Bonaventure Petit

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Bonaventure Petit
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Dessin de A. Vigo (vers 1860)

Naissance
Prades, Drapeau de la France France
Décès (à 89 ans)
Perpignan, Drapeau de la France France
Activité principale Organiste et compositeur
Style Musique romantique
Activités annexes Professeur de piano
Lieux d'activité Perpignan
Années d'activité 1829-1901
Descendants Émile Petit
Famille Félix Petit (son frère, militaire)

Bonaventure François Joseph Petit, né à Prades (Pyrénées-Orientales) le et mort à Perpignan (Pyrénées-Orientales) le , est un professeur de piano, organiste et compositeur français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Bonaventure Petit est né le 14 octobre 1811 (à six heures du soir) à Prades. Il est le fils de Félix Petit, perruquier, et de Thérèse Bès, sans profession[1]. Il est le cinquième d'une famille de neuf enfants. Ses nécrologues et biographes nous informent qu'il a été élève au Petit séminaire de Prades et qu'il a reçu de son père professeur de violon et du frère Pascual, religieux franciscain chassé d'Espagne, les premières leçons de piano et d'harmonie[2]. Plus tard, il se serait rendu à Paris pour poursuivre ses études auprès de Jacques Fromental Halévy (harmonie et composition) et de Louis James Alfred Lefébure-Wély (orgue)[3]. À ce jour, aucun élément ne confirme ces informations.

Débuts[modifier | modifier le code]

Daguerréotype de Bonaventure Petit (non daté)

Dès son installation à Perpignan en 1829 au 27 rue Grande Saint-Jacques[4], Bonaventure Petit, âgé de 19 ans, assure parallèlement des fonctions d'organiste, vraisemblablement à l’église Notre-Dame de La Réal, et de professeur de piano au Pensionnat du Sacré-Cœur. Progressivement, il est remarqué par la société perpignanaise. En janvier 1833, il donne un premier concert[5], en novembre 1839, sa première messe pour solistes, chœur et orchestre est créée[6], puis en mars 1842, son premier Stabat Mater[7],[8]. Durant cette période, le 29 janvier 1835, il se marie avec Marie Francès, sans profession, âgée de 20 ans. De cette union naîtront six enfants, dont Émile Petit (1846-1923) qui suivra une carrière musicale à l'image de son père. La fille aînée d'Émile Petit, Marie Antoinette (1873-1942), professeur de piano et compositrice, se mariera à Perpignan le 10 février 1903 avec le sculpteur Jean-Baptiste Belloc.

Transcription pour piano de la Fête villageoise sur des airs roussillonnais

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

En mars 1845, après concours, il est nommé organiste titulaire du grand orgue de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste[9]. Indépendamment du casuel, il perçoit 1200 francs par an de traitement. Cette nomination s'avère une véritable promotion sociale. Cette troisième période de sa vie coïncide avec la création de la quasi-totalité de ses œuvres qui comprennent un grand opéra, Velléda (1853)[10], trois opéras-comiques, Gérardo ou l’Orphelin de Pietra-Santa (1846)[11], Le bailli du village (1860)[12] et La clochette d’amour (1861)[13] écrits pour le théâtre municipal de Perpignan, dix-huit messes, dont une de Requiem (1864)[14] pour solistes, chœur et grand orchestre à la mémoire de Monseigneur Philippe Gerbet, trois Stabat Mater (1842, 1866[15] et 1874[16]), des motets, de la musique symphonique, des pièces pour piano, des mélodies, des chants patriotiques… On ne possède aucune œuvre pour orgue et cela malgré l'insistance de ses contemporains à mettre par écrit ses improvisations jouées au cours des nombreux offices de la cathédrale. À l'orgue, il revendiquait avoir pour maîtres les organistes Lefébure-Wély et Fessy. En 1894, il est nommé au poste de professeur d'harmonie et de piano (hommes) à l’École nationale de musique de Perpignan[17]. Comme en attestent les rapports d'inspection[18], son grand âge ne lui permettra pas d'assurer ses cours. Bonaventure Petit décède le 3 mars 1901 à Perpignan à l'âge de 89 ans[19]. Il est enterré au cimetière Saint-Martin de Perpignan[20].

