Déportation des Allemands de Roumanie pendant et après la Seconde Guerre mondiale

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L’expulsion des Allemands de Roumanie après la Seconde Guerre mondiale, menée sur ordre soviétique au début de 1945, déracina des dizaines de milliers de Roumains allemands, dont beaucoup périrent. L'expulsion faisait partie du plan soviétique pour les réparations de guerre allemandes sous la forme de travail forcé, selon l'ordre secret soviétique 7161 de 1944.

Position officielle du gouvernement Rădescu[modifier | modifier le code]

Le dernier gouvernement non-communiste de la Roumanie, dirigé par le Premier ministre Nicolae Rădescu, se déclara « très surpris » par l'ordre émis le 6 janvier 1945 par les occupants soviétiques de la Roumanie. L'ordre prévoyait la mobilisation de tous les habitants allemands de la Roumanie, en vue de l’expulsion de la plupart d'entre eux vers l'Union soviétique. L'arrêté d'expulsion s’appliquait à tous les hommes âgés de 17 à 45 ans et aux femmes de 18 à 30 ans. Seules les femmes enceintes, les femmes ayant des enfants de moins d'un an et les personnes incapables de travailler en était exclues. Le 13 janvier 1945, alors que les arrestations avaient déjà commencé à Bucarest et à Brașov, le gouvernement Rădescu envoya une note de protestation au vice-président (soviétique) de la Commission de contrôle alliés pour la Roumanie, le général Vladislav Petrovich Vinogradov. Cette note expliquait que le traité d'armistice (signé le 12 septembre 1944) n'envisageait pas d’expulsions et que l'industrie roumaine subirait de la déportation de tant de sa main d’œuvre, et surtout que sa population allemande constituait un pourcentage élevé de sa main-d'œuvre qualifiée. En conclusion, Rădescu souleva des préoccupations humanitaires concernant le sort des femmes et des enfants laissés seuls. L'expulsion se caractérisa comme étant l'une des premières manifestations de la guerre froide, car elle montra l'impossibilité du contrôle conjoint entre l'Est et l'Ouest, et cela avant même la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Statistiques[modifier | modifier le code]

Territoires de culture allemande (saxonne ou souabe) en Transylvanie.

Les statistiques concernant l'expulsion des Saxons de Transylvanie indiquent que près de 75 000 personnes furent déportés vers l'Union soviétique, soit environ 15 % de la population allemande de Transylvanie (selon les données de 1941). 12 % des expulsés étaient en dehors des limites d'âge prévues par l'arrêté d'expulsion; une fille de 13 ans fut expulsée, tout comme des personnes âgées de 55 ans. 90 % des expulsés finirent dans la RSS d'Ukraine (les régions de Dnipropetrovsk, Stalino et Vorochilovgrad), le reste dans l'Oural. (Voir Travail forcé des Allemands en Union soviétique pour le contexte.)

Les expulsés furent accueillis dans 85 camps. Un tiers travailla dans les mines, un quart dans la construction, le reste dans l'industrie, l'agriculture ou dans l'administration des camps. Très peu eurent des emplois qu'ils avaient déjà exercés en Roumanie.

Les premiers expulsés inaptes au travail furent renvoyés en Transylvanie à la fin de 1945. Entre 1946 et 1947, environ 5100 Saxons furent transportés, par des transports spéciaux pour les malades, à Francfort-sur-l'Oder, une ville allemande en zone d'occupation soviétique.

3 076 des déportés périrent en l'URSS[1], les trois quarts d'entre eux étaient des hommes. Quand ils furent libérés, un quart des déportés furent envoyés en Allemagne, dont seulement un septième retourna à la Transylvanie.

Le plus grand nombre de décès est survenu en 1947. À partir de 1948, la situation s’améliora, avec une baisse spectaculaire du nombre des expulsés malades et décédés.

En 1948, ceux qui étaient capables de travailler ont commencé aussi à être libérés des camps (49 % d'entre eux), de sorte qu’en octobre 1949, les camps furent fermés. Le dernier tiers des expulsés retournèrent en Transylvanie. Parmi ceux transportés en zone d'occupation soviétique, environ la moitié reçut la permission de rentrer chez eux. Le reste partit ailleurs (la plupart du temps en Allemagne de l'Ouest), mais quelques-uns restèrent en Allemagne de l'Est.

202 expulsés ne furent autorisés à rentrer chez eux que dans les années 1950 à 1952. Selon des documents soviétiques, 7 expulsés choisirent de rester en URSS.

De nouvelles turbulences survinrent pour les Roumains allemands (cette fois, elles touchèrent principalement les Souabes du Banat) pendant les déportations de Bărăgan des années 1950.

Révélations de 1995[modifier | modifier le code]

Un article du journal Allgemeine Deutsche Zeitung für Rumänien, publié le 13 janvier 1995 révéla que le gouvernement roumain n’était en fait pas « complètement surpris » par l'ordre d'expulsion. En fait, avant même de recevoir l'ordre, le gouvernement avait ordonné que des listes des hommes et des femmes capables d'effectuer des travaux forcés soient établies. Des semaines à l'avance, les Chemins de fer roumains (Căile Ferate Române), avaient commencé à préparer des wagons à bestiaux pour transporter les déportés. Des documents découverts après 1989 montrent que les déportations avaient été planifiées en détail: dès le 19 décembre 1944, le bureau du premier ministre transmit des ordres par téléphone aux inspecteurs de police afin d'enregistrer la population allemande capable de travailler, pour se conformer à l'ordre soviétique 7161 émis trois jours plus tôt.

Tous les groupes de l'Armée rouge avaient reçu l'ordre d'emmener un certain nombre d'Allemands de souche capable de travailler aux camps, puis de les expulser en Union soviétique. En Roumanie, cette mission fut accomplie avec l'aide des autorités roumaines, ainsi que par des unités de l'Armée rouge et agents du GRU.

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (de) August Schuller, « Transylvanian Newspaper », Siebenbürgische Zeitung (consulté le 15 novembre 2010)

Liens externes[modifier | modifier le code]