Cheikh Saïd (Kurde)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Cheikh Saïd (Turquie))
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Cheikh Saïd.
Cheikh Saïd
Biographie
Naissance
Décès
Activité

Cheikh Saïd Piran (kurde : Şêx Seîdê Pîran, turc : Şeyh Sait) (1865 - Diyarbakır, ) est un leader musulman et nationaliste kurde qui a mené en 1925 une révolte armée visant à renverser la République turque édifiée par Mustafa Kemal Atatürk 2 ans plus tôt.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le Cheikh était un haut représentant dela secte islamiste des Naqchabandiyya-Tariqa qui bénéficiaient d'un solide soutien dans la région du Kurdistan.

Il était originaire de la ville de Hınıs, dans la province turque de Erzurum. Par ses talents oratoires et son charisme, il était un cheikh vénéré de l'école Naqshbandi du Soufisme et était éminemment respecté par la population kurde.

Cheik Sait devient le chef de plusieurs tribus et celui de l'ordre religieux Palevi qui est une branche de la puissante tariqa Naqchabandiyya, qui jouit d'une très grande autorité auprès des masses et des notables kurdes.

Opposition au kémalisme[modifier | modifier le code]

Le nouveau gouvernement d'Ankara avait proclamé la république et abolit le sultanat en 1923. La politique nationaliste et laïque menée par Atatürk remettait en cause le statut des religieux (cheikh, agha) vis-à-vis de la société civile et allait aboutir à la dissolution du "Kurdistan" au sein de la nouvelle nation turque.

Cette situation créa un important mécontentement au sein de la population kurde qui atteint son point culminant après l'abolition du califat, ce qui était inacceptable pour la population, qui restait très religieuse.

La rébellion[modifier | modifier le code]

Révolte de Cheikh Said
Description de cette image, également commentée ci-après

Régions de population kurde, CIA, 1992

Informations générales
Date -
Lieu Kurdistan turc
Issue Répression de l'insurrection Déportation de la population kurde
Belligérants
Février
Drapeau de la Turquie ~ 12 000 soldats
Avril
Drapeau de la Turquie ~ 100 000 soldats
Février
10 000 insurgés
Avril
50 000 insurgés
Commandants
Drapeau de la TurquieMustafa Kemal Atatürk
Drapeau de la TurquieFevzi Cakmak
Drapeau de la TurquieIsmet Inonu
Cheikh Said
Tribus sunnites
Population kurde
Pertes
20 000 soldats tués 40 000 insurgés tués
250 000 civils tués

On désigne souvent la rébellion qu'il a menée comme une rébellion nationaliste kurde. Mais même si la rébellion avait effectivement des raisons nationalistes elle était avant tout religieuse. Les kurdes menés par le Cheikh Saïd s'opposaient à la suppression du statut de califat qu'a mise en œuvre le gouvernement kémaliste. Dans les affiches du mouvement on pouvait lire, « A bas la République ! Vive le Sultan-Calife ! ». Il soutient ouvertement l'ancien régime du Sultan (lequel avait signé le traité de Sèvres qui garantissait l'autonomie Kurde) contre la République. La révolte est soutenue par des sociétés secrètes islamiques et de grands journaux.

La planification de la rébellion commence dès la proclamation par le gouvernement d'Ankara de l'abolition du califat. Cheikh Saïd, avec l’appui de plusieurs chefs de tribus kurdes de confession sunnite (les kurdes alévies étant indifférents au statut du calife), se prépare à renverser le gouvernement infidèle d'Ankara. Il lance un appel à l'ensemble des musulmans de Turquie à se joindre à la rébellion. Cheikh Saïd parcourt avec ses fidèles la région de Kharpout et de Diyarbakir pour tenter de persuader les populations zazaphones de la nécessité d'abattre la République kémaliste.

La rébellion éclate brutalement le 13 février 1925 lorsqu'une unité de la gendarmerie turque tente d’arrêter le Cheikh et ses partisans. Mais un échange de coups de feu éclate et 2 soldats sont tués. D'autres unités des forces de sécurité se font attaquer au cours du mois dans la région, accroissant le prestige des insurgés et augmentant le nombre de leur recrues.

