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Blaireau

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Blaireau
Nom vulgaire ou nom vernaculaire ambigu :
l'appellation « Blaireau » s'applique en français à plusieurs taxons distincts.
Description de cette image, également commentée ci-après
Le blaireau, par Jacques de Sève dans l’Histoire naturelle de Buffon.

Taxons concernés

Dans la famille des Mustelidae, les genres :

Dans la famille des Mephitidae, le genre :

Blaireau est un nom vernaculaire désignant plusieurs espèces de mammifères carnivores appartenant à la super-famille des Mustéloïdes. Ces espèces ne constituent pas un groupe polyphylétique strict entre elles, mais sont liées par une définition plus ou moins subjective. L’espèce nominale est le blaireau d’Europe (Meles meles).

Définitions et étymologies

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Définition

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Le terme « blaireau » désigne, de manière générale, un mammifère de l’ordre des carnivores (Carnivora) dont le régime alimentaire est omnivore, faisant partie de la famille des mustélidés, caractérisé par un corps massif et trapu, des pattes courtes, un mode de locomotion plantigrade, un pelage rude souvent marqué de rayures faciales et l’habitude de creuser de profonds terriers. Les définitions insistent selon les sources tantôt sur son régime alimentaire varié et sa capacité à creuser des terriers[1], tantôt sur son apparence trapue et son poil dru[2], ou encore sur son pelage noir, gris et blanchâtre et la profondeur de ses terriers[3].

Certaines définitions plus anciennes rattachent le blaireau au groupe autrefois nommé « bêtes puantes », en raison de ses glandes anales développées, à l’image d’autres mustélidés[4],[5]. Les ouvrages de zoologie le décrivent plus synthétiquement comme un plantigrade appartenant à la famille des mustélidés[6].

L’usage du terme varie selon les régions francophones. En français de France, « blaireau » renvoie principalement au blaireau européen (Meles meles)[4]. Au Québec, l’Office québécois de la langue française propose une acception plus large, décrivant un genre de mammifères de taille moyenne présent en Afrique, en Eurasie et en Amérique du Nord[7].

Étymologie

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Le mot « blaireau » est attesté en ancien français sous les formes blairel et blarel[1]. Selon le Dictionnaire de l’Académie française, il dériverait d’une forme dialectale issue du francique blaros, parfois rapproché d’une racine signifiant « brillant » en référence possible aux bandes faciales[5]. Le Littré signale de son côté l’ancien français blairet, avec le même sens zoologique[4].

Synonymes et terminologies associées

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Synonymes et langues latines

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Le terme proto-germanique était *þahsuz, probablement issu de la racine proto-indo-européenne *tek'- « construire », de sorte que le blaireau aurait été nommé d’après son activité de creuser des terriers ; le terme germanique *þahsuz devint alors taxus ou taxō, -ōnis dans les terminologies latines, remplaçant mēlēs (« martre » ou « blaireau »)[8] et de ces mots ont évolué les noms vernaculaires de différentes langues romaines : l’italien tasso, le catalan toixó, l’espagnol tejón, portugais texugo[9]. En français, cette terminologie deviendra « Taisson », qui peut possède les variations orthographiques « Tesson » ou phonologique « Tasson ».

En français, le terme « blaireau » est masculin et prend un x lorsqu’il est conjugué au pluriel, la femelle blaireau est appelée « blairelle », les petits et jeunes blaireaux sont appelés « blaireautins ». Le terrier ramifié du blaireau est appelé « taissonnière » ou « blaireautière ».

En anglais et dans les langues germaniques

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En anglais le blaireau est désigné sous le nom de « badger », il provient de du vieil anglais bageard (XVIe siècle)[10] , faisant vraisemblablement référence à la marque blanche portée comme un insigne sur son front[11]. De même, il possède un synonyme aujourd’hui archaïque étant bauson (1375), variante de bausond « rayé, pie », issu de l’ancien français bausant, baucent[12].

Le nom moins courant brock, du vieil anglais : brocc ; écossais : brock, est un emprunt celtique, du gaélique broc et gallois broch, du proto-celtique brokkos) signifiant « gris »[13].

En anglais, un blaireau européen mâle est appelé boar, une femelle sow, et un jeune cub. Toutefois, en Amérique du Nord, les jeunes sont généralement appelés kits, tandis que les termes male et female sont utilisés pour les adultes. Un nom collectif proposé pour un groupe de blaireaux est cete[14], mais les colonies de blaireaux sont plus souvent appelées clans. Le lieu de vie d’un blaireau se nomme un sett[15].