« Somme toute il n'a manqué au maître pour avoir un nom en France que de vivre sur un théâtre moins restreint. Forcément en se fixant et en se confinant à Perpignan, il s'est replié sur lui-même et n'a pas pris contact avec les célébrités qui se sont succédé en France depuis qu'il a quitté Paris. L'artiste chrétien au point de vue professionnel y a gagné mais sa renommée y a perdu. C'est ce qui explique pourquoi la plupart de ses œuvres sont restées enfouies dans sa bibliothèque. Les fouilleurs de l'avenir y trouveront de vrais trésors inexplorés. »[21]

Œuvres[modifier | modifier le code]

Les œuvres de ce musicien sont principalement conservées au Département de la musique de la Bibliothèque nationale (Site Richelieu-Louvois), aux Archives départementales des Pyrénées-Orientales (Fonds 89 J et 124 J) ainsi qu'à la Médiathèque centrale de Perpignan.

Le fonds 124 J déposé par Mme Jacqueline Molins et M. Jean-Louis Pech, descendants de Bonaventure Petit, conserve les œuvres de ce musicien.

Extraits du Fonds musical Petit 124 J conservé aux Archives départementales des Pyrénées-Orientales (Perpignan, France)
Cote Œuvre Fiche de catalogage
124J7 Messe de Requiem Messe n°8 ou Messe de requiem. Manuscrit, 1864, [219 p.], 33cm.

Solistes et chœur mixte avec accompagnement d'un grand orchestre.

"A la mémoire de Monseigneur Gerbet, évêque de Perpignan messe de requiem (8ème messe) composée par B. Petit, organiste de la cathédrale de Perpignan. Cette messe a été chantée pour la 1ère fois, le 11 août 1864, aux obsèques de Monseigneur Gerbet, Évêque de Perpignan."

124J8

124J9
124J10
124J23
124J24
124J25

Messes Messe n°9. Manuscrit, [ca 1865-1870], [56 p.], 35 cm.

Messe n°17. Manuscrit, [ca 1890], [33 p.], 37 x 29 cm.

Messe en mi b majeur. Messe à 4 parties. Manuscrit, [ca 1880], [13 p.], 36 x 28 cm.

Messe. Manuscrit, Sans date, 69 p., 35 x 26,5 cm.

Messe brève. Manuscrit, Sans date, 43 p., 34 x 26 cm.

Messe n°5. Manuscrit, Sans date, 124 p., 35 x 27 cm.

124J22 Oratorio "Allégresse des bergers à la vue de Jésus naissant (Noël)."

Manuscrit, Sans date [53 p.], 36,5 x 27,5 cm.

Partie du grand orgue, parties des chœurs, matériel d'orchestre et conducteur.

124J11 Stabat Mater n°1 Stabat Mater n°1. Manuscrit, [1842], [117 p.], 34 cm.

Chœur d'hommes (dessus, ténors, basses tailles) avec accompagnement d'un quatuor à cordes.

1re exécution : Perpignan, Église Notre-Dame de la Réal, jeudi 24 mars 1842 [Jeudi Saint].

124J12 Stabat Mater n°2 Stabat Mater n°2

1re exécution : Perpignan, Chapelle des Petites Sœurs des Pauvres, mardi 27 mars 1866.

- Manuscrit, Sans date, 129 p., 35,5 x 27 cm.

Conducteur orchestre et chœur.

- Manuscrit, Sans date, 87 p., 35,5 x 27 cm.

Solos, duos, trio, quatuor et chœur alterné avec le chant de l'église ou avec l'orgue et avec accompagnement d'harmonium et de piano.

- Manuscrit, Sans date, [25 p.], 36 x 27 cm.

Partie pour piano.

- Manuscrit, Sans date, [87 p.], 26 cm.

Solos, duos, trios et chœur avec accompagnement d'orgue ou d'harmonium alternés avec le grand orgue ou le plain-chant.

124J17 Velléda « Velléda », grand-opéra tragi-lyrique en quatre actes, paroles de M. Camps. Conducteur, Manuscrit, [1853], [440 p.], 35 cm.

Rôles : Quintilius-Varus (fa), Arminius (ut 4), Freymold (fa), le Préfet du camp, un guerrier gaulois (fa), Quintilia (Velléda) (ut 1), Thuzelda (sol).

Inc. : « La vie est incertaine, buvons au dieu hasard ! »

À noter : 1re représentation à Perpignan, théâtre de la ville, le 7 avril 1853.

124J18 Le Bailly du village « Le Bailly du village », opéra-comique en trois actes, paroles de M.***. Conducteur, Manuscrit, [1860], [393 p.], 35 cm.

Rôles : Le Bailli (fa), Beatrix (sol), Jeannette (sol), Lucile (ut 1), Raymond (fa), Gérard (ut 4), Tobie (sol), le Greffier.

Inc. : « Amis quelques instants et Monseigneur est parmi nous. »

À noter : 1re représentation à Perpignan, théâtre de la ville, février 1860.

