Carrières de Lumières

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Entrée Picasso
La salle du Nord

Les Carrières de Lumières sont un centre d'art numérique projetant des expositions immersives, labellisé « Site naturel classé ». Situées aux Baux-de-Provence, les carrières sont gérées par la société Culturespaces. Jusqu'en 2012, le spectacle, ainsi que la société gérante, se nommaient Cathédrale d'Images.

Dans le site, se déroule un spectacle permanent, créé en 1976, lors duquel sont projetées de grandes images lumineuses sur les parois de pierre des immenses galeries creusées dans le roc du Val d’Enfer, sur la route de Saint-Rémy-de-Provence[1] et géré par une société privée détentrice d'un bail commercial délivré par la mairie des Baux-de-Provence en 1989 et renouvelé en 1999. La surface des parois ainsi transformées s'étend sur 4 000 m2. Dans les carrières de pierre des Baux, Cathédrale d'Images est inventée par Albert Plécy qui trouve là un espace pour sa recherche de « l'image totale ». Après des investissements importants (pris en charge sur ses propres fonds), la société Cathédrale d'Images propose dans la pénombre, sur les parois calcaires immaculées des hautes salles et des piliers des carrières viabilisées du Val d'Enfer, servant d'écran à trois dimensions, une projection féerique et géante de diapositives où le spectateur est immergé dans un univers visuel et musical se rapportant à un programme précis.

L'exposition projetée se renouvelle chaque année avec un thème différent proposé[2].

Localisation[modifier | modifier le code]

Les Carrières de Lumières ou Carrières des Bringasses et Grands Fonts sont situées aux Baux-de-Provence, en bordure de la route départementale 27, dans le département des Bouches-du-Rhône, au cœur du Val d'Enfer voisin, auquel elles sont improprement associées.

Historique[modifier | modifier le code]

Au fil des années, ces carrières sont creusées pour en extraire le calcaire blanc utilisé pour la construction du Château et de la Cité des Baux. En 1935, la concurrence économique des matériaux modernes conduit à leur fermeture. En 1959, Jean Cocteau, émerveillé par la beauté des lieux et de leur environnement, décide d’y tourner des séquences de son film Le Testament d'Orphée.

Albert Plécy et la Cathédrale d'Images[modifier | modifier le code]

Albert Plécy, rédacteur en chef au Parisien libéré et président des Gens d'Images tombe en admiration des carrières des Grands-Fonds en 1975. Deux ans plus tard naît Cathédrale d’Images où des images géantes sont projetées sur les parois lisses de la carrière. Ce festival d'images s'est depuis renouvelé chaque année avec des thèmes différents[3],[4]. En 2009 avec son programme Picasso, Cathédrale d'Images accueille plus de 250 000 visiteurs et devient l'une des plus prestigieuses entreprises privées culturelles d'Europe.

Culturespaces et les Carrières de Lumières[modifier | modifier le code]

En 2011, la ville des Baux-de-Provence confie la gestion des Carrières à Culturespaces, dans le cadre d’une délégation de service public, contestée par la société Cathédrale d'Images occupante et créatrice des lieux depuis 1975. En 2012, Culturespaces rouvre le site sous le nom de Carrières de Lumières avec l'exposition "Gauguin, Van Gogh, les peintres de la couleur". Cette première exposition accueille 250 000 visiteurs. Au fil des années, le succès est au rendez-vous avec 560 000 visiteurs pour l'exposition "Chagall, Songes d'une nuit d'été en 2016".

Le site[modifier | modifier le code]

L’entrée Picasso, anciennement Jean Cocteau, est un espace monumental dominé par une vaste scène d'une dizaine de mètres de large et 20 mètres de hauteur adossée à la montagne.

La salle Dante, anciennement Albert Plécy est l’espace principal dans lequel les expositions sont projetées. À droite de l’entrée, une grande galerie s’enfonce sur 60 mètres sous la montagne pour aboutir sur un gigantesque hall, découpé par d’immenses colonnes laissées par les carriers pour porter le « toit ». Ces piliers naturels font entre 5 et 10 mètres à la base et mesurent de 7 à 9 mètres de haut. Ils servent, tout comme les murs et le plafond, d’écrans naturels pour la projection. C'est dans ces lieux qu'étaient extraits jusqu’en 1880 des blocs de deux m3 d'abord à la barre de fer puis à la scie crocodile[3]. Et c'est là que se joue un combat judiciaire sans merci engagé par les ayants droit de la société Cathédrale d'Images, celle-ci ayant remporté deux jugements décisifs, devant la Cour d'appel de Paris, le (contre la société Culturespaces) et par Arrêt de cassation du Conseil d'État, le (contre la commune des Baux de Provence).

La salle Cocteau de 300 m², partiellement couverte et avec de grandes ouvertures sur toute sa longueur, est utilisée pour l’activité réceptive des Carrières.

La salle Van Gogh accueille le Café des Carrières.