Le terme proto-germanique *þahsuz donnera les terminologies pour désigner le blaireau en langues germaniques, l’allemand Dachs, le néerlandais das, ou le norvégien svintoks ; et donnera également le mot en anglais moderne précoce dasse[10].

Dans les autres langues

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Langue Nom Note
Anglais Badger
Allemand Dachs
Italien Tasso Pluriel : tassi.
Espagnol Tejón Pluriel : tejones.
Chinois , huān Pinyin : huān, Hanyu Pinyin : huān, Gwoyeu Romatzyh (GR) : hwan, Wade–Giles : huan¹, Yale : hwān

Composé de 犭 (« animal ») + 雚 (« héron »).

Japonais anaguma (穴熊?) Composé de « ours » (, kuma?) et « trou » (, ana?) : « ours des terriers ».

L’espèce nominale est Meles anakuma et « anakuma » est utilisé en français.

Coréen 오소리, osori
Vietnamien Lửng
Thaï แบดเจอร์ (bæ̀t-djəə) Emprunt de l’anglais.
Birman ကောင်ကလေး (kaung kalay)
Indonésien Teledu, Unjul, Bubut Le terme Teledu donnera la terme français « Télagon ». Le mot Bubut est un emprunt de l’anglais « badger ».
Malais Bejar
Indonésien/Malais (terme régional) Bajing tanah Litt. « écureuil terrestre » (usage variable).
Amharique መጣጤ (mäṭṭaṭṭe)
Aragonais Taixudo
Arabe غرير (ghurayr) Diminutif → « petit grogneur ».
Bulgare Язовец (yazovets)
Cherokee ᎤᎫᎾ (uguna)
Kurde sorani چالگ (çalig)
Corse Tassu
Tchèque Jezevec
Grec Ασβός (asvós)
Persan گورکن (gūrkan) Litt. « fouisseur ».
Frison occidental Dassen
Irlandais Broc Parfois transcrit en anglais sous le nom de brock.
Mannois Brock Utilisé en anglais.
Hébreu גיריות (giryot) Singulier : גירית girit.
Kirghiz Кашкулак (kaşkulak) Litt. « oreille sèche ».
Letton Āpši
Macédonien Јазовец (jazovets)
Malayalam ബാഡ്ജർ (bāj̣ar) Emprunt de l’anglais.
Néerlandais Dassen
Occitan Tais
Pendjabi occidental بجو (bajo)
Portugais Texugo
Roumain Bursuc
Serbo-croate Jazavci Singulier : jazavac.
Slovaque Jazvec
Slovène Jazbec
Tagalog Badyer Emprunt de l’anglais.
Ourdou بجو (bajo)

En zoologie

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Phylogénie

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Les sept genres désignés sous le nom de « blaireau » étaient autrefois regroupés dans la famille des mustélidés et la sous-famille des Melinae, mais avec les nouveaux moyens de distinction des espèces, ce groupe a fini par s’éroder au fil du temps. Dans la taxonomie actuelle des mustélidés, basée sur une étude génétique de 2008, ce que l’on appelait « blaireaux » comme un tout se sont dispersés en plusieurs groupes : dans la famille des mustélidés, ils se sont séparés en quatre sous-familles : huit espèces de Melinae (genres Meles et Arctonyx), dont le blaireau européen, cinq espèces de Helictidinae (genre Melogale) ou « blaireaux-furets », et le Mellivorinae (genre Mellivora) le ratel, parfois appelé « blaireau à miel », et Taxideinae (genre Taxidea) le blaireau américain. Les blaireaux incluent les mustélidés les plus basaux ; le blaireau américain est le plus basal de tous, suivi successivement par le ratel et les Melinae ; les dates estimées de divergence sont respectivement d’environ 17,8, 15,5 et 14,8 millions d’années[16]. Les deux espèces de télagons, appelées « blaireaux-puants » du genre Mydaus ont été déplacés dans la famille des Mephitidés[17].

Phylogénie des genres de « blaireaux »

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Phylogénie des genres de « blaireaux », d’après Koepfli et al. (2008)[18] :

Musteloidea
Mephitidae

Genre Mydaus (Blaireaux-puants)



Autres Mephitidae (Moufettes)



Mustelidae
Taxidiinae

Genre Taxidea (Blaireau américain)




Mellivorinae (Blaireau à miel)



Melinae

Genre Meles (Blaireaux eurasiens)



Genre Arctonyx (Blaireaux cochons)




Helictidinae

Genre Melogale (Blaireaux-furets)



Guloninae

Genre Gulo (Glouton ou Blaireau du Labrador)



Genre Martes (Martes), etc.