121J21 Fête villageoise, symphonie pastorale avec chœur « Fête villageoise », symphonie pastorale avec chœur.

Cette symphonie reprend des airs connus comme « Lou Pardal », «Lous goigs dals ous » ou encore « Mountagnas ragaladas » (orthographe de B. Petit).

À noter : 1re représentation à Perpignan, square de la pépinière, musique du 17e régiment d'infanterie de ligne sous la direction de Certon, en décembre 1867.

- Manuscrit, Sans date, 90 p., 34 x 26,5 cm.

« A Monsieur Justin Durand, symphonie pastorale sur des airs roussillonnais (avec chœur ad libitum) ».

Chœur mixte ad libitum avec accompagnement d'un grand orchestre.

- Manuscrit, Sans date, [50 p.], 28 x 34,5 cm.

Conducteur de la version pour orchestre à cuivres (sans le chœur).

- Manuscrit, Sans date, [16 p.], 35,5 x 27 cm.

« Fête villageoise. Fantaisie pastorale sur des airs roussillonnais ».

Version pour piano (sans le chœur).

Autres œuvres

Analyse des œuvres[modifier | modifier le code]

Deuxième Stabat Mater dans sa version pour solistes, chœur avec accompagnement d'harmonium et de piano

Durant sa longue carrière, Bonaventure Petit a eu l’occasion de toucher à beaucoup de genres musicaux et son œuvre est représentative d’un siècle qui a vu partout en France se développer une intense activité musicale[24]. C’est toutefois dans la musique religieuse et avec l’opéra qu’il s’est principalement illustré. Trois des quatre œuvres lyriques qui lui sont dues sont accessibles aujourd’hui[25]. Le succès qu’elles connurent en leur temps dans son fief perpignanais, et la qualité de l’écriture vocale qui émane de toutes ses partitions donne aujourd’hui l’envie et entretient l’espoir de les voir un jour ressuscitées[26]. Si cette production lyrique se concentre sur une quinzaine d’années (1846-1861), la musique religieuse est davantage une constante et le fil conducteur du travail de compositeur de Bonaventure Petit. Etant donné que l’homme n’a pas laissé de témoignage ni sur sa vie ni sur son œuvre, on peut être tenté de deviner à travers son œuvre religieuse l’évolution du personnage et de ses ambitions personnelles. Ainsi, plus de vingt années se sont écoulées entre son premier et son deuxième Stabat Mater. Le premier, dû à la plume d’un homme à l’aube de la trentaine (1842), est une œuvre de grande ampleur qui révèle un tempérament fougueux imprégné du romantisme des années 1830[27]. Le compositeur n’hésite pas dans certains passages à demander de véritables prouesses techniques aux solistes de l’orchestre à cordes qui fait bien plus que soutenir les chanteurs[8]. Le deuxième est au contraire un chef d’œuvre de concision qui nous touche par sa justesse d’expression obtenue avec une grande économie de moyens. Oublié le souci de briller, l’homme mûr se concentre sur sa foi chrétienne qui constitue alors certainement sa motivation principale, aussi bien en tant qu’improvisateur à l’orgue que compositeur prolifique de musique religieuse[28].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fabricio Cardenas, « Extrait de naissance de Bonaventure Petit », sur Vieux papiers des Pyrénées-Orientales (consulté le )
  2. « Les obsèques de M. B. Petit », Le Roussillon, no 55,‎ , p. 3
  3. Horace Chauvet, « Billet du jour : l'organiste Bonaventure Petit », L'Indépendant des Pyrénées-Orientales, no 62,‎ , p. 1
  4. Recensement de la population de la commune de Perpignan de 1831 (F1-7, Archives communales de Perpignan)
  5. « Perpignan : le concert donné par la société lyrique... », Journal du département des Pyrénées-Orientales, no 5,‎ , p. 2
  6. « Feuilleton. Au moment de mettre sous presse... », Journal du département des Pyrénées-Orientales, no 47,‎ , p. 2-3
  7. « Musique sacrée : Stabat de M. Petit », Journal du département des Pyrénées-Orientales, no 13,‎ , p. 2-3
  8. a et b De C****, « Encore un mot sur le Stabat de M. Petit », Journal du département des Pyrénées-Orientales, no 14,‎ , p. 1-2
  9. « Orgue de la cathédrale », Le journal des Pyrénées-Orientales, no 3,‎ , p. 2
  10. F.C., « Théâtre de Perpignan : 1re représentation de Velléda, grand opéra en 3 actes », Le journal des Pyrénées-Orientales, no 26,‎ , p. 1-4
  11. I.D., « Théâtre : Gérardo ou l'orphelin de Pietra-Santa, opéra-comique en 2 actes, paroles de MM. Darras et Mattes, musique de M. Petit », Journal des Pyrénées-Orientales, no 32,‎ , p. 1-3
  12. S., « Chronique locale : théâtre de Perpignan », Journal des Pyrénées-Orientales, no 14,‎ , p. 2-3
  13. C., « Théâtre de Perpignan : première représentation de la Clochette d'amour, opéra en un acte, paroles de M. S... de Paris, musique de M. Petit, de Perpignan », Journal des Pyrénées-Orientales, no 96,‎ , p. 2-3
  14. Jean Baptiste Rodange, « Chronique locale : nous venons d'assister aux funérailles... », Le journal des Pyrénées-Orientales, no 62,‎ , p. 2
  15. J. R. et Jean Baptiste Rodange, « La Semaine Sainte », Le journal des Pyrénées-Orientales, no 25,‎ , p. 2-3
  16. « Nouvelle du diocèse : la Maîtrise de la cathédrale a exécuté... », La semaine religieuse du diocèse de Perpignan,‎ , p. 158-160
  17. Arrêté de nomination de Bonaventure Petit du 6 juin 1894 (D2-8, Archives communales de Perpignan)
  18. Rapports d'inspection 1883-1930 (4T135, Archives départementales des Pyrénées-Orientales)
  19. « Avis mortuaire », Le Roussillon, no 53,‎ , p. 3
  20. Registre du cimetière Saint-Martin de Perpignan, tombe n°1075
  21. L'ami, « Bonaventure Petit », La Croix des Pyrénées-Orientales, no 413 bis,‎ , p. 1
  22. Dépliant d'information distribué lors de la représentation à Céret.
  23. Le Journal commercial, maritime, artistique, littéraire, illustré des Pyrénées-Orientales, 1896
  24. Eloge funèbre de Joseph Passama-Domenech in La semaine religieuse du diocèse de Perpignan, n°10, 9 mars 1901, p. 167-171
  25. Fonds musical Petit 124J conservé aux Archives départementales des Pyrénées-Orientales (Perpignan, France)
  26. Edouard Vallarino, Le théâtre de Perpignan, Perpignan, Imprimerie de l'Indépendant, , 23 p., p. 10-11
  27. Eloge funèbre de Gabriel Baille, Directeur du Conservatoire de musique de Perpignan in La Croix des Pyrénées-Orientales, n°413 bis, 10 mars 1901, p. 1
  28. X., « Le Stabat à la Basilique Saint-Jean », Le Roussillon, no 83,‎ , p. 2

