Barrage hydroélectrique de Manantali

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Barrage hydroélectrique de Manantali
Manantali dam.jpg
Géographie
Pays
Flag of Mali.svg Mali
Région administrative
Coordonnées
Cours d'eau
Rivière Bafing
Objectifs et impacts
Vocation
Propriétaire
Date du début des travaux
1982 (barrage)
1997 (centrale)
Date de mise en service
1988 (barrage)
2001-2002 (centrale)
Coût
150 milliards de francs CFA (barrage)
200 milliards de francs CFA (centrale)
Barrage
Type
Barrage-poids et
digues en enrochement
Hauteur
(fondation)
68 m
Longueur
1 476,35 m
Réservoir
Nom
Lake Manantali (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Altitude
208 m
Volume
11 000 millions de
Superficie
47 700 ha
Centrale(s) hydroélectrique(s)
Hauteur de chute
65 m
Débit d'équipement
575 m³/s
Nombre de turbines
5 × 40 MW
Type de turbines
Puissance installée
200 MW
Production annuelle
740 GWh/an
Irrigation
surface_irriguée
255 000 ha
Surface irriguée
255000

Site web
Localisation sur la carte d’Afrique
voir sur la carte d’Afrique
Arch dam 12x12 ne.svg
Localisation sur la carte du Mali
voir sur la carte du Mali
Arch dam 12x12 ne.svg

Le barrage hydroélectrique de Manantali a été construit sur le Bafing, à 90 km au sud-est de Bafoulabé, dans la région de Kayes au Mali. L'aménagement permet la production d’électricité et l’irrigation. La navigabilité du fleuve Sénégal entre Saint-Louis (Sénégal) et Ambidédi (Mali), qui figurait au nombre des objectifs initiaux du projet, n'a pas pu être réalisé.

Le projet de l'Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) associe le Sénégal, la Mauritanie et le Mali. L’OMVS a joué un rôle primordial dans la planification et la construction du barrage. Sa gestion a été confiée à une société de droit public, la Société de gestion de l’énergie de Manantali (SOGEM) qui, en 2001, a signé un contrat de concession de 15 ans avec Eskom Eenergy Manantali (EEM), une filiale de l'entreprise sud-africaine Eskom. Les deux parties sont convenues de mettre un terme à cette entente à compter du [1].

Historique[modifier | modifier le code]

Le bassin versant du fleuve Sénégal.

L'idée de construire un barrage hydroélectrique sur le fleuve Sénégal remonte à la période de la colonisation[2] et le concept du Barrage hydroélectrique de Manantali remonte à 1927[3]. Après les indépendances, le Sénégal, le Mali, la Mauritanie et la Guinée forment un comité inter-États pour développer un projet, structure qui devient l'Organisation des États riverains du fleuve Sénégal, disparue en 1968. Une nouvelle structure, l'OMVS, est formée sans la participation de la Guinée en 1972[4].

Les installations de Manantali seront réalisées en deux temps. La construction du barrage sur le Bafing débute en juin 1982. Un consortium international, formé d'entreprises allemandes, sénégalaises et suisses est chargé de la réalisation des travaux de génie civil sous la supervision de Rhein Ruhr (RFA), Tractebel (Belgique) et Soned Afrique (Sénégal). Un certificat de réception provisoire est émis le 31 mai 1988. Le coût de la construction du barrage s'élève à 150 milliards de francs CFA, financé par des fonds d'investissement du Golfe, des pays occidentaux, et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD)[5].

Le conflit sénégalo-mauritanien de 1989-1991 met un frein du développement hydroélectrique de l'aménagement. Certains auteurs affirment que le conflit armé entre les deux partenaires de l'OMVS serait la conséquence de la mise en service des barrages de Diama — à 27 km en amont de Saint-Louis — en 1986, et de Manantali, deux ans plus tard[6],[7].