Autres Mustelidae (Loutres, Belettes, etc.)








Liste des espèces appelées « blaireaux »

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Dans le tableau ci-dessous figurent les différentes espèces de mammifères qui ont été désignées sous l’appellation de « blaireau » dans leurs noms vulgaires et vernaculaires, soit seize espèces actuelles de la famille des Mustélidés et deux dans la famille des Méphitidés. En général, ces espèces ont toutes plus ou moins été identifiées scientifiquement à des blaireaux ou à des espèces proches au cours de leur histoire, ce qui tend à expliquer pourquoi les Télagons se sont pas couramment identifiés à des moufettes.

Sous-famille Genre Espèce Noms vernaculaires français Synonymes scientifiques
Sous-famille
Melinae
Meles Meles meles
Linnaeus, 1758
Blaireau[19],[20]

Blaireau commun[21]
Blaireau européen[20],[21],[22],[23]
Blaireau d’Europe[21],[24]
Blaireau d’Eurasie[21]
Blaireau eurasiatique[20]
Blaireau ordinaire[21]
Blaireau vulgaire[21]
Taisson[20]
Tesson[20]
Tasson[20]

Meles leucurus
Hodgson, 1847
Blaireau à queue blanche[25]

Blaireau d’Asie[26],[24]
Blaireau asiatique[20]
Blaireau des sables

Meles anakuma
Temminck, 1844
Blaireau anakuma[27]

Anakuma[27]
Blaireau du Japon[28],[24]
Blaireau japonais[21]


  • Meles anakuma Temminck, 1843 (Protonyme)
  • Meles ankuma J. E. Gray, 1865
  • Meles anakuma aoshimensis Matsumoto, 1930
  • Meles anakuma miyagiensis Matsumoto, 1930
  • Meles anakuma ponticus Matsumoto, 1930
  • Meles leucurus kuzuüensis T. Shikama, 1949
Meles canescens
Blanford, 1875
Blaireau de Perse [29]

Blaireau d’Asie du Sud-Ouest[30]


  • Meles meles minor Satunin, 1905 (Protonyme)
  • Meles arcalus G. S. Miller, 1907
  • Meles urartuorum Satunin, 1908
  • Meles meles rhodius Festa, 1914
  • Meles meles ponticus Blackler, 1916
  • Meles meles severzovi Heptner, 1940
  • Meles meles canescens natio bokharensis V. V. Petrov, 1953
  • Meles meles arcalus Wozencraft, 2005
  • Meles meles canescens Wozencraft, 2005
Meles amurensis
von Schreber, 1859
Blaireau asiatique
  • Meles taxus var. amurensis von Schrenck, 1859 (Protonyme)
  • Meles schrenckii Nehring, 1891
  • Meles amurensis Ognev, 1912
  • Meles melanogenys J. A. Allen & R. C. Andrews, 1913
  • Meles meles amurensis Stroganov, 1962
  • Meles leucurus amurensis Wozencraft, 2005
  • schrenkii Wozencraft, 2005
Meles thorali
Dépêret, 1897
Blaireau de Thoral[28]
Arctonyx Arctonyx collaris
Cuvier, 1825
Blaireau à collier[28]

Blaireau à gorge blanche[20],[31],[21]
Blaireau cochon[28]

-
Arctonyx albogularis
(Blyth, 1853)
Blaireau à gorge blanche[20],[31],[21]
  • Meles albogularis (E. Blyth, 1853) (Protonyme)
  • Arctonyx taxoides E. Blyth, 1853
  • Mydaus taxoides (A. Murray, 1866)
  • Meles leucolaemus (A. Milne-Edwards, 1867)
  • Meles (Arctonyx) obscurus (A. Milne-Edwards, 1871)
Arctonyx hoevenii
(Gray, 1842)
Blaireau à gorge blanche[20],[31],[21] -
Sous-famille
Taxidiinae
Taxidea Taxidea taxus
(Schreber, 1777)
Blaireau d’Amérique[20],[31],[21],[24]

Blaireau américain[28]
Blaireau nord-américain[21]
Blaireau du Labrador[32]
Taxidée[33]
Taxidée américain[33]

Sous-famille
Mellivorinae
Mellivora Mellivora capensis
(Schreber, 1776)
Blaireau à miel[23]

Blaireau mellivore[34]
Blaireau puant[20]


