Ernest Alby

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Ernest Alby
Description de cette image, également commentée ci-après
Ernest Alby, 1809-1868.
Nom de naissance François Antoine Alby
Naissance
Marseille (Bouches-du-Rhône)
Décès (à 58 ans)
Paris, 9e
Activité principale
Écrivain, journaliste, feuilletoniste
Auteur

Œuvres principales

  • Catherine de Navarre, histoire de la Réforme, 1520-1604 (1838).
  • Histoire des prisonniers français en Afrique, depuis la conquête (1847).
  • La captivité du trompette Escoffier (1848)

Ernest Alby (1809-1868) est un écrivain, auteur de recueils sur la conquête de l'Algérie : Histoire des prisonniers français depuis la conquête (1847) ; La captivité du trompette Escoffier (1848). Il a publié des romans historiques et est considéré comme le précurseur du roman-feuilleton historique.

L'affirmation selon laquelle il aurait utilisé le pseudonyme de A. de France ou Napoléon-Maurice de France[1] est discutable car ce nom est celui d'un officier de marine parfaitement identifiable.

Il a été militant saint-simonien, avant de renoncer à cette philosophie. Nommé chevalier de la Légion d'honneur par le ministre de l'instruction publique Salvandy, en 1846.

Ernest Alby était membre du comité de la Société des gens de lettres.

Biographie[modifier | modifier le code]

Repères[modifier | modifier le code]

Ernest Alby est né à Marseille (Bouches-du-Rhône), rue Mazade, le 1er juillet 1809. Son acte de naissance mentionne les prénoms François et Antoine[2]. L'usage littéraire du prénom Ernest semble avoir été un choix arbitraire de la part d'Alby[3].

Son père, Marc François Alby, était négociant dans la capitale phocéenne à la naissance de son fils[2]. Il fit ensuite une carrière de notable à Castres et dans le Tarn dont il était originaire : président du tribunal de commerce, maire de Castres en 1830, député de 1831 à 1834[4],[a].

Château de Vignely.

Ernest Alby fait ses études à Paris, «dans la pension de M. Villaudon, rue Chanteraine»[5] puis au collège Louis-le-Grand, et enfin à l'École de Sorèze (Tarn) en 1823[5]; il revient ensuite à Paris pour «faire son droit» en 1828[5],[6].

De 1859 à 1868, Ernest Alby a été propriétaire du château de Vignely, dans le département de la Seine-et-Marne[7].

Il meurt à Paris (9e arrondissement) le 24 juin 1868[8]. Ernest Alby résidait alors au n° 3 de la rue Laffitte. Il était marié à Élisabeth Guillaume[8].

Parcours et carrière[modifier | modifier le code]

Protestantisme et saint-simonisme[modifier | modifier le code]

Ernest Alby est issu d'une famille protestante qui «avait quitté Marseille durant les massacres de la Terreur blanche en 1815. Pendant ses études à Castres (Tarn), Alby fut converti au saint-simonisme par son ancien professeur Barrault[9], et chargé de la propagande dans le Midi méditerranéen. Après avoir fait l’objet de poursuites, il renonça au saint-simonisme, fut attaché par Guizot au département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale et publia de nombreuses œuvres littéraires»[10].

Prosper Enfantin.

C'est au collège de Sorèze qu'Ernest Alby fait connaissance avec les idées saint-simoniennes grâce à son professeur de rhétorique Émile Barrault[11]. Quand il retourne à Paris pour ses études de droit, en 1828, il se lie avec Olinde Rodrigues, Bazard et Prosper Enfantin, qui étaient les :

« ...chefs de cette fameuse école philosophique du saint-simonisme, à qui il fut donné de proclamer la nécessité d'une religion sociale. On sait quelle a été l'action de cette école sur la société. Elle mit à nu toutes les plaies du siècle, et demanda l'organisation de l'industrie. (...) L'influence qu'exercèrent ces fervents apôtres du culte saint-simonien fut grande et durera longtemps encore. (...) Avec son cœur de vingt ans et son amour de l'égalité, Ernest Alby devait se passionner pour les idées de rénovation exposées par un talent élevé. Il s'inspira de tous les généreux sentiments de Saint-Simon, de l'homme qui avait songé à donner un code à l'humanité, et toutes ses sympathies furent acquises aux formules si neuves et si fécondes qui prenaient leur source dans le principe de la perfectibilité humaine. En peu de temps il devint l'un des plus sincères adeptes des systèmes saint-simoniens[11]. »

En 1832-1833, Ernest Alby passe six mois à Toulouse «où il propagea les idées de la nouvelle école avec une rare intrépidité»[11].

