Affaire Blanche Garneau

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Affaire Blanche Garneau
Nature du crime Viol puis meurtre par étranglement
Pays de lieu du crime Drapeau du Canada Canada
Ville Québec
Date du crime du au (date précise inconnue)
Nombre de victimes 1 : Blanche Garneau
Jugement
Statut Affaire non résolue

L'Affaire Blanche Garneau, qui éclata en 1920 à Québec, éclaboussa le gouvernement Taschereau lorsque le premier ministre de la province réagit de façon disproportionnée face à un journal qui avait accusé deux députés libéraux de l'Assemblée législative d'être impliqués dans l'assassinat de cette jeune fille. Cette réaction fit que la rumeur sur l'implication de ces politiciens resta tenace pendant des années.

Les débuts de l'affaire[modifier | modifier le code]

En 1920, Blanche Garneau, 22 ans, fille adoptive de Michel Baribeau et d'Émilie Sanfaçon, habite toujours chez ses parents sur la rue François Ier du quartier Stadacona de Québec et travaille comme vendeuse sur la rue Saint-Vallier dans le quartier Saint-Sauveur. Pour se rendre à son travail, elle emprunte à tous les jours le tramway traversant le Parc Victoria et enjambant la rivière Saint-Charles. Ce même tramway la ramène chez elle le soir[1].

Or, Blanche Garneau ne rentre pas chez elle le soir du 22 juillet 1920. Inquiets, ses parents adoptifs hésitent d'abord à s'adresser aux policiers et ne le font qu'au bout de huit jours. Finalement, le corps de la jeune fille est découvert par des enfants le soir du 28 juillet dans le Parc Victoria, près des rails du tramway et à proximité des berges de la rivière[2]. L'autopsie, pratiquée par le docteur Albert Marois, démontre qu'elle a été violée et étranglée, et que sa mort date de quelques jours[3].

L'enquête est confiée au chef de police de la ville, Émile Trudel. Sa première constatation est qu'elle n'a pas été tuée à l'endroit où elle a été découverte. Elle semble avoir été enlevée, selon certains témoins, par deux ou trois individus qui ont par la suite ramené le cadavre au Parc[4]. À partir de ce moment, cependant, l'enquête piétine. Les journaux hostiles au gouvernement commencent déjà à déplorer les lenteurs de cette enquête.

Trudel parvient cependant à interroger quelques rares témoins. Les parents déclarent que Blanche Garneau repoussait ses prétendants car elle désirait entrer chez les Sœurs servantes du Saint-Cœur de Marie[5]. Un autre témoin indique que la jeune fille a été vue en train de discuter avec deux hommes au Parc Victoria, le jour de sa disparition[4].

Les policiers enquêteurs parviennent tout de même à mettre la main sur deux suspects passables, Raoul Binet et William Palmer. Binet, détenu dans une prison en Ontario, avoue qu'il a vu son compère Palmer assassiner la jeune fille. Les deux détenus sont extradés au Québec afin de subir un procès. Il y est prouvé que les deux hommes n'étaient même pas à Québec la semaine de l'assassinat. Palmer, un repris de justice, doit retourner à la prison où il terminait sa peine. Binet, lui, sera reconnu coupable de parjure pour avoir accusé Palmer à tort[6].

Le gouvernement s'en mêle[modifier | modifier le code]

Pendant ce temps, des rumeurs ont commencé à circuler concernant des fils de députés du Parti libéral qui auraient commis le crime. Elles visent Majella Madden, fils de Martin Madden, député de Québec-Ouest, ainsi qu'Arthur Paquet Jr, fils du député de Saint-Sauveur, Arthur Paquet. Ces jeunes gens auraient enlevé la jeune fille, l'auraient violée puis étranglée. Le ministère de la Justice aurait ensuite tout manigancé pour étouffer l'affaire[7]. Le , John H. Roberts, éditeur de l'hebdomadaire The Axe, publié à Montréal, écrit dans un éditorial que deux membres du Parti libéral, députés à l'Assemblée législative, sont impliqués dans le meurtre de Blanche Garneau mais n'inscrit pas leurs noms. Il offre 5 000 $ de récompense à la personne qui pourra fournir des renseignements sur l'affaire. Dans le même article, il prie le lieutenant-gouverneur, Charles Fitzpatrick, d'intervenir en créant une Commission royale d'enquête. Roberts était un prohibitionniste mécontent de la nouvelle loi sur la vente de l'alcool et qui, selon certains, cherchait à se venger[8].

Furieux, le premier ministre Taschereau, qui est également procureur général du gouvernement, accuse Roberts d'avoir attenté aux privilèges de la Chambre et le cite à comparaître devant les membres de l'Assemblée législative en commission spéciale[9]. Au début de la première audience, le 2 novembre, le premier ministre déclare: "Depuis que j'ai lu cet article (celui de The Axe), j'ai référé à bien des précédents où l'on avait violé les privilèges de la Chambre et je n'ai rien vu de plus infâme. Chaque député de la Chambre peut être actuellement visé. On peut peut-être s'étonner que ce qui arrive aujourd'hui ne soit pas arrivé plus tôt. Car le journal en question fait une sale besogne"[10].

