Charles d'Helfer

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Charles d’Helfer [Helpher, d’Helfert, Delpher, Delphert] est un « maître de musique » d'église (maître de chapelle), compositeur et prêtre, actif à Soissons durant le troisième quart du XVIIe siècle. Il est mort à Soissons vers 1664-1665.

Biographie[modifier | modifier le code]

Helfer est probablement originaire de Soissons, sa sœur habitant aussi cette ville. Il a passé presque toute sa carrière à Soissons : il est engagé à la cathédrale comme maître de musique dès 1648. Comme beaucoup de maîtres de musique d'église à l'époque, il a également accédé à la prêtrise et a été reçu chapelain (d’une des douze chapelles de cette cathédrale) en 1653, puis chanoine de cette même église, avant 1664.

Lorsque le chapitre voulut lui accorder la chapellenie de Saint-Jean-Baptiste, celui-ci se heurta à l’opposition du chapelain Adrien Des Roques, qui en était déjà pourvu. Un jugement du Parlement confirma ce dernier dans sa chapellenie le 27 juin 1651. Mais la décision du 5 septembre 1653 qui fit suite à l’appel interjeté par d’Helfer fut opposée et celui-ci put finalement la recevoir[1].

Sa titulature imprimée sur ses messes évolue ainsi :

  • 1656 : Insignis Ecclesiæ Cathedralis Suessionensis, Simphonæta Simphoniarcha [... maître de la musique de l'insigne cathédrale de Soissons].
  • 1658 : Insignis Ecclesiæ Cathedralis Suessionensis, Capellano [chapelain], & Musices Moderatore [... chapelain de l'insigne cathédrale de Soissons, et modérateur [= directeur] de sa musique].
  • 1664 : Insignis Ecclesiæ Cathedralis Suessionensis Canonico [chanoine], & in eadem puerorum Chori Magistro [... chanoine de l'insigne cathédrale de Soissons et maître des enfants du chœur de ladite église].

On constate donc qu'il progresse dans la carrière ecclésiastique : d'abord simple maître de musique il termine chanoine quelques années plus tard, signe qu'il est apprécié par le chapitre canonial.

En 1658, jusqu'en 1659, un certain Gilles Bellefer remplace Charles Péchon au poste de maître de musique de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois de Paris. Ce Bellefer étant cité comme maître de musique de la cathédrale de Soissons, il est clair qu'il s'agit en fait de Charles d'Helfer[2].

Un factum de 1665[3] le cite comme déjà mort, lorsque les enfants de sa sœur Jeanne et de son mari Antoine Le Clerc, maître chapelier à Soissons, réclament pour leurs enfants, légataires universels de Charles, le remboursement des sommes avancées en 1658 à maître Antoine Brouet, capitaine ordinaire de la compagnie des arquebusiers de Soissons et à Nicolas Canneau, roi des arquebusiers de cette ville, à l'occasion de la solennité du prix de l'arquebuse, rétablie en 1658.

C'est Joachim Brille qui le remplace à son poste à Soissons (au plus tard en 1668).

Œuvres[modifier | modifier le code]

Page de titre de la Missa pro defunctis de Charles d’Helfer (Paris, 1656). Paris BSG.
Page de titre de la Missa Lætatus sum de Charles d’Helfer (Paris, 1729). Paris BNF.

Les œuvres de Helfer sont toutes sacrées, en partie perdues et consistent essentiellement des messes. Elles optent pour un style fluide, peu ornementé et usant essentiellement des tonalités majeur/mineur en opposition aux anciens modes ecclésiastiques.

