’Amboise[37].Dans un document inédit Jean d’Amboise est défini comme « noble homme et sire Messire Jean d’Amboise » et il est signalé comme le bâtard du seigneur d’Aubjoux de la maison d’Amboise... À l’appui de cette thèse ajoutons que François et ses frères adoptent des armes « d’azur au lion d’or et lampassé de gueules au chef palé d’or et de gueules, le premier pal brisé d’un dauphin d’azur », armes qui sont, sauf la brisure celles de la maison d’Amboise[38]. [...] Mais le fil de cet écheveau est si mince qu’il n’est guère prudent de céder à la tentation de le démêler, au risque d’aboutir à des conclusions trop hasardeuses[39]. »

(Remarque : Dante Ughetti commet ici une erreur : les armes de la maison d'Amboise ne sont pas « d'azur au lion d'or et lampassé de gueules » mais « Palé d'or et de gueules ». Ce sont ces armes que François d'Amboise et ses frères ont ajouté en chef des leurs en y ajoutant un dauphin.)

Sur cette reprise des armes de la maison d'Amboise par les descendants du chirurgien Jean d'Amboise, d'Hozier écrit :

« C’est sur cette fausse supposition que celui qui reste aujourd’hui le seul de la postérité de François d’Amboise usurpe les armes pleines de cette puissante maison[8]. »

Dante Ughetti écrit en parlant de des enfants de Jean d'Amboise :

« Quoi qu'il en soit, si François et ses frères ont su et pu s'affirmer dans les divers domaines des sciences et des arts, et s'élever jusqu'aux plus hauts degrés de l'échelle sociale, ils le doivent certainement aussi au zèle et au sérieux du chirurgien du roi, qui le premier, a tiré de l'ombre le nom des d'Amboise ou lui a redonné du lustre[40]. »

Il écrit sur François d'Amboise :

« Il appartient donc à la petite bourgeoisie de la capitale, et ses prétentions à rattacher sa famille à l’ancienne et noble maison des Amboise, qui, en la personne du cardinal Georges avait donné le meilleur artisan de la politique de Louis XII, semblent peu fondées[41]. »

  • Opinion partagée par Marc Venard qui de son côté écrit en 2006 :

« Cette famille d’Amboise n’a aucun rapport avec l’illustre lignage du cardinal d’Amboise. Elle sort de l’ombre avec un chirurgien des derniers Valois[42]. »

Mariage et enfants[modifier | modifier le code]

Jean d'Amboise épousa le 29 mars 1543[43] Marie Fromager, fille de Jean Fromager chirurgien juré au Châtelet de Paris.

Ils eurent pour enfants :

  • François d'Amboise, l'aîné, né le 5 août 1550 à Paris. Régent au collège de Navarre (1572), avocat au parlement de Paris, conseiller (1581) puis président au parlement de Bretagne (1583), avocat-général au Grand Conseil (1586), maître des requêtes (1597), conseiller d'État (1604). Poète et écrivain, on lui doit une édition des œuvres d'Abélard. Il fut anobli par les charges dont il fut revêtu et reçut des lettres patentes de chevalerie en 1589. Il portait les qualifications de baron de la Charité sur Loire, seigneur d'Hemery, de Vezeuil, etc. Il épousa en 1594 Marguerite Cousinet, fille d'un notaire de Meaux[9] ;
  • Adrien d'Amboise, le cadet, né en 1551. Prédicateur du roi Henri IV, curé de Saint-André des Arts et évêque de Tréguier[9] ;
  • Jacques d'Amboise, le dernier, né en 1558. D'abord chirurgien puis recteur de l'université de Paris[9].

Noblesse de François d'Amboise, fils ainé de Jean d'Amboise[modifier | modifier le code]

Françoise Lehoux dans Cadre de vie des médecins parisiens écrit :« Jacques d'Amboise est qualifié lui aussi d'écuyer, aussi bien dans son inventaire en 1607 que vingt ans plus tôt dans l'acte de partage de ses parents, lequel nous apprend que son père, tous se frères et lui-même avaient droit à ce titre[44]. »

Elle écrit plus loin : « Sachant que le titre d’écuyer n’est jamais attribué qu’à un noble[45], nous pouvons considérer comme nobles Philibert Guybert, Jacques d’Amboise et Michel Marescot[44] »

Elle précise : « Les médecins appartiennent à la classe bourgeoise. Les titre de noble homme ou autre équivalent qui leur sont presque toujours attribués dans les actes publiques sont, en effet, purement honorifiques et ne constituent qu’un hommage rendu à des hommes dont la culture et les qualités scientifiques dépassent celles du commun des mortels[46]. »

En 1587 François d’Amboise (fils du chirurgien Jean d’Amboise) avait déjà occupé les diverses charges anoblissantes de conseiller (1581) et président au Parlement de Bretagne (1583), puis avocat général au Grand Conseil (1586), à cette date il est donc légalement noble et à le droit de porter cette qualification d'écuyer.

