Henri Béghin

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Henri Béghin
Description de l'image Henri Béghin.jpg.
Naissance
Lille (France)
Décès (à 92 ans)
Paris (France)
Domicile 42, bd Raspail Paris VIIe
Nationalité Française
Domaines Mécanique
Institutions Université de Lille, Université de Paris, École polytechnique
Diplôme Faculté des sciences de Paris (Ecole normale supérieure)
Renommé pour compas et sextant gyrostatiques

Henri Béghin (Lille, - Paris, ) est un universitaire mécanicien français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Son père, ingénieur diplômé de l'École polytechnique, a démissionné de l’armée pour participer à la fondation de la société des chemins de fer du Nord.

Henri Béghin étudie à l’École normale supérieure (1894-1897), en même temps que Paul Montel, Henri Lebesgue, Paul Langevin, Charles Péguy, et à la faculté des sciences de Paris où il obtient les licences ès sciences physiques et mathématiques.

Il remplace Albert Châtelet dans la chaire de mécanique rationnelle et appliquée de la faculté des sciences de l'université de Lille en 1924 et, l’année suivante, il obtient la chaire de calcul différentiel et intégral laissée par Jean Chazy. Il assure aussi des exercices de mécanique rationnelle à l'Institut industriel du Nord (École centrale de Lille) jusqu'en 1929[1].

Il a donné des cours qui préparent les étudiants à l'École navale (1899-1908) et plus tard a enseigné la mécanique à l'École navale elle-même (1908-1921).

C’est un éminent théoricien qui s’entoure d’ingénieurs pour la réalisation de ses inventions. Il achève ainsi à Lille un second type de compas gyrostatique de haute précision, asservi à une direction fixe, qui sera précieux pour le pilotage automatique en navigation aérienne et maritime, et il met au point un sextant gyrostatique et un repère zénithal destiné à être associé à un viseur de bombardement.

Il est nommé professeur à Paris en 1929. De 1941 à 1948 il est professeur de mécanique à l'École polytechnique. Avec Gaston Julia, il écrit un livre d’exercices de mécanique en 1930-31.

C’est un précurseur : ainsi, en 1941, l’occupant lui ayant interdit de poursuivre ses recherches sur l’asservissement, il étudie alors l’alimentation des moteurs diesel en carburant pauvre, gaz et huile végétale.

Il est élu membre de l’Académie des Sciences en 1946.

Veuf, il se remarie avec une de ses anciennes élèves de Lille.

Son petit-fils est l’himalayiste Pierre Béghin, le premier français et le troisième dans le monde à être parvenu en solitaire à plus de 8000 mètres (lui-même Docteur ingénieur en mécanique).

Notice nécrologique[modifier | modifier le code]

Membre de la section de Mécanique de l’Académie des Sciences

Par M. Robert Mazet, correspondant de l’Académie.

Le 22 février 1969 s’est éteint, à l’âge de 93 ans, l’un des plus éminents représentants d’une science quelque peu délaissée en France à notre époque : la Mécanique classique.

Henri Beghin naquit à Lille en 1876, le sixième de sept enfants. Son père et ses frères ainés étaient polytechniciens. Il choisit, lui, l’Ecole Normale Supérieure où il entra à 18 ans. Il y fut condisciple de Paul Langevin, d’Henri Lebesgue, de M. Paul Montel. Reçu premier à l’agrégation de mathématique à 21 ans, il débuta au lycée de Brest dans la classe de préparation à Navale, ce qui décida de sa carrière, car l’Ecole Navale, lorsqu’elle eut besoin d’un professeur de mécanique, fit tout naturellement appel au jeune maitre qui lui envoyait depuis neuf ans des élèves parfaitement préparés. Henri Beghin y enseigna pendant treize ans, de 1908 à 1921, avec une courte interruption de 1914 à 1915. Docteur ès-sciences en 1922, il était nommé maitre de conférences à Montpellier, puis professeur à Lille. La Sorbonne l’accueillait en 1929 d’abord comme maitre de conférences de mécanique physique et expérimentale où il avait pour prédécesseurs Boussinesq et Koenigs. Peu après, l'École polytechnique faisait appel à lui comme répétiteur, puis comme professeur de mécanique. Il y succédait à Léauté, Lecornu, Jouguet. La limite d’âge vint l’atteindre, tant à la Sorbonne qu’à l'École polytechnique, en 1947.

