Cheikh Saïd (Kurde)

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Cheikh Saïd
Biographie
Naissance
Décès
Activité

Cheikh Saïd Piran (kurde : Şêx Seîdê Pîran, turc : Şeyh Sait) (1865 - Diyarbakır, ) est un leader musulman et nationaliste kurde qui a mené en 1925 une révolte armée contre le gouvernement de Mustafa Kemal Atatürk.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le Cheikh était un haut représentant des Naqchabandiyya-Tariqa qui bénéficiaient d'un solide soutien dans la région du Kurdistan.

Il était originaire de la ville de Bismil, dans la province turque de Çılsütun. Par ses talents oratoires et son charisme, il était un cheikh vénéré de l'école Naqshbandi du Soufisme et était éminemment respecté par la population kurde.

Cheik Sait devient le chef de plusieurs tribus et celui de l'ordre religieux Palevi qui est une branche de la puissante tariqa Naqchabandiyya, qui jouit d'une très grande autorité auprès des masses et des notables kurdes.

Opposition au kémalisme[modifier | modifier le code]

Le nouveau gouvernement d'Ankara avait proclamé la république et abolit le sultanat en 1923. La politique nationaliste et laïque menée par Atatürk remettait en cause le statut des religieux (cheikh, agha) vis-à-vis de la société civile et allait aboutir à la dissolution du "Kurdistan" au sein de la nouvelle nation turque.

Cette situation créa un important mécontentement au sein de la population kurde qui atteint son point culminant après l'abolition du califat, ce qui était inacceptable pour la population, qui restait très religieuse.

La rébellion[modifier | modifier le code]

Révolte de Menemen
Description de cette image, également commentée ci-après

Districts de la province de İzmir

Informations générales
Date -
Lieu Kurdistan turc
Issue Répression de l'insurrection
Belligérants
Drapeau de la Turquie ~ 90 000 hommes 30 000 insurgés
Pertes
3 000 tués 300 000 tués


On désigne souvent la rébellion qu'il a menée comme une rébellion nationaliste kurde. Mais même si la rébellion avait effectivement des raisons nationalistes elle était avant tout religieuse. Les kurdes menés par le Cheikh Saïd s'opposaient à la suppression de l'État islamique qu'a mise en œuvre le gouvernement kémaliste. Dans les affiches du mouvement on pouvait lire, « A bas la République ! Vive le Sultan-Calife ! ». Il soutient ouvertement l'ancien régime du Sultan (lequel avait signé le traité de Sèvres qui garantissait l'autonomie Kurde) contre la République. La révolte est soutenue par des sociétés secrètes islamiques et de grands journaux.

La planification de la rébellion commence dès la proclamation par le gouvernement d'Ankara de l'abolition du califat. Cheikh Saïd, avec l’appui de plusieurs chefs de tribus kurdes de confession sunnite (les kurdes alévies étant indifférents au statut du calife), se prépare à renverser le gouvernement infidèle d'Ankara. Il lance un appel à l'ensemble des musulmans de Turquie à se joindre à la rébellion.

La rébellion éclate le 13 février 1925 lorsqu'une unité de la gendarmerie turque tente d’arrêter le Cheikh et ses partisans. Mais un échange de coups de feu éclate et 2 soldats sont tués. D'autres unités des forces de sécurité se font attaquer au cours du mois dans la région, accroissant le prestige des insurgés et augmentant le nombre de leur recrues.

Dans la nuit du 6 Mars, Cheikh Saïd attaque et assiège la ville de Diyarbakır avec 10.000 hommes. La ville est conquise le 11 après le massacre de sa garnison. Les tribus kurdes, forte de 30 000 hommes, attaquent et conquièrent ensuite Ergani, Elazığ, Maras et Bitlis. L'avance des insurgés est également facilité par le manque de réactivité initiale du gouvernement kémaliste..

La rébellion s’étend rapidement et à la fin du mois de mars, les insurgés contrôlent 14 départements du sud-est de la Turquie.

La gravité de la situation oblige le gouvernement à réagir et Mustafa Kemal Atatürk prend des mesures exceptionnelles pour mater la rébellion. Le 23 février, la loi martiale est instaurée dans la région du Kurdistan, le 3 mars est votée par le parlement turc la "loi sur le maintien de l'ordre" donnant des pouvoirs judiciaires et législatifs à l’exécutif pour réprimer toute révolte dirigée contre le régime kémaliste. L'armée turque est mobilisée en force et envoyée dans le Kurdistan (90 000 hommes (dont 52 000 gendarmes), soit 9 divisions, appuyés par 100 avions).

La rébellion est matée dans le sang au bout de 2 mois et demi et aboutit à la mort de plus de 300 000 civils. Atatürk crée ensuite des tribunaux dits d'indépendance et des cours martiales qui exécutent ou emprisonnent tous les Kurdes reconnus coupables d'« atteinte à la sûreté intérieure de l'État ».

Le 29 juin 1925, Cheik Sait et cinquante-deux de ses partisans, sont pendus à Diyarbakir à la suite du jugement rendu par le tribunal de la Liberté. Celui-ci, lors du procès devant la cour, déclarera : " la séparation de la religion et des affaires de l'Etat ne peut pas être considérée comme licite. Il faut se conformer à la shari'a dans tous les domaines ".

La révolte de Cheik Sait reste de loin la révolte la plus importante au point de vue de l'ampleur, de l'utilisation de la religion et de ses conséquences sur le pays. Elle a représenté la plus grave menace à laquelle dut faire face la toute jeune république turque, dont l’existence n'avait pas 2 ans.

Aujourd'hui, le Cheikh Saïd jouit d'un certain prestige auprès des Kurdes. Son petit-fils, Abdulmelik Firat est le chef du parti HAKPAR, un parti politique qui réclame l'autonomie du Kurdistan de Turquie.