Le roman-feuilleton historique[modifier | modifier le code]

Bibliothèque Nationale, salle des manuscrits.

Ernest Alby acquiert sa culture historique quand il est nommé à la Bibliothèque royale par le ministre de l'instruction publique, François Guizot. Il y travaille de 1834 à 1838 :

« Attaché par Guizot au dépouillement des manuscrits de la Bibliothèque royale, il se plongea tout entier dans les inépuisables trésors qui lui furent livrés, et consacra tous ses instants à des recherches laborieuses qui lui permirent de faire des études consciencieuses et suivies. Qui nous dira ce qu'il déploya de courage et de persévérance en accomplissant cette œuvre de patience ! Dans ces intelligentes investigations, que de manuscrits précieux n'a-t-il pas découverts, transcrits, commentés...[12] »

Dans son Dictionnaire des pseudonymes (1869), Georges d'Heylli[13], consacre une notice à Ernest Alby, rappelant la renommée qui avait été la sienne : «Célèbre membre du comité de la Société des gens de lettres, romancier estimable, bien qu'un peu oublié de nos jours, et qui a eu jadis sa vogue et sa célébrité. Il a été l'initiateur du roman-feuilleton historique[14], où tant d'autres l'ont suivi et dépassé. Son roman, La Captivité du trompette Escoffier[15], a eu autrefois une réputation et un succès immenses»[3].

Le journalisme[modifier | modifier le code]

Il a été collaborateur de plusieurs journaux : le Moniteur du commerce, la Paix, la Charte de 1830, le Messager, le Temps, la Presse[16], mais aussi Le Globe[17], la France littéraire[18] et la Gazette des tribunaux[16].

Essais et études historiques[modifier | modifier le code]

Défense des juifs[modifier | modifier le code]

  • «En 1840, alors que toute la presse accueillait les accusations parties de Damas contre les juifs, il prit leur défense dans une brochure intitulée : Persécutions contre les juifs. Là encore on retrouve le protestant qui a conservé de vifs souvenirs des persécutions dont il fut victime»[16].

Ernest Alby présente ainsi son entreprise :

« L'instruction relative au meurtre du père Thomas, poursuivie à Damas et à Rhodes, avec des formes et une barbarie inqualifiables, a ravivé des préjugés et des haines que la miséricorde évangélique et les progrès de la raison humaine devraient éteindre à tout jamais. Sans rentrer dans le fond de ce débat, dont le dénouement quel qu'il soit nous fera déplorer amèrement l'animosité religieuse qui existe encore à cette heure entre les disciples de Moïse et de Jésus-Christ, nous pensons accomplir une tâche aussi opportune qu'utile, en discutant la valeur des insinuations perfides, des représailles atroces qu'a soulevées cette malheureuse affaire contre le peuple juif et sa religion[19]. »

La réforme protestante[modifier | modifier le code]

Marie Touchet, 1574.
  • Après avoir travaillé quatre ans aux manuscrits de la Bibliothèque royale, Ernest Alby «a publié Catherine de Navarre, ouvrage de portée sérieuse qui contient une correspondance inédite de la sœur de Henri IV (... et) les Brodeuses de la reine, roman historique»[20] :

« L'idée dominante de l'écrivain est facile à saisir dans le choix de l'époque et des personnages. Ce n'est pas assurément par pure fantaisie qu'il met en scène Charles IX et Catherine de Médicis. La Saint Barthélémy touche de près à ces royaux personnages, et M. Alby, en nous rendant avec une grande vérité historique l'angélique nature de Marie Touchet, fait savamment ressortir le farouche caractère de celui qui prit part à l'affreux massacre[21]. »

Les prisonniers des Arabes en Algérie[modifier | modifier le code]

Cavaliers rouges d'Abd el-Kader.
Histoire des prisonniers français en Afrique, Ernest Alby.

