Chibani

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Sur les autres projets Wikimedia :

Chibani (au féminin chibania, pl. fr. chibanias[1]) vient de l'arabe maghrébin et signifie vieux, vieillard, ancien[2],[3] ou encore « cheveux blancs »[4].

Initialement le terme est utilisé pour désigner dans leur propre langue les familles de combattants harkis, émigrées en France sous la pression des indépendantistes algériens et dont les membres sont parvenus à l'âge de la retraite.

À partir du début du XXIe siècle, le terme est appliqué à une catégorie de population originaire d'anciennes colonies françaises (majoritairement du Maghreb[5], et dans une moindre mesure Afrique subsaharienne et Extrême-Orient), émigrés en France durant les Trente Glorieuses (1945-1975) sans réussir à se forger une situation stable en France et parvenus à l'âge de la retraite dans des conditions précaires.

Par extension, le mot qualifie à partir du début du XXIe siècle, toute personne âgée en français colloquial[6].

Sociologie[modifier | modifier le code]

Un rapport d’information parlementaire recense 229 000 chibanis de plus de 65 ans résidant en France en 2013[7]. Parmi eux se trouvent 67% de Maghrébins[8], mais également des ressortissants de pays de l'Afrique subsaharienne — Sénégal et Mali principalement — et une minorité d'asiates[9].

Traiter leurs dossier s'avère difficile: "deux tiers ne sont jamais allés à l'école et un tiers ont des difficultés à communiquer en Français"[10], d'où méconnaissance de l'univers socio-économique et administratif dans lequel ils ont vécu en France liée à la faiblesse persistante de leurs revenus. De surcroît, leur statut est ambivalent.

En effet, jusqu'avant l'indépendance de leurs pays d'origine, les chibanis étaient des « français de statut local ». Ainsi en était-il dans l’Algérie qui était alors un département français ainsi qu'au Maroc et en Tunisie qui étaient des protectorats français. Si la France s'est d'abord engagée à prendre les harkis sous son aile, les accords d'Évian ont eu des conséquences ayant empêché de leur accorder la nationalité française au motif qu'ils possédaient déjà une nationalité et n'étaient pas apatrides. Par la suite, le déclin de l'essor économique français, l'augmentation vertigineuse de la criminalité et la constante perte d'autorité de l'État[11],[12],[13],[14],[15] freinèrent durablement toute motivation politique ultérieure. C'est pourquoi leurs demandes de naturalisation sont difficiles à traiter malgré des aménagements à partir de 2012[16].

Immigrés en France, il le sont parfois tout autant dans leur pays d'origine[17], ce qui a conduit à les surnommer « invisibles » ou « oubliés ».

Le statut juridique des chibanis est évoqué dans la page Statut juridique des chibanis.

Les chibanias[18] de Marseille sont des veuves d'ouvriers du bâtiment algériens. L'association Schebba pour les femmes des quartiers pauvres de Marseille accueille leurs réunions hebdomadaires pour attirer l'attention sur le manque de ressources allouées à leur insertion sociale. Depuis 2007 une nouvelle aide pour la réinsertion familiale attribue une allocation de 550 euros à toutes personne étrangère retraitée disposant de revenus inférieurs à 6 600 euros par an afin de lui permettre de passer 6 mois dans son pays d'origine. Les chibanias ne peuvent prétendre à cette aide car elles ne rentrent pas dans les critères d'obtention, qui exigent que les personnes soient hébergées dans un foyer.

Littérature[modifier | modifier le code]

Personnalités portant ce nom[modifier | modifier le code]

  • Ali Chibani[19],[20], journaliste collaborant au mensuel Le Monde diplomatique, à Tv5 Monde et aux sites Orient XXI, SlateAfrique.com, Grotius.fr ainsi qu’à la revue Cultures Sud. Cofondateur du blog littéraire La Plume francophone, auteur du recueil poétique L’Expiation des innocents et du récit poétique Mes poches vides, mon miroir brisé. Les tripes de la petite Zohra dans une bassine d’eau javellisée (Alger, Koukou éditions, 2016), il est docteur en littérature comparée avec une thèse soutenue en Sorbonne publiée sous le titre "Tahar Djaout[21] et Lounis Aït Menguellet[22]. Temps clos et ruptures spatiales" (L’Harmattan, 2012) .