Les travaux de terrassement en vue de la construction de la centrale hydroélectrique débutent en 1997. Le premier groupe entre en service le 21 juillet 2001. Réalisé au coût de 246 milliards de francs CFA (375,1 millions d'euros)[8], le volet «Énergie» alimente dans un premier temps la capitale malienne, Bamako. Dakar et Nouakchott sont alimentés l'année suivante lors de la mise en service de la ligne à 225 kV reliant le projet de Manantali aux pays voisins[4]. Cette phase des travaux a été réalisée sous la supervision des bureaux d'étude Coyne et Bellier (France), Fichtner (Allemagne) et Tecsult (Québec, Canada)[9].

Assez rapidement, on constate que l'ambition de produire 800 GWh/an, qui était basée sur les données hydrologiques de 1950-1994, est beaucoup trop optimiste. De nouvelles simulations, basées sur les données de 1974 à 1994 projettent une production moyenne de 547 GWh/an, ce qui réduisait la rentabilité de l'ouvrage[10]. Cependant, un rapport conjoint de la Banque allemande de développement (KfW), de la Banque européenne d’investissement (BEI) et de l'Agence française de développement (AFD) publié en 2009 semblent infirmer le scénario pessimiste. La production annuelle moyenne vérifiée des premières années d'exploitation de la centrale se chiffre à 740 GWh[11].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Lac de retenue du barrage de Manantali

Le barrage a une longueur de crête de 1 460 m et une hauteur de 65 m au-dessus de ses fondations. Il est constitué d'une partie centrale en béton de 482,8 m[5] et complété par deux digues en enrochement, qui ferment la retenue jusqu'aux plateaux environnants[12].

Le lac de retenue couvre une superficie de 477 km2 et peut contenir un volume de 11 milliards de m3 d’eau à l'élévation maximale de 208 m. La profondeur moyenne du réservoir est de 20,8 m et atteint une valeur maximale de 50 m.

La centrale hydroélectrique de 200 MW a été mise en service entre 2001 et 2002[13]. Les 5 groupes turbines-alternateurs ont produit 381 GWh d'électricité en 2006, soit 43 % de la production nationale du Mali[14].

L'électricité produite à Manantali est transmise à Bamako, Dakar et Nouakchott par un réseau de lignes à haute tension de 1 500 km. Les lignes sont équipées de câbles de garde à fibre optique (CGFO), ce qui a permis l'interconnexion des réseaux de télécommunications des trois pays. Le réseau, qui est relié au câble sous-marin trans-Atlantique, permet la transmission simultanée de 33 000 communications téléphoniques ou de 48 signaux de télévision. Il constitue un point nodal entre l'Afrique de l'Ouest et les autres parties du continent[15].

Irrigation[modifier | modifier le code]

Les projets d'aménagement des ouvrages hydrauliques de Manantali et de Diama insistent fortement sur les avantages en matière de régulation des débits du fleuve Sénégal et d'une productivité agricole accrue par le biais de l'irrigation. Le plan initial prévoit entre autres l'irrigation sur une superficie de 250 000 ha, pouvant être portée à 375 000 ha, particulièrement au Sénégal et en Mauritanie. Les responsables estimaient à l'époque que l'irrigation aurait des effets bénéfiques sur l'économie des régions riveraines par l'augmentation des rendements et des revenus tirés de l'agriculture, la réduction des mouvements migratoires vers les villes et la diversification des productions.

Contrairement à ses deux voisins, le Mali ne dispose pas d'un potentiel important de terres irrigables sur les rives du Sénégal. Les seuls aménagements réalisés sont de petits périmètres irrigués villageois tel celui de la coopérative multifonctionnelle de Somankidi-Coura (nouveau) (Mali) et qui fournit Kayes en fruits et légumes par le fleuve. La production d'électricité constitue pour le Mali le principal enjeu. La production électrique est répartie entre le Sénégal (33 %), la Mauritanie (15 %) et le Mali (52 %)[12].

Impacts environnementaux et sociaux[modifier | modifier le code]

Selon un rapport des Nations unies, la construction des ouvrages de Manantali a eu des impacts à la fois positifs et négatifs sur l'environnement et les populations de la région.