Ernest Alby a écrit trois, ou quatre, ouvrages sur ce sujet :

  • Les prisonniers d'Abd-el-Kader, ou Cinq mois de captivité chez les Arabes, en 1837. Ce livre est signé : A. de France.
  • Histoire des prisonniers français en Afrique depuis la conquête, en 1847.
  • La Captivité du trompette Escoffier, en 1848.
  • Les Vêpres marocaines, ou les Derniers Prisonniers d'Abd-el-Kader, en 1853.

En avertissement au lecteur, dans le dernier de ces livres, il écrit :

« (l'auteur) a publié divers ouvrages dans lesquels il a raconté les principales aventures des prisonniers français chez les Arabes, depuis les premiers jours de la conquête. C'est l'histoire intime et familière de l'Algérie tant arabe que française. Ce sont les désespoirs suprêmes, les luttes héroïques, les catastrophes sanglantes, les revirements imprévus, les coups de théâtre, les morts obscures, les tortures abominables, l'antagonisme des races rivales, les dévouements sublimes à la patrie que l'auteur a retracés au milieu des cris de guerre, et des victoires de l'armée d'Afrique[22]. »

Les sources de ces livres sont les souvenirs et notes de plusieurs détenus qu'il a mis en récit[b].

Ernest Alby a également cherché le point de vue des autorités sur ce sujet qui l'a longtemps préoccupé : le 26 juin 1851, il écrit au député Théodore Ducos pour obtenir une audience avec Abd el-Kader alors prisonnier au château d'Amboise ; le 15 juillet 1851, il écrit au général Randon, ministre de la Guerre, sur la même question[23].

Cinq mois de captivité chez les Arabes (1837)[modifier | modifier le code]

Gorges de l'Habra, blessés égorgés, 28 juin 1835.

Ce premier écrit est publié sous le nom de A. de France, enseigne de vaisseau qui fut prisonnier en 1836[24]. Ce dernier est présenté par Ernest Alby comme son ami d'enfance[25]. Le catalogue de la BnF affirme un peu rapidement que A. de France est un pseudonyme d'Ernest Alby[26]. Il serait plus exact de dire qu'Ernest Alby a peut-être aidé à mettre en récit le témoignage ; mais le matériau premier est bien celui d'A. de France.

En effet, il a bien existé un François-Auguste France-Mandoul[c], né à Castres dans le Tarn, le 2 mai 1813[27] et mort le 20 septembre 1886 à Montauban dans le Tarn-et-Garonne[28],[d]. Il a été officier de la marine française : élève de 1ère classe de l'École royale de marine d'Angoulème à la date du 16 juillet 1831[29] et enseigne de vaisseau à la date du 1er janvier 1835[30]. En 1836, il opérait sur les côtes algériennes entre Oran et Alger, à bord du brick le Loiret[31], quand il fut capturé le 12 août par des cavaliers arabes alors qu'il était à terre à proximité du poste d'Arzew[32].

Selon Ernest Alby, Auguste de France «est le premier Français qui ait vécu dans le camp d'Abd el-Kader. Le premier il l'a vu, il a entretenu l'émir, et il a su apprécier physiquement et moralement la valeur de notre compétiteur»[33]. Cet épisode ne sort pas de l'imagination d'Alby.

  • Dès 1837, Adolphe de Fontaine de Resbecq (1813-1865)[34], chef du personnel au ministère de l'Instruction publique et auteur prolifique, publie Alger et les côtes d'Afrique. Il écrit :

« La vérité est toujours plus intéressante, elle l'est cent fois plus que la fiction. Nous défions le romancier le plus habile d'imaginer quelque chose de plus saisissant, de plus dramatique, de plus fécond en impressions de terreur, de pitié, que le simple récit des douleurs éprouvées par M. de France, durant une captivité de cinq mois. Miraculeusement échappé à la mort, rendu à sa patrie, à ses amis, il a pris la plume pour nous confier ce qu'il avait souffert, ce qu'il avait observé[35]. »

  • En 1837, dans la revue Les Deux Bourgognes[36], publiée à Dijon, Victor Ladey (1803-1879), doyen de la faculté de droit, rend compte des publications récentes parmi lesquelles se trouve le témoignage d'Auguste de France :

« Les feuilles publiques, depuis quelques jours, ont donné de si longs fragments de la relation de M. de France, Les Prisonniers d'Abd el-Kader, que de nouveaux extraits ne seraient guère possibles. D'ailleurs, quand la Revue les porterait au lecteur, peut-être viendrait-il de les lire dans son journal du matin. Cependant ces citations étaient la meilleure manière de rendre compte de ces deux volumes si plein d'un tragique intérêt, d'émotions si terribles, de scènes de mœurs africaines d'une couleur et d'un dessin si vrais. (...)

