Grande Nation

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Grande Nation (ou plus souvent accompagné de l'article défini: la grande nation) est un terme utilisé dans l'espace germanophone comme synonyme, mi-envieux et mi-sarcastique, de la France[1].

Origine[modifier | modifier le code]

En France, le terme, peu connu, est utilisé seulement pour évoquer le contexte de la période napoléonienne, et pour qualifier une France centralisatrice, aux frontières élargies[2], comme pour la Grande-Bretagne élargie à l’Irlande. Attesté en Allemagne dès 1790, l'emploi du terme la Grande nation est validé par l'encyclopédie allemande Brockhaus en 1907[3].

L'expression prend une tournure nettement péjorative en allemand, notamment en Prusse, dans les années 1840, lors de la Crise du Rhin, puis lors de la guerre franco-allemande de 1870 et jusqu'à 1945. Elle traduit l'idée d'une rivalité héréditaire franco-allemande, et est utilisée de façon péjorative et sarcastique par les actualités de la Deutsche Wochenschau pour présenter la défaite française de 1940[4].

De l'expression au mythe[modifier | modifier le code]

Avec le processus de réconciliation franco-allemande et la mise en place de la communauté économique européenne, l'expression perd nettement de sa force mais reste encore aujourd'hui associée[5], dans la presse allemande notamment[6], à une francophobie moqueuse, présentant la France comme volontiers pompeuse, centraliste, arrogante, voire prétentieuse[7]. Ce terme traduit malgré tout également une certaine envie ou admiration, notamment envers l'ancienneté et la stabilité d'un État français centralisé.

Beaucoup d'Allemands croient à tort[1] que l'expression « Grande Nation » est utilisée par les Français eux-mêmes pour nommer leur pays, de la même façon que les Allemands utilisent des expressions telles que « le pays des poètes et des penseurs » (Das Land der Dichter und Denker) pour l'Allemagne. Ce mythe trouve sans doute sa source dans l'emploi récurrent des termes « nation » ou « grande nation » par les responsables politiques, de Charles De Gaulle[1],[8] à Jacques Chirac[9] ou François Hollande[10]. Ceci amène parfois à des malentendus, voire une certaine irritation, dans la communication entre Français et Allemands[11],

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c .« Nation und Modernität als Mythen - Eine Studie zur | Klaus Schubert | Springer », sur www.springer.com (consulté le 28 mars 2016)
  2. « Jacques Godechot, La grande nation », sur Persee.fr (consulté le 28 mars 2016)
  3. (de) « Brockhaus: Grande nation », sur retrobibliothek.de (consulté le 28 mars 2016)
  4. « "Grande Nation": ein grober Unfug - Idées reçues Idées revues », sur opinionstoutesfaites.jimdo.com (consulté le 28 mars 2016)
  5. « Alexander von Sobeck: Ist Frankreich noch zu retten. Hinter den Kulissen der Grande Nation (Buch) - Perlentaucher », sur www.perlentaucher.de (consulté le 28 mars 2016)
  6. « Attali, la presse allemande et la «grande Nation» », sur Marianne (consulté le 28 mars 2016)
  7. « Deutsche Akademie für Sprache und Dichtung - Forum Sprachkritik - Noch einmal: die „grande nation“ », sur www.deutscheakademie.de (consulté le 28 mars 2016)
  8. « Discours du général de Gaulle à Strasbourg - 7 avril 1947 - charles-de-gaulle.org », sur www.charles-de-gaulle.org (consulté le 28 mars 2016)
  9. (fr) « L'intégralité de l'allocution de Jacques Chirac », sur Le Monde.fr (consulté le 28 mars 2016)
  10. (fr) « Hollande et le mythe de la », sur Le Monde.fr (consulté le 28 mars 2016)
  11. « l'expression : la Grande Nation », sur Karambolage (consulté le 28 mars 2016)

Voir aussi[modifier | modifier le code]