Les principales conséquences négatives sont le départ forcé de populations, l'essor de maladies hydriques causées par l'eau stagnante et la prolifération de moustiques ou la dégradation de l'eau de surface par l'eutrophisation. A cela s'ajoute la croissance de l'érosion à cause du déboisement en faveur des terres arables, ce qui abime et stérilise les terres irriguées[10].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages
  • Banque allemande de développement (KfW), Banque européenne d’investissement (BEI) et Agence française de développement (AFD), Évaluation ex opst conjointe: le barrage de Manantali, Francfort, Luxembourg, Paris, , 48 p. (lire en ligne)
  • Alain Deneault, Delphine Abadie et William Sacher, Noir Canada: Pillage, corruption et criminalité en Afrique, Montréal, Éditions Écosociété, , 348 p. (ISBN 978-2-923165-42-4, lire en ligne)
  • Yves Ficatier et Madiodio Niasse, Volet social et environnemental du barrage de Manantali : Evaluation rétrospective, Paris, Agence française de développement, coll. « Évaluation et capitalisation » (no 15), , 69 p. (ISSN 1958-590X, lire en ligne)
  • (en) Organisation de mise en valeur du fleuve Sénégal, « Chapter 20: Senegal River Basin, Guinea, Mali, Mauritania, Senegal », dans Nations unies, Programme mondial d'évaluation des ressources en eau, Water for people, water for life: a joint report by the twenty three UN agencies concerned with freshwater, New York, UNESCO Pub.; Berghahn Books, , 576 p. (ISBN 92-3-103881-8, lire en ligne), p. 447-461
Articles
  • Soussou Sambou, Yaya Diémé, Abdou Karim Touré, Ansou Malang Badji et Edmond Nicaise Malanda-Nimy, « Effet du barrage de Manantali sur les modifications du régime hydrologique du fleuve Sénégal dans le bassin amont : une approche statistique », Science et changements planétaires / Sécheresse, vol. 20, no 1,‎ , p. 104-111 (DOI 10.1684/sec.2009.0176, lire en ligne)
  • Abdourahmane Mbade Séné, « Développement durable et impacts des politiques publiques de gestion de la vallee du fleuve Sénégal : Du régional au local », VertigO - la revue électronique en sciences de l'environnement, vol. 9, no 3,‎ (DOI 10.4000/vertigo.9221, lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Eskom Holdings Limited, Eskom Integrated Report 2011, Johannesburg, Eskom, (lire en ligne), p. 288
  2. "L'ÉTERNEL RETOUR D'UNE POLITIQUE· DE GRANDS PROJETS L'AMÉNAGEMENT DU FLEUVE SÉNÉGAL EN PERSPECTIVE", par Guy MEUBIAT et Jérôme INGLES [1]
  3. "L'ÉTERNEL RETOUR D'UNE POLITIQUE· DE GRANDS PROJETS L'AMÉNAGEMENT DU FLEUVE SÉNÉGAL EN PERSPECTIVE", par Guy MEUBIAT et Jérôme INGLES [2]
  4. a et b David Cadasse, « Le fleuve Sénégal éclaire Bamako », Afrik.com,‎ (lire en ligne)
  5. a et b Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal, « Le barrage de Manantali », sur OMVS (consulté le 24 juillet 2011)
  6. (en) « Mauitanian-Senegalese Border War 1989-1991 », sur OnWar.com, (consulté le 26 juillet 2011)
  7. Deneault, Abadie et Sacher 2008, p. 203
  8. KfW, BEI, AFD 2009, p. 10
  9. SOGEM, « Description du projet » (consulté le 24 juillet 2011)
  10. a et b UNESCO, « Bassin du fleuve Sénégal (Guinée, Mali, Mauritanie et Sénégal) », sur Programme mondial pour l'évaluation des ressources en eau (consulté le 24 juillet 2011)
  11. KfW, BEI, AFD 2009, p. 20
  12. a et b L. Diarra, « Le ministre de l'Énergie et de l'Eau à Manantali : le barrage, un outil commun de développement », L'Essor,‎ (lire en ligne)
  13. David Cadasse, « Dakar en pleine lumière régionale », Afrik.com,‎ (lire en ligne)
  14. Électricité du Mali, « Données de la production d'électricité », sur EDM
  15. Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal, « Le volet énergie », sur OMVS (consulté le 24 juillet 2011)