C'est seulement quant au style qu'il serait possible de traiter en auteur le jeune enseigne du brick le Loiret. Et sur ce point nous n'accueillerons point toutes les réserves de sa modestie. Ce qu'il a vu, ce qu'il a souffert, ses alternatives de désespoir et de gaieté française, un esprit observateur, une remarquable énergie de caractère, devaient donner et ont donné au style de M. de France, même à son insu, le mérite aujourd'hui le plus rare, la franchise et le sentiment. Quelle imagination ou quelle étude même la plus intelligente des choses qu'on n'a pas vues, de maux qu'on n'a pas soufferts, fourniront jamais au plus habile faiseur de romans historiques des scènes plus terribles que la simple narration des atroces cruautés des Arabes sur leur prisonnier ?[37]. »

Entrée d'un brick-goëlette à Tunis, vers 1905.
  • Dans ses souvenirs, le général Du Barail mentionne l'événement et le nom de l'officier de marine :

« Dans la rade d'Arzew stationnait un brick de l'État dont le capitaine, M. de Chabert, entretenait d'excellentes relations avec le commandant du poste d'Arzew, un capitaine de l'état-major des places, M. Révéroni. Peu de temps avant notre arrivée, M. Révéroni avait invité M. de Chabert à une partie de chasse qu'il avait décommandée au dernier moment, parce qu'on lui avait signalé la présence de nombreux rôdeurs de la tribu des Amyans, qui campait aux environs.

M. de Chabert, sans tenir compte de cet avis, avait voulu descendre à terre, avec une compagnie de fusiliers marins, pour ramasser les projectiles qu'il avait lancés la veille, dans un exercice au canon, et aussi pour chasser. Il avait été chargé par les Arabes, avait eu un quartier-maître blessé grièvement, avait reçu lui-même un coup de yatagan qui lui avait enlevé deux doigts et avait perdu un enseigne de vaisseau, M. de France, enlevé et conduit à Abd el-Kader dont il fut le premier prisonnier français[38],[e]. »

  • Dans un volume de la Correspondance[39] du capitaine Daumas, éditée par l'historien Georges Yver (1870-1961) en 1912, figure une note intitulée «Renseignements sur les prisonniers ou les déserteurs français» datée du 12 mars 1838. Elle évoque le cas d'Auguste de France, de sa détention, de sa libération et de son témoignage :

« Quant aux autres prisonniers faits depuis la Macta, tant dans la province d'Alger que dans celle d'Oran, quelques-uns ont encore été envoyés dans le Maroc et les autres ont été rendus avec M. de France, officier de marine, en échange d'un certain nombre de prisonniers de la Siccak[40]. »

Arzew (Algérie), vers 1905.
  • En note, Georges Yver apporte le détail suivant : «de France (Auguste), enseigne de vaisseau à bord du brick le Loiret, capturé par les Arabes, le 11 août 1836 aux environs d'Arzeu et échangé contre des prisonniers arabes ramenés de Marseille, le 9 janvier 1837. Il a raconté lui-même sa captivité dans l'ouvrage intitulé : Les prisonniers d'Abd el-Kader ou cinq mois de captivité chez les Arabes, Paris 1837, 2 vol. Le récit de de France a été utilisé et reproduit en partie par Alby, dans son Histoire des prisonniers français en Afrique, depuis la conquête, Paris 1849, 2 vol.[40]

Auguste de France est libéré le 9 janvier 1837[41]. Trois mois plus tard, après avoir adressé un rapport sur sa captivité aux ministres de la Marine et de la Guerre[42], il publie ses souvenirs[f],[g] dont la presse parle abondamment[43].

