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Compte rendu au Roi

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Edition originale

Le Compte rendu au Roi de Necker à Louis XVI, publié le , fait l'état des lieux des dépenses de l'État français en 1781. Le texte de 100 pages est édité par la librairie Panckouke et remporte un grand succès : 100 000 exemplaires sont vendus en quelques semaines[1].

Dans le contexte délicat de la Guerre d'indépendance des États-Unis, la situation financière française y est présentée. Le but premier de ce livre est de rendre plus facile à la France l'emprunt à des investisseurs privés, qu'ils soient français ou étrangers, et ce, aux meilleurs taux. Suivant l'exemple de l'Angleterre, Necker est convaincu que si les finances de la France sont rendues publiques, cela augmentera la confiance des investisseurs en celle-ci. Grâce à cette transparence, ces derniers seront moins hésitants à prêter des fonds au royaume.

Bien que la France ait des finances négatives au moment où l'ouvrage est publié, Necker veut convaincre les investisseurs de la qualité de leur investissement sur le long terme. Dans ce but, il souhaite démontrer que les finances de l'État seront positives dès le retour à la paix. Pour ce faire, il crée une distinction entre dépenses ordinaires et dépenses extraordinaires, les secondes étant celles relatives à la guerre. Necker explique de manière claire, dans l'introduction de l'ouvrage, que seules les dépenses ordinaires vont être évoquées, ce qui lui permet de faire apparaître un excédent de 10 millions de livres. Il n'y a donc aucune volonté de tromperie de sa part. Mais si l'on compte les dépenses de la guerre d’Amérique, le déficit pase alors à 90 millions de livres[2]. Necker est résolu à tout dévoiler. Dans le Compte-rendu au Roi, il insiste plusieurs fois sur le gaspillage que représentent les guerres et sur les difficultés que celles-ci font peser sur l'économie.

Un des faits exceptionnels, à propos de ce compte rendu, est que celui-ci est rendu public par Necker, dévoilant ainsi des listes de pensions[3], avec noms et montants des sommes versées par l'État à certains nobles et aux favorites du Roi. Cette publication fait scandale et la noblesse exige la démission de Necker, qui, lâché par les autres ministres (Maurepas, Vergennes, Miromesnil), présente finalement sa démission le [1].

Dès sa parution, cet ouvrage est affublé du qualificatif de Conte bleu, en relation avec la couleur de la brochure, donné par l'entourage de la reine, qui n'apprécie évidemment pas le fait que soit rendu public le montant des pensions accordées à la noblesse. Le succès de l'ouvrage lui vaut l'inimitié des privilégiés épinglés par le texte. Maurepas et les frères du roi sapent l’autorité du directeur général des finances, auquel est refusé l'accès au conseil du Roi, ce qui provoque sa chute[4].

Son successeur, Calonne, s'emploie à contester son bilan. Le 22 février 1787, lors de la séance inaugurale de l’Assemblée des Notables , Calonne révèle l’état désastreux des finances du royaume, ce qui lui vaut les réponses de Necker sur le même sujet depuis son exil à Coppet[4].

  • Jacques Necker, Compte rendu au roi, par M. Necker, directeur général des finances . Au mois de janvier 1781. Imprimé par ordre de Sa Majesté., (lire en ligne) sur Gallica.
  • Jacques Necker, Compte rendu au Roi, par M. Necker, Directeur général des Finances. Au mois de janvier 1781. Imprimé par ordre de Sa Majesté, (lire en ligne) sur Internet Archive.
  • Jacques Necker, Sur le compte rendu au roi en 1781. Nouveaux éclaircissements, par M. Necker, (lire en ligne) sur Gallica.

Bibliographie

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  • (en) Robert D. Harris, « Necker's Compte Rendu of 1781: A Reconsideration », The Journal of Modern History, vol. 42, no 2,‎ , p. 162–183 (ISSN 0022-2801, lire en ligne, consulté le )
  • Robert Darnton, L'humeur révolutionnaire, Paris, 1748-1789, Gallimard, , 582 p. (ISBN 9782072990496), p. 209 et suiv.

Notes et références

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  1. a et b Evelyne Lever, Le Crépuscule des rois, Fayard 2013 p. 291
  2. Jean Tulard, « Le roi s’effondre sous la dette », sur Valeurs actuelles,
  3. Marcel Marion, Histoire financière de la France depuis 1715, t. 1, Paris, A. Rousseau, (lire en ligne), p. 310-311
  4. a et b Léonard Burnand, « L’exil ministériel : les disgrâces de Jacques Necker », Orages, vol. 17, no 1,‎ , p. 87–100 (ISSN 1635-5202, DOI 10.3917/ora.017.0087, lire en ligne, consulté le )

Liens externes

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Texte intégral numérisé sur le site Gallica.bnf.fr