  • Missa quatuor vocum ad imitationem moduli Benedicam Dominum[4]. Paris : Robert III Ballard, vers 1655. 1 vol. 2°. Guillo 2003 n° 1655-L, RISM H 4983. Paris BNF (Mus.) : Vm1 869(3). Numérisée sur Gallica.
Il existe une mise en partition, avec basse continue ajoutée par Sébastien de Brossard, et un Domine salvum fac regem ajouté à la fin (Paris BNF (Mus.) : VM1-920, cf. Cat. Brossard n° 769).
Édition réimprimée en 1729 (Nova editio, RISM H 4984).
Messe réimprimée en 1727 par Jean-Baptiste-Christophe Ballard (Nova editio, exemplaire à Lyon BM : SJ AK 457/12).
Cette messe aurait été chantée pour les obsèques de Michel-Richard de Lalande en 1726 à Notre-Dame de Versailles (référence nécessaire).
Mise en partition manuscrite avec un superius (une partie pour voix aiguë[s]) et une « symphonie » ajoutés (violon, hautbois, basse de viole, basse continue). Ce travail a été effectué par un maître anonyme. Paris BNF (Mus.) : D 2713, avec les parties séparées datées 1729 sous la cote H.490 (a-g).
Un second remaniement existe, coté H.494 (a-i), avec une symphonie plus riche (violon 1, violon 2, alto, basse de viole, basse continue).
Cette messe est encore chantée le 27 juillet 1774 à Saint-Denis pour les funérailles officielles de Louis XV[5].
L’Introït ; le Kyrie et le début du Graduel sont publiés par Jean-Benjamin de La Borde, Essai sur la musique, Tome II, p. 104-108 (Paris : 1780).
Édition par Jean-Charles Léon : Paris, Editions Auguste Zürfluh, cop. 1991. Sur l'œuvre et le contexte de son interprétation, voir Launay 1963 et Eby 2001.
Né en 1698, Charles d'Helfer ne peut, contrairement à ce qui a pu être écrit et affirmé sans preuve, être l'auteur de la Missa pro defunctis qui fut chantée en 1608 pour la pompe funèbre de Charles III de Lorraine. Sa messe des morts publiée en 1656 fut plus probablement chantée en octobre 1656 pour les obsèques de l'évêque de Soissons, Simon Le Gras.
  • Missa sex vocum ad imitationem moduli In æternum cantabo[6]. Paris : Robert III Ballard, 1658. 1 vol. 2°. Guillo 2003 n° 1658-J, RISM H 4986, numérisée sur Gallica.
Le Kyrie et le Gloria ont été mis en partition avec symphonie et basse continue par Sébastien de Brossard (Paris BNF (Mus.) : VM1-922, cf. Cat. Brossard n° 771).
  • Missa [quatuor vocum ad imitationem moduli] Lorsque d'un desir curieux[7]. Paris : Robert III Ballard, 1658. 1 vol. 2°. Guillo 2003 n° 1658-K.
Édition perdue, identifiée par les catalogues de la maison Ballard de 1683 et 1704.
Le timbre provient d'un air de Jean de Cambefort publié dans son IIe livre d'airs en 1655 : Lorsque d'un desir curieux / Je presse Amarillis de me dire elle mesme / S'il est vray qu'elle m'ayme...
  • Missa quatuor vocum ad imitationem moduli Deliciæ regum[8]. Paris : Robert III Ballard, 1664. 1 vol. 2°. Guillo 2003 n° 1664-E. RISM H 4988. Numérisée sur Gallica.
Mise en partition par Sébastien de Brossard (Paris BNF (Mus.) : VM1-921-921 bis, cf. Cat. Brossard n° 770). Celui-ci affirme que cette messe faisait encore les délices des gens de goût (vers 1720).
Édition réimprimée en 1728 (Nova editio : RISM H 4989).
  • Missa [quatuor vocum ad imitationem moduli] Lætatus sum[9]. Paris : Robert III Ballard, [c. 1655-1658]. 1 vol. 2°. Guillo 2003 n° ND-35.
Édition perdue, attestée par une mention dans les archives de la maîtrise de la cathédrale Rouen (AD Seine-Maritime : G 2700 (1658)).
Messe rééditée en 1678 chez Christophe Ballard (Secunda editio : RISM HH 4990a, qui donne la date 1687 par erreur).
Messe encore rééditée en 1729 par Jean-Baptiste Christophe Ballard (Nova editio : RISM H 4990, numérisée sur Gallica).
Un jeu incomplet de parties séparées se trouve à Clermont-Ferrand, AD Puy-de-Dôme : 5 G 93 et F 0 98. Voir Talvard 2008 p. 98.
  • Missa [sex vocum ad imitationem moduli] Quid videbis in Sulamite[10]. Paris : Robert III Ballard, [c. 1655-1658]. 1 vol. 2°. Guillo 2003 n° ND-36.
Édition perdue attestée par une mention dans les archives de la maîtrise de Rouen (voir ci-dessus).
Messe rééditée en 1674 par Christophe Ballard (édition perdue), citée dans les catalogues de la maison Ballard.
  • Vespres et Hymnes de l'année avec plusieurs motets ... à 4 parties et basse continue. Paris : Robert III Ballard, 1660. 1 vol. 4°. Guillo 2003 n° 1660-H.
Édition perdue, identifiée par des mentions dans l’inventaire de la boutique ou la bibliothèque des Ballard.