Ses travaux scientifiques sont tous empreints à un très haut degré du souci constant de ne jamais séparer le point de vue du théoricien de celui de l’ingénieur, de ne concevoir et n’étudier que des schémas réalistes. Son plus beau titre de gloire est la théorie des liaisons par asservissement, objet de sa thèse de doctorat, qui inscrit un nouveau chapitre dans la mécanique de Lagrange et d’Appell. Mais, de cette belle découverte, Henri Beghin ne se contente pas de tirer les conséquences théoriques. Il l’utilise comme instrument dans le domaine technique pour effectuer une analyse pénétrante du comportement des mécanismes asservis réels, imparfaits par nature, et en accroitre la précision. Il conçoit un nouveau support asservi, sans battements, à une direction fixe et l’applique avec succès aux compas gyrostatiques utilisés pour la navigation maritime et aérienne. Précurseur des techniques actuelles, il utilise les asservissements pour stabiliser les navires au roulis, supprimer les vibrations des coques, réaliser le pilotage automatique. Au cours de la dernière guerre, il invente un appareil de tir axial avion contre avion, fondé sur les mêmes principes, malheureusement mis au point trop tard, qui aurait apporté une précieuse contribution à la défense nationale. Il est frappant que, le jour où lui fut remise son épée d’académicien, d’éminents représentants de la Marine et de l’Aviation tinrent à lui rendre, pour ses services au pays, un solennel hommage.

Est-il nécessaire d’ajouter à cette liste d’autres contributions à la science, également remarquables, mais de portée plus restreinte, telles que la fixation précise des limites de la mécanique du solide parfait par l’étude des cas d’indétermination et d’impossibilité, la définition rationnelle de la fin du choc avec frottement, les théories correctes du planimètre et du métier à tisser, l’invention d’un détecteur d’incidence ou encore, lorsqu’en 1941 l’occupant lui interdit la poursuite de ses travaux sur les asservissements, la solution d’un problème crucial à cette époque pour l’économie du pays, l’alimentation des moteurs Diesel en carburant pauvre : gaz ou huile végétale ?

On conçoit que le développement croissant des recherches de nature expérimentale ait nécessité des moyens importants en locaux, personnel et matériel. Cette nécessité amena Henri Beghin à montrer ses qualités d’administrateur et d’animateur. L’ancien laboratoire du boulevard Raspail se révélant très vite exigu et mal situé, il obtint en 1937 du directeur de la S.N.C.F., Raoul Dautry, la cession d’un atelier désaffecté de réparation de locomotives, sis à Saint-Cyr, atelier dont il fit la belle installation que l’on connait avec une opiniâtreté que ne découragèrent pas les bombardements successifs de 1940 et de 1944. Dès le début, il sut s’entourer de collaborateurs de grand talent : l’ingénieur d’artillerie navale Monfraix qu’il connut à Brest, plus tard les ingénieurs Rateau et Lichine. Peu à peu se constitua une équipe homogène où maitre, chercheurs et techniciens travaillèrent ensemble dans la confiance mutuelle et l’enthousiasme jusqu’à la retraite regrettée de son créateur en 1947. Ce rappel de l’action d’Henri Beghin serait certes incomplet s’il passait sous silence son œuvre incomparable d’enseignant. Des milliers de futurs marins, chercheurs, professeurs, ingénieurs ont été formés par ses soins à une mécanique vivante et diverse appuyée sur de solides bases théoriques, où le réel n’était jamais perdu de vue, où chaque équation recevait un sens physique, où chaque développement était illustré d’exemples tirés de la vie de tous les jours. Qu’il professât à l’Ecole Navale, à l’Ecole de Radiotélégraphie créée et dirigée par lui pendant la première guerre, à la Faculté de Lille où, parallèlement à ses cours magistraux, il prépara de nombreux étudiants à l’agrégation, à Paris enfin où ses cours de la Sorbonne étaient prolongés ou repris sous un aspect nouveau par ceux qu’il donnait à l’Ecole Normale Supérieure, à l'École polytechnique, à l’Ecole Nationale Supérieure de l’Aéronautique, à l’Ecole des Beaux-Arts, partout son dynamisme contagieux, sa clarté, son talent pour se mettre à la portée de l’auditoire firent comprendre et aimer la mécanique.