Il est donc établi qu'A de France (Auguste de France-Mandoul) n'est pas un pseudonyme mais l'auteur principal du récit - peut-être en partie rédigé par Ernest Alby - publié sous le titre Les prisonniers d'Abd el-Kader, ou cinq mois de captivité chez les Arabes. Il a bien été perçu comme tel lors de sa parution.

Histoire des prisonniers français (1847)[modifier | modifier le code]

L'Histoire des prisonniers français en Afrique depuis la conquête (1847), évoque le sort des «colons, soldats et officiers» français détenus[h] par les troupes d'Abd el-Kader. Elle comporte deux tomes et utilise, dans sa première partie, le récit déjà publié en 1837, ainsi que l'explique Ernest Alby lui-même en reconnaissant ce qu'il doit à son ami Auguste de France[i].

L'armée devant Mascara, 6 décembre 1835.

« Notre récit s'ouvre à l'année 1836. Nous ne pouvions pas omettre les aventures qu'avaient courues, chez l'émir et dans les prisons de Mascara et de Milianah, M. Meurice et M. A de France. la publication des Prisonniers d'Abd el-Kader a rendu populaire le nom de M. A. de France. L'intérêt et la curiosité qui se sont attachés à la personne de cet officier de marin n'ont pu être épuisés à la lecture de son livre. (...) Nous avons donc consacré la première partie de ce livre aux aventures de M. A. de France : il nous a été donné de compléter et d'éclaircir plusieurs événements que le prisonnier n'avait pu qu'indiquer légèrement.

La position toute particulière[j] que nous avions occupée auprès de M. A. de France, notre ami d'enfance au moment de la rédaction et de la publication de son histoire des Prisonniers d'Abd el-Kader, nous a permis de nous assimiler une partie de cette narration. Sa modestie l'a retenu de placer son nom au-dessus du nôtre en tête des premiers chapitres de cet ouvrage. Nous regrettons sincèrement cette réserve, qui nous prive de nous associer publiquement avec l'un des plus brillants parmi ces jeunes officiers qui se sont illustrés durant la période de quinze dernières années, sur les navires de l'État.

Après nous être concerté avec M. de France, et après avoir obtenu son agrément, nous avons puisé, pour la rédaction de la première partie de notre œuvre, dans les Prisonniers d'Abd el-Kader, ou Cinq mois de captivité chez les Arabes, par M. A. de France. Qu'on n nous accuse ni de plagiat ni de contrefaçon : nous avons agi selon notre droit et avec l'autorisation de l'auteur qui a signé les Prisonniers d'Abd el-Kader[44]. »

La Captivité du trompette Escoffier (1848)[modifier | modifier le code]

Captivité du trompette Escoffier et de ses camarades chez Abd el-Kader.
Infanterie régulière d'Abd el-Kader.

Cette histoire a d'abord paru en roman-feuilleton durant dix semaines, du 29 juillet au 9 octobre 1847[45], dans le Journal des Débats. Lors de son édition sous forme d'ouvrage, le Journal des Débats notait, le 5 septembre 1848 :

« Nos lecteurs n'ont sans doute pas oublié que l'année passée, à pareille époque, nous avons publié dans notre feuilleton la Captivité du trompette Escoffier par M. Ernest Alby. Cette œuvre se recommandait à l'attention publique par la simplicité du récit, la vérité des détails, la nouveauté des personnages mis en scène, et l'étrange aspect des contrées traversées par les prisonniers. L'éditeur Gabriel Roux, rue du Vieux-Colombier, vient de mettre en vente l'ouvrage de M. Ernest Alby. La Captivité du trompette Escoffier forme aujourd'hui deux volumes in-8°. L'auteur a inséré dans les volumes plusieurs faits qu'il n'avait pas cru devoir publier dans son feuilleton ; aussi les deux volumes qui paraissent aujourd'hui contiennent-ils le double de la matière insérée dans notre journal[46]. »

Le trompette Escoffier est un personnage réel, connu des historiens[47] et non une fiction imaginée par Alby[k]. Soldat au 2e régiment de chasseurs d'Afrique, il s'illustre lors de la bataille du marabout Sidi Youssef, le 22 septembre 1843, en cédant son cheval à son capitaine démonté, sauvant la vie de ce dernier et probablement l'issue du combat. Il est fait prisonnier et reste captif jusqu'en janvier 1845. Durant cette période, le roi Louis-Philippe lui décerne la Légion d'honneur que Bugeaud fait transmettre à Abd el-Kader pour qu'il la remette au prisonnier. Abd el-Kader : «s'empressa de réunir les principaux chefs de son armée, un bataillon de ses troupes régulières, et c'est avec cet appareil militaire inusité, en présence de ses soldats sous les armes, qu'il remit de ses mains la croix au trompette Escoffier»[48].