Dans la nuit du 6 mars, Cheikh Saïd attaque et assiège la ville de Diyarbakır avec 10 000 hommes. La ville est conquise le 11 après le massacre de sa garnison. Les tribus kurdes, forte de 30 000 hommes, attaquent et conquièrent ensuite Ergani, Elâzığ, Maras et Bitlis. L'avance des insurgés est également facilité par le manque de réactivité initiale du gouvernement kémaliste. Le chef du gouvernement, Fethi Okyar, rechigne alors à utiliser la force contre la rébellion.

La rébellion s’étend rapidement et à la fin du mois de mars, les insurgés contrôlent 14 départements du sud-est de la Turquie.

La gravité de la situation oblige le gouvernement à réagir et Mustafa Kemal Atatürk prend des mesures exceptionnelles pour mater la rébellion.

Le premier ministre Fethi Okyar, jugé trop hésitant, est remplacé par Ismet Inonu. Le 23 février, la loi martiale est instaurée dans la région du Kurdistan. Le 1er mars, un accord est trouvé avec la France autorisant le transfert de troupes via la Syrie (alors française) pour encercler la rébellion kurde. Le 3 mars, le nouveau gouvernement fait voter par le parlement turc la "loi sur le maintien de l'ordre" donnant des pouvoirs judiciaires et législatifs à l’exécutif pour réprimer toute révolte dirigée contre le régime kémaliste. L'armée turque est mobilisée en force et envoyée dans le Kurdistan : 90 000 hommes (dont 52 000 gendarmes), soit 9 divisions, appuyés par 100 avions de la toute récente Armée de l'air turque.

La rébellion est matée dans le sang au bout de 2 mois et demi et aboutit à la mort de près de 300 000 civils. Le 27 avril, Cheikh Said est arrêté. Les tribunaux dits d'indépendance et les cours martiales créées par la loi du 3 mars exécutent ou emprisonnent tous les Kurdes reconnus coupables d'« atteinte à la sûreté intérieure de l'État ».

Le 29 juin 1925, Cheikh Saïd et cinquante-deux de ses partisans, sont pendus à Diyarbakir à la suite du jugement rendu par le tribunal de la Liberté. Celui-ci, lors du procès devant la cour, déclarera : " la séparation de la religion et des affaires de l'Etat ne peut pas être considérée comme licite. Il faut se conformer à la shari'a dans tous les domaines ".

Le caractère prématuré de la révolte (La rébellion éclate dés les premiers affrontements avec la gendarmerie turque), le manque de solidarité inter kurde (une partie des tribus kurdes alévis refusent de rejoindre Cheikh Said), l'absence de discipline entre les insurgés (attaques peu coordonnées et dispersées contre les forces gouvernementales), le désintérêt des populations turques sédentarisées sur les buts de la révolte (défense d'une nation kurde et du califat) et enfin la mobilisation massive, bien que tardive (2/3 de l'armée est mobilisée) de l'armée turque aboutit à l'échec du soulèvement.

La révolte de Cheikh Saïd reste de loin la révolte la plus importante au point de vue de l'ampleur, de l'utilisation de la religion et de ses conséquences sur le pays. Elle a représenté la plus grave menace à laquelle dut faire face la toute jeune république turque, dont l’existence n'avait pas 2 ans.

Conséquences de la rébellion[modifier | modifier le code]

La révolte convainc les autorités kémalistes d'accélérer le processus d'assimilation culturelle de la population kurde à la Turquie. Des milliers de personnes qui ont soutenu la rébellion, sont déportés à l'intérieur du pays. Des dizaines de villages kurdes sont détruits et une turquification de l'histoire, des patronymes, de la langue et des noms des villes est entreprise.

Aujourd'hui, Cheikh Saïd jouit d'un certain prestige auprès des Kurdes. Son petit-fils, Abdulmelik Firat est le chef du parti HAKPAR, un parti politique qui réclame l'autonomie du Kurdistan de Turquie.

Références[modifier | modifier le code]

  • Özcan Yilmaz, La formation de la nation kurde en Turquie
  • Ramazan BALCI, Bediüzzaman Said Nursi Prodige Du Siécle
  • Jean-David Mizrahi, Genèse de l'État mandataire: service des renseignements et bandes armées en Syrie