Discographie[modifier | modifier le code]

  • Charles d'Helfer. Requiem, messe de funérailles des ducs de Lorraine. Ensemble A Sei Voci, Les Sacqueboutiers de Toulouse, La Psallette de Lorraine, dir. Bernard Fabre-Garrus. 1 CD Astrée E 8521, 1994.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. AD Aisne : G 254, p. 568, cité d’après McDonald 2012.
  2. Paris AN : LL 413, f. 245 et 247, 17 septembre, 29 octobre et novembre 1658, cités d'après Massip 1976 p. 64.
  3. Paris BNF (Mss.) : N.A.F. 2437 f. 279.
  4. Messe à 4 voix, à l'imitation du timbre Benedicam Dominum.
  5. Gazette de France, vendredi 12 août 1774, cité d’après Launay 1963 p. 178.
  6. Messe à 6 voix à l'imitation du timbre In æternum cantabo (timbre qui provient peut-être du Ps. 88 : « Misericordias Domini in æternum cantabo »)
  7. Messe [à 4 voix, à l'imitation de l'air] « Lorsque, d'un désir curieux »
  8. Messe à 4 voix à l'imitation du timbre Deliciæ regum
  9. Messe [à 4 voix, à l'imitation du timbre] Lætatus sum
  10. Messe [à 6 voix, à l'imitation du timbre] Quid videbis in Sulamite

Références[modifier | modifier le code]

  • Jean-Paul C. Montagnier, The Polyphonic Mass in France, 1600-1780: The Evidence of the Printed Choirbooks, Cambridge: Cambridge University Press, 2017.
  • Jack Eby, « A Requiem Mass for Louis XV : Charles d’Helfer, Francois Giroust and the Missa pro defunctis of 1775 », Early Music 29 (2001), p. 218-233.
  • Laurent Guillo, Pierre I Ballard et Robert III Ballard, imprimeurs du roy pour la musique (1599-1673). Sprimont et Versailles : 2003. 2 vol.
  • Denise Launay, « À propos d'une messe [Missa pro defunctis] de Charles D'Helfer : le problème de l'exécution des messes réputées a capella en France, aux XVIIe et XVIIIe siècles », Le "Baroque" musical : recueil d'études sur la musique du XVIIe siècle. Colloque de Wégimont, 1957. Paris, 1963, p. 177-199.
  • Denise Launay, La musique religieuse en France du concile de Trente à 1804. Paris, Société française de musicologie, 1993.
  • Catherine Massip, La vie des musiciens de Paris au temps de Mazarin (1643-1661) : essai d'étude sociale. Paris : Picard, 1976.
  • Grantley McDonald, « Musique et musiciens de Soissons », La Musique en Picardie du XIVe au XVIIe siècle, éd. Camilla Cavicchi, Marie-Alexis Colin et Philippe Vendrix (Turnhout : Brepols, 2012), p. 179-187.
  • Françoise Talvard, « Un fonds musical conservé aux Archives départementales du Puy-de-Dôme », Musiques en liberté entre la cour et les provinces au temps des Bourbons : volume publié en hommage à Jean Duron, éd. Bernard Dompnier, Catherine Massip et Solveig Serre (Paris : École des Chartes, 2018), p. 87-100.

Liens externes[modifier | modifier le code]