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Edouard Vallarino, Le théâtre de Perpignan, Perpignan, Imprimerie de l'Indépendant,
  • Joseph Falguère, « Galerie Roussillonnaise : Bonaventure Petit », Perpignan, Le journal commercial, maritime, artistique et littéraire des Pyrénées-Orientales, 1899, fascicule XXXVII.
  • Jean Capeille, Dictionnaire de biographies roussillonnaises, Perpignan, Comet,1914.
  • Enric Francès, André Toron et le ténor, 1815-1886 : Histoire de la musique des joglars en Catalogne Nord au XIXe siècle, Collioure, Institut de musique populaire de l'Europe méditerranéenne-Fédération sardaniste du Roussillon, 1986.
  • André Cortada, Cobles et joglars de Catalogne Nord, Perpignan, Trabucaire, 1989 (ISBN 2-905828-20-X)
  • Michelle Ros, Le conservatoire de Perpignan : 150 ans de musique, 1824-1988, Perpignan, Archives communales, 1991 (ISBN 2-909444-00-7)
  • Christine Tisseyre, Le théâtre municipal de Perpignan : un siècle de théâtre à Perpignan, 1811-1914, Perpignan, Archives communales, 1991 (ISBN 2-909444-00-7)
  • Fonds musical Petit 124 J des Archives départementales des Pyrénées-Orientales (Notice dans le Catalogue collectif de France).
  • Laurent Pie, Bonaventure Petit, la vie musicale à Perpignan au XIXe siècle, Université de Provence - Aix-Marseille I, mémoire de musicologie, 1992 (WorldCat 489829245).
  • Émile Claverie, « Une saga familiale qui commence à Prades », L'Indépendant,‎ , p. 20

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Stabat mater n°1 (1842) interprété le 20 octobre 2016 sous la direction de Hervé Rémond par les étudiants de l'Ecole Normale de l'Est de la Chine de Shanghai.
  • Stabat mater n°2 (1866) interprété dans le cadre du 29e Festival de Musique Sacrée de Perpignan le 28 mars 2015 sous la direction de Hervé Rémond.