Virgil Gheorghiu

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Virgil Gheorghiu
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Virgil Gheorghiu en 1979
Nom de naissance Constantin Virgil Gheorghiu
Naissance
Valea Albă, Roumanie
Décès (à 75 ans)
Paris
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture roumain, français

Œuvres principales

Compléments

  • Prix Royal de poésie 1940 (Roumanie)

Constantin Virgil Gheorghiu, né le à Valea Albă, en Moldavie, dans le nord de la Roumanie, et mort le à Paris, est un écrivain et prêtre orthodoxe roumain. Écrivant tant en roumain qu'en français, il est notamment connu pour son roman phare La Vingt-cinquième Heure.

Biographie[modifier | modifier le code]

Virgil Gheorghiu est né à Valea Albă, un hameau de la commune de Războieni, dans le județ de Neamț en Roumanie. Son père, comme ses ancêtres, est prêtre orthodoxe du Patriarcat de toute la Roumanie à Petricani. Sa famille le destine tout d'abord au séminaire et à la prêtrise, mais doit y renoncer faute d'argent.

De 1928 à 1936, il fait ses études à l'école militaire de Chișinău, une période durant laquelle il compose des poèmes dont certains sont publiés dans la presse. Il fait ensuite ses débuts littéraires à Bucarest où il vit de divers petits emplois tout en suivant des études à la faculté de philosophie. Il se marie en 1939 avec Ecaterina Burbea. Il reçoit en 1940 le Prix Royal de poésie pour son recueil Calligraphies sur la Neige.

Sous la dictature fasciste du général Ion Antonescu, Gheorghiu devient diplomate travaillant d'abord en 1942 au secrétariat de la légation du ministère des Affaires étrangères, puis l'année suivante à l'ambassade de Zagreb en tant qu'attaché culturel. C'est en Croatie qu'il apprendra en août 1944 la capitulation sans condition de la Roumanie.

Opposé à l'occupation de son pays par les troupes de l'Armée rouge, il fuit la Croatie avec son épouse. La Roumanie ayant combattu aux côtés de l'Allemagne nazie pendant la guerre, sa qualité d'ancien diplomate lui porte préjudice et le couple sera arrêté puis emprisonné entre 1945 et 1947 dans une prison américaine en Allemagne. À leur libération, ils vivent un temps à Heidelberg où, en dépit d'une situation précaire et d'une santé devenue défaillante après deux années de détention, Gheorghiu poursuit des cours à la faculté de théologie et reprend l'écriture. En 1948, après trois tentatives infructueuses, le couple parvient à traverser la frontière et à s'installer en France.

Virgil Gheorghiu a rédigé La Vingt-cinquième heure durant les quelques mois passés à Heidelberg. Une fois installé à Paris, il propose le manuscrit au philosophe et écrivain Gabriel Marcel, directeur littéraire chez Plon qui préfacera la première édition française. Sorti au printemps 1949, le livre connaît un succès rapide et bénéficie de multiples traductions à travers le monde, à l'exception des pays du bloc de l'est.

En 1952, Virgil Gheorghiu fait face à une violente campagne de presse, l'accusant d'antisémitisme. L'accusation, vraisemblablement venue de Bucarest, porte sur certains passages de ses reportages, alors qu'il était correspondant de guerre accrédité par la Wehrmacht sur le front russe, lesquels avaient été publiés en 1941 sous le titre Les Rives du Dniestr brûlent (Ard malurile Nistrului). Selon Alexandra Laignel-Lavastine, il s'y demandait notamment « pourquoi les troupes roumaines n'abattaient pas directement à la mitrailleuse les Juifs qu'elles déportaient en colonnes vers les camps de Transnistrie »[1]. En proie aux attaques les plus diverses, Virgil Gheorgiu refusera de démentir publiquement, provoquant la rupture avec Gabriel Marcel. Ce dernier exigera par la suite le retrait de sa préface des éditions ultérieures de La Vingt-cinquième Heure.

En 1967, Henri Verneuil réalisera le film tiré de cette œuvre, avec Anthony Quinn dans le rôle du paysan Iohann Moritz, et Serge Reggiani dans celui du fils du prêtre Koruga, Traian, qui prend conscience que la vingt-cinquième heure est arrivée.

Le , Virgil Gheorghiu est ordonné prêtre de l'Église orthodoxe roumaine de Paris. En , il reçoit la croix de patriarchie roumaine des mains du patriarche de Roumanie, récompensant ses activités liturgiques et littéraires.

Gheorghiu meurt le , à Paris, où il est enterré au cimetière de Passy.

Virgil Gheorghiu a écrit ses derniers livres directement en français.

La Vingt-cinquième Heure[modifier | modifier le code]

Ce roman est une remise en question radicale de l'homme du XXe siècle, de son indifférence à autrui, de sa cruauté. La menace de la robotisation de la société y est dénoncée tant dans le totalitarisme hitlérien que dans la démocratie simpliste à l'américaine, sans parler du communisme soviétique, qui n'apparaît qu'en arrière-plan, mais comme repoussoir absolu. La politique par catégories et idées toutes faites n'est pas une menace passée, aussi ce livre garde-t-il toute son urgente actualité.