Patronyme de fiction[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bouhali, Rajet., Mohammadi, Naouel., Tolba, Nassira. et Idir, Kamar., Les dames de l'exil : portraits en images et en paroles, Marseille, FRACHI, impr. 2013, 119 p. (ISBN 978-2-9546761-0-4 et 2954676108, OCLC 881011959, lire en ligne).
  2. Ambroise Queffélec, Le français en Algérie : Lexique et dynamique des langues, Bruxelles, De Boeck Supérieur, , 592 p. (ISBN 978-2-8011-1294-6, lire en ligne), p. 242.
  3. Fouzia Benzakour, Driss Gaadi et Ambroise Queffélec, Le français au Maroc : Lexique et contacts de langues, Bruxelles, De Boeck Supérieur, (ISBN 978-2-8011-1260-1, lire en ligne), p. 172.
  4. [PDF] Carine Girac-Marinier, Jacques Florent, « Dossier presse : Petit Larousse illustré 2013. Les mots nouveaux du Petit Larousse illustré 2013 », sur www.editions-larousse.fr, Éditions Larousse, (consulté le 25 novembre 2013), p. 2
  5. Cherfi, Magyd., Chibanis : la question, Vauvert, Au diable Vauvert, cop. 2016, 85 p. (ISBN 979-10-307-0082-4, OCLC 963921194, lire en ligne).
  6. KAMEL Wassim (Dir.), 2017, Frères d’armes, enfants de la liberté, Sous-préfecture de Dreux, Ville de Dreux, Conseil de la communauté marocaine à l'étranger, Dreux, 55p.[PDF] Carine Girac-Marinier, Jacques Florent, « Dossier presse : Petit Larousse illustré 2013. Les mots nouveaux du Petit Larousse illustré 2013 », sur www.editions-larousse.fr, Éditions Larousse, (consulté le 25 novembre 2013), p. 2.
  7. cf https://www.solidarum.org/besoins-essentiels/l-agence-solidaire-des-anciens-migrants-chibanis
  8. cf https://www.juritravail.com/Actualite/naturalisation/Id/267434
  9. Alexis Bachelay, Carine Fouteau, Mediapart, « Droits des vieux immigrés: la mission de la dernière chance (Mediapart) », sur www.alexisbachelay.fr, (consulté le 28 mai 2013) : « http://www.mediapart.fr/journal/france/090513/droits-des-vieux-immigres-la-mission-de-la-derniere-chance »
  10. Selon une étude de la Mutualité sociale agricole (MSA) datant 2008, évoquée sur Objectif Gard https://www.objectifgard.com/2013/04/08/chibanis-une-mission-parlementaire-sinteresse-aux-vieux-travailleurs-immigres-du-gard/
  11. cf https://www.ouest-france.fr/reflexion/point-de-vue/l-etat-en-pleine-crise-d-autorite-6098236
  12. Maxime Tandonnet, « Derrière le désastre français, la crise de l'autorité de l'Etat », Le Figaro,‎ (lire en ligne, consulté le 30 juin 2020).
  13. La perte d'autorité de l'État de droit cf https://www.youtube.com/watch?v=TsTF740gZW4
  14. « "Il n’y a plus d’autorité de l’Etat" : pourquoi le constat dressé par Nicolas Sarkozy appelle AUSSI des réponses qui dépassent la police et la justice », sur Atlantico.fr (consulté le 30 juin 2020).
  15. cf https://www.liberation.fr/debats/2014/11/21/ou-est-passee-l-autorite_1146362
  16. « Conditions de vie des chibanis en France : Le gouvernement commence sa réforme », yabiladi.com, (consulté le 22 janvier 2014)
  17. Mathilde Mathieu et Florence Brochoire, « Chibanis, la France répare enfin », La Vie, no 3207,‎ (lire en ligne)
  18. « Les « chibanias » de Marseille, oubliées de l’aide à la réinsertion familiale », lemonde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 1er février 2019).
  19. cf https://la-plume-francophone.com/nos-partenaires/
  20. cf http://tlaxcala-int.org/biographie.asp?ref_aut=6623&lg_pp=fr
  21. Tahar Djaout est un écrivain francophone
  22. Lounis Aït Menguellet est un chanteur-poète kabyle