Lors de leurs déclarations, tous les députés qui s'expriment, tant libéraux que conservateurs, s'entendent pour dénoncer l'article de Roberts. Celui-ci le défend en déclarant qu'il n'a fait que mettre en évidence les rumeurs circulant dans la capitale tout en ne donnant aucun nom. Il affirme : "Si j'avais attaqué un membre de cette Chambre en sa qualité de membre, il y aurait alors eu violation de privilège; mais quelle que soit l'attaque qu'il y a eue, si attaque il y a, ce que je n'admets pas, c'est une attaque contre les députés privément et non comme députés"[11].

Taschereau, ainsi que l'orateur de la Chambre, Joseph-Napoléon Francoeur, exigent qu'il donne des noms, ce qu'il se refuse à faire. Le 7 novembre, l'Assemblée législative déclare Roberts coupable d'avoir calomnié injustement deux députés. Le journaliste reste sous la garde du sergent d'armes jusqu'à ce que l'on ait statué sur son sort[12]. Le premier ministre dépose alors le projet de loi 31, permettant à la Chambre de l'emprisonner pendant une période d'un an. Il est adopté deux jours plus tard. John H. Roberts purge sa peine à la prison de Québec et est libéré le . Quelques jours plus tard, il publiera un éditorial dans lequel il déclare n'avoir offert aucune excuse à l'Assemblée[13].

La commission d'enquête[modifier | modifier le code]

D'autres rumeurs circulent dans la province impliquant maintenant Robert Taschereau, fils même du premier ministre. Un écrit anonyme intitulé La Non Vengée insinue que Blanche Garneau a été victime d'un crime sadique perpétré par le Club des Vampires, constitué de fils de politiciens et de juges connus[7]. Taschereau tente de faire taire définitivement ces rumeurs en créant une commission d'enquête chargée de faire la lumière sur l'affaire Garneau. Instituée le , elle est présidée par les juges John Spratt Archibald et Joseph-Émery Robidoux. Cette fois, les conservateurs, dont le chef est Arthur Sauvé, critiquent la formation de cette commission chargée plutôt selon eux de laver le gouvernement des accusations qui pèsent contre lui[14].

Après avoir écouté différents témoignages, la commission en vient à quatre conclusions: la justice a fait tous les efforts possibles pour retrouver les meurtriers; les enquêteurs ont suivi et vérifié toutes les indications qui leur ont été soumises; les fils des députés soupçonnés du crime ne sont pas impliqués dans le meurtre car ils ont fourni un alibi solide (il est cependant à souligner que ces alibis sont tous des membres de leur parenté); le mystère demeure entier sur les véritables assassins de Blanche Garneau[15].

Durant toute la durée de l'affaire, l'ancien député Armand Lavergne a accusé le gouvernement Taschereau de s'être traîné les pieds dans la conduite de l'enquête puis d'avoir accusé à tort des citoyens innocents. C'est lui qui a défendu William Palmer lors de son procès, ainsi John H. Roberts lors de sa convocation devant l'Assemblée législative[16].

Conclusion[modifier | modifier le code]

L'affaire Blanche Garneau est toujours resté un mystère non résolu. Certains contemporains de l'époque ont cru que la jeune femme avait été assassinée par des membres de sa famille, d'autres ont été sincèrement convaincus que des politiciens ont été impliqués dans l'affaire.

Les interventions du premier ministre Taschereau n'ont pas apaisé les rumeurs concernant son gouvernement mais les ont plutôt multipliés.

Encore aujourd'hui, des historiens qui se sont penchés sur cette histoire croient que la justice québécoise a eu des réticences à faire la lumière sur l'affaire.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Qui a tué Blanche Garneau?, p. 36
  2. Idem, pp, 27-28
  3. Idem, p. 31
  4. a et b Idem, p. 36
  5. Idem, p. 30
  6. Idem, pp. 79-99
  7. a et b Taschereau, p. 130
  8. Qui a tué Blanche Garneau?, p. 118
  9. Taschereau, p. 131
  10. Qui a tué Blanche Garneau?, pp. 119-121
  11. Idem, p. 122
  12. Idem, p. 126
  13. Idem, p. 132
  14. Qui a tué Blanche Garneau?, p. 141
  15. Idem, pp. 150-157
  16. Idem, pp. 220

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Réal Bertrand. Qui a tue Blanche Garneau?. Quinze. 1983. Montréal. 234 p.
  • Bernard Vigod. Taschereau. Septentrion. Québec. 1996. 394 p.
  • Jean-Pierre Charland. Haute-Ville, Basse-Ville. Roman. Editions Hurtubise inc. 009. 600. p.

Liens externes[modifier | modifier le code]