Le roman raconte l'épopée de Iohann Moritz, paysan roumain de Moldavie, qui traverse la Seconde Guerre mondiale comme victime inconsciente de la société arrivée à la 25e heure, quand les individus ne sont plus considérés en tant que tels, mais traités comme membres de catégories ; Iohann Moritz est successivement ballotté entre les Juifs, les Roumains, les Hongrois, les Allemands et les Américains, chacun le considérant comme élément d'une catégorie à laquelle finalement il n'appartient pas, incapable d'exercer sa liberté d'homme en face d'une société déshumanisée.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Viaţa de toate zilele a poetului (La vie de tous les jours du poète), Editura Cartea Românească, Bucarest,1937
  • Caligrafie pe zăpadă (Calligraphie sur la neige), Editura Fundaţiilor Regale pentru Literatură şi Artă "Regele Carol II", Bucarest, 1940
  • Armand Călinescu (Armand Calinesco), Editura Socec, Bucarest, 1940
  • Ard malurile Nistrului: mare reportaj de război din teritoriile dezrobite (Les rives du Dniestr sont en flammes), cu o scrisoare de Tudor Arghezi, Editura Naţionala Gh. Mecu, Bucarest, 1941
  • Cu submarinul la asediul Sevastopolului (Avec le sous-marin à l’assaut de Sébastopol), Editura Naţionala, Bucarest, 1942
  • Am luptat în Crimeea (J’ai combattu en Crimée), reportaj de război, cu un portret de Lucia Demetriade Bălăcescu, Editura Naţionala Gh. Mecu, Bucarest, 1942
  • Ceasul de Rugăciune (L’heure de la prière), cu un portret al autorului de R. Rybiczka, Editura Naţionala Gh. Mecu, Bucarest, 1942
  • Ultima oră (La dernière heure), Editura Naţionala, Bucarest, 1943
  • Rumänische Mârchen (Contes roumains), Eibandentwurf von Eugen Dörr, Ähren-Verlag, Heidelberg, 1948
  • La Vingt-cinquième Heure, traduit du roumain par Monique Sainte-Côme (alias Monica Lovinescu), préface de Gabriel Marcel, Plon, 1949
  • La Seconde Chance, traduit du roumain par Livia Lamoure, Plon, 1952
  • L'Homme qui voyagea seul, traduit du roumain par Livia Lamoure, Plon, 1954
  • Le Peuple des immortels, traduit du roumain par Livia Lamoure, Plon, 1955
  • Contrata de heroes (On embauche des héros), version española de F.R., Luis Casalt editor, Barcelone, 1957
  • Les Sacrifiés du Danube, traduit du roumain par Livia Lamoure, Plon, 1957
  • Saint-Jean-bouche-d'or, traduit du roumain par Livia Lamoure, Plon, 1957
  • Les Mendiants de miracles, traduit du roumain par Livia Lamoure, Plon, 1958
  • De Vedenking (Pourquoi tuer Limitrof ?), vertaling Louis N.V. Uitgeverij W. van Hoeve & Uitgeversmaatschappij A. Manteau N.V., La Haye et Bruxelles, 1959
  • Saint Ambroise de Milan, inédit, 1959 (Sfantul Ambrozie al Milanului, traducere din limba franceza de Gheorghiță Ciocioi d'après le texte français établi par Thierry Gillyboeuf), Editura Sophia, 2013)
  • La Cravache, suivi d'une postface de l'auteur "Le Sceau de l'Infâmie", traduit du roumain par Livia Lamoure, Plon, 1960
  • Perahim, traduit du roumain par Livia Lamoure, Plon, 1961
  • La Maison de Petrodava, traduit du roumain par Livia Lamoure, Plon, 1961
  • La Vie de Mahomet, traduit du roumain par Livia Lamoure, Plon, 1963 ; Éditions du Rocher, 1999 (ISBN 2268032752)
  • Les Immortels d'Agapia, traduit du roumain par Livia Lamoure, Plon, 1964 ; Gallimard, 1998 (ISBN 2070402878)
  • La Jeunesse du docteur Luther, traduit du roumain par Livia Lamoure, Plon, 1965
  • De la vingt-cinquième heure à l'heure éternelle, traduit du roumain par Livia Lamoure, Plon, 1965 ; Éditions du Rocher, 1990 (ISBN 2268010384)
  • Le Meurtre de Kyralessa, traduit du roumain par Livia Lamoure, Plon, 1966
  • La Tunique de peau, Plon, 1967
  • La Condottiera, Plon, 1967
  • Pourquoi m'a-t-on appelé Virgil ? Plon, 1968
  • La Vie du patriarche Athénagoras, Plon, 1969
  • L'Espionne, Plon, 1971 ; Éditions du Rocher, 1990 (ISBN 2268009858)
  • L'œil américain, Plon, 1972
  • Dieu ne reçoit que le dimanche, Plon, 1975
  • Les Inconnus de Heidelberg, Plon, 1977 (ISBN 2259001955)
  • Le Grand Exterminateur, Plon, 1978 (ISBN 2259003230)
  • Les Amazones du Danube, Plon, 1978 (ISBN 2259004024)
  • Christ au Liban - De Moïse aux Palestiniens, Plon, 1979 ; Le Christ au Liban, Éditions du Rocher, 1989 (ISBN 978-2268008103)
  • Dieu à Paris, Plon, 1980 (ISBN 2259006132)
  • Dracula de Carpates, inédit, 1982
  • Mémoires : Le Témoin de la vingt-cinquième heure, Plon, 1986 (ISBN 2259014356)
  • La Corée, la belle inconnue de l'Extrême-Orient - A l'heure des Jeux Olympiques, Plon, 1987
  • L'épreuve de la liberté - Mémoires, Editions du Rocher, 1995

Biographie[modifier | modifier le code]

  • Amaury d'Esneval. Gheorghiu. coll. "Qui suis-je ?", Pardès, 2004.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Laignel-Lavastine, Alexandra (2008). Cioran, Eliade, Ionesco, L'Oubli du fascisme. Paris, PUF. p. 414.