  • Meles indicus (Boddaert, 1785)
  • Meles mellivorus (Link, 1795)
  • Meles inauritus (Goldfuss, 1809)
  • Meles mellivora (Thunberg, 1811)
  • Meles capensis (G. Fischer, 1814)
  • Taxus mellivorus (Muirhead, 1819)
  • Meles indica (H. R. Schinz, 1821)
Sous-famille
Guloinae
Gulo Gulo gulo
(Linneaus, 1758)
Blaireau du labrador

Blaireau américain


  • Meles Gulo (Boddaert, 1785)
  • Meles Luscus (Boddaert, 1785)
  • Meles lusca (G. Fischer, 1814)
  • Taxus gulo (É. Geoffroy Saint-Hilaire, 1803)
Sous-famille
Helictidinae
Melogale Melogale moschata
(Gray, 1831)
Blaireau-furet[20]

Blaireau-furet chinois[21]
Mélogale de Chine[24]


  • Helictis taxilla (O. Thomas, 1925)
  • Helictis taxilla sorella (G. M. Allen, 1929)
  • Melogale moschata Corbet & J. Edwards Hill, 1980
  • Melogale moschata hainanensis Zheng Yonglie & Xu Longhui, 1983
  • Melogale moschata ferreogrisea Wozencraft, 2005
  • Melogale moschata millsi Wozencraft, 2005
  • Melogale moschata moschata Wozencraft, 2005
  • Melogale moschata sorella Wozencraft, 2005
  • Melogale moschata taxilla Wozencraft, 2005
Melogale personata
(I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1831)
Blaireau-furet[20]

Blaireau-furet de Java[21]
Blaireau de Birmanie[21]
Mélogale Indien[24]


  • Melogale personata I. Geoffroy Saint-Hilaire, 1831
  • Melogale personata laotum O. Thomas, 1922
  • Melogale pierrei O. Thomas, 1922
  • Melogale tonquinia O. Thomas, 1922
  • Melogale personata nipalensis Wozencraft, 2005
  • Melogale personata personata Wozencraft, 2005
  • Melogale personata pierrei Wozencraft, 2005
  • Melogale personata tonquinia Wozencraft, 2005
Melogale cucphuongensis
Nadler, Streicher, Stefen, Schwierz & Roos, 2011
Mélogale de Cuc Phuong[24]
  • Melogale cucphuongensis T. Nadler, Streicher, Stefen, Schwierz & Roos, 2011 (Protonyme)
  • Melogale cucphuongensis guadunensis Li Song, Yu Guohua, Liu Shuo & Jin Changshan, 2019
Melogale orientalis
(Horsfield, 1821)
Blaireau-furet de Java[20]

Mélogale de Java[24]


  • Melogale orientalis Wozencraft, 1993
  • Melogale orientalis orientalis Wozencraft, 2005
  • Melogale orientalis sundaicus Wozencraft, 2005
Melogale everetti
(Thomas, 1895)
Mélogale d’Everett[24]
  • Melogale everetti Corbet & J. E. Hill, 1980
Melogale subaurantiaca
(Swinhoe, 1862)
Mélogale de Taïwan[24]
  • Melogale moschata subaurantiaca Wozencraft, 2005
  • Melogale subaurantiaca Mammal Diversity Database, 2024
Famille
Mephitidae
Mydaus Mydaus javanensis
(Desmarest, 1820)
Blaireau de Java[20],[21]

Blaireau-puant[28]

-
Mydaus marchei
(Huet, 1887)
Blaireau de Palawan[20],[21]

Blaireau des Philippines[20]
Blaireau-puant[28]


  • Suillotaxus marchei(B. Lawrence, 1939)

Le blaireau et l’Homme

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Confusions avec d’autres espèces

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Le terme « blaireau » n’étant pas une appellation scientifique, son usage évolue à travers le temps et l’espace : dans un premier temps[Quand ?], le terme « blaireau » était spécifique au blaireau d’Europe, mais le mot s’est généralisé à d’autres espèces avec le temps[réf. nécessaire] et dépasse le cadre purement taxinomique. En indonésien, le mot teledu, désignant originellement le télagon de Java (Mydaus javanensis), désigne également les différentes espèces appelées « blaireau » dans les langues occidentales[réf. nécessaire].

Comme les espèces de blaireaux sont des animaux rarement vus, notamment à cause de leur habitudes nocturnes, elles sont plus susceptibles d’êtres confondues avec d’autres espèces, avant une apparence ou des habitudes similaire[réf. nécessaire].