Sur la qualification d'écuyer donnée dans un acte de partage de 1587 à ses frères et à son père (déjà décédé et pour lequel on ne trouve cette qualification dans aucun acte de son vivant ni sur son épitaphe), Dante Ughetti écrit au sujet de François d'Amboise :

« Quant au fait que sur le tard, François, anobli par le roi voulût faire oublier les humbles origines de sa famille, c’est un pêché que l’on peut absoudre aisément surtout si l’on tient compte de l’époque. De Jean son père on sait seulement qu’il était né à Douai, petite ville de la Flandre espagnole et qu’il s’était fait naturaliser en 1566 afin de poursuivre sa carrière de chirurgien[35]. »

Pour rappel :

  • « Le titre d’écuyer attaché à quelques-unes des charges de la maison de sa majesté ne confère point la noblesse ni par conséquent l’exemption du franc fief, ce titre étant purement honorifique et de décoration[47]. »
  • « On ne peut prendre le titre de noble ni le nom d'écuyer. Il est vrai qu’il est des professions donc l'excellence ou l’utilité a fait accorder à ceux qui les exerçaient quelques-unes des distinctions attribuées à la noblesse mais ces distinctions ne donnent que l’apparence & non l’état même de la noblesse... Pareillement les docteurs en droit canon & civil médecine ou autre faculté[47]. »

Sur les prétentions de François d’Amboise (fils du chirurgien) à se rattacher à la maison d’Amboise, Edouard Fournier écrit[48] :

« Henri III, qui paraît l’avoir eu en grande estime, lui donna le titre de chevalier, et le mit ainsi en des prétentions de noblesse qu’il poussa plus que de raison, jusqu’à tenter de faire croire qu’il descendait de la grande maison d’Amboise, et qu’il avait ainsi pour aïeul le fameux Chaumont d’Amboise, compagnon de Charles VIII en son expédition de Naples.

