Albert Châtelet

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Albert Châtelet, né le à Valhuon (Pas-de-Calais) et mort le à Paris, est un mathématicien et homme politique français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Albert Jean-Baptiste François Joseph Châtelet est le fils de François Châtelet, instituteur, et de Marie Lefebvre[1].

Ses études à l'école primaire ont lieu dans la classe unique de son père, où se trouvent 51 élèves[2]. Puis il devient interne au collège de Saint-Pol-sur-Ternoise. Il se montre brillant élève, cumulant les 1ers prix d'orthographe, de composition française, sciences, histoire , géographie, récitation, diction, et même chaque année un prix de « devoir de vacances »[2].

Il saute la classe de seconde et entre en classe de rhétorique. Après la première partie du baccalauréat, il est admis en classe de mathématique élémentaire. L'élève « très bien doué qui donne les plus grandes espérances », selon son professeur de physique, obtient un 5e accessit de mathématiques au concours général des lycées et collèges[2].

Malgré les hautes fonctions qu'il va occuper au cours de sa carrière, Albert Châtelet ne va pas oublier le collège où il a effectué sa scolarité ː en 1939, il intervient pour favoriser la construction d'un nouvel établissement après l'incendie qui a ravagé le bâtiment principal de l'ancien, et en 1946, malgré sa nomination en Sorbonne, il préside la distribution des prix du mois de juillet[2].

Après la deuxième partie du baccalauréat, il entre en classes préparatoires au lycée de Douai, qui depuis porte son nom ː lycée Albert-Châtelet.

Il effectue son service militaire d'octobre 1904 à octobre 1905[3]

Entré à l'École normale supérieure en 1905, il est reçu à l'agrégation de mathématiques en 1908[4]. Il bénéficie d'une bourse de recherche à Paris de 1908 à octobre 1911[3].

Albert Châtelet épouse à Versailles le 17 août 1909 Reine Céline Marguerite Brey[1]. Le couple aura sept enfants[5].

Il est nommé professeur de lycée à Tours en octobre 1911 et le demeure jusqu'en janvier 1913.

Docteur es sciences en 1913, il devient maître de conférences de mécanique à Toulouse, de janvier 1913 à août 1914[3].

Albert Châtelet est mobilisé en 1914, et passe toute la première guerre mondiale sous les drapeaux jusqu'en février 1919[3], officier de réserve au service de santé, également adjoint à l'ingénieur en chef d'artillerie chargé de questions de balistique[6].

En février 1919, démobilisé, il est nommé maître de conférences à Lille et le demeure jusqu'en janvier 1920. En plus de son service à la Faculté des sciences de Lille, il est chargé d'un cours de mathématiques spéciales à l'Institut industriel du Nord (École centrale de Lille)[7],[8]. Il devient ensuite le 16 janvier 1920 professeur titulaire de mathématiques générales puis professeur de mécanique rationnelle et doyen de la faculté des sciences de Lille en 1921.

ll assure diverses missions ː chargé de cours au Collège de France en 1912, jury du concours d'entrée à l'École normale supérieure, jury d'agrégation de mathématiques[5]...

Plaque commémorative à la mémoire d'Albert Châtelet rue Jean-Calvin à Paris.

Le 1er juin 1924, il est nommé recteur de l'Académie de Lille. De ses treize années de rectorat, jusqu'au 1er janvier 1937, on retient le grand nombre de reconstructions scolaires de l’après-guerre, et les appuis qu’il a apportés aux « méthodes nouvelles » de l’enseignement. Sous son mandat, ont ainsi, entre autres, vu ou revu le jour, deux facultés, deux maisons d'étudiant et le lancement de la construction de la cité hospitalière de Lille (centre hospitalier régional universitaire de Lille)[2]

De 1937 à 1940, il a été directeur de l'enseignement du second degré. Durant son court séjour au ministère de l’Éducation, il a participé à la « réforme Jean Zay » refusée par le Sénat, et reprise dans ses principes par la commission Langevin-Vallon en 1946. Très impliqué dans le scoutisme il fut aussi président des Éclaireurs de France.

Démis de ses fonctions par le régime de Vichy, le 30 septembre 1940, il quitte l'administration centrale du ministère pour être chargé d'un cours d'arithmétique à Caen le 1er octobre 1940[3].

En 1945, il est nommé à la chaire d'arithmétique et théorie des nombres de la Faculté des sciences de Paris. Il a ouvert en France des voies de recherche offertes par l’école allemande d’arithmétique. En 1949, il succède à Jean Cabannes au décanat jusqu'à sa retraite en 1954. Il participe à l'élaboration du projet de construction de l’université Jussieu sur l’emplacement de l’ancienne halle aux vins.

