Homoncule (alchimie)

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L'homoncule de Faust
Gravure du XIXe siècle.

Un homoncule (variantes : homunculus, homuncule, du latin homonculus, « petit homme ») est une version miniature, souvent caricaturale, d'un être humain que certains alchimistes cherchaient, prétendument, à créer.

Histoire[modifier | modifier le code]

Zosime de Panopolis[modifier | modifier le code]

Le premier alchimiste occidental, Zosime de Panopolis, aborde déjà ce personnage.

« Je tombai endormi. Et je vois dans mon sommeil un homoncule muni d'un rasoir, vêtu d'une robe rouge et d'un habit royal, se tenant en dehors des châtiments. Il me dit : 'Que faites-vous, Monsieur ?'. Je lui répondis : 'Je me trouve ici parce que, m'étant écarté de tout chemin, je suis en train d'errer.' (...) Voilà qu'il fut précipité dans le châtiment, et que tout son corps fut consumé par le feu (...). Je tirai l'affaire au clair en interprétant aussi que cet homme au rasoir, c'est l'homme-cuivre (...). Je vois un vieillard chenu, complètement blanc, à tel point que, du fait de sa grande blancheur, mes yeux furent aveuglés (...) Il me dit : 'Je suis l'homme de plomb, et j'endure une violence intolérable'. (...) Je me dis : 'J'ai bien compris : c'est ainsi qu'il faut projeter le plomb'[1]. »

Paracelse[modifier | modifier le code]

Le médecin suisse Paracelse fut le premier à écrire sur ce sujet, en 1537[2]. Walter Pagel résume sa recette : « On laisse se putréfier de la semence humaine en un vaisseau scellé qu'on soumet quarante jours durant à la température biologique - jusqu'à ce qu'un mouvement soit perceptible. la substance aura revêtu à ce moment une forme vaguement humaine mais sera transparente et dépourvue de corps. À ce stade, il faut l'alimenter pendant quarante semaines avec l'Arcanum [propriété permanente provenant du dernier stade d'une substance] du sang humain. Après quoi, elle se développera pour donner un véritable enfant possédant tous ses membres, plus petit simplement qu'un enfant normal. »[3]

Jean-Ferdinand Kueffstein[modifier | modifier le code]

Selon le récit de son serviteur (Joseph Kammerer, Livre des comptes, 1890), le comte Jean-Ferdinand Kueffstein réussit, en 1773, en Calabre, a créé dix homoncules. Le comte était chambellan de l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche, et se faisait aider par l'abbé Géloni. Le comte et l'abbé appartenaient à la franc-maçonnerie et à la rose-croix, deux organisations secrètes. Les homoncules étaient, au dire de Kammerer, un roi, une reine, un architecte, un moine, un mineur, une nonne, un séraphin, un chevalier, un esprit bleu, un esprit rouge.

Préformistes[modifier | modifier le code]

Le concept est repris au XVIIIe siècle par des biologistes adeptes de la théorie de la préformation. En 1694 dans Essai de dioptrique, Nicolas Hartsoeker imagine comment un fœtus entier pouvait se loger dans le spermatozoïde. Il affirme qu'un « homoncule » est logé dans la tête du spermatozoïde, réplique microscopique de l'être en gestation.

Carl Gustav Jung[modifier | modifier le code]

Egon Schiele, Femme avec un homoncule, 1910

Carl Gustav Jung, dans Psychologie et alchimie (1944) rappelle qu'une des planches du Mutus liber (ouvrage sans texte, 1677) montre un vase contenant un homunculus et que Petrus Bonus, dans sa Pretiosa margarita (1546) décrit un roi et « six planètes ou homuncules métalliques ». L'homonculus symbolise l'homme intégral.

« L'œuf est un germe de vie, investi d'une haute signification symbolique : c'est un symbole non seulement cosmogonique, mais aussi « philosophique » ; d'une part, l'œuf orphique, le commencement du monde, et d'autre part l'ovum philosophicum de la philosophie médiévale de la nature, c'est-à-dire le vase duquel, au terme de l'opus alchymicum, sort l'homunculus, autrement dit l'Anthropos, l'homme spirituel, intérieur et complet, le chên-yen (littéralement : l'homme complet) de l'alchimie chinoise[4]. »

Apparition d'homoncules dans les arts et la culture populaire[modifier | modifier le code]

  • Dans le Faust de Goethe, Wagner, l'assistant de Faust fabrique un homoncule.
  • Dans Bourlinguer, Blaise Cendrars évoque au chap. VIII « Gênes », de façon romancée, l'histoire des homoncules crées par le comte de Kueffstein.
  • Dans Busō renkin, Kazuki (le héros), avec l'aide de Tokiko, affronte des créatures qui mangent des humains, ces créatures sont aussi appelées Homonculus.
  • Dans l'anime et le manga, Fullmetal Alchemist (Hagane no renkinjutsushi), un homonculus est le résultat d'une transmutation humaine « ratée » (bien que le scénario nous apprend que certains ont voulu ces échecs). Ils cherchent à devenir humains grâce à la pierre philosophale complète. Mais comme ils ne peuvent pas utiliser l'alchimie, ils essaient de manipuler des alchimistes, pour qu'il créent une pierre philosophale. Dans le manga cependant et dans le second anime, les homunculus sont des êtres artificiels et ne cherchent en aucun cas à devenir humain, car ils sont fiers d'être des homonculus.
  • Dans la 3e saison de Senki Zesshou Symphogear, Elfnein est un homonculus créé par Carol.
  • Dans le jeu Shadow of Memories (connu aussi sous le nom de Shadow of Destiny), l'homunculus est directement créé à partir de la pierre philosophale, grâce à un alchimiste. Il accorde un vœu maudit à la personne qui a aidé à sa résurrection. L'homunculus devient en renaissant immortel, il maîtrise l'espace temps, donc le droit de vie et de mort. Il est un être machiavélique qui se sert des autres à ses propres fins et pour sa propre satisfaction. Son seul point faible est un pentagramme.
  • Dans Strike The Blood, Yuuma Tokoyogi est un homonculus créée pour aider Aya Tokoyogi a s'échapper de la prison du District du Démon de lîle d'Itogami.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Zosime de Panopolis, Mémoires authentiques, deuxième leçon, trad. Michèle Martens : Les alchimistes grecs, t. IV.1 : Zosime de Panopolis. Mémoires authentiques, Les Belles Lettres, 1995, p. 43-45.
  2. Paracelse, De natura rerum (1537), in Sämtliche Werke, édi. Sudhoff, I, vol. 11, 1928, p. 316-317.
  3. W. Pagel, Paracelse, Arthaud, 1963, p. 118.
  4. C. G. Jung, L'Âme et le Soi, Albin Michel, 1990, p. 67.