Dans les pays francophones, le blaireau est un animal aisément reconnaissable : sur le continent européen, le blaireau d’Europe ne peut être confondu avec aucun autre mammifère carnivore indigène[35], mais est toutefois comparé avec le raton laveur (Procyon lotor) ou encore le tanuki de Chine (Nyctereures procyonoides) introduits par l’Homme dans des périodes récentes. Le raton laveur s’en distingue par sa queue annelée.

En Afrique, le ratel peut être confondu avec différentes espèces de mustélidés du genre Ictonyx sous le concept de « zorille »[réf. nécessaire].

En espagnol d’Amérique centrale, le mot désignant le blaireau peut rentrer dans le vocabulaire courant : le mot tejòn peut être une dénomination alternative pour le raton laveur dans certaines régions[36]. Dans cette même région, au Mexique, le blaireau américain (Taxidea taxus) partage avec le coati le nom de tlalcoyote [37].

Au Japon, le blaireau, désigné sous le nom d’anaguma, doit composer avec davantage de petits mammifères carnivores qui lui ressemblent, avec lesquels il est plus susceptible d’être confondu : comme le raton laveur (Procyon lotor) appelé araiguma (洗熊、浣熊?, « Ours laveur », de l’allemand Waschbär), le tanuki du Japon (Nyctereutes viverrinus), et la civette masquée (Paguma larvrata). Les trois précités se caractérisent en revanche par leur queue plus longue : celle du tanuki est plus épaisse, celle du raton est annelée et celle de la civette est longiligne[38].

Le blaireau peut parfois être confondu avec le raton laveur car le mot araiguma est phonologiquement proche du mot anaguma, mais à surtout il a été confondu avec le tanuki du Japon sous le nom de tanuki, mujina et mami. Cette confusion a été une source d’erreurs d’interprétation ou de traductions erronées, délibérées ou non, des récits en japonais vers les langues occidentales : certaines sources disent par exemple que le mot tanuki désignait le blaireau[28], présentent le mustélidé comme un élément importent du folklore et des idiomes japonais, mais cette interprétation fut démentie par les chercheurs en études folkloriques[39],[40].

Dach and Dachehund.

La chasse au blaireau comme loisir a été courante dans de nombreux pays. Le Teckel est une race de chien élevée à cette fin, d’où son nom anglais Dachund dit « chien à blaireaux ». Le badger-baiting était autrefois un spectacle populaire[41]. Bien que les blaireaux soient normalement assez dociles, ils se battent férocement lorsqu’ils sont acculés. Cela a conduit des gens à capturer des blaireaux, à les placer dans un caisson et à parier qu’un chien réussirait à extraire le blaireau de son refuge[42]. En Angleterre, l’opposition des naturalistes a conduit à son interdiction dans le cadre du Cruelty to Animals Act 1835 et le Protection of Badgers Act 1992[43] en a fait un délit de tuer, blesser ou capturer un blaireau ou d’interférer avec un terrier, sauf sous licence délivrée par une autorité statutaire. Le Hunting Act 2004 a également interdit aux chasseurs de renards de bloquer les terriers durant leurs chasses.

Peaux de blaireaux américains.

Les blaireaux ont été piégés pour leurs peaux, utilisées depuis des siècles pour confectionner des blaireaux de rasage[41][42], un usage auquel leur poil convient particulièrement en raison de sa forte capacité de rétention d’eau. Aujourd’hui, quasiment tous les poils de blaireaux vendus dans le commerce proviennent de Chine continentale, où des fermes sont consacrées à cet usage. La Chine fournit trois qualités de poils aux fabricants locaux et étrangers de brosses[44]. Des coopératives villageoises sont également autorisées par le gouvernement national à chasser et traiter les blaireaux afin d’éviter qu’ils ne deviennent des nuisibles agricoles dans les zones rurales du nord de la Chine. Le blaireau d’Europe est aussi utilisé comme garniture pour certains vêtements traditionnels écossais. Le blaireau d’Amérique sert également à fabriquer des pinceaux[41] et comme garniture pour certains vêtements des populations Amérindiennes[45].