Deux ans après la capture du chasseur Escoffier, il arriva la même histoire au hussard Louis Testard qui remit son cheval au capitaine qui avait perdu le sien en pleine bataille de Sidi-Brahim (23-26 septembre 1845). Testard fut capturé et passa quatorze mois comme prisonnier auprès des troupes d'Abd el-Kader[49]. Cet épisode figure également dans le récit d'Ernest Alby[50].

Les vêpres marocaines (1853)[modifier | modifier le code]

Ernest Alby affirme qu'il termine, par ce livre[l], son œuvre consacrée à la détention de soldats français en Algérie : «l'auteur a dû s'aider des notes relevées, jour après jour, pendant leur captivité, par MM. Larrazet, capitaine au 5e bataillon des chasseurs à pied et Barbut, lieutenant au 5e hussards ; de la relation écrite à son retour en France par ce même Barbut, et des souvenirs de M. Thomas, lieutenant au 10e bataillon des chasseurs à pied. Il s'est encore inspiré du livre si curieux et si neuf, Le Grand désert, de MM. le général Eugène Daumas et Ausone de Chancel»[51].

Publications[modifier | modifier le code]

Ernest Alby, caricature, Nadar.
  • Les prisonniers d'Abd-el-Kader, ou Cinq mois de captivité chez les Arabes, 1837.
  • Catherine de Navarre, histoire de la Réforme, 1520-1604, 1838.
  • «L'Enfance de Luther», par M. Ernest Alby... Extrait de la France littéraire..., 1840.
  • Des Persécutions contre les Juifs, 1840.
  • Les Brodeuses de la Reine, 1845.
  • Histoire des prisonniers français en Afrique depuis la conquête, 1847.
  • La Captivité du trompette Escoffier, 2 tomes, 1848.
  • Les Vêpres marocaines, ou les Derniers Prisonniers d'Abd-el-Kader, 1853.
  • Les Camisards (1702-1711), 1858.
  • Le Jugement de Pâris, opérette en 1 acte, mêlée de danses et à grand spectacle, paroles de MM. Ernest Alby et Commerson, musique de M. Laurent de Rillé, Paris, Folies-Nouvelles, 11 février 1859.
  • L'Olympe à Paris ou Les dieux en habit noir, 1867.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Marc François Alby meurt à Castres le 12 avril 1853 ; cf. Journal des débats politiques et littéraires, 22 avril 1853.
  2. Dans l'introduction à l'Histoire des prisonniers français en Afrique depuis la conquête, Ernest Alby écrit par exemple : «M. A. de France avait indiqué que mademoiselle Lanternier et sa mère avaient été dirigées sur le Maroc, tandis que M. Lanternier expirait de misère et de maladie dans les prisons de Milianah. L'histoire de ces femmes demeurait inachevée et à l'état d'ébauche. Nous nous sommes occupés de la compléter, et nous avons été assez heureux pour nous aboucher avec un prisonnier qui avait recueilli à Fez les diverses fortunes qu'avaient courues ces deux femmes. Ces renseignements, le trompette Escoffier les avait eus des Marocains et des renégats. Ils sont d'une authenticité incontestable» (p. III-IV)
