Convention d'Alvensleben

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Le royaume du Congrès (vert-de-gris) et la Prusse (en bleu).

La convention d'Alvensleben est signée le par la Russie et la Prusse. Elle constitue une réponse à l'insurrection polonaise de 1861-1864 en permettant aux troupes de chacun des pays signataires de poursuivre les révolutionnaires polonais au-delà de leurs frontières respectives. Elle fut paraphée le 8 février 1863 à Saint-Pétersbourg par l'émissaire prussien Gustav von Alvensleben (en) et le ministre russe des Affaires Étrangères, Alexandre Gortchakov[1].

L'accord[modifier | modifier le code]

En janvier 1863, une insurrection contre le gouvernement tsariste secoua le royaume du Congrès. La Prusse fit immédiatement fermer sa frontière et mobilisa pour défendre ses provinces orientales contre ce genre de troubles. À la demande pressante du Premier ministre Otto von Bismarck, Alvensleben, aide de camp du roi de Prusse, fut dépêché auprès du tsar Alexandre II de Russie pour négocier des mesures communes à l'encontre des insurgents[1],[2]. Les deux royaumes convinrent que leurs armées respectives étaient fondées à s'engager en territoire polonais pour frapper les révolutionnaires et les traîner devant les cours martiales russes[1],[3],[4].

Toutefois, cet accord n'entra jamais en application car de son côté la Russie réglait seule le soulèvement polonais[5],[6].

Conséquences politiques[modifier | modifier le code]

Échos en Prusse[modifier | modifier le code]

Le Premier ministre prussien Otto von Bismarck.

Bismarck qui, en septembre 1862, venait d’être nommé Premier ministre et gouvernait sans disposer de majorité stable au Parlement, fut hué par les libéraux prussiens tels Hans Victor von Unruh et Heinrich von Sybel, qui continuaient de sympathiser avec les Polonais, quoiqu'avec beaucoup moins d'emphase[2],[4],[7],[8],[9] qu'en 1848.

Le traité déclencha finalement l'opposition du Parlement prussien : un jour que le président du Landtag l'interrompait alors qu'il s'expliquait sur sa politique polonaise, Bismarck s'écria qu'il n'en répondrait que devant le monarque et qu’« il n'avait pas à se soumettre à l'autorité disciplinaire dont le président du parlement était investi. »

La lutte entre Bismarck et la Diète se poursuivit jusqu'à ce que le les parlementaires adressent une note des plus sèches au roi : « La Chambre des Députés n'a plus les moyens de s'expliquer avec ce ministre… Chaque nouvelle tentative de négociation ne fait que renforcer notre conviction qu'une espèce de mauvais sort divise les conseillers de la Couronne et le pays. » En conséquence, le roi finit par dissoudre la Chambre[10], cependant que Bismarck faisait marche arrière : à son instigation, l'émissaire russe Gortchakov démentit l'entrée en vigueur de l'accord[3].

Conséquences internationales[modifier | modifier le code]

Cette convention fut critiquée par les libéraux d'Europe de l'Ouest et déchaîna une crise diplomatique sérieuse[3]. La Grande-Bretagne, Napoléon III et l'Autriche-Hongrie protestèrent, la France ne cachant pas ses sympathies pour les indépendantistes et allant jusqu'à suggérer le renvoi de Bismarck[2]. L'impératrice Eugénie alla jusqu'à présenter à l'ambassadeur autrichien une carte de l'Europe sur laquelle la Pologne était indépendante et où les frontières des monarchies européennes étaient bouleversées[8],[11].

Cette accord réchauffa naturellement les relations diplomatiques entre la Russie et la Prusse, tout en éloignant la France, de par la sympathie évidente de Napoléon III envers les insurgés polonais[2],[12]. Bismarck lui-même s'aperçut plus tard qu'elle constituait un atout pour obtenir la neutralité russe lors de la guerre austro-prussienne et de la guerre de 1870[12].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Encyclopedia of the United Nations and international agreements, Routledge, (ISBN 0-415-93924-0), p. 81.
  2. a, b, c et d Bascom Barry Hayes, Bismarck and Mitteleuropa, (ISBN 0-8386-3512-1), p. 93.
  3. a, b et c George O. Kent, Bismarck and his times, Southern Illinois University, (ISBN 0-8093-0858-4), p. 45.
  4. a et b Simon Peaple, European diplomacy, 1870-1939, Heinemann, (ISBN 0-435-32734-8), p. 7.
  5. John Ashley Soames Grenville, Europe reshaped, 1848-1878, Blackwell, (ISBN 0-631-21914-5), p. 252.
  6. Katherine Anne Lerman, Bismarck, Pearson, (ISBN 0-582-03740-9), p. 94.
  7. Otto Pflanze, Bismarck and the development of Germany: the period of unification, 1815-1871, , p. 196.
  8. a et b Edgar Feuchtwanger, Bismarck, Routledge, (ISBN 0-415-21613-3), p. 92.
  9. Hajo Holborn, A History of Modern Germany, Princeton University Press, (ISBN 0-691-00797-7), p. 166.
  10. Heidemarie Anderlik, Burkhard Asmuss et Hartwin Spenkuch, « Eisen und Blut (iron and blood) : The way to a German Nation-State », Deutsches Historisches Museum.
  11. Alan Cassels, Ideology and International Relations in the Modern World, Routledge (ISBN 0-415-11927-8), p. 76.
  12. a et b Eric Wilmot, The Great Powers, 1814-1914, Nelson, (ISBN 0-17-435056-2), p. 252.