Consommation

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Bien que rarement consommé de nos jours dans la plupart des pays développés comme la France ou encore les pays comme les États-Unis ou au Royaume-Uni[46], les blaireaux constituaient autrefois une importante source de viande pour les régimes alimentaires des Amérindiens et des colons européens[47],[48],[49],[50],[51]. Les blaireaux étaient aussi consommés au Royaume-Uni durant la Seconde Guerre mondiale et dans les années 1950[48]. Dans certaines régions de Russie, la consommation de viande de blaireau reste courante[52]. Des brochettes de blaireau, ainsi que de viande de chien et de porc, constituent une source majeure d’trichinellose dans la région de l’Altaï[52]. En Croatie la viande de blaireau est rarement consommée, mais lorsqu’elle l’est, elle est généralement fumée, séchée ou servie en goulash[53]. En France, la viande de blaireau a été utilisée dans la préparation de plusieurs plats, tels que le « blaireau au sang », et constituait un ingrédient relativement courant dans la cuisine rurale[54]. La viande de blaireau était encore consommée jusqu’à récemment dans certaines régions d’Espagne[55]. Le blaireau compte également parmi les animaux figurant dans la Roadkill Cuisine, de la viande d’animaux morts sur les routes. Mais en Asie, le blaireau est plus souvent consommé : en Chine diverses espèces de blaireaux ont été répertoriés parmi les animaux vendus pour leur viande sur les marchés de Wuhan[56]. Au Japon, bien que la tradition locale largement influencée par le bouddhisme interdise la consommation de viande, le blaireau reste un gibier très apprécié des chasseurs locaux pour sa viande réputée savoureuse. Dans les périodes les plus ancienne il était dans ce contexte précis, désigné sous le nom de tanuki (en référence au véritable tanuki, plus connu). Le Mustélidé était cuisiné en soupe sous les noms de tanuki-jiru (狸汁?, « jus de tanuki »)[57]. Le blaireau a été utilisé dans la médecine traditionnelle en Europe et en Asie[58].

Animaux de compagnie

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Les blaireaux sont parfois gardés comme animaux de compagnie[59],[60]. Détenir un blaireau comme animal de compagnie ou en proposer un à la vente constitue une infraction au Royaume-Uni selon le Protection of Badgers Act 1992[61].

Le blaireau dans la culture

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Dans la mythologie et le folklore

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  • En Europe, durant la période médiévale, les récits des bestiaires décrivaient les blaireaux comme travaillant ensemble pour creuser des tunnels sous les montagnes. On disait qu’ils se couchaient à l’entrée du trou en tenant un bâton dans la bouche, tandis que d’autres blaireaux empilaient de la terre sur leur ventre. Deux blaireaux saisissaient ensuite le bâton dans la gueule du premier et tiraient l’animal chargé de terre, presque à la manière d’un chariot[62]. La dimension moralisatrice des bestiaires prévalait souvent sur leur fonction de textes d’histoire naturelle, et cette description des blaireaux reflète très probablement un exemple allégorique plutôt que ce que les gens du Moyen Âge croyaient ou non du comportement réel des blaireaux dans la nature[63]. Les blaireaux étaient traditionnellement utilisés pour prédire la durée de l’hiver[64]. 

Dans la fiction

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Notes et références

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  1. a et b « blaireau », sur Larousse (consulté le )
  2. « blaireau », sur CNRTL (consulté le )
  3. « blaireau (Académie, 8e éd.) », sur CNRTL (consulté le )
  4. a b et c « blaireau », sur Littré (consulté le )
  5. a et b « blaireau », sur Dictionnaire de l’Académie française (consulté le )
  6. « blaireau », sur Encyclopædia Universalis (consulté le )
  7. « blaireau », sur Vitrinelinguistique (OQLF) (consulté le )
  8. Alfred Ernout et Antoine Meillet, Dictionnaire étymologique de la langue latine, Paris, Klincksieck,
  9. (it) Giacomo Devoto, Avviamento all'etimologia italiana, Milan, Mondadori,
  10. a et b (en) C. T. Onions (éd.), The Oxford Dictionary of English Etymology, Oxford, Oxford University Press, , p. 68.
  11. (en) E. S. C. Weiner et J. R. Simpson, The Oxford English Dictionary, Oxford, Clarendon Press, (ISBN 978-0-19-861186-8, lire en ligne [archive du ])
  12. The American Heritage Dictionary (en), 4e éd., s.v. « badger » (Houghton Mifflin, 2001).
  13. (en) E. S. C. Weiner et J. R. Simpson, The Oxford English Dictionary (en), Oxford, Clarendon Press, (ISBN 978-0-19-861186-8, lire en ligne [archive du ])
  14. (en) « Hints and Things: collective nouns » (version du sur Internet Archive).
  15. (en) « Scotland's Wildlife: Badgers and Development » [archive du ] (consulté le )
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