Son succès était confirmé par sa popularité auprès des étudiants dont il était très proche, et qu’il savait instruire tout en les distrayant ; confirmé aussi par l’immense réussite de ses deux petits volumes « Statique » et « Dynamique » de la collection Armand Colin, aujourd’hui, chefs-d’œuvre d’un enseignement exactement adapté à son but avec leurs 458 exercices empruntés à la mécanique usuelle ; par la notoriété des « Exercices de Mécanique », au titre trop modeste, qu’il composa avec M. Gaston Julia et qui furent l’occasion de mainte réunion dans les restaurants et cafés de Paris entre les deux auteurs venant l’un de Brest, l’autre de Versailles… confirmé enfin par le contenu si riche du cours de l'École polytechnique paru en librairie en 1951-1952 et dont une nouvelle édition vient d’être publiée.

Après l’avoir fait lauréat de plusieurs de ses prix, l’Académie des Sciences l’accueillit dans sa section de Mécanique en 1946. Lorsque survint sa retraite, il était commandeur de la Légion d’honneur. L’honorariat adoucit son départ de la Sorbonne, de l'École polytechnique, de l’Ecole Supérieure de l’Aéronautique. Abandonnant peu à peu ses activités scientifiques, il consacra de longues heures de ce temps de repos à la peinture et surtout à l’aquarelle, art où il excellait et qui lui avait donné, non seulement le plaisir délicat d’orner son foyer, mais encore l’occasion d’être distingué à plusieurs reprises dans des expositions, et même honoré d’un achat officiel… Il repose maintenant dans le petit cimetière de Haucourt, dans le Pas-de-Calais.

Durant toute sa vie, Henri Beghin s’est battu pour deux objectifs : triompher de la matière, servir la mécanique. On peut dire que, dans ce double combat, il apportait de la passion, parfois de l’emportement et que son caractère n’était pas toujours facile ; il avait coutume de répondre que, tel son ami le gyrostat, il avait peut-être des réactions peu souples en apparence, mais que celles-ci obéissaient à des lois bien définies qu’il suffisait de connaitre pour obtenir de lui ce que l’on désirait… Ceux qui l’approchèrent rendent un sincère hommage à la droiture de son jugement, à sa conscience, à son souci de l’œuvre bien faite, à sa fidélité aux amitiés, à son dévouement pour ceux qu’il aimait. Plusieurs fois frappé par le malheur dans ses affections les plus chères, il supporta l’adversité avec courage. Resté très longtemps jeune de caractère, doué d’une modestie attirante et un peu ombrageuse, il fut pendant toute sa vie un ami fervent de la vérité et de la beauté.

Comme il l’a dit lui-même : « Au siècle des mécaniques modernes, il peut paraitre démodé et il est souvent ingrat d’enseigner la mécanique classique. Et pourtant c’est bien elle qui fait la loi et permet la prévision des phénomènes dans un immense domaine dont bien des régions sont encore à explorer. » Nul doute qu’Henri Beghin ait été, en véritable apôtre, l’un de ceux qui ont le plus contribué à cette exploration…

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Autres références[modifier | modifier le code]

  1. Comité des amis de l'Institut, Programme du comité "les amis de l'Institut industriel du Nord de La France"  ; l'École actuelle ; l'administration actuelle de l'Institut industriel ; corps enseignant, Lille, Imprimerie Plateau, coll. « Association des ingénieurs de l'Institut industriel du Nord de la France », , 28 p. (présentation en ligne, lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]