  3. On ne sait depuis quand il se faisait appeler de France-Mandoul, probablement assez tôt puisque Ernest Alby le nomme ainsi ; son acte de naissance porte une mention marginale indiquant : «Par jugement en date du 10 avril 1861, le tribunal civil de Castres a ordonné que le nom patronymique France serait précédé de la particule de et que mention en serait faite en marge du présent acte».
  4. L'acte de décès mentionne : «ex-lieutenant de vaisseau, chevalier de la Légion d'honneur».
  5. Du Barail mentionne une seconde fois l'événement : «Un autre incident allait me fournir mon premier professeur d'arabe. On accusait un nommé Adda ben-Baccouch, de la tribu des Amyans, d'être l'auteur de la mésaventure arrivée au commandant du stationnaire d'Arzew, M. de Chabert, et de l'enlèvement de l'enseigne de vaisseau, M. de France...» ; général Du Barail, Mes souvenirs, tome 1, 1820-1851, 12e éd., 1897-1898, p. 34.
  6. Ce travail d'écriture n'était pas le premier de l'officier de marine, Auguste de France-Mandoul avait l'habitude de rédiger. Le 19 avril 2012, a été mis en vente aux enchères à la salle Drouot le manuscrit autographe de ses journaux de navigation portant sur la période allant de décembre 1832 à novembre 1835. Le descriptif du lot de vente précise : «Le manuscrit, d'une écriture lisible, au ton personnel et fort agréable à lire, est resté inédit».
  7. Il existe une traduction en langue anglaise du récit d'Auguste de France, publiée en 1855, à Londres, par John Murray, Albemarle street, et mise en ligne le 11 octobre 2018 par le Projet Gutenberg ebook sous le titre French in Algiers.
  8. Ernest Alby précise que : «Jusqu'à présent, nous n'avons eu à nous occuper que de quelques individus. À cette heure, nous nous trouvons en présence de trois cents prisonniers, à la tête desquels il faut placer M. le chef d'escadron Courby de Cognord», Histoire des prisonniers français en Afrique depuis la conquête, tome 1, p. V.
  9. Voir aussi la note de Paul Fournier : «L'auteur, ami de l'enseigne de vaisseau A. de France, prisonnier en 1836, puise largement dans le récit qu'avait publié celui-ci.», in «L'État d'Abd el-Kader et sa puissance en 1841, d'après le rapport du sous-intendant militaire Massot», Revue d'histoire moderne et contemporaine, avril-juin 1967, p. 124.
  10. «La position toute particulière...» : allusion probable à l'implication d'Ernest Alby dans la rédaction du livre d'Auguste de France.
  11. Voir «Le trompette Escoffier, héros local de l'Algérie», Geneawiki.
  12. «L'ouvrage que nous publions aujourd'hui a été écrit en 1851», Les Vêpres marocaines, ou les Derniers Prisonniers d'Abd-el-Kader, 1853, p. 3.