La position que ses emplois lui avaient faite était assez haute pour qu’on n’osât pas le démentir ; aussi n’a-t-il pas fallu moins qu’une enquête de d’Hozier, un siècle après pour le déposséder de la noblesse dont il s’était gratifié et de laquelle personne, sa vie durant ne l’avait dérangé. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f "Encyclopédie méthodique: Médecine...", publié par Charles-Joseph Panckoucke, 1790, pages 110 et 111
  2. a et b Pierre Bayle "Dictionnaire historique et critique", Volume 1, 1820, page 491
  3. Emile Compardon & Alexandre Tuetey "Inventaire des registres des insinuations du Châtelet de Paris, règnes de François Ier et de Henri II", page 207 : Jean Rozel, prêtre, demeurant au collège des trésoriers en l'Université de Paris: Donation à Jean d'Amboise, chirurgien de Monsieur le connétable d'un terrain...12 septembre 1545.
  4. A-F-J Borel d’Hauterive, Annuaire de la noblesse de France et des maisons souveraines, 1856, page 173.[1]
  5. Pol Potier de Courcy, Histoire de la Maison royale de France, volume 9, partie 2, 1879, page 510 [2]
  6. a et b Claude-Pierre Goujet, Bibliothèque françoise, ou Histoire de la littérature françoise, 1745, page 339.
  7. Anselme de Sainte-Marie, Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France, tome VII, 1733, page 129.
  8. a et b Pierre Bayle, Dictionnaire historique et critique, 11e édition 1820, page 492.
  9. a, b, c et d Gustave Chaix d'Est-Ange, Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle, Volume 1, page 167 : Famille d'Amboise
  10. Pierre Bayle Dictionnaire historique et critique, 11e édition 1820, page 492 et 493 : Lettres de chevalerie de juillet 1589 pour François d'Amboise où est mentionné son père mais qui ne mentionnent nullement un lien avec la maison d'Amboise
  11. Second mémoire pour les doyens & docteurs-regens de la Faculté de Médecine en l'université de Paris. Contre le Sieur de la Peyronie, écuyer, premier chirurgien du Roy, 1745, page 92.
  12. Jean Pierre Niceron, Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres, 1736, page 339.
  13. Anselme de Sainte-Marie, Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France, des pairs, grands officiers de la couronne, tome 7, 1733, page 129
  14. Louis Lainé, Archives généalogiques et historiques de la noblesse de France, volume 6, 1839, page 2.
  15. Pol Potier de Courcy, Histoire de la Maison royale de France, volume 9, partie 2, 1879, page 510.
  16. Pol-Louis Potier de Courcy, Nobiliaire et armorial de Bretagne, 1890, J.Plihon et L.Hervé, p. 8.
  17. Louis de La Roque, Le Bulletin héraldique de France, volumes 7 à 8, 1888, page 465.
  18. Jacques George de Chaufepié Nouveau Dictionnaire historique et critique pour servir de supplément ou de continuation au « Dictionnaire historique et critique » de Mr. Pierre Bayle, volume 1, 1750, page 276.
  19. Claude-Pierre Goujet, Bibliothèque françoise, ou Histoire de la littérature françoise, 1745, pages 332 à 336.
  20. Claude-Pierre Goujet, Bibliothèque française ou histoire de la littérature française, tome I, page 331, 343 et 344.
  21. Claude-Pierre Goujet, Bibliothèque françoise, ou Histoire de la littérature françoise, 1745, pages 337-338.
  22. Jean Devaux, Index funerous chirurgorum parisiensum, ab anno 1315 ad annum 1714, imprimé à Trévoux en 1714, chez Étienne Gaveau, p. 30 à 33.
  23. François Quesnay Recherches critiques et historiques sur l'origine, sur les divers états et sur les progrès de la chirurgie en France (1744) page 266 et 267.
  24. Nicolas-François-Joseph Eloy, Dictionnaire historique de la médecine ancienne et moderne, 1778, tome premier, page 107.
  25. Abbé Philippe-Louis Joly, Remarques critiques sur le dictionnaire de Bayle... 1748, page 113.
  26. « Quatre Satyres de Juvénal, translatées de latin en français par Michel d’Amboise" (1544).
  27. a et b Pierre Bayle, Dictionnaire historique et critique, Volume 1, 1697, page 228.
  28. Georges Touchard-Lafosse, La Loire historique, t. IV (p. 167)
  29. L Boileau, Le château d'Amboise et ses environs 1860, page 27
  30. Archives royales de Chenonceau : Pièces historiques relatives à la chastellenie de Chenonceau, 1864, J. Techener, page CLVII.
  31. Marguerite Histoire du Clos-Lucé, 1937, page ?
  32. Mémoires de la Société archéologique de Touraine, Gérard Troupeau Neuillé-le-Lierre et la vie littéraire en Touraine aux XVIe et XVIIe siècles, 1991, page 237 à 247
  33. Luc Boisnard, Dictionnaire des anciennes familles de Touraine, 1992 p. 17
  34. H. Verlet, L'épitaphier du vieux Paris, tome VII, 1994 p. 210.
  35. a et b Dante Ughetti, François d'Amboise: 1550-1619, 1974, page 9.
  36. Dante Ughetti, François d'Amboise : 1550-1619, 1974, page 3.
  37. Dante Ughetti, François d'Amboise : 1550-1619, 1974, page 8.
  38. Dante Ughetti, François d'Amboise : 1550-1619, 1974, page 5.
  39. Dante Ughetti, François d'Amboise : 1550-1619, 1974, page 214.
  40. Dante Ughetti, François d'Amboise : 1550-1619, 1974, page 13.
  41. Dante Ughetti, François d'Amboise : 1550-1619, 1974, page X.
  42. Autour du Concile de Trente : actes de la table ronde de Lyon (28 février 2003), publication de l'université de Saint-Étienne, 2006, page 56.
  43. CARAN : Contrat de mariage de Jehan d'Amboise et Marie Fromager, par devant les notaires Maheut et Montigne, le jeudi 29 mars 1543. ET/XLIX/70.
  44. a et b Françoise Lehoux, Cadre de vie des médecins parisiens, Éditions A & J Picard, 1976, page 60.
  45. Correction : écuyer n’est pas un « titre de noblesse » qui est « attribué » mais une qualification porté par les nobles n’ayant pas de titre.
  46. Françoise Lehoux, Cadre de vie des médecins parisiens, Éditions A & J Picard, 1976, page 58.
  47. a et b Répertoire universel et raisonné de jurisprudence civile, volume 7,1784, page 600
  48. Notice sur François d’Amboise par Edouard Fournier dans Le Théâtre Français au XVI et au XVII siècle, 1871, page 132.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]