Certificat d'aryanité

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Ahnenpass
Ahnenpass renseigné. A partir de 1935, il est obligatoire pour toute la population.

Le certificat d'aryanité (en allemand : Ariernachweis ou Arierschein) est, sous le Troisième Reich un document attestant de l'appartenance d'un individu à la race aryenne et garantissant ainsi être exempte de sang étranger ou juif.

En Allemagne[modifier | modifier le code]

À partir d’avril 1933, il est obligatoire pour tous les employés et fonctionnaires du secteur public, ainsi que dans l’éducation, conformément à la loi pour la restauration de la fonction publique (Gesetz zur Wiederherstellung des Berufsbeamtentums).C'est aussi une condition préalable pour devenir citoyen du Reich, pour ceux qui sont de sang allemand ou apparenté (Aryens) et qui veulesnt devenir citoyens du Reich après l’adoption des lois de Nuremberg (Nürnberger Gesetze) en 1935.

Le certificat d'aryanité existe jusqu’en 1945 sous deux formes :

  • Le Kleiner Ariernachweis (petit certificat) justifie de l'aryanité des parents et grands-parents. Il est composé de :
    • L'Ahnenpass
      L'Ahnenpass certificat d'aryanité
      L'Ahnenpaß ou l'Ahnenpass (Passeport ancestral),une pièce d’identité légale. Il est publié par l’Association des officiers de l’état civil du Reich en Allemagne(Reichsverband der Standesbeamten en Deutschland e. V.) et coute 0,6 Reichsmarks[1].
    • Tableau d'ancêtres en vue de l'établissement d'un certificat d'aryanité
      Tableau d'ancêtres en vue de l'établissement d'un certificat d'aryanité
      L'Ahnentafel (Table ancestrale), une table de généalogie certifiée.
  • Un Großer Ariernachweis (grand certifiat) est nécessaire pour répondre aux exigences du Reichserbhofgesetz (loi du patrimoine du pays) et pour être membre du NSDAP. Ce certificat justifie l'aryanité jusqu’en 1800 (jusqu’en 1750 pour les officiers SS)[2].

Selon Brian M. Rigg, l'auteur de La tragédie des soldats juifs d'Hitler (2005), de nombreuses attestations d'aryanisation, signées de la main du Führer, sont attribuées à des officiers supérieurs d’ascendance juive. Il cite Robert Borhardt, officier supérieur, Reinhard Heydrich, le colonel Walter Hollander, l'amiral Bernard Rog... Il montre que « des milliers de soldats ont présenté ce genre de demandes afin de pouvoir continuer à servir l’armée, et que Hitler a contresigné lui-même de nombreuses requêtes ». En 1944, selon un rapport secret des services du personnel de l'armée allemande, une liste de soixante-dix-sept généraux et officiers hauts gradés d’origine juive ou mariés avec un tel conjoint, ont obtenu un certificat d’aryanité signé de la main d’Hitler. Rigg ajoute : « On aurait pu ajouter à cette liste encore soixante noms de généraux et de hauts gradés de la Wehrmacht, des armées de l’air et de la marine, sans oublier deux Feld-maréchaux. »[3]

En France[modifier | modifier le code]

Ce document est exigé en France occupée de 1940 à 1944, dans le cadre de la politique d'aryanisation menée par le gouvernement du Régime de Vichy du maréchal Pétain sur le modèle de l'Allemagne nazie, et à la suite des lois sur le statut des Juifs.

Sur l'ensemble du territoire français, ce document est nécessaire pour obtenir ou conserver un emploi dans la fonction publique, mais aussi pour exercer certaines professions dans le commerce, le théâtre[4], ou la médecine.

Des artistes ou des intellectuels, comme Simone de Beauvoir[5] ou Jean-Paul Sartre durent présenter ce type de certificat pour exercer leur profession.

En Alsace[modifier | modifier le code]

En Alsace annexée de fait, l'Ahnenpass est obligatoire à partir de 1941. Pour faire face aux nombre de demandes de documents d'état civil, les autorités nazies, réquisitionnent les registres paroissiaux antérieures à l'état civil et les stockent aux archives départementales. Elles recrutent des agents chargés de répondre aux demandes[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (de) Cornelia Schmitz-Berning, Vokabular des Nationalsozialismus, New York, (ISBN 3-11-013379-2 et 978-3-11-013379-0, OCLC 38946451, lire en ligne)
  2. (de) Isabel Heinemann, Rasse, Siedlung, deutsches Blut : das Rasse- und Siedlungshauptamt der SS und die rassenpolitische Neuordnung Europas, Wallstein, (ISBN 3-89244-623-7 et 978-3-89244-623-1, OCLC 52134337, lire en ligne), p. 54
  3. Dont le maréchal d'aviation Erhard Milch.
  4. Voir le film Le Dernier Métro
  5. "…tout enseignant dut affirmer sous la foi du serment qu'il n'était ni juif ni franc-maçon. Georges [de Beauvoir]… félicita même sa fille d'avoir signé l'attestation… "J'ai signé parce que je ne pouvais pas faire autrement…": Extrait de Simone de Beauvoir, de Deirdre Bair (Arthème Fayard), page 279.
  6. Paul-Christian Wolff, « Comment un document nazi est devenu un outil pour les généalogistes », Dernières Nouvelles d'Alsace,‎ , p. 37

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Brian M. Rigg, La tragédie des soldats juifs d'Hitler (2005), traduction française, Paris, Éditions de Fallois, 2007.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]