La salle de projection de 90 m² diffuse des extraits du film « Le Testament d’Orphée » de Jean Cocteau ainsi que des interviews de ce dernier et de Jean Marais, l’acteur principal du film.

Les spectacles et expositions immersives[modifier | modifier le code]

Les spectacles Cathédrale d'images[modifier | modifier le code]

À l'époque de Cathédrale d'images, le thème proposé pour les projections était renouvelé chaque année, généralement choisi pour ses qualités visuelles, et l'ensemble des diapositives et de la musique était orchestré selon un timing très précis.

Parmi les spectacles récents, on peut noter la projection d'œuvres de Paul Cézanne en 2006, Vincent van Gogh en 2008 ou encore Pablo Picasso en 2009 où œuvres et détails des œuvres sont projetés sur les murs, mais aussi la projection de photographies de lieux comme Venise en 2008[2]. En 2010, il y avait le spectacle "Australie" par Jean Charbonneau.

Certaines années ont même vu se mélanger deux thèmes, comme en 1978 avec « Féerie de la Mer » et « L'Inde Éternelle », en 1989 avec « Impression de Van Gogh » et « Les Plus Belles Nativités », en 1992 avec « Les Portes de l'Europe » et « Femmes, Anges, Madones », ou encore en 1995 avec « L'Or des Alpilles » et « Un Hiver à Venise »[2].

Les expositions immersives Culturespaces[modifier | modifier le code]

Exposition "Gauguin, Van Gogh, les peintres de la couleur
Exposition "Klimt et Vienne" - 2014

"Gauguin, Van Gogh, les peintres de la couleur" en 2012 invitait à un voyage sonore et visuel hors du commun dans le monde artistique de Paul Gauguin et Vincent Van Gogh, montrant les liens unissant les 2 artistes et analysant leur façon très différente d’employer la couleur.

L'exposition "Monet, Renoir... Chagall. Voyages en Méditerranée" en 2013 permettait à évoluer librement dans les carrières pour suivre les variations de 16 grands artistes sur le thème de la Méditerranée.

L'exposition "Klimt et Vienne" en 2014 traversait 100 ans de peinture viennoise grâce à un voyage au cœur des œuvres colorées et lumineuses de Gustav Klimt, de ses contemporains et de ceux qu’il a inspirés.

"Michel-Ange, Léonard de Vinci, Raphaël. Les géants de la Renaissance" en 2015 donnait l’occasion exceptionnelle de voir sous un angle nouveau les plus grands chefs-d’œuvre de la Renaissance italienne.

"Chagall, Songes d'une nuit d'été" en 2016 permettait de redécouvrir l’œuvre significative de Marc Chagall, d’approcher son œuvre de façon inédite et d’en percevoir toute la densité et la richesse expressive.

En 2017, une nouvelle création "Bosch, Brueghel, Arcimboldo" explorait le monde foisonnant peint par ces 3 artistes du XVIe siècle à l'imagination débridée.

En 2018 avec "Picasso et les maîtres espagnols", les chefs-d’œuvre de Picasso, Goya ou encore Sorolla, dialoguent en musique pour faire découvrir un siècle de peinture espagnole.

Ces expositions ont été réalisée par Gianfranco Iannuzzi (directeur artistique et réalisateur), Renato Gatto (réalisateur) et Massimiliano Siccardi (réalisateur et videomaker) - avec la collaboration musicale de Luca Longobardi.

La technologie AMIEX®[modifier | modifier le code]

Le concept de diffusion culturelle AMIEX® (Art & Music Immersive Experience) développé par Culturespaces repose sur la conception d’une exposition multimédia unique en son genre, à partir de milliers d’images d’œuvres d’art numérisées, diffusées en très haute résolution via la fibre optique et mises en mouvement au rythme de la musique. Pour le servir, le concept AMIEX® s’appuie sur une installation vidéo à la pointe de la technologie et un son spatialisé, adapté aux contraintes du lieu. Le dispositif AMIEX® est en effet conçu sur-mesure pour épouser à la perfection le lieu qu’il investit, soit 7 000 m2 de surfaces de projection atteingant jusqu’à 16 mètres de hauteur aux Carrières de Lumières.

Conflit entre la société d'exploitation Cathédrale d'Images et la mairie des Baux-de-Provence[modifier | modifier le code]

Dès août 2008, la mairie des Baux-de-Provence souhaite retirer la gestion du site à la société Cathédrale d'Images et, après avoir procédé à un appel d'offre pour délégation de service public, la confier à la société Culturespaces, filiale d'Engie, qui gère déjà le Château des Baux[5], les Arènes de Nîmes et le Théâtre antique d'Orange. Les gérants de la société d'exploitation Cathédrale d'Images refusent alors de quitter les lieux et dénoncent ce qu'ils appellent « un captage de fonds de commerce[6] ». L'affaire est examinée le par la chambre des référés du tribunal administratif de Marseille chargé de dire si, conformément aux vœux du maire des Baux-de-Provence, Michel Fenard, Cathédrale d'Images doit être immédiatement expulsée[7]. La justice administrative donne finalement raison à la mairie et ordonne l'évacuation des lieux avec une astreinte de mille euros par jour de retard[8]. Cathédrale d'Images s'est immédiatement pourvue en Cassation devant le Conseil d'État.