Après sa retraite, il assume la présidence de l'Union rationaliste (1955-1960) et garde de nombreuses activités au sein d'associations mais pas uniquement, avec une constante, rendre service ː Bureau universitaire de statistiques, BUS, 1954; directeur des mouvements de jeunesse et d'éducation populaire, vice-président de la commission nationale de l'Unesco, membre du directoire et du conseil d'administration du CNRS, conseiller du centre CEA de Saclay[2]...

En 1957, il est le premier président du Comité Maurice-Audin. Il est présenté par l'Union des forces démocratiques comme candidat, il a 75 ans, à la présidence de la République le 21 décembre 1958 : il recueille 8,46 % des voix des grands électeurs. Mitterrand, et Mendès-France avaient en effet refusé de se présenter[9].


Il meurt à Paris le 30 juin 1960, à l'âge de 77 ans.

Albert Châtelet a ainsi tenu une place centrale dans les mathématiques en France, en assurant les nombreuses fonctions évoquées, en participant à de nombreux comités, conseils, en assurant différentes missions ( ex ː au Viet-Nam en 1954[10]), en participant à différentes manifestations (ex ː membre du comité de préparation de la commémoration du centenaire d'Henri Poincaré en 1954[10]).

Physiquement, Albert Châtelet était un colosse. L'écrivain Jean Cau a pu en dresser le portrait suivant ː « regard derrière les lunettes, très doux, très bon, très vif et nourri d'une intelligence qui éclaire les traits »[2].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Albert Châtelet est l'auteur de différents écrits

  • notes entre 1909 et 1922 aux compte-rendus de l'Académie des sciences sur différentes questions d'arithmétique[5].
  • collaboration à divers revues spécialisées en mathématiques
  • ouvrages de mathématiques, en particulier plusieurs cours autographiés, livres scientifiques pour l'enseignement primaire et secondaire[2]
  • ouvrages en collaboration
  • activités de recherche[5].

Les travaux d'Albert Châtelet concernent la théorie des nombres et la théorie des groupes. Il est aussi l'auteur de plusieurs manuels. Il a exercé une grande influence sur l'école mathématique française et a tenu un grand rôle dans le renouveau des études de théorie des nombres et d'algèbre[10].Les surfaces de Châtelet ont été conçues par François Châtelet, son fils.

Distinctions[modifier | modifier le code]

  • Officier d'académie le 4 septembre 1920[10].
  • Doyen de la faculté des sciences de Lille, il est fait chevalier de la Légion d'honneur par décret d'octobre 1923.
  • Officier de l'instruction publique le 16 novembre 1927[10].
  • Recteur de l'Académie de Lille, il devient officier de la Légion d'honneur par décret du 12 décembre 1932.
  • Directeur de l'enseignement du second degré au ministère de l'Éducation nationale, il est nommé commandeur de la Légion d'honneur par décret du 5 août 1938.
  • Doyen honoraire de la faculté des sciences de Paris, il est élevé grand officier de la Légion d'honneur par décret du 2 février 1955[11].

Postérité[modifier | modifier le code]

Portent son nom :

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Etat civil Valhuon Naissances 1883 », sur Archives départementales du Pas-de-Calais en ligne, p. 4
  2. a b c d e f g et h 100 figures du Pas-de-Calais, cité dans la bibliographie.
  3. a b c d et e Base Léonore, cité dans la bibliographie, onglet n° 8.
  4. http://rhe.ish-lyon.cnrs.fr/?q=agregsecondaire_laureats&nom=&annee_op=%3D&annee%5Bvalue%5D=1908&annee%5Bmin%5D=&annee%5Bmax%5D=&periode=All&concours=13&items_per_page=10.
  5. a b c et d Base Léonore, option citée, onglet n° 18.
  6. Base Léonore, option citée, onglet n° 26.
  7. Catherine Goldstein, « La théorie des nombres en France dans l'entre-deux-guerres : De quelques effets de la première guerre mondiale », Revue d'histoire des sciences, vol. 62,‎ , p. 143-175 (ISBN 9782200925987, ISSN 0151-4105, lire en ligne)
  8. Albert Châtelet et Joseph Kampé de Fériet, Calcul vectoriel. Théorie. Applications géométriques et cinématiques, destiné aux élèves des classes de mathématiques spéciales et aux étudiants en sciences mathématiques et physiques : par Albert Châtelet, ancien élève de l'École normale, doyen de la Faculté des sciences de Lille, Joseph Kampé de Fériet, maître de conférences de mécanique à la Faculté des Sciences de Lille, professeur de mécanique à l'Institut industriel du Nord, Paris, Gauthier-Villars et Cie, , In-8, IX-426 p. avec figures p. (notice BnF no FRBNF32298423, présentation en ligne)
  9. "Jean-François Condette: Albert Châtelet contre Charles de Gaulle. La toge contre l’uniforme ?"
  10. a b c d et e Base Léonore, option citée, onglet n° 9.
  11. Dossier sur Base Léonore, cité dans la bibliographie, onglet 1.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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