Références[modifier | modifier le code]

  1. A. de France, BnF, catalogue général.
  2. a et b État civil de Marseille, 1809, archives départementales des Bouches-du-Rhône, numérisé.
  3. a et b Georges d'Heylli, Dictionnaire des pseudonymes (2e éd., entièrement refondue et augmentée), 1869, p. 5.
  4. Assemblée nationale, base de données des députés depuis 1789.
  5. a b et c Charles Robin, Galerie des gens de lettres au XIX siècle, Paris, éd. Victor Lecou, 1848, p. 123.
  6. Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des contemporains, 1865, p. 25.
  7. Daniel Clément, Ernst Alby et Joanny Maisiat, les grands hommes du petit château de Vignely, Société d'histoire de Claye et de ses environs, 2013.
  8. a et b État civil de Paris, archives de Paris, numérisé.
  9. Pierre-Ange-Casimir-Émile Barrault (1799-1869), notice biographique, Société des études Saint-Simoniennes.
  10. Dictionnaire biographique Le Maitron, en ligne, 2009.
  11. a b et c Charles Robin, Galerie des gens de lettres au XIXe siècle, Paris, éd. Victor Lecou, 1848, p. 124.
  12. Charles Robin, Galerie des gens de lettres au XIX siècle, Paris, éd. Victor Lecou, 1848, p. 124-125.
  13. Georges d'Heylli, pseudonyme d'Edmond Antoine Poinsot (1833-1902) ; cf. data.bnf.
  14. Ses premiers romans-feuilletons historiques paraissent dans le Moniteur du commerce ; cf. Charles Robin, Galerie des gens de lettres au XIXe siècle, Paris, éd. Victor Lecou, 1848, p. 126.
  15. Captivité du trompette Escoffier et de ses camarades chez Abd el-Kader.
  16. a b et c Charles Robin, Galerie des gens de lettres au XIXe siècle, Paris, éd. Victor Lecou, 1848, p. 126.
  17. ''Médias19, notice biographique Ernest Alby.
  18. Augustin Challamel, Souvenirs d'un hugolâtre : la génération de 1830, 1885, p. 261.
  19. Ernest Alby, Des persécutions contre les juifs, Paris, 1840, p. 1-2.
  20. La Gazette pittoresque : journal universel d'images : bulletin littéraire illustré des familles, 21 janvier 1855, p. 6.
  21. Charles Robin, Galerie des gens de lettres au XIX siècle, Paris, éd. Victor Lecou, 1848, p. 127.
  22. Les Vêpres marocaines, ou les Derniers Prisonniers d'Abd-el-Kader, 1853, p. 1-2.
  23. BnF, archives et manuscrits, «Lettres de saint-simoniens, relatives principalement à l'Algérie - Lettres de Ernest Alby».
  24. Les prisonniers d'Abd el-Kader, ou cinq mois de captivité chez les Arabes, par M. A. de France, enseigne de vaisseau, Paris, 1837, 2 vol.
  25. Ernest Alby, Histoire des prisonniers français en Afrique depuis la conquête, tome 1, p. II-III.
  26. BnF, Catalogue général, notice de personne : France, A. de (1809-1868).
  27. Archives départementales du Tarn, état civil de Castres, naissances, 1813.
  28. Archives départementales du Tarn-et-Garonne, état civil de Montauban, décès, 1886.
  29. Annales maritimes et coloniales, recueil de lois et ordonnances royales..., 1834, p. 143.
  30. État général de la Marine et des colonies, 1840, p. 37.
  31. Histoire des prisonniers français en Afrique depuis la conquête, tome 1, p. 75.
  32. Histoire des prisonniers français en Afrique depuis la conquête, tome 1, p. 76-79.
  33. Histoire des prisonniers français en Afrique depuis la conquête, tome 1, p. II.
  34. Voir sa page dans les data de la BnF.
  35. Adolphe de Fontaine de Resbecq, Alger et les côtes d'Afrique, 1837, p. 121-122.
  36. Les Deux Bourgognes. Études provinciales, 3e volume, Dijon, 1837.
  37. Les Deux Bourgognes. Études provinciales, 3e volume, «Bulletin, »Dijon, 1837, p. 387-388.
  38. Général Du Barail, Mes souvenirs, tome 1, 1820-1851, 12e éd., 1897-1898, p. 24-25.
  39. Georges Yver, Correspondance du capitaine Daumas, consul à Mascara (1837-1839), collection de documents inédits sur l'histoire de l'Algérie après 1830, Alger, 1912.
  40. a et b Georges Yver, Correspondance du capitaine Daumas, consul à Mascara (1837-1839)..., p. 570.
  41. Histoire des prisonniers français en Afrique depuis la conquête, tome 1, p. 167.
  42. M. A. de France, Les prisonniers d'Abd el-Kader, ou cinq mois de captivité chez les Arabes, 1837, p. 270.
  43. Le Journal des Débats politiques et littéraires, 14 avril 1837
  44. Histoire des prisonniers français en Afrique depuis la conquête, tome 1, 1847, p. II-III.
  45. Le livre du centenaire du Journal des débats, 1789-1889 , 1889, p. 597.
  46. Journal des débats politiques et littéraire, 5 septembre 1848.
  47. Charles-André Julien, Histoire de l'Algérie contemporaine. La conquête et les débuts de la colonisation (1827-1871), Puf, 1964, éd. 1986, p. 288.
  48. Alexandre Bellemare, Abd El-Kader, sa vie politique et militaire, 1863, rééd. Bouchène, 2003, p. 171.
  49. «Louis Testard, héros de Sidi Brahim et prisonnier d'Abd el-Kader», Études Coloniales, 14 mai 2019.
  50. Histoire des prisonniers français en Afrique depuis la conquête, 1847, tome 2, p. 340.
  51. Les Vêpres marocaines, ou les Derniers Prisonniers d'Abd-el-Kader, 1853, p. 2.

Liens externes[modifier | modifier le code]