Au début de 2011, le site de Cathédrale d'Images affiche en page d'accueil : "En raison d'une décision de justice, CATHÉDRALE D'IMAGES est expulsée. Nous sommes désolés mais pour l'instant il n'y aura plus de spectacle".

Mais, visant la commune des Baux de Provence et la société Culturespaces, la société Cathédrales d'images a intenté plusieurs procédures devant les juridictions civiles (de Tarascon et Paris), mais aussi administratives (à Marseille), pour ce qu'elle considère comme une spoliation, sous couvert de la création en 2010 d'une "délégation de Service public" portant exclusivement sur sa propre activité privée et de renommée internationale, vieille de 35 ans.

Après que Culturespaces ait été condamné le 1er décembre 2015, par la Cour d'Appel de Paris, pour « parasitisme » au préjudice de Cathédrale d'Images, le 25 janvier 2016 le Conseil d'État a examiné l'affaire de l'expulsion de Cathédrale d'Images[9] : le Rapporteur public (Commissaire du gouvernement) a demandé qu'il soit fait droit aux demandes de dédommagement de Cathédrale d'Images devant la Justice civile, pour la rupture de son bail commercial, au prétexte fallacieux qu'elle aurait exercé, sans le savoir, un Service Public. Ce que Cathédrale d'Images n'avait cessé de contester devant les juges administratifs de Marseille.

De fait, le 15 février 2016, suivant l'avis et la demande du Rapporteur public Benoît Bohnert, le Conseil d’État statuant au contentieux a définitivement tranché cette question de « domanialité » en faveur de la société Cathédrale d'Images[10],[11]. La mairie des Baux-de-Provence est condamnée en 2018 par le Tribunal de Grande Instance de Tarascon à verser près de 5,8 millions d'euros de dommages et intérêts à la société Cathédrale d'images[12] qui a, précédemment obtenu la condamnation de Culturespaces pour « parasitisme »[13], ayant « indéniablement profité des efforts déployés par la société Cathédrale d’images pendant plus de 30 ans pour concrétiser et développer l’idée de M. PLECY et assurer le succès et la notoriété de ses spectacles ».

Le 20 septembre 2018, un article de Renaud Lecadre, dans le journal Libération, révèle les mises en examen du maire des Baux-de-Provence, Michel Fenard, pour favoritisme lors de l'appel d'offres de la Délégation de service public remportée en 2010 par Culturespaces, filiale d'Engie, qui est également inculpée, de même que son PDG, Bruno Monnier, pour recel de favoritisme[14].

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La cathédrale d'images, historique, site Internet officiel.
  2. a b et c La cathédrale d'images, 30 ans de féerie audiovisuelle (1977-2006).
  3. a et b Les carrières du Val d'Enfer
  4. Patrick Saletta, Les Carnets du Patrimoine - Provence - Côte d'Azur, éd. Les Guides Massin, 2000, p. 162, 163.
  5. « La carrière d’Anne-Lofton Cobb saluée par Patrick Devedjian », Violeta Assier, in Le Dauphiné libéré, 20 septembre 2010.
  6. Droit de réponse aux lettres circulaires du maire des Baux-de-Provence, 15 juin 2010, adressé aux habitants et élus des pays d'Arles.
  7. Denis Trossero, La Provence, éd. Arles, 20 septembre 2010, p. 1, 30.
  8. http://avignon.ville.orange.fr/direct/index.html?direct/listeactu/100923180807.koqnzmat
  9. Journal La Provence, 26/01/2016, pages 1 et 5 (voir aussi LE COMBAT JUDICIAIRE Les carrières des Baux devant le Conseil d'état sur laprovence.com)
  10. Voir sur Légifrance : Arrêt No 384228 de la Cour suprême (section du contentieux, 8e et 3e sous-sections réunies)
  11. « TF1, JT de 20 heures, 7 août 2018 », sur https://www.lci.fr
  12. La Provence février 2018
  13. Cour d’Appel de Paris, ARRÊT DU 1ER DECEMBRE 2015, Pôle 5 - Chambre 1 - RG n° 14/14179 : affaire débattue le 21 Octobre 2015, en audience publique.
  14. « ENQUÊTE - BAUX-DE-PROVENCE : LA DRÔLE DE CARRIÈRE D’ENGIE DANS LA CULTURE, PAR RENAUD LECADRE - 20 SEPTEMBRE 2018 », sur liberation.fr,

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • Site officiel des Carrières de Lumières.
  • Site officiel de la société Cathédrale d'Images qui a exploité le site jusqu'en 2010.

Articles connexes[modifier | modifier le code]